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Pleinement humain

pleinement divin


monothéisme dynamique

 

 

Fully Human - Fully Divine

Integral Dynamic Monotheism

 

Frère John Martin Sahajananda, OSBCam

directeur spirituel à l’ashram Saccidananda, Inde du Sud

 

31 octobre 2011

Toutes les philosophies, toutes les idéologies, toutes les écritures, toutes les religions, tous les propètes et tous les sages nous enseignent toujours deux choses importantes : qui nous sommes et comment nous devons vivre notre vie en ce monde. La manière de vivre notre vie dépend de ce que nous croyons de nous-mêmes, de notre identité.
Cet article s’en tiendra à la question religieuse. Nous verrons ce que les religions nous disent de notre identité et de la manière dont nous devons nous conduire.
De nos jours on a l’habitude de distinguer deux catégories de religions : les religions de tradition de sagesse et celles de tradition prophétique. L’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme font partie de la tradition de sagesse. Elles partagent des éléments communs comme la notion de ikarma, de samsara et de réincarnation.
Le judaïsme, le christianisme et l’islam font partie de la tradition prophétique. Ces religions sont appelées monothéismes car elles ne croient qu’un en seul Dieu.
Nous allons parler des religions monothéistes et de l’hindouisme.

 

Les monothéismes prophétiques

Judaïsme traditionnel
Dieu est le créateur et les hommes sont ses créatures. Dieu a tout créé à partir de rien. Il y a une séparation entre Dieu et l’homme, une différence essentielle. Les hommes ne peuvent pas voir Dieu face à face. Dieu est le libérateur et le sauveur. Il conduit son peuple par les prophètes. Il révèle sa volonté par les commandements de la Torah et les hommes doivent les suivre. Obéir à la Torah est obéir à Dieu. On doit soumettre sa volonté et son intelligence à la volonté de Dieu et lui être fidèle. Les hommes sont censés mener une vie morale selon la volonté de Dieu. Les Juifs se considèrent comme le peuple spécialement élu de Dieu.

Christianisme
Dieu est le créateur et les hommes sont ses créatures. Il y a une différence essentielle entre Dieu et l’homme. Dieu a révélé sa volonté par les prophètes de l’Ancien Testament et il a révélé sa volonté ultime dans la personne de Jésus-Christ. Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu, l’incarnation de la troisième personne de la Sainte Trinité. Il est le seul chemin, la vérité et la vie. Il faut croire en Jésus-Christ Fils unique de Dieu et devenir chrétien pour être sauvé.
Certains insistent sur la nécessité de croire en Christ comme sauveur pour être sauvé alors que d’autres soulignent aussi la nécessité de vivre une vive morale et d’accomplir de bonnes œuvres. Si l’on vit une bonne vie on va au paradis et si l’on vit une mauvaise vie on va en enfer.

Islam traditionnel
Dieu est le créateur et les hommes sont ses créatures. Il y a une différence essentielle entre Dieu et la création. Dieu a révélé sa volonté par les prophètes de l’Ancien Testament et en Jésus-Christ, mais il a révélé sa volonté ultime dans le Saint Coran par le prophète Mohamed. Le Coran est donc le dernier mot de Dieu et le prophète Mohamed est le dernier prophète. Dieu ne s’est pas révélé lui-même mais a révélé le Coran dans lequel il dit aux hommes ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils ne doivent pas faire. Le Coran et considéré comme la Parole éternelle de Dieu dictée au prophète Mohamed. La soumission à la volonté de Dieu révélée dans le Coran est nécessaire au salut. Obéir au Coran et obéir à Dieu. Celui qui mène une vie morale selon le Coran, il ira au paradis, s’il ne mène une vie morale, il ira en enfer après sa mort.

Selon ces trois religions, Dieu est le créateur et les hommes sont les créatures de Dieu. La différence entre le judaïsme, l’islam et le christianisme est la conception de la personne de Jésus-Christ et de la Trinité. Juifs et musulmans ne croient pas que Dieu soit trinitaire et qu’une telle conception viole l’unité de Dieu. Ils ne croient pas que Jésus-Christ est l’incarnation de la seconde personne de la Sainte Trinité. Ils ne croient pas qu’il est le Fils unique de Dieu et qu’il est le seul chemin, la vérité et la vie. Ils croient qu’il est un homme comme tous les autres hommes. Il est un messager de Dieu ou un réformateur du judaïsme. S’il s’est nommé lui-même le fils de Dieu, c’était seulement en un sens métaphorique, comme tous les autres fils et filles de Dieu.

