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Parole protestante, écho hindouiste

Gilles Castelnau - François Thiria

 

 

26 avril 2016

1

Gilles Castelnau

Jésus a dit en Matthieu 10, qu’aucun oiseau ne tombait à terre « sans notre Père ».
Certains ont traduit : « sans que Dieu votre Père le sache »
Un Dieu qui voit cette chute et laisse faire !
D’autres traduisent même : « Dieu l'a permis »
Moi je n’aurais pas permis que l’oiseau tombe !
Segond traduit même : « Dieu l’a voulu ». Moi je n’aurais pas voulu.
Mais justement Jésus n’a pas dit tout cela. Il a seulement dit « sans votre Père ».
Dieu est là avec l’oiseau qui tombe.  Les juifs disent : « shekinah » : présence
Les musulmans disent « Dieu est plus proche que notre veine jugulaire. »
 Si Dieu est là avec moi quand je tombe, j’ai moins peur de tomber.

 


François Thiria

Dieu près de nous. Nous avons aussi dans notre religion (l’hindouisme) une « voie » que l’on appelle « bhakti » qui tend à rapprocher le fidèle de la Divinité en établissant des liens d’amour ; il se trouve submergé par cet amour « comme la femme aimante est soumis à son amant » (n’avez-vous pas un Cantique des Cantiques qui dit un peu ça ?) Mira Bai au XIIe siècle le disait déjà :

« Seigneur, source de ma vie et mon souffle même,
Sans toi il n’y a pour moi nul asile
J’ai vu le monde entier, mais sans toi le monde ne m’apporte aucun plaisir.
O Seigneur, Mira est ta servante, jette donc un instant tes yeux sur elle » (1)

 

2

Gilles Castelnau

Un professeur de théologie américain demandait à ses étudiants d’imaginer en quoi leur foi serait modifiée si on leur prouvait – avec des preuves indiscutables - que Jésus n’avait jamais existé. 
Un grand silence lui avait répondu.
j’aurais répondu : si vous me priviez de ce symbole central de ma vision du monde et de mon espérance, j’en cueillerais mille autres dans les pages de la Bible :
- La sortie d’Égypte – impossible - du pays de l’esclavage
- La victoire impossible de David sur le terrible géant Goliath. (I Samuel 17.4)
- L’impossible espérance promise : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ».


François Thiria

Si le Christ n’avait pas existé ce pasteur, privé de ce symbole central de sa vision du monde et de son espérance, en trouverait des milliers d’autres dans la Bible ! Jésus prophète et pas Fils de Dieu ? Et moi si Krishna, avatar de Vishnu, n’était pas un dieu vers qui je me tournerais, à qui je dirais que je l’aime ? Pourrais-je me tourner vers Vishnu directement, trouverais-je autant de réconfort ? Ou alors abandonnant toute représentation de la Divinité je prendrais le chemin d’une adoration sans image, comme le dit tristement Tagore :
« Privé de la vue de ta face, mon cœur ne connaît aucun repos, ni répit, et mon labeur n’est plus qu’une peine infinie dans un infini désert de peine... » (2)
et doctement Shri Aurobindo :
« Mais l’homme n’atteint pas immédiatement à la suprême élévation intérieure…Il lui faut des supports des étapes ; il réclame tout un échafaudage de dogmes, de cultes, d’images, de signes, de formes, de symboles…La culture religieuse qui porte le nom d’hindouisme est moins une croyance ou un culte qu’une tradition : celle de l’esprit humain en quête de Dieu » (3)

 

 

