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Les religions et le terrorisme

 

 

Leonardo Boff

 

article transmis par la Revue « Pavés »

traduit du brésilien par Jean-Loup Robaux

 


4 avril 2015

Les principaux conflits de la fin du XXe siècle et des débuts du nouveau millénaire ont un fondement religieux. Ainsi en Irlande, au Kosovo, au Cachemir, en Afganistan, en Irak et dans le nouvel État Islamique, extrêmement violent. Ce fut évident à Paris avec l’assassinat des caricaturistes et d’autres personnes par des fondamentalistes islamiques. Comment cela fait-il partie de la religion ? Ce n’est pas sans raison que Samuel P. Huntington, a écrit dans son livre bien connu Le choc des civilisations : « Dans le monde moderne il est une force centrale peut-être la force centrale qui motive et mobilise les personnes... En dernière analyse ce qui compte pour les personnes, ce n’est pas l’idéologie politique ni l’intérêt économique ; ce qui fait que les personnes s’identifient, ce sont les convictions religieuses, la famille et les crédos. C’est pour ces choses-là qu’ils combattent et sont même disposés à donner leur vie. » (1997, p. 79).
Huntington critique la politique extérieure nord-américaine pour n’avoir jamais donné le poids voulu au facteur religieux, le considérant comme quelque chose de passé et de dépassé. Profonde erreur. C’est le substrat des plus graves conflits que nous sommes en train de vivre. 

Que nous le voulions ou non, et malgré le processus de sécularisation et l’éclipse du sacré, une grande partie de l’humanité s’oriente par la cosmovision religieuse, judaïque, chrétienne, islamique, shintoïste, bouddhiste et autres. 

Comme l’affirmait déjà Christopher Dawson (1889-1970), le grand  historien anglais des cultures : « les grandes religions sont des murs sur lesquels reposent les civilisations » (Dynamics of World History, 1957, p. 128). Les religions sont le « point d'honneur » d’une culture, car à travers elles, elle projette ses grands rêves, élabore ses lois éthiques, confère un sens à l’histoire et dit ce qu’elle a à dire sur  les fins ultimes de la vie et de l’univers. Seule la culture moderne n’a produit aucune religion. Elle a trouvé des substituts avec des fonctions idolâtriques, comme la Raison, le progrès sans fin, la consommation illimitée, l’accumulation sans limites et autres. La conséquence a été dénoncée par Nietzsche qui a proclamé la mort de Dieu. Dieu serait mort car il ne serait pas Dieu. C’est un fait que les hommes ont tué Dieu. Il voulait ainsi signifier que Dieu n’est plus le point de référence pour les valeurs fondamentales, pour une cohésion par le haut entre les humains. Les conséquences, nous les vivons au niveau planétaire : une humanité sans but, une solitude atroce et le sentiment de déracinement, sans savoir par où l’histoire nous mène. 

Si nous voulons avoir la paix dans le monde, nous devons sauver le sentiment du sacré, la dimension spirituelle de la vie qui est à l’origine des religions. Mais en réalité, la spiritualité est plus importante que les religions, elle se présente comme une dimension humaine profonde. Et la spiritualité s’extériorise sous la forme de religions, dont le sens est d’alimenter et d’imprégner  la vie de spiritualité. Cela ne se réalise pas toujours parce que presque toutes les religions, en s’instituant, entrent dans le jeu du pouvoir, des hiérarchies et peuvent prendre des formes pathologiques. Tout ce qui sain peut devenir malade. Mais nous évaluons les religions à partir des versions « saines », tout comme les personnes, et non par leurs versions pathologiques. Nous voyons ainsi qu’elles assument une fonction impossible à remplacer : la tentative de donner un sens ultime à l’histoire. 

Aujourd’hui le fondamentalisme et le terrorisme, qui sont des pathologies religieuses, gagnent du terrain. Cela est dû en grande partie au désastreux processus de globalisation (en réalité, d’occidentalisation du monde) qui passe par-dessus les différences, détruit les identités et leur impose des coutumes qui leur sont étrangères. 

Généralement, quand cela arrive, les peuples s’accrochent à des choses qui sont les gardiennes de leur identité. C’est dans les religions qu’ils gardent leur mémoire et leurs meilleurs symboles. Quand ils se sentent envahis comme en Irak ou en Afghanistan, ils se réfugient dans leurs religions comme forme de résistance. Mais la question n’est pas religieuse. Elle est avant tout une politique qui utilise la religion comme auto-défense. L’invasion suscite la rage et la volonté de vengeance. Le fondamentalisme et le terrorisme trouvent dans ce complexe de questions leur nid originel. D’où les attentats terroristes. 

Comment surpasser cette impasse de civilisation ? Fondamentalement il s’agit de vivre une éthique d’hospitalité, se disposer au dialogue et apprendre avec le différent, vivre la tolérance active, se sentir humains. 

Les religions doivent se reconnaître mutuellement, entrer en dialogue et chercher des convergences minimales qui leur permettent de vivre ensemble pacifiquement. Avant tout il importe de reconnaître le pluralisme religieux, de fait et de droit. La pluralité dérive d’une correcte compréhension de Dieu. Aucune religion ne peut prétendre encadrer le Mystère, la Source originelle de tout être ou quelque nom que voulions donner à la Suprême Réalité dans les mailles de son discours ; s’il en était ainsi, Dieu serait un morceau du monde, une idole en réalité. Il est toujours  au-delà et toujours au-dessous. Alors, il y a de la place pour les autres expressions et les autres manières de le célébrer, qui ne soient pas exclusivement à travers cette religion concrète.

Les onze premiers chapitres de la Genèse renferment une grande leçon. On n’y parle pas d’Israël comme peuple élu. On se réfère aux peuples de la Terre, tous comme des peuples de Dieu. Sur eux brille l’arc-en-ciel de l’alliance divine. Ce message nous rappelle encore aujourd’hui que tous les peuples, avec leurs religions et traditions, sont peuples de Dieu, tous vivent sur Terre, Jardin de Dieu, et forment l’unique espèce humaine composée de nombreuses familles avec leurs traditions, cultures et religions. 

 



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