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Dialogue interreligieux

 

Mahomet

Histoire d'un Arabe
Invention d'un Prophète

 

Tilman Nagel

professeur émérite de langue et culture arabes
à l'Université de Göttingen

 

Traduction de Jean-Marc Tétaz

 

Éd. Labor et Fides

386 pages - 29 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

28 novembre 2012

Voici la présentation de la 4e de couverture :
L'ouvrage du professeur Tilman Nagel est la première biographie historico-critique de Mahomet parue depuis plus de cent ans.
Pour cela, il met à profit les importants progrès faits ces dernières décennies par la recherche historique sur l'Arabie préislamique et utilise l’intégralité des sources à disposition. Il peut ainsi à la fois revisiter l'image dogmatique de la vie de Mahomet transmise par les traditions musulmanes et proposer une biographie du fondateur de l'islam inscrite de façon aussi précise que possible dans l'histoire politique, religieuse et sociale de son temps.
Dans les derniers chapitres du livre, Nagel montre par quels chemins et pour quelles raisons la vie du Prophète a été par la suite l'objet d'une dogmatisation qui en a estompé les contours historiques. C'est en ce sens qu'on peut parler de l’invention d'un Prophète. Cette seconde démarche n'explique pas seulement comment est née la conception habituelle de la vie de Mahomet ; elle fournit aussi les clés nécessaires pour soumettre à la critique historique ces traditions et les rendre ainsi utilisables pour une discussion informée sur l'islam et son fondateur.

Le lecteur devra surmonter la difficulté de ces 386 pages contenant de nombreux noms arabes à l'orthographe évidemmnent inhabituelle et désignant des personnages, des lieux, des événements, des réalités peu connus. Mais quel vision étrange et pénétrante du monde musulman nous est présentée par cet éminent spécialiste !

En voici quelques passages.

.

 

pages I et IV

Préface de Jean-Marc Tétaz

Le personnage historique de Mahomet menace de s’estomper dans les brouillards de la légende, laissant le choix entre l'hagiographie pieuse et le doute hypercritique.
[...]

Une comparaison des résultats auxquels aboutit Nagel avec l'opinio communis de la recherche montre la nouveauté de ses résultats. Je n'en donnerai que deux exemples.
Commençons par le document parfois appelé « constitution de Médine ». La recherche occidentale veut traditionnellement y voir un document datant de l'établissement de Mahomet à Médine et attestant le fait qu'il y aurait été appelé pour pacifier une oasis aux prises avec des conflits récurrents entre les cinq tribus (deux arabes, trois juives) l'occupant. Nagel montre qu'il n'en est rien, que ce texte est plus tardif et qu'il a été rédigé consécutivement à une défaite de Mahomet contre les troupes de La Mecque, défaite à la suite de laquelle il a fallu clarifier les règles de collaboration entre les Emigrés de La Mecque et leurs hôtes de Médine en cas de guerre. Il montre ensuite que ce texte ne concerne nullement les trois tribus juives, mais que les Juifs qu'il mentionne sont uniquement les convertis juifs des deux tribus arabes.
Cette nouvelle interprétation implique d'une part qu'il n'y a jamais eu de la part de Mahomet, d'accord avec les tribus juives de Médine, donc pas non plus de modification radicale de l'attitude de Mahomet à leur égard, mais plutôt une radicalisation progressive de son rejet du judaïsme (qui se refusait à le reconnaître comme prophète) aboutissant à l'expulsion, et même au massacre des Juifs de Médine.
Elle implique d'autre part que Mahomet n'est nullement venu à Médine comme une sorte de condottiere appelé pour pacifier l'oasis et prendre la direction des opérations militaires (l'obligation des Médinois de fournir des troupes est une interpolation tardive), mais comme un exilé cherchant protection et utilisant, voire abusant de sa protection pour mener des opérations militaires qui étaient avant tout des raids privés, même s'ils ne tardèrent pas à impliquer, souvent à leur corps défendant, les hôtes médinois de Mahomet.
[...]

Mais, encore une fois, le travail historique ne saurait en rester là. Constater que le récit traditionnel de la vie de Mahomet est le résultat d'une déformation faisant disparaître le personnage historique et son milieu derrière le voile de la mémoire croyante oblige l'historien à s'interroger sur les motifs de cette déformation, sur le milieu historique qui en fut le porteur et sur les raisons de son succès. Bref, il faut historiciser la déshistoricisation de Mahomet. C'est à cette tâche que s'attelle la seconde partie du livre de Nagel. De l'histoire d'un Arabe, on passe à l'invention d'un prophète, c'est-à-dire à la création d'une figure suprahistorique incarnant dans le moindre de ses faits et gestes la droite direction d'Allah, le salut dans l'ici-bas promis au musulman. Nagel montre que cette conception, qui a trouvé dans le Hadith son vecteur de prédilection, n'a pu se développer qu'après ce qu'on appelle la « première guerre civile » (656-660). Elle s'imposera au cours du VIIIe siècle et donnera naissance à une littérature abondante, s'exprimant dans les genres les plus divers.

