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Tareq Oubrou

ce que vous  ne savez pas  sur l’islam

répondre aux préjugés des musulmans et des non musulmans

 

Fayard 240 pages – 16 €

 

recension Gilles Castelnau

 

10 avril 2016

Tareq Oubrou est iman de Bordeaux depuis près de 25 ans et membre de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) qui n’est pas particulièrement libérale. Il se consacre néanmoins à penser une fidélité à l’islam qui serait enracinée dans la tradition la plus pure.

Il s’efforce d’expliquer l’islam aux non musulmans qui lui sont souvent hostiles, à combattre les préjugés courants et à les convaincre de la possibilité de l’admettre dans notre culture démocratique et laïque.

Il lutte aussi contre les traditions courantes dans certains milieux musulmans populaires et peu instruits qui tendent à radicaliser leur mentalité afin de leur donner une identité spécifique.

Tareq Oubrou est un homme de culture capable de s’exprimer clairement et de manière parfaitement compréhensible pour les non initiés afin de promouvoir une pensée globalement apaisée.

Voici les titres de quelques chapitres de son livre :

La liberté de conscience, ou le droit de changer de religion
L’islam, la politique et la laïcité
Le Coran et l’égalité homme-femme
L’abattage rituel ou la souffrance de l’animal
Islam, science et évolutionnisme

En voici quelques passages

 

page 87

Un islam sans sharia ?

La fatwâ et la visibilité de l’islam en contexte laïque français

La fatwâ positive situationnelle ou individualisée
[...] Tandis que la fatwâ commune se construit en fonction du texte juridique français, supposé fixe, la fatwâ situationnelle est énoncée en fonction de la situation culturelle et des mentalités françaises. Dans certains domaines, celles-ci constituent une forme de contrainte sociale qui limite la visibilité de la pratique musulmane, pourtant théoriquement tolérée par le droit. En d'autres termes, alors que la fatwâ commune est une norme-spectre touchant le maximum de musulmans désireux de pratiquer, la fatwâ situationnelle est une norme-faisceau éclairant les pratiques liées à des individualités et à des situations exceptionnelles, non explicitées par la fatwâ commune. On peut parler, avec la fatwâ situationnelle, d'une individuation de la fatwâ : elle sera valable pour une personne, mais inappropriée pour une autre ; valable dans une situation, mais inadéquate dans une autre.

Ce procédé s'inspire d'un ensemble de fatwâs du Prophète, qui variait ses réponses en fonction des individus et des situations vécues par un même individu. Par exemple, il existe un hadith dans lequel le Prophète donne une autorisation à Abû Burda en ces termes : « Cela n'est permis qu'à toi. » Or il a déjà accordé la même dérogation à un autre compagnon, 'Uqba ibn 'Âmir, dans des termes similaires.

Cela veut dire que ce type de fatwâ doit rester une exception, mais peut néanmoins concerner tout individu qui se trouve dans cette situation exceptionnelle précise. Il ne faut pas perdre de vue cette souplesse de la fatwâ, qui peut changer en fonction des mœurs et des mentalités.

La fatwâ situationnelle a une portée qui dépasse l'aspect individuel : elle vise à acculturer les musulmans en prenant en considération non seulement le droit français, mais la culture, l'histoire et l'identité françaises. Ainsi, de même que l'on écrivait plus haut que le droit des musulmans est le droit français, on peut dire que la civilisation des musulmans de France est la civilisation occidentale. Ce type de fatwâ. vise aussi à faire en sorte que l'islam s'adapte à la civilisation occidentale et s'approprie son histoire, à laquelle les arabo-musulmans médiévaux ont d'ailleurs contribué.

 

 

page 149

 Le Coran et l’égalité homme-femme

En matière successorale, la femme vaut-elle la moitié de l’homme ?