Ces trois religions sont nommées monothéistes car elles enseignent qu’il y a un seul Dieu et que ce Dieu est le créateur de l’univers. Elles disent généralement que Dieu a créé l’univers à partir de rien. La différence entre Dieu et la création – dont les hommes font partie - est essentielle. Dans le christianisme,une exception est faite pour Jésus-Christ : celui-ci n’est pas une créature de Dieu mais l’incarnation de Dieu. Il y a donc une diffézrence essentielle entre le Christ est les autres hommes.

 

Le monothéisme hindou

 

L’expression de « monothéisme hindou » peut surprendre certains. L’hindouisme est en général considéré comme un monisme, non dualiste, panthéiste et polythéiste. Mais il faut être conscient du fait que pour l’hindouisme il n’y a qu’un seul Dieu, qu’une seule Réalité absolue (c’est le monothéisme). Mais ce Dieu n’est pas le créateur. Il (elle, cela) manifeste la création. L’hindouisme ne parle pas d’une création à partir de rien. C’est la différence fondamentale entre le monothéisme prophétique et le monothéisme hindou.
Il y a trois affirmations théologiques importantes dans l’hindouisme qui sont fondées sur l’enseignement des Upanishads, de la Bhagavad-Gita et du Brahma Sūtra, qui sont les Écritures saintes de l’hindouisme.
Les Upanishads sont du 5e siècle av. JC et la Bhagavad-Gita des environs du 1er siècle av. ou ap. JC. Ces Écritures ne proposent pas de système théologique mais celui-ci s’est constitué ensuite.
La question fondamentale que posent ces systèmes est celle de la relation de Dieu avec la création, avec les hommes.
Dans le monothéisme prophétique, cette question semble avoir été résolue avec la théorie de la création à partir de rien. Le monothéisme hindou n’acceptant pas cette idée, il se doit de proposer d’autres solutions.

 

1. non dualisme fusionnel de Shankara
2. non dualisme de Ramanuja
3. dualiste de Madhva

1. Advaita – non dualisme fusionnel
Le premier système philosophique se nomme Advaita, ce qui signifie non dualisme. Il a été élaboré par Shankara au 8siècle ap. JC. Il dit que Dieu (Brahman) seul est éternel (sathyam). La création (Jagat) n’est qu’une illusion qui n’est pas éternelle (mithya). Elle est aussi appelée Maya. Fondamentalement, l’âme humaine (jivatman) est identique à Dieu (Brahman).
On peut utiliser la météphore de l’eau (Dieu) et de la glace. Il n’existe que l’eau. La glace provient de l’eau et lorsqu’elle fond redevient de l’eau. La glace n’a pas d’existence autonome, elle est essentiellement une avec l’eau, bien qu’elle soit fonctionnellement différente. La glace ne devient pas de l’eau. Elle est de l’eau. Mais elle n’est pas consciente d’être de l’eau. Ele s’imagine, puisqu’elle est dure, qu’elle est pierre. C’est de l’ignorance. Elle doit être délivrée de son ignorance et prendre conscience qu’elle est eau (Dieu).
Shankara a parlé du chemin de la sagesse (Jnâna mârga). Le chemin de la dévotion (bhakti) et celui de l’action (karma) peuvent préparer la route mais la sagesse est la voie ultime : l’ignorance ne peut être éliminée que par la sagesse et non par la dévotion ou l’action, qui ne s’opposent pas à elle.
Pour Shankara, Dieu (Brahman) est nirguna : sans qualités. Il est impersonnel. Les hommes sont essentiellement un avec Dieu mais ils sont ignorants de cette vérité. Ils doivent la connaître. Finalement, chaque être humain peut dire : Aham Brahma asmi (Je suis Brahman, Dieu et moi nous sommes un).
Celui qui prend conscience de cette vérité de son vivant est appelé Jivan mukta (libéré de son vivant).
On considère en général Shankara comme moniste mais il vaudrait mieux dire qu’il est non dualiste : Dieu et la création ne sont pas deux réalités indépendantes.

