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Athée et croyant


quand l’athéisme vient en aide à la foi

 

 

pasteur Jean Dumas

 

Éd. l'Harmattan

190 pages. 18 €

 

recension Gilles Castelnau

 

 

21 mai 2011

Le pasteur Jen Dumas qui est spécialiste des rencontres interreligieuses et qui est membre de la Conférence mondiale des religions pour la paix se tourne, cette fois, vers le monde des athées. A partir des trois tentations de Jésus, et en « collaboration » avec les philosophes Comte-Sponville, le pasteur Roland de Pury et Hannah Arendt, il aborde successivement les thèmes de la boulimie de l’avoir, de la fascination du pouvoir et du vertige de croire.
En voici quelques pages.

.

page 31

La boulimie de l’avoir
Le premier domaine où nous voyons la bonté tentée d'être obscurcie, enlaidie, flétrie, est celui de l'avoir et du manque. Jésus a faim. Depuis quarante jours qu'il jeune dans le désert, il manque cruellement de nourriture. Le Diable lui rappelle alors qu'en qualité de fils de Dieu, Jésus peut se fabriquer du pain à partir de rien. Et Jésus de répondre : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. »

page 39

Je comprends la parabole de la première tentation comme décrivant la dépravation de l'avoir. En ce qui concerne les nantis de l'Occident, il faut reconnaître que la perversion de l'avoir séduit les cœurs de tous, produisant l'envie exacerbée d'un toujours plus. Tandis que, pour les hommes du sud, se produit un effet boomerang : la séduction engendre la haine, alors qu'elle est censée donner envie d'acquérir des biens qui ne pourront jamais être acquis.

[...]

Mieux vaut la revolte que la haine. je pense qu'ensemble celui qui croit au ciel et celui qui n'y crolt pas en sont d'accord. L'un comme l'autre nous avons à trouver la force nécessaire pour savoir encore nous révolter.

C'est pourtant ici, peut-être, que nous nous séparons, athées et croyants. Car, pour le croyant que je veux être, je sais puiser à la source de la révolte. À l'imitation de Jésus, je m'appuie sur l'Ecriture qui m'affirme que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de Dieu. Cette Parole nourrit ma vie, et toute religion sincère s'appuie, chacune à sa façon, sur une tradition, écrite ou orale. Sur quelle Ecriture un athée peut-il appuyer sa révolte ? Il n'a que ses propres ressources à chercher en lui-même pour se révolter.

Le philosophe André COMTE-SPONVILLE répond à cet argument d'une façon surprenante :
« La fidélité c'est ce qui reste de la foi quand on l'a perdue. J'en suis là. Je ne crois plus en Dieu, depuis fort longtemps. Notre société, en tout cas en Europe, y croit de moins en moins. Est-ce une raison pour jeter le bébé, comme on dit familièrement, avec l'eau du bain ? Faut-il renoncer, en même temps qu'au Dieu socialement défunt, à toutes ces valeurs morales, culturelles, spirituelles - qui se sont dites en son nom ? Que ces valeurs soient nées, historiquement, dans les grandes religions (spécialement dans les trois grands monothéismes, pour ce qui concerne nos civilisations), nul ne l'ignore. Qu'elles aient été transmises, pendant des siècles, par la religion (spécialement, dans nos pays, par les Eglises catholiques et protestantes), nous ne sommes pas près de l'oublier. Mais cela ne prouve pas que ces valeurs aient besoin d'un Dieu pour subsister. Tout prouve, au contraire, que c'est nous qui avons besoin d'elles, soin d'une morale, d'une communion, d'une fidélité - pour pouvoir subsister d'une façon qui nous paraisse humainement cceptable. »

page 47

La fascination du pouvoir
Le diable conduit Jésus vers les sommets ; le Provocateur lui fait voir en un instant la totalité des royaumes habités et lui dit : Je peux te donner tout le pouvoir et la gloire de ces royaumes, ils m'ont été livrés et je les donne à qui bon me semble. Ils seront à toi, entièrement, si tu te prosternes devant moi. Jésus répond qu'il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et à lui seul tu rendras un culte. » (Luc 4, 5 à 8)

[...]