Dans les questions de droit successoral en islam on déduit souvent de formules mathématiques des conclusions axiologiques : la femme héritant la moitié de ce que l'homme hérite, alors elle vaudrait la moitié de l'homme. Tout d'abord, cette règle n'est pas absolue. Parfois, la femme hérite la même portion que l'homme. Le père et la mère héritent la même part des biens de leur descendance. Parfois la femme hérite plus que l'homme : c'est le cas par exemple pour deux sœurs qui peuvent se partager les deux tiers de l'héritage, le reste étant distribué aux autres membres de la famille, hommes et femmes confondus.

Il existe effectivement une disposition successorale concernant les frères et sœurs qui donne à la femme la moitié de ce que reçoit son frère. Encore une fois, il convient de la replacer dans son contexte. Dans une société où la subsistance est liée à la fourniture d'un travail physique, les femmes se trouvent dans une situation de dépendance par rapport aux hommes. Dès lors, il y a une logique à ce que le frère dispose du double de sa sœur : il a l'obligation juridique d'assurer une dot à sa femme au moment de son mariage et de subvenir aux besoins matériels de sa famille. Sa sœur, elle, reçoit la dot de son mari d'une part et l'héritage de sa famille d'autre part. Elle garde pour elle tout son argent et le gère sans la permission ni de son frère, ni de son père, ni de son mari, comme l'exige formellement le droit canonique. Rappelons qu'en France il a fallu attendre 1907 pour que les femmes mariées puissent disposer librement de leur salaire. Selon ce même droit canonique classique, une femme riche mariée à un homme pauvre n'a pas l'obligation juridique de subvenir aux besoins financiers de sa famille : cette charge incombe à son mari. Elle peut même demander le divorce au motif de l'incapacité de son mari à assumer cette charge.

Dans nos sociétés modernes, on ne gagne plus sa vie exclusivement grâce à la force physique, et les femmes travaillent tout comme les hommes. La technologie et les compétences intellectuelles leur garantissent, en principe, une totale indépendance par rapport aux hommes. Une femme qui travaille doit donc subvenir aux besoins de sa famille, même si le droit canonique classique l'exempte de ce devoir. Qui dit mêmes devoirs dit mêmes droits ; par conséquent, il faut que les proportions de l'héritage soient ajustées pour aller vers plus d'égalité en ce domaine.

 

 

page 201

Islam, science et évolutionnisme

Une théorie de l’évolution mahométane ?

Au XIXe siècle, John William Draper, philosophe et historien, parla d'une Mohammedan theory of the evolution, une théorie mahométane de l'évolution. Cela veut dire que cette théorie existait déjà chez les musulmans, et que les musulmans qui combattent aujourd'hui la théorie de l'évolution combattent ce que leurs ancêtres savants arabo-musulmans ont conçu dès le IXe siècle, d'Al-Jâhîz à Ibn Khaldoun, en passant par Miskawayh ou encore Nasîr ad-Dîn at-Tûsî.

Ibn Khaldoun, théologien, qâdî, historien et sociologue, évoque cette théorie dans ses Prolégomènes (Al-Muqaddima). Dans le sixième discours préliminaire, il décrit une gradation ou progression (tadrîj) qui commence par les minéraux et se poursuit par les plantes (inférieures, puis supérieures), les animaux (inférieurs, puis supérieurs), « jusqu'à l'homme, [progression qui] remonte jusqu'à lui à partir du monde des singes [al-qirada], lequel monde est doté de sensibilité et de perception, mais sans aller jusqu'à être capable d'avoir une opinion et une pensée proprement dites. » Cette description de l'évolution reflète l'épistémè dans laquelle se trouvait la pensée musulmane à cette époque et explique l'intelligence avec laquelle fut accueilli par la suite le darwinisme dans les milieux savants de l'islam. Ce n'est que récemment que le combat contre cette théorie est apparu dans le monde musulman, puis s'est brutalement intensifié.

Qu'une simple question scientifique se soit transformée en combat dogmatique pour sauver la foi est complètement ridicule, étant donné que ce créationnisme issu d'une lecture littéraliste de la Bible est nouveau et étranger à la pensée théologique musulmane. Il repose sur une vision magique de l'univers, lequel serait fixe et discontinu, alors que Dieu aurait créé toute chose par ordre graduel et évolutif continu.





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