2. Visista advaita – non dualisme
Le second système se nomme Visista advaita ce qui signifie également non dualisme. Il a été proposé par Ramanuja au 11siècle ap. JC. Il est en désaccord avec Shankara en ce qui concerne la nature de Dieu, la création et l’âme des hommes. Pour Ramanuja, comme pour Shankara, Dieu (Brahman) seul est éternel (sathyam). Dieu n’est pas nirguna (sans qualités) mais saguna (avec des qualités). Dieu est personnel.
La création (jagat) est la manifestation de Brahman et n’est donc pas une illusion (mithya) comme pour Shankara. La création n’est pas créée par Dieu, elle est l’émanation de Dieu. Dieu est la cause matérielle et instrumentale de la création. L’âme humaine est une partie de Dieu mais elle n’est pas identique à Dieu. Il y a une différence essentielle entre Dieu et l’âme humaine. La création et les âmes des hommes sont le corps de Dieu.
La relation de Dieu et de la création est comme la relation du corps et de l’âme ou celle du corps et des cheveux qui poussent sur le corps. Dieu et la création sont inséparables. La création n’est pas une illusion, mithya ou Maya. Maya est la puissance créatrice de Dieu par laquelle la création se manifeste.
Si l’on reprend l’analogie de l’eau et de la glace, Brahman est symbolisé par l’eau, la glace représente la création et l’âme humaine. La glace n’est pas une illusion. Elle est la manifestation de Brahman. Elle est le corps de Brahman. Mais il y a une subtile différence entre Dieu et la création (qui inclut les âmes des hommes). Celles-ci ne sont pas identiques au Brahman. Ramanuja propose le chemin de la dévotion : bhakthi marga.
Le dévot doit s’abandonner à Dieu dans la dévotion ou la foi de sorte que Dieu prenne la responsabilité de sa vie. Le dévot trouve paix et joie dans cet abandon.
L’âme humaine n’est pas en union fusionnelle avec Dieu. On ne peut pas dire : « Dieu et moi sommes un ». La relation personnelle avec Dieu est très importante et s’il y avait fusion de l’âme avec Dieu une relation personnelle n’existerait pas.

Les hommes peuvent avoir une relation personnelle avec Dieu qui se présente de différentes façons : père et fils, mari et femme, protecteur et protégé, médecin et patient, soutien et soutenu, soleil et lotus, possédant et possédé, pluie et plante. Quant à la libération ultime, elle n’a lieu qu’après la mort physique.
Ramanuja est généralement considéré comme panthéiste, mais peut-être ne l’est-il pas puisqu’il pense qu’il y a une différence essentielle subtile entre Dieu et la création (qui inclut les âmes humaines). De nombreux rayons proviennent du Soleil mais aucun d’entre eux n’est le Soleil à lui seul. Il n’y a qu’un Soleil et la création est sa manifestation.

3. Dvaita – dualisme
La 3e manière de penser se nomme Dvaita. C’est le système dualiste de Madhva au 12e siècle ap. JC, qui s’oppose au monisme de Shankara et de Ramanuja concernant la création et l’âme humaine. Madhva reconnaît comme eux que Dieu seul est éternel (sathyam). Mais pour lui Dieu est Brahman et Braham est Vichnou et ses autres avatars. Pour lui la création est essentiellement différente de Dieu. Elle n’est pas une illusion (comme dit Shankara). Elle n’est pas une manifestation de Dieu (comme dit Ramanuja). Elle n’a pas été créée par Dieu, elle existe depuis le début, comme si elle était éternelle, mais elle est essentiellement différente de Dieu.
Les âmes des hommes sont essentiellement différentes de Dieu. Il y a un espace entre Dieu et la création (y compris les hommes). L’incommensurable puissance du Seigneur Vichnou est considérée comme la cause efficiente de l’univers et la nature primordiale (prakrti) est sa cause matérielle. Dieu est personnel et a des qualités (saguna). L’âme humaine est essentiellement différente de Dieu. Cette conception maintient les hommes à une certaine distance de Dieu et renforce la relation entre eux.
Madhva proposait le chemin de la dévotion (bhakthi marga) et celui des bonnes œuvres (karma marga). Il faut s’abandonner à Dieu par la dévotion et accomplir de bonnes œuvres. C’est le Seigneur qui accomplit lui-même nos actes en dynamisant notre âme de l’intérieur et en en créditant notre âme, mais il n’y est pas impliqué. Les hommes sont plus ou moins des crétures de Dieu (bien qu’il n’ait sans doute pas aimé ce terme de « créature » qui pourrait être compris comme signifiant « créé à partir de rien »). Mais les hommes sont essentiellement différents de Dieu et même après leur mort, ils demeurent différents de lui. L’âme humaine se rapproche de Dieu par la dévotion mais ne fusionne pas avec lui. Au bout de son chemin sprituel, à la mort, l’âme reçoit joie ou peine selon ses œuvres.

