Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Article

 

Desmond Tutu

Claudine Castelnau

 

Article paru dans Évangile et Liberté
de mars 2013

 

 

5 mars 2013

11 février 1990. Frederick De Klerk, dernier président de l’ancienne Afrique du Sud, a ouvert après 28 ans les portes de la prison à Nelson Mandela qui sera le premier président de la nouvelle Afrique du Sud. Le régime d’apartheid rend les armes, les libertés politiques sont rétablies, l’état d’urgence levé et Frederick De Klerk présentera publiquement ses excuses pour les souffrances endurées par ses compatriotes noirs au nom d’une politique dévoyée.

 

Une difficile réconciliation

Une question demeure : comment faire accepter aux neuf dixièmes de la population – qui a subi durant un demi-siècle un ordre politique et social de fer – que la haine qui a prévalu sous toutes ses formes, du meurtre et de la déportation au racisme quotidien, doit être oubliée pour pouvoir construire un avenir commun ? Et comment amener la minorité blanche qui a joui de privilèges exorbitants durant l’apartheid à se résigner sans révolte à n’être plus que de simples citoyens dans un État démocratique ?

Il reste maintenant à réconcilier une nation. « Pour réconcilier la nation, il faut commencer par faire en sorte qu’elle sache ce qui s’est passé sous l’apartheid. Il faut donc demander aux acteurs du drame de raconter le drame sans qu’ils aient à craindre représailles et vengeances », écrit Philippe Salazar, enseignant à l’université du Cap (Afrique du Sud. La révolution fraternelle, Hermann éditeur, 1998).

 

Une lecture libératoire de la Bible

Que victimes et bourreaux s’écoutent, que les assassins se confessent devant les proches des victimes, demandent formellement amnistie et pardon, que s’opère un rassemblement de vies et de souvenirs, une « réconciliation ». « Que chacun redevienne humain », victimes comme bourreaux. C’est ce qu’a voulu avec ardeur le primat anglican d’Afrique australe et archevêque du Cap, Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix en 1984. Il prend en charge, avec la commission Vérité et Réconciliation (Truth and Reconciliation Commission), une sorte de redressement moral, de reconstruction de la société sud-africaine, une situation sans équivalent contemporain.



Philippe Salazar commente cette notion de réconciliation à laquelle Desmond Tutu attache tellement d’importance : « S’il insiste tant sur la nécessité du remords et de la demande de pardon, la raison n’en est pas qu’il veut donner à la loi un tour théologique fondé sur la notion de péché : il sait très bien que certaines demandes d’amnistie sont des tissus de mensonges grâce auxquels on dissimule mieux parce qu’on fait semblant de dévoiler en pleurant des larmes de crocodile et se versant des cendres sur la tête. En revanche, en bon moraliste, il sait que l’amnistie sans pénitence ne signifie rien. Comment donc, hors du religieux, obtenir que fassent pénitence ceux qui demandent l’amnistie ? [...] Et comment obtenir que les victimes ou leurs proches fassent, eux, le sacrifice de ne ressentir ni haine, ni désir de vengeance ? L’acte de réconciliation implique ce double sacrifice. » 



Alors, à ceux qui s’étonneraient qu’un archevêque anglican se soit vu reconnaître par l’État une telle autorité morale, une telle autorité tout court, il faut rappeler que l’Afrique du Sud a toujours revendiqué le titre de pays « craignant Dieu » depuis l’arrivée des Boers, Hollandais profondément religieux pétris d’un protestantisme du Refuge et qui ont apporté dans leurs bagages, en même temps que leur Bible, la justification biblique de l’apartheid (En 1982, l’Église réformée hollandaise sera suspendue de l’Alliance réformée mondiale et la doctrine de l’apartheid déclarée « hérésie »). Le théologien Desmond Tutu proposera, au péril de sa vie sûrement, une lecture libératoire de cette même Bible qui a servi l’oppression si longtemps dans sa lecture dévoyée.

 

Porte-parole des sans-voix

Desmond Tutu est un prédicateur à la parole flamboyante, polémique, et par son éloquence il a pu exercer durant l’apartheid une influence considérable en se faisant le porte-parole des sans-voix alors que radio et presse écrite leur sont interdites. Mais il ne mettra jamais son charisme, même aux pires moments de la terreur d’État, au service d’autre chose que la réconciliation qu’il prêche inlassablement. Avec ce rêve, du « royaume de shalom » à venir, « où le peuple aura le droit d’être humain puisque les hommes sont faits à l’image de Dieu », ose-t-il déclarer à l’enterrement en 1977 de Steve Biko, un dirigeant de la Black Consciousness, assassiné. Comme il ose encore en 1993, aux funérailles de Chris Hani, charismatique leader du Parti communiste assassiné, prêcher en habit ecclésiastique dans le stade de Soweto, le grand township de Johannesburg, en présence de Nelson Mandela et devant une foule tendue et douloureuse prête à basculer dans la terreur vengeresse.

 

La nation « arc-en-ciel »

Que dit Desmond Tutu ? Il exhorte de sa voix sonore, rocailleuse et rythmée, avec son expérience des joutes oratoires et son charisme de prédicateur : « Nous serons libres, nous tous, Noirs et Blancs ensemble. Nous sommes l’arc-en-ciel du peuple de Dieu. » L’arc-en-ciel, symbole de l’alliance passée entre Dieu et le peuple rassemblé. Désormais, l’Afrique du Sud nouvelle sera la « nation arc-en-ciel », et son peuple rassemblé «  le peuple arc-en-ciel de Dieu » aux onze langues officielles.



« Ce qui compte chez Desmond Tutu, ce n’est pas tant sa vie que ses œuvres », affirme Philippe Salazar. Et sa « voix prophétique » demeure toujours aussi vivante. Il avait annoncé qu’il prenait sa retraite à 79 ans en 2010 : « Au lieu de vieillir avec grâce, à la maison, en famille, lisant et écrivant et priant et méditant, j’ai passé trop de mon temps dans les aéroports et les hôtels. » Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’inlassablement, aux quatre coins de la planète, il a bataillé pour que la justice et les droits de l’homme soient enfin établis. Et qu’il peut bien rêver de boire tous les après-midi sa tasse de rooibos (thé rouge sud-africain) en compagnie de sa femme, mais que le rêve d’une humanité réconciliée fait qu’il continue à batailler contre la pauvreté, l’homophobie, le racisme, le sida, la corruption... Alléluia !

 

 

Retour
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.