3


Gilles Castelnau

- « Vous avez raison : moins on a de religion mieux on vit et plus on est sympathique ».
Je me suis surpris à lâcher cette phrase à un voisin musulman attablé devant une bière au café du coin.
A ma remarque souriante au sujet de cette bière, il avait répliqué : 
- « Mais je n’ai pas de religion ».
Mon « apostasie » mettait-elle en question mes décennies de ministère pastoral pourtant convaincu ?
Peut-être pas.
Les salafistes qui tuent et fouettent pour plaire à Dieu, les évangéliques fondamentalistes et les catholiques intégristes qui enseignent que Dieu voue à l’enfer ceux qui sortent des rails officiels, 
ne seraient-ils pas plus humains et fraternels s’ils avaient moins de « religion » ?
L’« athéisme » souriant d’André Comte-Sponville, le dévouement des bénévoles du Secours Populaire, de la Cimade ou d’Amnesty International, leur humanisme et leur accueil sans condition de ceux qui souffrent, ne participent-ils pas davantage que bien des « croyants » radicaux, à l’incarnation du Royaume de Dieu que Jésus nous a fait connaître ?

 

François Thiria

Moins on a de religion mieux on vit  Quel choc ! Ma prière du matin qui illumine ma journée, mon autel domestique devant lequel j’honore la Divinité… à balayer ! Non ! D’ailleurs le pape François a dit que si l’on dit que l’on aime Dieu sans aimer son prochain on est un doctrinaire, et si on aime son prochain sans aimer Dieu on est une ONG. Il est vrai que François n’est pas Protestant. Mais Kabir au XVIIe siècle défend vigoureusement cette position :

« A quoi bon litanies, jeûnes, pénitences et cérémonies,
Si le cœur est partagé
O dévot, c’est ton esprit qu’il faut fixer sur le Seigneur
Tu n’obtiendras pas le Seigneur par artifice !
Renonce à la cupidité et aux voies du monde
Renonce à la sensualité, à la colère et à l’orgueil
Les pratiques religieuses ont enfoncé les hommes dans l’orgueil,
et ils se réunissent pour adorer une pierre !
Dit Kabir : Dans l’amour je l’ai trouvé
Les cœurs simples ont rencontré le Seigneur » (4)

 

 

4


Gilles Castelnau

On dit que Jésus est « monté au ciel à la droite de Dieu ». Mais cela vexerait grandement, s’ils l’apprenaient, les autres êtres pensant sur les planètes du cosmos, qui demanderaient pourquoi un Terrien aurait cette place dominante et non un ressortissant de leur planète.
La question est la même lorsqu’on dit que « Marie est reine du ciel, reine des anges » : pourquoi serait-ce une terrienne et non une ressortissante d’Alpha du Centaure ou d’ailleurs ?
Devant l’immensité du cosmos, notre religion ne paraît-elle pas très petite, très provinciale. Nos religions prêchent un petit Dieu régional et aux préoccupations souvent bien mesquines et rétrogrades, et non pas un Dieu créateur international, intergalactique.
Aux temps très anciens, où il n’y avait que les dinosaures et pas d’hommes et que Dieu faisait pousser les plantes et les herbes dont ceux-ci se nourrissaient, il n’y avait donc pas de péchés à compter, pas de salut du monde à mettre en œuvre et Dieu se réjouissait sans doute tout simplement, de regarder les dinosaures, que nous jugeons si laids et qu'il trouvait probablement beaux.
Cette idée de Dieu élargit énormément notre horizon et montre que nos cultes, comme d’ailleurs ceux des musulmans et des juifs, qui sont centrés sur le péché, les demandes de pardon, sont trop anthropocentriques et étroits d’esprit. Ne faudrait-il pas avoir des cultes où soit davantage manifestée la joie de Dieu qui regarde vivre les dinosaures, les humains et les habitants éventuels d’Alpha du Centaure ?

 


François Thiria

Il trouve sa religion un peu provinciale (on pourrait parler de position ethnocentrique). Il est vrai que le peu de succès que le christianisme a en Inde montre bien ce particularisme. Cependant il faut bien avouer que l’hindouisme est resté lui aussi régional même s’il a connu à une époque une expansion dans tout le sud de l’Asie. Le système des castes n’est pas très « vendeur ». Cependant ce ne sont pas les textes qui manquent sur la vision « universel » de la religion. Shri Aurobindo a de nouveau des propos bien doctes à ce sujet :
« L’idée centrale de toutes les religions de l’Inde se retrouve partout, dans tout ce que la pensée humaine a pu concevoir de plus haut. La vérité suprême de ce qui est, est un Etre au-delà du mental et des apparences physiques avec lequel nous sommes en contact ici bas…Reconnaître ainsi et rechercher quelque chose ou quelqu’un de Suprême, présent derrière toute forme est l’unique, l’universelle croyance de la religion indienne. » (5)