Ces trois systèmes enseignent qu’il n’y a qu’un Dieu, une seule Réalité éternelle. En ce sens ce sont donc des religions monothéistes. Mais ils ne croient pas que cette Réalité unique soit le créateur. C’est là, la principale différence entre le monothéisme prophétique et le monothéisme hindou. On dit souvent que l’hindouisme est polythéiste. Mais l’hindouisme croit qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que les différents Dieux sont diverses manifestations de ce seul Dieu, ou sont comme les anges du monothéisme prophétique.
Il est très intéressant de remarquer que la tradition védique qui avait atteint son apogée avec les Upanishads du 5e siècle av. JC, en concevant l’identité de la conscience humaine avec le divin est revenue à une compréhension dualiste avec Madhva au 12e siècle ap. JC en affirmant une différence essentielle entre Dieu et l’âme humaine.

On voit donc qu’il y a trois importantes conceptions de l’être humain :
Unité essentielle avec Dieu dans le monisme fusionnel de l’advaita de Shankara.
Manifestation de Dieu dans le non dualisme de la Visista advaita de Ramanuja
Différence essentielle avec Dieu dans le judaïsme, le christianisme, l’islam et la dvaita hindoue dualiste de Madhva.

Ces trois conceptions ont en commun qu’elles affirment l’unicité de Dieu et sont donc toutes trois des monothéismes. Elles diffèrent dans leur conception de la relation de l’homme avec Dieu.

 

Remarques

 

Le monothéisme prophétique cantone l’homme à n’être qu’une créature de Dieu et exclut toute possibilité d’unité avec Dieu en tant que ses fils et ses filles. La théorie de la création à partir de rien bloque toute évolution de la conscience humaine

C’est Shankara (non dualisme fusionnel) qui a ouvert la possibilité à la création et aux hommes de prendre conscience d’une unité avec Dieu. Il était focalisé sur cette idée de la divinité des êtres humains mais leur faisait perdre leur humanité : l’existence humaine et les relations entre hommes semblent n’avoir pas de signification.

Ramanuja (non dualisme) s’efforçait de corriger cette position extrême et de trouver signification et but à la création et aux relations humaines. Il reconnaissait à la création et aux hommes la dignité de manifestations divines, de divine filiation mais c’était au prix de leur divinité.

Madhva (dualisme) voulait abaisser Dieu au niveau des hommes dans toute leur finitude mais c’était au prix de filialité divine et de leur divinité

[...]

Ces trois systèmes de pensée hindous monothéistes semblent avoir besoin d’intégrer davantage alors que les religions monothéistes prophétiques devraient s’ouvrir à une plus haute relation du divin de l’humain. De nombreux grands mystiques hindous comme Sri Ramakrishna, son disciple Swami Vivekananda et Swami Shivananda ont essayé d’intégrer ces trois systèmes. Il y a eu de même de nombreux mystiques des religions prophétiques qui ont ouvert, tant bien que mal, la conscience humaine à un plus haut degré de relation du divin de l’humain

 

Jésus-Christ

était-il monothéiste prophétique ou monothéiste hindou ?

 

Il a eu des paroles qui ne correspondent pas au monothéisme prophétique. Il appelait Dieu son Père. Il disait être dans le Père et le Père en lui. Il venait du Père et retournait au Père. Il disait aussi que le Père (Dieu) et lui étaient un. Sa conception de Dieu ne correspondait pas au système du monothéisme prophétique. Dieu n’était pas le créateur de Jésus et il n’était pas sa créature. Son origine est dans l’éternité.
Le judaïsme et l’islam rejettent ces affirmations et les considèrent blasphématrices.
Le christianisme les accepte mais uniquement pour Jésus et non pour les autres hommes.
Ces affirmations de Jésus sont très proches des systèmes non dualistes hindous. Jésus était davantage un monothéiste hidou qu’un monothéiste prophétique. Dans le non dualisme hindou ces affirmations ne sont pas limitées à un individu particulier mais sont ouvertes à tous les hommes.

Jésus-Christ était-il dualiste ou non dualiste ?
Ces systèmes n’existaient pas du temps de Jésus, mais ils nous fournissent des outils permettant de comprendre l’expérience vécue par Jésus. Il a fait trois importantes déclarations :

Mon Père est plus grand que moi (Jean 10.29. .2.
Je suis dans le Père et le Père et en moi (Jean 14.10) .3.
Le Père et moi sommes un (Jean 10.30).