La deuxième tentation touche le cœur humain en son point faible : sa fascination pour le pouvoir. La personnification tentatrice fait miroiter l'attrait du pouvoir auquel tant d'hommes cèdent, avides d'exercer un pouvoir, leur pouvoir.

page 62

À ce propos, Hannah ARENDT avance un supplémen d'idée très intéressant mais difficile à comprendre. Après avoir montré que la « vita activa » permet de remettre à juste place la politique, qu'il faut distinguer de la catégorie de la consommation sous la rubrique du travail, elle avance la catégorie de la « vita contemplativa ». La vie contemplative permet à l'action politique de se comprendre elle-même, car il est nécessaire d'avoir sur la politique un regard extérieur qui la dépasse et la fonde. ARENDT comprend la politique comme étant fragile par nature. Cette fragilité du pouvoir est inéluctable, constate-t-elle. Car à tout moment la politique peut être ravalée au domaine social et économique de la consommation.

Je ne peux m'empêcher de rapprocher la pensée d'ARENDT de celle des Evangiles. Ceux-ci prêchent le royaume de Dieu, et c'est l'enfant de Bethléem, devenu l'homme Jésus, qui l'inaugure. Sa prédication de la grande espérance du royaume contourne et abroge les perversions du pouvoir telles que nous les avons décrites à l'état le plus extrême dans les régimes totalitaires. C'est sur cette évocation, sur cette invocation du Dieu de Jésus, que diffèrent les croyants et les athées. La question mérite qu'on la discute.

Je comprends tout à fait qu'un athée refuse de reconnaître que Dieu lui soit indispensable. Et je comprends autrement la philosophe ARENDT: je ne peux la « christianiser » à son insu. Elle ne cesse d'affirmer que la vie est le souverain bien.. Et elle utilise un langage religieux pour construire une pensé que j'appellerai « laïque », sans Dieu.

Pour moi, et pour ARENDT, si je comprends bien, la pensée de la politique peut s'exprimer sans Dieu. L'homme Jésus m'offre une vision de l'homme et du monde remplie d'espérance, mais sans l'hypothèse Dieu. L'évangéliste LUC outrepasse cette compréhension lorsqu'il place dans la bouche de Jésus l'invocation de son Dieu. Si Jésus est pleinement homme, sans pour autant être Dieu, comme je le pense, on peut comprendre que LUC, avec les mots de son temps, permet la possibilité d'un pouvoir temporel sans Dieu. C'est ainsi que le comprend le philosophe COMTESPONVILLE. Nous avons déjà évoqué cette spiritualité athée lors de notre réflexion sur l'avoir.

page 69

Le vertige du croire
« Puis il amène Jésus à Jérusalem. Ille place au sommet du Temple et lui dit: Si tu es fils de Dieu, jette-toi en bas. Ainsi qu'il est écrit: « Il commandera à ses anges de veiller sur toi, et ils te soutiendront dans leurs bras pour que ton pied ne heurte pas de pierre. » Jésus répond qu'il a été dit « Tu n'éprouveras pas le Seigneur, ton Dieu.» Le provocateur a épuisé toutes les sortes d'épreuves. Il s'est retiré de lui, attendant le moment opportun. » Luc 4, 9-13

Cette troisième tentation (la seconde pour Matthieu, qui emploie les mêmes termes) concerne la foi. Après l'avoir et le pouvoir, vient la tentation du croire. C'est reconnaître qu'il est possible au croyant de pervertir sa manière de croire.

… DE PURY donne encore la parole au Séducteur: « Te voilà au sommet du Temple, Jésus. Le monde entier te regarde et t'attend, ô Fils de Dieu. Il compte sur toi, sur ton courage, sur ta foi, sur ta confiance. L'heure est venue. Le salut du monde s'accomplit. Courage, Jésus! Saute ! ... Mais quoi ? ... Tu ne bouges pas ? ... Qu'est-ce que tu attends ? Des milliards d'hommes te regardent. Allons ! .. Tu n'oses pas ?

