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Sommes-nous sortis

de la crise du modernisme ?

 

Enquête sur le XXe siècle catholique

et l’après-concile Vatican II

 

Jacques Musset

Ed. Karthala
288 pages – 23 €

 

Gilles Castelnau

 

7 décembre 2016

Jacques Musset est un connaisseur encyclopédique de la vie de l’Église catholique et il nous en présente avec clarté la période de la « crise moderniste ».

 

Ce que fut la crise du modernisme  (1893-1914)

page 22

Les « modernistes » partent de la constatation du fossé qui existe entre la pensée moderne et la doctrine de l'Eglise, et de là ils cherchent comment la purifier, la renouveler et l'actualiser par un effort d'appropriation en usant des acquis des sciences en plein développement, sciences de la terre, sciences historiques et exégétiques, sciences philosophiques. Deux démarches qui ne peuvent se rejoindre : d'un côté, l'Église sacralise sa tradition et le langage qui l'exprime ; de l’autre les « modernistes » se renieraient eux-mêmes en faisant fi des exigences intellectuelles qui sont les leurs et qui appartiennent à leur propre identité.

Jacques Musset s’étend notamment sur Alfred Loisy et le serment anti-moderniste imposé aux prêtres.

 

La grande peur du modernisme (1914-1960)

page 130

À monde nouveau doit correspondre une ou des théologies nouvelles. Elle s'impose d'autant plus en leur temps que bon nombre de leurs contemporains chrétiens vivant dans un monde en pleine transformation culturelle, sociale, politique, économique ne se satisfont plus du catéchisme d'antan, de considérations pieuses et de la doctrine thomiste remâchée et éthérée, sans rapport avec leur vie. Ils ont acquis de I'instruction et développé leur esprit critique. Ils souhaitent penser librement et n'acquiescer qu'à ce qui a du sens pour eux et les nourrit spirituellement. Déjà, ils sont plus qu'une minorité à prendre leurs distances vis-à-vis du christianisme. Pour accompagner cette nouvelle génération de chrétiens exigeants, vivant hors des institutions catholiques, sont créés des centres de réflexion pour étudiants (Laënnec, Centre Richelieu à Paris), des mouvements d'action catholique (JOC, JEC, JOCF, JAC), des aumôneries d'étudiants auprès des universités, des regroupements, comme La paroisse universitaire, composés d'enseignants chrétiens de I'Enseignement public, des temps forts de réflexion annuels comme les Semaines sociales, la semaine des Écrivains catholiques, le CCIF (Centre catholique des intellectuels français)... C'est au service de ces diverses instances que nos théologiens dominicains et jésuites réfléchissent, écrivent, publient, interviennent sur le terrain sans se ménager. Nous avons cité les plus connus, les dominicains Chenu et Congar, les jésuites de Lubac, Daniélou, Ganne, Bouillard, de Montcheuil mais ils ne sont pas les seuls à s'engager dans une proposition de la foi évangélique qui puisse donner sens à l'existence de leurs contemporains.

Jacques Musset ne manque pas de citer les jésuites de Fourvière ainsi que l’école du Saulchoir et son fondateur le Père Chenu dont les œuvres furent mises à l’index. Et le Père Teilhard de Chardin évincé de sa chaire de géologie de l’Institut catholique de Paris.

 

page 149

Quel bilan peut-on tirer du demi-siècle qui s'est écoulé depuis la crise moderniste ? Vis-à-vis des questions fondamentales posées au christianisme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, que constate-t-on en 1960 ? Une stagnation ? Une régression ? Assurément tout cela, malgré les quelques avancées consenties dans le domaine biblique.

 

Les questions de fond demeurent (1960-2016)

Le pape Jean XXIII convoque le concile de Vatican II. Jacques Musset a une connaissance approfondie de ses 4 sessions. Il les présente en faisant remarquer le sens et les limites de leurs constitutions : Lumen Gentium, Gaudium et Spes

page 171

Sur le thème de la famille, il faut reconnaître que le concile a fait évoluer la conception traditionnelle du mariage en milieu chrétien. Celle-ci ne reconnaissait traditionnellement qu'une signification essentielle au mariage : la procréation. Le concile lui reconnaît à égalité deux significations : la construction d'une communauté d'amour entre mari et femme d'une part, la procréation et l'éducation des enfants d'autre part. Ce n'est pas un petit progrès.

Cependant, le concile affirme que « La communauté profonde de vie et d'amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur (dont l'indissolubilité) » (§ 48). « Car Dieu lui-même est l'auteur du mariage » (§ 48). Que penseront de cette affirmation des couples qui se séparent pour des raisons que ne peuvent apprécier de l’extérieur les clercs célibataires ? Comment un homme et une femme qui se remarient peuvent-ils imaginer qu'ils demeurent « mariés » avec leur ancien conjoint ? Se référer à des paroles de Jésus pour établir une prescription aussi rigoriste est-ce être fidèle à l'attitude concrète et compréhensive de Jésus vis-à-vis des fragilités et des échecs de l'homme ?