La première est en accord avec le système dualiste. Dieu est le créateur et Jésus la créature. Dieu est plus grand que lui.

La seconde est en accord avec le non dualisme. La relation de Jésus avec Dieu est bien plus intime. Ce n’est plus une relation de créature à créateur, c’est une relation de Fils à Père. Il est en Dieu et Dieu est en lui. C’est une expérience de fusion mutuelle. Il y a néanmoins encore une certaine distance entre Jésus et le Père. Il n’est pas le Père.

La troisième est en accord avec le non dualisme. Le Père et Jésus sont un. Il n’y a plus de distance ni de séparation.

Si on prend les trois affirmations en même temps, Jésus se contredit.
Si Dieu est plus grand que lui, il ne peut pas dire « Je suis dans le Père et le Père est en moi ».
S’il y a une distance entre Dieu et Jésus, il ne peut pas dire « le Père et moi sommes un ».

On peut penser que Jésus a commencé son itinéraire spirituel de manière dualiste, en se situant comme créature et en ressentant Dieu comme plus grand que lui, ce qui était en accord avec sa tradition spirituelle. Mais l’expérience qu’il a vécue lors de son baptême l’a amené à dépasser cette première conception et à prendre conscience qu’il n’était pas une créature mais le fils de Dieu (non dualisme), une manifestation de Dieu. Plus tard il a encore progressé et compris qu’il était un avec le Père, Dieu (non dualisme fusionnel). Il n’est pas resté dans cette conception de non dualisme mais est revenu au non dualisme et au dualisme aussi longtemps qu’il a vécu dans son corps physique et dans le monde du temps et de l’espace.
On peut dire que Jésus était essentiellement un non dualiste fusionnel mais fonctionnait comme un non dualiste et un dualiste. On ne peut pas le situer absolument dans un seul de ces systèmes.

 

Monothéisme dynamique intégral

 

Nous avons mentionné plusieurs types de monothéisme :

Le monothéisme simple des Upanishads qui affirme la Réalité Une (Braham, Atman) selon laquelle les hommes sont fondamentalement un avec cette Réalité (tatvamasi).

Le monothéisme prophétique qui affirme l’Unicité de Dieu et que la création en est essentiellement différente.

Le monothéisme non dualiste fusionnel qui affirme que Dieu est unique et que la création est illusion et non réelle.

Le monothéisme non dualiste qui affirme que Dieu est unique et que la création est son corps.

Le monothéisme dualiste qui affirme que Dieu est unique et que la création est aussi éternelle mais essentiellement différente de Dieu.

L’expérience vécue par Jésus ne s’harmonise avec aucun de ces monothéismes. C’est pourquoi je ne le définit pas mais je le décris comme Monothéiste dynamique intégral.

 

Le monothéisme dynamique intégral de Jésus-Christ

Dieu seul est éternel (sathyam and nithyam).
Il ne peut être situé dans aucune catégorie. Il est indépendant, créatif, en dehors du temps. Il est paix, il est amour. Il est personnel, impersonnel et au-delà de tout. Il est comme un espace infini et les conceptions que nous nous faisons de lui sont comme des maisos que nous construisons dans l’espace. Il permet la construction de ces maisons en fonction de nos besoins et des capacités de l’esprit humain, mais il les transcende toujours. Notre esprit humain ne peut évidemment pas construire de maison adaptée à l’espace infini. Dieu est l’espace infini et les systèmes sont des espaces finis limités par des murs. Et pourtant notre esprit a besoin de systèmes de pensée

La création est la Manifestation de Dieu.
La création (les noms et les formes des êtres) n’est pas une illusion. Elle est non réelle (c’est-à-dire pas éternelle), elle est finie, limitée, elle a un commencement et une fin. Elle est essentiellement une avec Dieu mais fonctionne différemment, comme l’eau et la glace, l’énergie et la matière. L’eau et la glace sont essentiellement un mais fonctionnent différemment. L’énergie et la matière également

Les êtres humains sont essentiellement un avec Dieu mais fonctionnent différemment. Les noms et les formes des êtres sont comme des miroirs dans lesquelles l’image de Dieu se réfléchit. Lorsqu’on identifie ce reflet aux noms et aux formes des êtres on remarque leur finitude. Lorsqu’on est attentif à la source de ce reflet, on prend conscience qu’il est Dieu.