Tu as peur ? Tu doutes? Mais voyons, Jésus, le saut de la foi « Si tu avais la foi comme un grain de sénevé, tu dirais à cette montagne : jette-toi dans la mer », et toi, tu ne peux pas te dire à toi-même : Jette-toi du haut du Temple ! Écoute, Jésus, fais cela pour nous. Nous avons si besoin d'être convaincus, d'être rassurés. Tu ne te décides pas, non ? C'est trop haut ? Mais voyons, Jésus, tu n'entends pas la prière de tous les accidentés, de tous les emprisonnés, de tous les naufragés ? Tu n'entends pas la prière de toutes les religions du monde ? Tu n'entends pas l'angoisse de tous ceux qui demandent :

« Es-tu ou non le Fils de Dieu ? Ton Père existe-t-il ou n'existe-t-il pas ? » Tu n'entends pas leur supplication d'éteindre la flamme de leur incrédulité et de les sortir enfin de leur perplexité ? Tu n'as pas pitié d'eux ? Tu ne veux pas les aider en sautant ? Bon, je vois, je comprends. Ton Père dort d'un sommeil éternel. Il est mort depuis que le monde existe. Le mieux est toujours de ne compter que sur soi-même, et de descendre par les escaliers ».

page 74

Je comprends la justesse de la critique antireligieuse de DE PURY. Les hommes ont en effet besoin de surnaturel, de religieux, de sacré, de mystère. Ils veulent un Dieu qui se fasse voir en intervenant directement pour aplanir leur difficultés. La tentation religieuse, telle que la définit le pasteur, c'est de faire des humains « non seulement de esclaves bien nourris, mais des esclaves croyants. » C'est bien pourquoi je refuse ce Dieu du surnaturel, un Dieu qui fait de Jésus « un personnage surhumain, un demi-dieu, ou même un dieu complet », comme le dit DE PURY. Puisque je crois en l'homme tel qu'est Jésus, et non en un Dieu fait homme en Jésus, j'apprécie qu'il le croit aussi : « Dieu ne pourra rester Dieu que si l'homme reste un homme en Jésus-Christ. »

Je voudrais ajouter que quarante années ont passé depuis cette prédication de DE PURY. Le paysage religieux mondial a énormément changé. Pas en bien, car je remarque et m'émeus en constatant l'ampleur d'un véritable tsunami de religiosité, déferlant sur tous les continents et présent dans toutes les religions, depuis des protestants fondamentalistes jusqu'aux intégristes catholiques, depuis des fanatiques d'un certain islam jusqu'au fanatisme hindouiste, sans omettre les kamikazes bouddhistes.

page 80

Ce qui me souffle m'étonne et m'enchante, c'est qu'un athée, sous la plume de COMTE-SPONVILLE, m'invite à comprendre son profond respect pour la religion et ses valeurs spirituelles sans qu'il lui soit nécessaire de croire en Dieu. Il revendique la défense des mêmes valeurs que les miennes, et affirme les partager avec l'ensemble des hommes et des femmes de foi, lui qui est sans foi en aucun Dieu.

Que l'athée combatte avec le croyant les refus des assoiffés de l'avoir, je l'ai compris. Qu'il lutte farouchement contre les déviationnistes du pouvoir, je m'en réjouis et y acquiesce. Mais qu'il se joigne aux combattants des perrversions religieuses, sans conviction de foi, voilà qui m'étonne et me questionne.

page 104

Je comprends qu'on puisse se passer de Dieu. Je comprends que ce refus de Dieu ne supprime pas les bonheurs d'une spiritualité heureuse. L'athée m'aide à me passer du Dieu - bouche-trou de mes manques, comme on l'a dit. Ce Dieu que je voudrais à mon service, prêt à combler mes angoisses et apte à guérir tous les maux, n'existe pas.

Le philosophe cité écrit de belles pages pour définir une spiritualité sans Dieu. Il confesse sa foi d'athée en énumérant les richesses d'une spiritualité qu'il estime identique à toute spiritualité croyante.

À y bien réfléchir - et j'en sais gré à COMTE-SPONVILLE de m'avoir aidé dans ma réflexion - je m'accorde pleinement avec sa foi athée. Ma foi de croyant chrétien - mais on peut sans aucun doute en dire autant d'une foi musulmane, juive, voire même bouddhiste - ma foi connaît aussi des moments intenses et privilégiés de plénitude, de simplicité, d'unité, de silence, de sérénité et d'acceptation, pour reprendre les termes du philosophe.

page 112

Je comprends que le croyant n'a pas d'autres armes que celles que détient également l'athée. Son Dieu ne terrasse pas la Bête magiquement, à grands coups de prières. Simplement, son Dieu est là, présent, brûlant d'une présence amoureuse qui embrase sa vie. Dans la lutte qu'il mène au coude à coude avec l'incroyant, il détient l'arme de la louange.

 

 

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