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Le roi Charles III,
les aborigènes et l'esclavage




Claudine Castelnau


11 novembre  2024

 

Le roi Charles III du Royaume-Uni était en Australie et sur l’île de Samoa où se tenait la réunion des chefs de gouvernement des 56 pays du Commonwealth, jusqu’à la semaine passée. Et l’on a vu parmi les photos convenues et paisibles du couple royal un incident qui aura marqué cette réunion : une femme aborigène, membre du Parlement australien, enveloppée d’une fourrure d’opossum et appartenant au groupe des autochtones présents avant l’installation des colons anglais sur leurs terres. Elle réclamait véhémentement que soit reconnu le rôle historique de la Grande-Bretagne dans le commerce des esclaves et l’accaparement des terres et une réparation financière pour les descendants de ces Peuples Premiers. « Aucun d'entre nous ne peut changer le passé » a répondu le roi, mais les nations peuvent s'engager à trouver « des moyens créatifs pour corriger les inégalités qui perdurent. Notre cohésion exige que nous reconnaissions d'où nous venons. En écoutant les gens de tout le Commonwealth, je comprends à quel point les aspects les plus douloureux de notre passé continuent de résonner », a déclaré Charles. Il est donc essentiel que nous comprenions notre histoire, pour nous guider dans les bons choix à l'avenir. » La querelle autour des réparations aux descendants d’esclaves a pris de l’ampleur ces temps-ci en Grande-Bretagne, d’autant que le nouveau Premier ministre, travailliste, a insisté sur le fait que ce n’était pas à l’ordre du jour et qu ‘« on devait  être tournés vers l’avenir » et « se concentrer sur les défis d’aujourd’hui », comme la crise climatique et le commerce entre pays du Commonwealth. Une réponse décevante, digne du précédent gouvernement ultra-conservateur dont le Premier ministre Rishi Sunak avait déjà refusé de présenter des excuses pour le rôle du Royaume-Uni dans l’esclavage et le colonialisme et de s’engager dans une justice réparatrice. Sunak avait à l’époque répondu : « Essayer de détricoter notre histoire n’est pas la bonne voie à suivre. » A l’exception de toute autre… Mais il semble aussi que le temps des platitudes, de la « tristesse » ou du « profond regret » exprimés par le roi ou les gouvernants ne suffisent plus pour parler de l’une des plus grandes atrocités de l’histoire de l’humanité, l’esclavage. D’ailleurs, les 56 participants à ce sommet houleux du Commonwealth qui s’est achevé samedi dernier, ont pris acte des appels à « une justice réparatrice » et sont convenus que « le temps est venu » de discuter de l’héritage de « l’odieux » commerce triangulaire qui en quatre siècles a touché 10 à 15 millions d’esclaves amenés de force dans les Amériques depuis l’Afrique et d’ouvrir la voie à des réparations de l’esclavage. C’est ainsi que le Premier ministre des Bahamas a rappelé que « les horreurs de l’esclavage ont laissé une blessure profonde et générationnelle dans nos communautés » et que « les demandes de réparations ne se limitent pas à une compensation financière. Il s'agit de reconnaître l'impact durable de siècles d'exploitation et de veiller à ce que l'héritage de l'esclavage soit traité avec honnêteté et intégrité. » La famille royale qui a bénéficié de la traite pendant des siècles a aussi été invitée à présenter des excuses …


...


En 2023, l’Église anglicane d’Angleterre avait présenté ses excuses pour les liens passés avec l’esclavage d’un organisme financier qui lui est lié, les Commissaires de l’Église anglicane, crée en 1948, avec des fonds importants investis dans une compagnie qui faisait le commerce des esclaves africains et qui de plus avaient reçu des dons de personnes impliquées dans la traite transatlantique des esclaves et dans l’économie des plantations.  Les Commissaires de l’Église ont promis qu’un fonds de 100 millions de livres (113 millions d’euros) ira au service des communautés victimes de l’esclavage dans le passé.  « Rien de ce que nous ferons, des centaines d’années après, ne rendra leur vie aux personnes réduites en esclavage, ont écrit les Commissaires en introduction à leur rapport. Mais nous pouvons et nous allons reconnaître l’horreur et la honte du rôle de l’Église anglicane dans la traite des esclaves, et nous allons chercher comment commencer à répondre aux injustices commises. » Faire face à l’héritage du passé colonial, c’est aussi ce que vit l’archevêque de Cantorbéry  Justin Welby qui préside la Communion anglicane mondiale et est engagé de longue date dans la reconnaissance par l’Église anglicane du bénéfice financier qu’elle a tiré de l’esclavage transatlantique et tente de remédier à ce passé honteux.  On sait par exemple que la plantation Rozelle de son arrière grand-père comptait quelque 200 esclaves et que lorsque l’esclavage a été aboli, la famille a reçu en 1836 l’équivalent de 3,5 millions d’euros comme indemnisation du gouvernement britannique en compensation de la perte de ses esclaves. Au total, on évalue à 40 % du budget de l’État les indemnités payées aux propriétaires d’esclaves. L’archevêque de Cantorbéry raconte avoir appris il y a quelques jours que son grand-père était propriétaire d’esclaves ! Et que son père biologique défunt « avait une connexion ancestrale avec l’esclavagisme en Jamaïque et à Tobago, dans les Caraïbes » a-t-il déclaré dans un communiqué.  Auprès du Jamaica Observer, l’archevêque avait également présenté ses excuses quant au passé esclavagiste du pays dans un article publié en 2023  « Je ne peux pas parler au nom du gouvernement du Royaume-Uni mais je peux parler avec mon propre cœur et représenter ce qui se dit actuellement en Angleterre. Nous sommes profondément, profondément, profondément désolés. Nous avons péché contre vos ancêtres. »


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