Pour ce qui est de la régulation des naissances, « ce sont en dernier ressort les époux eux-mêmes qui doivent arrêter (leur jugement) devant Dieu » (§ 50). Cependant on ajoute aussitôt après :

Dans leur manière d'agir, que les époux chrétiens [...] demeurent dociles au Magistère de l'Église, interprète autorisé de cette loi à la lumière de l'Évangile. (§ 50).

Qui ne voit la contradiction ? On comprend le refus de beaucoup de chrétiens de cette époque de se laisser télécommander pat l'autorité religieuse dans la prise de décisions si personnelles, refus qui s’accentuera après la parution de l'encyclique Humanae vitae publiée en 1968. Pour les non-chrétiens, l'Église catholique apparaît encore un peu plus rétrograde sur les questions de sexualité. Dei Verbum, Dignitatis Humanae, Sacrosanctum Concilium

 

 

page 189

Les réactions conservatrices de Rome prennent le dessus

Moins de dix années après la clôture du concile, les perspectives d'éventuels changements de fond s'amenuisent et finissent par s'évanouir avec les deux papes conservateurs, Jean-Paul II et Benoît XVI, Paul VI, avant eux, publie Humanae vitae en 1968 contre l'avis de la majorité de la commission qu'il avait invitée à réfléchir à la question de la régulation des naissances. La Curie reprend du poil de la bête et l'on assiste à un recentrage à tous les niveaux. Face à la contestation par des prêtres européens de la sacralisation de leur ministère sacerdotal, un synode romain rappelle la doctrine la plus traditionnelle énoncée au concile. Les théologiens novateurs - Hans Küng et bien d'autres - sont sérieusement inquiétés et même persécutés notamment par le cardinal Ratzinger qui préside la Congrégation pour la doctrine de la foi. Les nominations épiscopales voient apparaître de nouveaux évêques conservateurs, tandis que l'évêque d'Evreux, Jacques Gaillot, est liquidé. Jean-Paul II publie son Catéchisme de l'Eglise catholique en 1992 et l'impose comme seule référence. Quant à la curie, elle émet de nombreuses mises en garde contre de supposés dérapages. Des groupes traditionalistes aux dents longues, comme l'Opus Dei et les Légionnaires du Christ, s'installent dans les rouages du Vatican avec l'aval de Jean-Paul II.

La réaction est frappante. Les femmes ne peuvent devenir prêtres, la pensée unique catholique est imposée aux prêtres et à toute personne assumant une charge dans l’Église. En 2000 la glaciale déclaration Dominus Jesus atteint les protestants. De nombreux prêtres quittent l’Église, les théologiens modernistes sont prappés : Jacques Pohier théologien français, Hans Küng théologien allemand, Leonardo Boff théologien brésilien, Jon Sobrino théologien salvadorien, Edward Schillebeecks théologien néerlandais. Jacques Dupuis théologien belge

 

Pistes pour sortir de la crise

page 271

Il n'y a pas de recherche possible sans débat ni confrontation. Camper sur des positions passées est mortifère. À ce compte le christianisme devient une secte.

À l’intérieur de l'Église catholique, mais aussi entre les diverses Églises chrétiennes, toutes débarrassées de la prétention de détenir l'ultime vérité, les chrétiens devraient pouvoir discuter des questions cruciales et se questionner réciproquement avec bienveillance mais sans concession [...] La pire des choses serait d'aboutir à une stricte orthodoxie valable pour les siècles des siècles. Le catholicisme n'a pas évité cette impasse dans le passé et c'est la raison pour laquelle il est enkysté actuellement dans une doctrine figée. Les Eglises protestantes ont toujours gardé une grande souplesse, en tout cas ne sont jamais tombées dans le piège de l'uniformité.

 

page 275

Au-delà du catholicisme, ces diverses exigences s'imposent à toutes les branches du christianisme, aux religions monothéistes, le judaïsme, et I'islam, et aux autres traditions spirituelles. Toutes sont appelées à sortir des crispations sur leurs doctrines héritées du passé, à remettre en cause leurs clôtures dogmatiques, à surmonter la tentation de fermeture sur soi. Aucune ne peut échapper à la nécessité de se repenser dans la culture d'aujourd'hui. Dans l'ère de mondialisation caractérisée par le pluralisme - qui n'est d'ailleurs pas uniquement religieux - c'est la condition pour vivre ensemble pacifiquement et respectueusement, d'une manière stimulante, dans la mesure où aucune approche, aucun discours ne peuvent enfermer la Réalité ultime qui est au cœur des recherches humaines et religieuses. Sur cette voie, quelle pensée plus encourageante, terriblement décapante aussi, que celle du grand mystique chrétien St Jean de la Croix : « Pour aller où l'on ne sait, il faut passer par où l'on ne sait » !




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