 

 

page 13

Introduction

Pour défendre l'absence de contradiction au sein du Coran, on développa le principe selon lequel le verset du Coran « descendu » le dernier annulait le contenu des versets antérieurs ; une modification dans les conceptions religieuses et morales de Mahomet ne saurait avoir eu lieu, même si les sources en témoignent avec toute la clarté voulue. L'interdiction de consommer du vin en est un exemple classique.
Dans la sourate 16, qui date de la fin de la prédication de Mahomet à La Mecque, la boisson enivrante est chantée comme un don de Dieu ; dans la sourate 2, qui appartient aux premiers temps de la prédication à Médine, Mahomet reconnaît l'utilité de l'usage du vin mais souligne que le vin pousse également au péché, et que le dommage est par conséquent plus grand que l'utilité.
C'est seulement dans la sourate 5, qui date des dernières années de l'activité de Mahomet à Médine, qu'il est prescrit aux vv. 90 à 92 d'éviter le vin parce qu'il provoque à la haine et à la discorde. De cette formulation. les spécialistes de la charia déduisent l’interdiction, d'origine divine à leurs yeux, de la consommation du vin, parce que cette formulation supprime les appréciations du vin plus anciennes, qui sont moins sévères.

Ces derniers temps, les érudits musulmans font souvent valoir que cette méthode de comparaison chronologique des textes. mise en œuvre depuis plus de mille ans, correspondrait exactement à l'analyse historico-critique des sources pratiquée par la science historique occidentale ; ce serait donc à tort que l'on reprocherait aux érudits musulmans d'exclure son application à la vie de Mahomet.
Cette assertion passe toutefois à côté de la question, car les considérations sur l'annulation d'énoncés divins plus anciens par des énoncés plus récents ne servent à rien d'autre qu'à sauver l'autorité des textes, et donc leur vérité supratemporelle et irréfragable.
Une analyse historico-critique de ces trois passages du Coran devrait emprunter une tout autre voie. Elle devrait les examiner en lien avec les témoignages d'autres sources qui montrent qu'il existait dans le paganisme arabe un courant mêlé d'idées provenant des grandes traditions religieuses monothéistes, le hanîfisme, auquel Mahomet, après l'expérience de sa vocation, a manifestement cherché à se rattacher. Il ne voulait cependant pas s'imposer et imposer à ses partisans, l'orientation fortement ascétique du hanîfisme. et en particulier sa condamnation de la consommation du vin.
A Médine, en revanche, où Mahomet apprit à comprendre la pratique religieuse qu'il prêchait comme une revivification fidèle du hanîfisme soi-disant fondé par Abraham et à la démarquer clairement du judaïsme et du christianisme, le rejet de la consommation du vin devint un élément essentiel de cette démarcation parce que le vin jouait un rôle central dans les pratiques cultuelles de ces deux religions.

 

 

page 182

Le conflit avec les Auxiliaires

Il brusqua en outre les Auxiliaires en achetant à l'un d'entre eux une jeune fille reçue en butin et en l'épousant sur-le-champ. Les autres prisonniers appartenant au clan de la jeune fille, qui se trouvaient contre toute attente alliés par mariage avec le Prophète, exigèrent d'être immédiatement affranchis gratuitement : comme beaux-frères du Prophète, il n'était guère possible qu'ils soient esclaves. Le Prophète pouvait difficilement contester ce point de vue ; du coup, un grand nombre d'Auxiliaires fut privé des prisonniers qu'ils avaient reçus comme butin. Leurs anciens protégés, grondaient les Auxiliaires, prenaient leurs distances :
« Ils essaient de prendre le pas sur nous dans notre patrie. Ils nient nos bienfaits. Au nom d'Allah, notre situation, et celles des loqueteux qurayshites, est celle que décrit le proverbe : "Engraisse ton chien, il te dévore ensuite !" »
En rentrant d'al-Muraisî, ‘A'isha, la très jeune femme de Mahomet, se compromit en manquant le départ de la caravane, accaparée qu'elle était par la recherche d'une chaîne en or qu'elle avait égarée. Des soupçons déplaisants se mirent à circuler. Hassân b. Thâbit, le panégyriste khazradjite du Prophète fut identifié comme l'un de ceux qui avaient répandu les rumeurs sur ‘Â'isha. ‘Alî b. abî Tâlib, un cousin de Mahomet. fut chargé d'enquêter sur la violation présumée de l'honneur de Mahomet, mais ne trouva que des bruits sans fondement. Hassân fut en conséquence puni par le fouet (cf. sourate 24, vv.11-20).