 

5

 

Gilles Castelnau

Des anarchises ont écrit, une fois, sur la porte du temple de Montrouge dont j’étais pasteur leur slogan qui me plait plutôt : « Ni Dieu ni maître ». J’ai rajouté sur la porte un x à Dieu et un s à maître, car je crois précisément que Dieu est celui qui nous libère de tous les Dieux dominateurs, écrasants, aliénants et de tous les maîtres qui nous accablent d'un esprit de mort

 


François Thiria

Ni dieux ni maîtres  Il pense que Dieu nous aide à nous libérer des dominations religieuses et mondaines. Moi mon Dieu il m’aide aussi à sortir de cette longue suite de renaissances. Mais à nouveau Kabir donne raison au pasteur :

« Le nom de mon Seigneur est un champ, vas y donc travailler c’est gratuit.
Là, ni corvées ni impôts, ni repas à fournir : personne qui donne des ordres.
Nul autre comme associé, tu es à toi-même ton seul maître.
Inutile, l’effort exténuant des labours entrecroisés
Inutile, la herse des six commandements et le rehersage des rites :
Inutile le trisoc de la connaissance pour tracer le sillon où semer le grain :
Inutile la semence des actions passées (le karma), la moisson blanchit d’elle-même.
Certitude que la moisson ne sera pas pillée : si tu t’inquiètes tu es un fou.
Une immense moisson d’amour a blanchi : pas de grenier qui puisse la contenir.
Si tu manques à la faire tienne, tu es bon à te faire fouetter. » (6)

 

 

6


Gilles Castelnau

Albert Schweitzer décrit ainsi sa compréhension du sens de la vie :
Nous naviguions lentement sur le fleuve. Nous avancions dans la lumière du soleil couchant, en dispersant au passage une bande d'hippopotames, soudain apparurent à mon esprit, les mots « Je suis vie qui veut vivre parmi d'autres vies qui veulent vivre »
Il disait encore : Lorsque par un sombre soir d'hiver les chevaux ne parviennent pas, en raison de la glace et de la neige à grimper la voûte d'un pont et qu'apparus à côté de la voiture, des passants spontanément donnent un coup de main en poussant, ne vous semble-t-il pas, à vous qui avez participé à la scène, que la ténébreuse nuit d'hiver se dissipe et que poursuivant votre chemin vous marchez maintenant dans une autre nuit, plus claire, plus belle ?

 


François Thiria

Un dénommé Albert Schweitzer (tu connais ?), disait qu’il était vie parmi d’autres vies qui veulent vivre. Il a dû vivre quelque temps en Inde… Toukaram au XVIIe siècle était de son avis :

« Notre monde est noué à Dieu son amour y enchevêtre tout
Les fibres d’une corde que l’on tend s’unissent plus encore
Ne crache pas sur ce monde-ci vois comme ton âme se mêle aux autres âmes
Leurs joies, leurs peines s’impriment dans ton cœur, les tiennes dans le leur, selon la même loi. » (7)

 

 

7


Gilles Castelnau

Le pasteur Andrew Linzey, professeur à la faculté de théologie d'Oxford dit que la croix du Christ concerne aussi la souffrance des animaux :
La croix du Christ est symbole de toutes les souffrances des hommes, disait-il.
Elle révèle que Dieu s'identifie aux créatures vulnérables, faibles, sans pouvoir et particulièrement à tous les êtres innocents sans protection et sans défense.
Nous qui avons compris notre solidarité avec tous les crucifiés et l'horreur de leur sort, nous comprenons aussi notre solidarité avec les animaux innocents et l'horreur de leur sort.
La croix est symbole des souffrances des animaux comme des  hommes.
Et Jean le Visionnaire a dit : Toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, sur la mer je les entendis qui disaient :
« A celui qui est assis sur le trône, et à l'Agneau, soient la louange, l'honneur, la gloire, et la force, aux siècles des siècles ! » Apo 5.11-14 