Le monothéisme de Jésus-Christ est intégral.
Il intègre tous les systèmes mentionnés ci-dessus ainsi que tous les autres systèmes possibles, mais il les transcende tous.
Dieu - ou la Vérité - ne peut entrer dans aucun système de pensée. Il est essentiellement non dualiste fusionnel mais fonctionne comme non dualiste et comme dualiste.
Ce monothéisme n’exclut aucun chemin spirituel mais inclut tous ceux qui aident les hommes à grandir en relation avec Dieu et avec leurs prochains. Les chemins spirituels de la sagesse (jnana), de la devotion (bhakthi) et de l’action (karma) ne sont pas exclusifs les uns des autres mais complémentaires et constituent des aspects de l’être humain

Le monothéisme de Jésus-Christ est dynamique.
La relation de Dieu et de l’âme humaine n’est pas statique mais dynamique. L’âme humaine accroît sa relation avec Dieu en partant d’une relation dualiste au non dualisme puis au non dualisme fusionnel. Puis elle redescend. Il n’y a finalement aucune différence essentielle entre Dieu et l’âme humaine mais seulement une différence fonctionnelle. On peut vivre simultanément aux trois niveaux sans en sentir la contradiction. Il y a une unité essentielle du non dualisme avec le dualisme fonctionnel. On peut utiliser la métaphore de l’arbre : un arbre est essentiellement un, mais fonctionnellement il a différentes parties les feuilles, les branches, le tronc et les racines.

Le monothéisme de Jésus-Christ est croissance dans l’amour de Dieu et l’amour du prochain.
Dans ce monothéisme l’accent est mis sur l’amour de Dieu et celui du prochain. Les phrases : « Le Père et moi nous sommes un » (Jean 10.30) et « Tout ce que vous faites à l’un de ces plus petits de mes frères, c‘est à moi que vous le faites » (Matthieu 25. 40) sont les deux piliers de ce monothéisme.
Il faut commencer par l’amour dualiste pour Dieu et le prochain, puis grandir dans l’amour non dualiste pour parvenir enfin à l’amour non dualiste fusionnel pour Dieu et le prochain.

Dans l’amour dualiste on dit : Dieu est mon créateur, je suis une créature et mon prochain est lui aussi une créature de Dieu. Notre connaissance (jnana) de Dieu est dualiste, notre relation avec Dieu (bhakthi) est dualiste et notre action (karma) envers notre prochain est dualiste

Dans l’amour non dualiste on dit : Dieu est mon Père, je suis une manifestation de Dieu et mon prochain est lui aussi une manifestation de Dieu. Notre connaissance de Dieu est non dualiste, notre relation avec Dieu est non dualiste et notre action envers notre prochain est non dualiste.

Dans l’amour non dualiste fusionnel de Dieu on dit : Seul Dieu existe. Mon être Réel est Dieu (aham brahma asmi) et l’être Réel de mon prochain est aussi Dieu (tatvamasi). C’est Dieu aimant Dieu. Notre connaissance de Dieu est non dualiste fusionnelle, notre relation avec Dieu est non dualiste fusionnelle et notre action envers notre prochain est non non dualiste fusionnelle.
Notre vocation est de manifester dans les relations concrètes de notre existence humaine la réalité de notre relation avec Dieu.

Pleinement humain et pleinement divin
Le monothéisme prophétique et le système hindou dualiste mettent l’accent sur l’humanité des êtres.
Le monothéisme non dualiste met l’accent sur la filialité divine (fils et filles de Dieu) que sont les êtres humains.
Le monothéisme non dualiste fusionnel met l’accent sur la divinité des êtres humains.

Les deux premiers appartiennent à notre humanité et le troisième à notre divinité.
Le christianisme dit que Jésus Christ est pleinement humain et pleinement divin. Jésus a, en effet, vécu et intégré en lui-même ces trois systèmes. Il est un être humain, il est le Fils de Dieu et il est un avec Dieu.
Il a ouvert cette possibilité pour tous les êtres humains. Tout être humain est pleinement humain et pleinement divin. La divinité est le fondement et l’humanité est la manifestation, le véhicule de la divinité.
Divinité et humanité sont intimement unies.

Vivre notre unité essentielle avec Dieu et vivre la relation dualiste avec le monde dans l’espace et le temps est peut-être le plus grand miracle de la vie.

Que tous les êtres du monde soient heureux !

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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