Il n'est guère surprenant que les Auxiliaires aient exprimé leur mauvaise humeur après avoir été privés de butin à Hunain. Hassân b. Thâbit demanda à Mahomet de façon polémique si, entre-temps, les suiveurs des Banû Sulaim avaient plus de valeur à ses yeux que ceux qui l'avaient reçu chez eux et l'avaient soutenu dans des combats dangereux. Les propos de Hassân reçurent un accueil favorable même de la part du Khazradj Sa'd b. 'Ubâda, un des douze délégués médinois désignés lors de la seconde entrevue à 'Aqaba, qui exigea une explication de Mahomet.
Celui-ci répondit par un accès de colère. Il consola toutefois les Auxiliaires en leur promettant de leur attribuer les produits de Bahreïn vers lequel se tournait alors justement son attention.
Il fit en outre valoir, rapporte-t-on, que maintenant qu'il avait pris La Mecque, il rentrait avec eux ; pouvait-il y avoir pour des hommes un plus grand avantage que de voir séjourner parmi eux l'Envoyé d'Allah ? - On se rappelle qu'il n'était pas possible pour Mahomet d'envisager un établissement durable à La Mecque.

 

 

page 283

L'Anniversaire du Prophète

Les érudits disent : « Quand Allah le sublime voulut amener sa création à l'existence, il fit apparaître avant tout autre la lumière [Mahomet].
Puis il créa à partir de cela toutes les créatures conformément à sa prescience, qu'ils dussent appartenir au monde supralunaire ou au monde sublunaire.
Ensuite, il appela [Mahomet] comme prophète et conclut avec lui une alliance stipulant que lui, Allah, était le seigneur. »

Al-Hulwânî, Ahmad b. Ahmad b. Ismâ'îl
Maakib Rabî' fi maulid ash-shafi'

L'apparition de la fête de l’Anniversaire du Prophète

En 1877, un certain Ahmad al-Hulwânî, un élève du célèbre chafiite Ibrâhîm al-Bâdjûrî qui enseigna à al-Azhar au milieu du XIXe siècle, publia un long traité dans lequel il rassembla les conceptions que les musulmans mettaient en relation avec la fête de l'Anniversaire du Prophète. Ils célèbrent cette fête le douzième jour du mois de Rabî' al-auwal (le troisième mois de l'année islamique).
D'après al-Hulwânî, ce jour symbolise le tournant décisif dans l'histoire du salut mise en œuvre par Allah : l'agir créateur d'Allah commence par la création de la lumière qu'est Mahomet, dont Allah fait procéder tout le monde d'ici-bas ; dans un premier temps, les créatures n'ont pas conscience de la substance à partir de laquelle elles sont formées ; c'est seulement avec l'entrée du Prophète dans l'existence terrestre le douzième jour du mois de Rabî' al-auwal de l' « Année de l'Éléphant » que cette substance primordiale devint connaissable pour chacun. Les premiers jours du mois doivent par conséquent être consacrés à commémorer l'existence préterrestre de l'Envoyé d'Allah, dont al-Hulwânî expose en détail les différentes époques.
En bon sunnite, il doit faire reposer ses thèses sur des hadiths. Comme il ne trouve rien dans les six collections canoniques de hadiths, il ne peut donner que des informations très imprécises sur la provenance de ses témoignages : un certain nombre de personnes les citent.
Ainsi Mahomet aurait dit : « La première chose qu'Allah créa fut ma lumière et à partir de ma lumière, il créa tout le reste. »
Un enseignement attesté par 'Umar est encore plus impressionnant :

« Sais-tu vraiment qui je suis, 'Umar ? Je suis celui dont Allah créa la lumière avant toute autre chose ! [Aussitôt], elle se jeta à terre devant Allah et demeura prosternée sept cents ans. Le premier qui se prosterna devant Allah fut donc ma lumière et ce n'est pas de la vantardise !
Sais-tu vraiment 'Umar, qui je suis ? Je suis celui à partir de la lumière duquel Allah créa le trône, ainsi que l'escabeau de ses pieds, la tablette et le stylet, ainsi que le soleil et la lune, ainsi que la lumière des yeux, ainsi que l'entendement ainsi que la connaissance dans le cœur des croyants, et ce n'est pas de la vantardise ! »

Al-Hulwânî tomba sur ce texte dans les Preuves de l'office prophétique d'al-Baihaqî (mort en 1066), ainsi que chez al-Hâkim an-Naisâbûrî (mort en 1014), un érudit rendu célèbre par un livre sur la science du Hadith. Depuis l'instant de sa création, le Mahomet cosmique assura le culte à Allah qui lui était assigné, et dès que le Mahomet terrestre fut né, il se jeta lui aussi à terre. « Chaque homme se comporte conformément à son habitude », commente al-Hulwânî.

 

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