 


François Thiria

Solidarités avec les animaux souffrants  Ca me paraît assez nouveau dans le christianisme, quoique François d’Assise…Dans ma religion en tout cas (ainsi que chez les bouddhistes et les jaïns) le respect des animaux, la non violence envers eux est une longue tradition. Ca n’empêche pas qu’il y a de nombreux écarts…et de nombreuses preuves que c’est encore d’actualité. Si tu te promènes en Inde tu peux rencontrer des personnes tout de blanc vêtues, qui porte un masque pour ne pas avaler d’insecte, qui balaye devant eux pour ne pas écraser des petits animaux. Tulsi Das dans sa version du Ramayana montrait son respect pour les animaux :
« Ces myriades d’êtres vivants de toute espèce et forme
Habitants des eaux, de la terre et des airs
Je les salue tous respectueusement, les mains jointes,
Sachant que le monde entier est plein de la Divinité ! » (8)

 

 

8


Gilles Castelnau

Jésus-Christ
Parmi tous les hommes qui savent me parler, qui me font prendre conscience du fondement dans lequel je puise, comme tout être, mon élan vital, qui répond à ce qui me préoccupe ultimement, Jésus-Christ est unique à mes yeux.
J'aime lire ce que les évangiles disent de lui : à son contact, sous son influence, les aveugles voyaient, les lépreux étaient purifiés, les morts ressuscitaient. Je comprends que ces mots désignent un dynamisme créateur, un souffle d'apaisement, une fraternité renouvelée.
Ce Souffle de vie monte en nous comme en lui, réoriente nos pensées et nous fait affronter le mal dans un esprit de victoire à travers nos défaites et la mort elle-même. C'est le Souffle du Dieu qui nous rend humains, avec nos compagnons les autres hommes de bonne volonté.

 


François Thiria

La présence de Jésus-Christ provoquait chez ses interlocuteurs comme un souffle, un dynamisme créateur qui bouleversait leur vie. Cela change de notre « dharma » qui est la règle de vie comme le dit Krishna dans la Baghavat gita :
« Tu dois agir, mais non à jouir du fruit de tes actes. Ne prends jamais pour motif le fruit de tes actions ; n’aie pas d’attachement non plus pour le non-agir…Fais ce que tu dois faire sans te permettre aucun attachement, l’âme égale dans le succès et l’insuccès. L’équanimité, voilà ce que l’on appelle la discipline » (9)

Mais ses commandements un peu froids, parfois inhumains (il s’agit là de combattre ses cousins d’enfance) sont pondérés parce que l’on appelle la « bhakti », l’amour intime de la Divinité comme le chante Kabir :
« O Seigneur tu es l’Eau que ma soif dévore sans cesse :
Au sein de cette Eau le feu de mon désir grandit !
Tu es l’Océan, je suis le poisson,
Qui demeure dans l’eau et languit de ton absence » (10)

et la bienveillance vis-à-vis de notre prochain chantée aussi par Tagore :

« Quitte ton chapelet, laisse ton chant, tes psalmodies ! Qui crois-tu honorer dans ce sombre coin solitaire d’un temple dont toutes les portes sont fermées ? Ouvre tes yeux et vois que ton Dieu n’est pas devant toi.
Il est là où le laboureur laboure le sol dur ; et au bord du sentier où peine le casseur de pierres. Il est avec eux dans le soleil et dans l’averse. Son vêtement est couvert de poussière. Dépouille ton manteau pieux ; pareil à Lui descends aussi dans la poussière ! (11)

 

 

