Image de l’Inde
Mariage arrangé,
arrangement numérique
François Thiria
13 avril 2016
Il y a dix ans nous visitions la belle ville de Jaisalmer, dans le Rajasthan dans le Nord Ouest de L’Inde, un des États les plus pauvres de l’Union Indienne. Cette ville est entourée de muraille et repose sur une colline surplombant le désert de Thar, non loin du Pakistan. Un grand nombre de maisons (havelis) sont construites en grès beige dont les ornements le transforment en dentelle. Les vaches sont omniprésentes dans les rues et du fait de peu de vent l’atmosphère est pestilentielle.
Nous avions un guide parlant français et tout à fait charmant. Nous l’invitâmes à déjeuner et il nous raconta sa vie. Il allait se marier ; nous le félicitâmes. Puis il nous dit « Mon oncle m’a envoyé la photo de ma fiancée que je ne verrai que le jour de mon mariage, et lorsqu’elle viendra chez mes parents pour y habiter avec moi elle portera le voile, de telle sorte que mon frère ne verra jamais son visage ! » Effroi dans notre groupe !
Il était d’un milieu hindouiste très conservateur (une tribu ?). Mais dans cet Etat, le Rajasthan, le premier ministre démocratiquement élu était une femme ! Nous pouvions saisir par cet exemple l’écart de mœurs qu’il pouvait y avoir dans la population. C’est à l’image de l’Inde qui montre des structures nombreuses : classes, castes, ethnies, langues, religions, géographie... C’est une mosaïque qui a pourtant suffisamment de mortier pour tenir ensemble toutes ces parties qui en fin de compte est une richesse.
Dix ans plus tard nous visitions la belle ville de Jodhpur, dans le Rajasthan, toujours dans le Nord Ouest de l’Inde et toujours pauvre. Une immense forteresse contenant des trésors d’architecture surplombe la ville dont les maisons sont peintes en bleu. Nous avions un guide parlant français et nous discutions avec lui et il nous dit qu’il allait se marier. Nous le félicitons chaleureusement. Puis il nous dit : « Mon oncle m’a envoyé la photo de ma fiancée... » Oh non ! Ça recommence, ils ne changeront jamais ces indiens ! « Mais derrière la photo il y avait son numéro de portable ! Je lui ai téléphoné, nous avons communiqué par internet avec Skype et nous avons décidé de nous marier »
Nous ne savions si nous devions admirer le plus, la technologie ou l’évolution de « l’oncle ».
Mutatis mutandis...
Conte à l’usage des européens
En 2016 un projet de construction d’une mosquée à Tulle soulève de grands débats pour ne pas dire des mouvements hostiles, des mails injurieux, des rumeurs semant la peur et la haine, de fausses informations (construite sur fonds publics, de dimensions invraisemblables, de fausses photos du chantier alors que le permis de construire n’est pas encore délivré.)
« Chrétiens, musulmans ou juifs, nous sommes tous pareils et voulons pratiquer notre religion dans le respect » confie Mimoun Akkaoui, président des musulmans de Tulle.
C’est hélas souvent le cas pour la construction de mosquées nécessaires pour la prière de million de musulmans vivant en France
Dix ans après, en 2026 (sic) un projet de construction d’une mosquée dans la bonne ville de « Quelquepartville » s’annonce et une poignée de « bonnes âmes » entament leur croisade d’opposition à cette construction avec les bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves. Mais c’était sans compter sur un nouveau réseau social associé à une nouvelle technologie, « Salam-Shalom-Salut » créé en 2017 (sic) et dont la réussite a permis à l’Islam de France de mieux se faire connaître, de présenter sa religion, les problèmes rencontrés et les évolutions envisagées.
Ce nouveau « réseau » a permis d’intégrer dans la culture française ce nouvel apport et surtout de ne plus en avoir peur.
On peut y apprendre que chaque sourate est introduite par la formule (basmala) : « au Nom de Dieu, Le Tout Miséricordieux, Le Miséricordieux »
On peut y lire des citations du Coran telles que :
« Dieu ordonne la justice, le bel agir, la libéralité envers les proches » (XVI, 90)
« Point de contrainte en religion » (II, 256)
« Si ton Seigneur le voulait, sûr que les habitants de la terre croiraient tous jusqu’au dernier. Mais toi, peux tu contraindre les gens à croire ? » (X, 99)
« Tuer une âme non coupable du meurtre d’une autre âme ou de dégât sur la terre, c’est comme d’avoir tué l’humanité entière ; et que faire vivre une âme c’est comme faire vivre l’humanité toute entière » (V, 32)
« Repousse la mauvaise action par une belle, et voici celui qu’opposait à toi l’inimitié mutuelle prend les traits d’un allié chaleureux » (XLI,34)
( Les citations sont extraites du « Coran, essai de traduction » de Jacques Berque aux éditions Albin Michel)
L’opposition montée par nos bonnes âmes n’eut aucun succès et la réalisation de cette mosquée devrait se réaliser sans encombre !
Nous ne savons pas si nous devrions admirer le plus, la technologie ou le changement des mentalités !
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