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La mosquée de Cordoue

 

 

André Gounelle

 

 

13 février 2011

Sans en être familier, je l’ai visitée à plusieurs reprises ; chaque fois que j’en franchis le seuil, j’ai le sentiment d’entrer en méditation et en recueillement. Ces colonnades et ces arcs expriment pour moi une transcendance non pas écrasante mais apaisante, non pas effrayante mais accueillante, non pas tonitruante mais à la fois discrète et prégnante. « Chef d’œuvre absolu de l’art », écrit mon guide qui apparemment s’y connaît en absolu.
Il a peut-être raison, mais, pour ma part, je perçois surtout que je suis dans un sanctuaire, dans un lieu qui renvoie à autre chose qu’à lui-même, dans un édifice qui entend refléter non pas la grandeur de ceux qui l’on construit, prêtres ou rois, mais la gloire et la miséricorde de Dieu.

 

 

Et puis, au milieu de la mosquée, un choc : la verrue monstrueuse d’une église catholique, de ce style lourd et riche du baroque andalou, qu’on a installée, non sans dégâts, à l’intérieur de la mosquée. On dit que Charles Quint en a été indigné et qu’il a déploré d’avoir autorisé cette construction et les destructions qu’elle a entraînées (a-t-il regretté cette autre verrue, le triste palais édifié à l’entrée de l’Alhambra à Grenade ?). Il avait raison, malheureusement trop tard.
Le contraste, violent, n’est pas seulement architectural, mais aussi spirituel, et il donne une piètre opinion du catholicisme espagnol du seizième siècle.
Du côté de la mosquée, nous avons une spiritualité de l’intériorité, tout en finesse et en profondeur, qui renvoie à soi-même et au tête-à-tête avec Dieu.
Du côté de l’église, s’étale une spiritualité de l’extériorité, tout en exhibition et en ostentation, qui affectionne le sensationnel et le théâtral.
La mosquée fait appel à l’intelligence avec ces motifs géométriques, à la fois simples et sophistiqués, abstraits et émouvants où excelle l’art hispano-mauresque, avec le merveilleux mihrab, la chaire du prédicateur et les versets stylisés du Coran. Elle appelle les fidèles à l’écoute, à la lecture et donc à la réflexion.
Les tableaux outranciers de l’église qui étalent des supplices sanglants tentent de provoquer des réactions primaires quasi-viscérales ; ils écartent connaissance et pensée au profit du sacrifice (célébré dans l’eucharistie et partout représenté avec une délectation morbide).
Dans l’église, s’exprime une religion de la mort qui cultive le sinistre et l’horrible, dans la mosquée une religion de la vie, paisible et claire  ; on devait encore mieux le percevoir quand la lumière entrait à flot avant que des chrétiens (puis-je dire « obscurantistes » ?) ne ferment par un mur les larges ouvertures sur le patio de los Naranjos.
Enfin la mosquée, à la beauté sobre et dépouillée, évite soigneusement toute représentation du divin ou du sacré, alors que l’église multiplie les images, en particulier celles de Marie ; ici la foi n’est pas chrétienne mais mariale.

Je sais bien que mon propos est injuste, car il compare ce qu’il y a sans doute de mieux dans l’islam avec ce qu’il y a peut-être de pire dans le christianisme (mais ce n’est pas ma faute s’ils se côtoient en un même lieu). La mosquée de Cordoue, hélas, ne dit pas tout de l’islam, et l’église qui la parasite ne dit, heureusement, pas tout du catholicisme. Il n’empêche.

Le protestant que je suis a le sentiment que sa religion (c’est à dire une manière de vivre la relation avec Dieu qui privilégie l’intériorité et refuse de favoriser superstition et idolâtrie) est très proche de l’islam tel qu’il se présente à la mosquée de Cordoue ; je m’y retrouve plus et mieux que dans l’église qui m’est étrangère.
Par contre, ma confession de foi (à savoir qu’en Jésus, Dieu agit, se révèle plus profondément et plus décisivement que n’importe où ailleurs, y compris dans le Coran) me rapproche du catholicisme (quand il ne substitue pas Marie à Jésus).
Fraternité religieuse, d’un côté, confession fondamentale commune de l’autre. Je le sais, mais à Cordoue je le sens mieux que partout ailleurs.

 

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