9


Gilles Castelnau

Imaginez que, parce que nous sommes conscients de nos limites, de nos insuffisances, du mécontentement que nous avons parfois de nous-mêmes, nous nous laissions aller à chantonner : « Seigneur aie pitié, Christ aie pitié, Seigneur aie pitié ». 
Unis au Christ dans cette atmosphère des évangile, vous savez bien que Jésus nous répondrait : 
- « Arrête ! on va maintenant chez Zachée, le collecteur d'impôts haï de la foule de Jéricho. Et on va lui dire que le salut est entré dans sa maison car il est aussi un fils d'Abraham et il n'en est pas conscient. Il nous recevra certainement avec joie. Et les choses iront mieux pour lui et…. aussi pour nous. »
Alors laissons entrer en nous l’Esprit de paix et de joie, de créativité divine, levons-nous et marchons !

 


François Thiria

Arrêtons de nous plaindre de nos insuffisances et demander l’aide de Dieu : levons-nous et marchons (à la rencontre de notre prochain). Belles paroles que Gandhi a transformé à sa manière :

« Servir est une religion ; et j’avais embrassé cette foi, dans le sentiment que ce n’était qu’en servant qu’on pouvait atteindre Dieu » (12)

 

 

10


Gilles Castelnau

Intercession
Dans les prières d’intercession à la fin des cultes nous suggérons à Dieu qu’il ferait bien de s’occuper davantage de plusieurs points qui nous paraissent urgents et qu’il semble ignorer. 
On recommence fidèlement et patiemment dimanche après dimanche car on n’a jamais l’impression que Dieu ait le moins du monde arrangé les choses comme il pourrait si facilement le faire dans sa toute puissance manifestement demeurée inactive.
Mais je crois qu’il nous répond que ces tâches nous incombent et d’ailleurs que son Esprit nous en rend individuellement et collectivement capables.
La prière renonce dès lors à ses cascades de demandes et se fait plutôt méditation : attitude de calme, suscitée peut-être par une lecture biblique, où l’on prend conscience de la force de vie cosmique qui nous anime, nous rend participant à toutes les autres vies du monde, proches et lointaines et renouvelle en nos cœurs  l'amour et la créativité dynamique que Jésus-Christ nous a fait connaître. Volonté de Dieu que chacun, comme dit le prophète, puisse demeurer « sous sa vigne, sous son figuier et boire l’eau de sa propre citerne » (Esaïe 36.17)

 


François Thiria

La prière est une attitude où l’on prend conscience de la force cosmique qui nous anime. C’est bien une attitude indienne de communion avec le cosmos :

« Nous avons pour père le même et unique Créateur, et de ce fait les facultés divines que nous recelons en nous sont infinies ! » (13)

 

 

11

Gilles Castelnau

Et si vous ne croyez pas trop en Dieu
Si vous ne pouvez pas trop croire en Dieu, cela n’a pas tellement d’importance. Dieu ne demande pas qu’on lui proclame des confessions de foi, qu’on le flatte en lui répétant qu’il est le plus grand, qu’on le supplie d’avoir pitié.
Dieu n’est pas un maharadja couvert de gloire et de puissance qui exige des génuflexions et des prières. Si c’était le cas, Jésus l’aurait dit.
Dieu est la Source de la vie dans laquelle nous puisons l’eau de notre existence. Il est le terreau vivifiant dans lequel nous sommes enracinés. Il est le médecin qui guérit nos âmes. Et nos médecins ne demandent pas avant tout nos remerciements et nos louanges, ils veulent surtout que nous bénéficions de leurs prescriptions et sont heureux de nous voir retrouver la santé.
Si, avec notre tête, nous ne pouvons pas expliquer Dieu et si nous tournons en rond en supputant  la probabilité de son existence, ouvrons alors notre cœur et puisons au plus profond de nous-mêmes l’élan vital, la force, le courage de relever votre menton et de tenir le coup à travers les malheurs de l’existence que nous connaissons bien.

 


François Thiria

Si nous ne pouvons connaitre Dieu alors ouvrons notre cœur et puisons au plus profond de nous même l’élan vital. Tagore à nouveau nous éclaire :
« Toujours j’essaierai de garder de toute fausseté mes pensées,
sachant que tu es cette vérité qui éveille la lumière de la raison dans mon esprit
Toujours j’essaierai d’écarter toute méchanceté de mon cœur et de maintenir en fleur mon amour,
sachant que tu as ta demeure dans le secret autel de mon cœur
Et ce sera mon effort de te révéler dans mes actes,
sachant que c’est ton pouvoir qui me donne force pour agir » (14)

 

 

12


Gilles Castelnau

Adhémar de Barros, poète argentin.
J'ai fait un rêve, la nuit de Noël. 
Je cheminais sur la plage, côte à côte avec le Seigneur. 
Nos pas se dessinaient sur le sable, laissant une double empreinte, 
la mienne et celle du Seigneur.
L'idée me vint - c'était un songe - que chacun de nos pas représentait un jour de ma vie. 
Je me suis arrêté pour regarder en arrière. 
J'ai vu toutes ces traces qui se perdaient au loin. 
Mais je remarquai qu'en certains endroits, 
au lieu de deux empreintes, il n'y en avait plus qu'une. 
J'ai revu le film de ma vie. 
O surprise ! Les lieux de l'empreinte unique correspondaient aux jours les plus sombres de mon existence. 
Jours d'angoisse ou de mauvais vouloir ; jours d'égoïsme ou de mauvaise humeur ; jours d'épreuve et de doute ; jours intenables... jours où, moi aussi, j'avais été intenable. 
Alors, me tournant vers le Seigneur, j'osai lui faire des reproches : 
« Tu nous a pourtant promis d'être avec nous tous les jours ! 
Pourquoi n'as-tu pas tenu ta promesse ? 
Pourquoi m'avoir laissé seul aux pires moments de ma vie ? 
Aux jours où j'avais le plus besoin de ta présence ? »
Mais le Seigneur m'a répondu : 
« Mon ami, les jours où tu ne vois qu'une trace de pas sur le sable, 
ce sont les jours, où je t'ai porté dans mes bras »

 


François Thiria

Toi qui connaît ce pasteur dis lui gentiment, afin qu’il ne se vexe pas, que Adhémar de Barros n’est pas argentin mais brésilien. Toujours Tagore en communion avec Barros :
« O insensé qui essaie de se porter sur ses propres épaules ! O mendiant qui vient mendier à sa propre porte !
Dépose tes fardeaux entre les mains de celui qui peut tout porter, et jamais ne jette un regard de regret en arrière » (15)

 

Tu dois sentir que cette homélie m’a perturbé, et que je suis loin d’avoir fini ma réflexion sur ma propre religion. Quant à ta religion, représenté par cet « éminent » pasteur, je me pose la question de savoir si l’image de ce Dieu redoutable, exigeant, punissant que l’on nous a montré quand nous étions jeunes, si cette image là est soluble dans le protestantisme libéral ?

__________________________

 

(1) (« Chants Mystiques de Mira Bai », Les Belles Lettres)

(2) (« L’offrande lyrique », Tagore, Gallimard)

(3) (« Les fondements de la culture indienne » Sri Aurobindo, Buchet/Chastel)

(4) (« Au cabaret de l’amour », Kabir, Gallimard)

(5) (« Les fondements de la culture indienne » Sri Aurobindo, Buchet/Chastel)

(6)(« Psaumes du pèlerin » de Toukaram, Gallimard)

(7) (« Psaumes du pèlerin » de Toukaram, Gallimard)

(8) (« Ramayana » de Tulsi-Das, Les Belles Lettres)

(9) (« Bhagavat Gita » Chant II)

(10) (« Au cabaret de l’amour », Kabir, Gallimard)

(11) (« l’offrande lyrique » Tagore, Gallimard)

(12) ( « Autobiographie »Gandhi, PUF)

(13) ( « Autobiographie »Gandhi, PUF)

(14) (« L’offrande lyrique », Tagore, Gallimard)

(15) ( « L’offrande lyrique » Tagore, Gallimard)


 

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