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Tsiganes

Nous ne voulons pas les voir�

 

 

Ils sont souvent perçus comme asociaux, insaisissables et peu enclins à se sédentariser. Pourtant, la présence des Tsiganes est ancienne dans certaines régions. Ils s'y sentent chez eux.

 

15 janvier 2003
Sont-ils Roms, sont-ils Tsiganes
, ou les deux en même temps, ces Roms installés le temps d'un « campement sauvage » dans le Val-de-Marne et que les autorités tentent d'expulser à la fin de l'année dernière ? Patrick Williams, ethnologue (CNRS) et l'un des spécialistes français des Tsiganes, fait remarquer que l'« événement » est en fait récurrent. Et que si l'on veut bien se souvenir, on retrouve par exemple en décembre 2002, dans une décharge près du pont de Bezons (Nanterre), quasiment les mêmes personnages, des tsiganes roumains, les mêmes réflexions de la presse, la même volonté de les voir partir ailleurs... Mais où ?
« C'est une population qui a le don de brouiller les catégories, dans ses relations avec les États, les administrations, qu'on a beaucoup de mal à faire entrer dans des schémas conceptuels, administratifs, législatifs ce qui excède les pouvoirs publics ! »

Sont-ils nomades ? Sont-ils sédentaires ? Ils sont parfois les deux. Sont-ils étrangers ? Des réfugiés « sincères » ou des « profiteurs » ?
« Ils ont cette capacité de se tenir à la limite entre le légitime et le clandestin. Roms ? Tsiganes ? Ils échappent d'une certaine manière à l'assignation, à la désignation, on trouve difficilement un terme exact pour ces populations. Les familles expulsées de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) en décembre venaient de Roumanie. Ce sont des immigrés roumains, cela suffit. On ajoute qu'ils sont Roms, est-ce nécessaire pour ce qui leur arrive en France ? Je ne crois pas. Certains sont venus par détresse économique et attrait de la prospérité de l'Europe occidentale. D'autres pour des raisons liées à la situation politique. Ou à leur identité. Et là seulement, la qualité de Roms mérite d'être prise en compte. »

De multiples appellations

« Rom ». Un terme générique qui signifie tout simplement « homme », « être humain » qui désigne également l'ethnie, le groupe familial particulier. C'est ainsi qu'ils se nomment eux-mêmes. Etre Rom, explique Patrick Williams, c'est exprimer la qualité d'être humain. Le terme ne révèle une appartenance ethnique que parce que les Roms sont un groupe particulier au milieu d'autres populations. Dans la réalité, les Roms sont un ensemble très divers sur le plan culturel, linguistique, physique même, en fonction de leur histoire qui n'a pas été la même dans tous les territoires traversés.
« La dimension ethnique peut jouer à leur départ de Roumanie où, déjà du temps de Ceaucescu, ils ont dû fuir pour des motifs politiques, de racisme. Mais ici, ils sont dans la situation de gens, comme tant d'autres depuis la fin des régimes socialistes à l'Est, qui cherchent à se faire une place dans un pays, la France, où ils espèrent trouver la liberté et une certaine prospérité. »

Quant à « Tsigane », ce n'est qu'un terme générique employé en France à partir de l'entre-deux guerre. Auparavant, les Tsiganes étaient des musiciens d'Europe de l'Est, notamment des Hongrois qui avaient fasciné avec leur violon virtuose, le public des expositions universelles et les termes péjoratifs abondaient pour désigner dans chaque région les Bohémiens, Gitans, Caraques, etc.
« Une panoplie d'appellations - c'est toujours la difficulté à saisir cette population ! - en décalage avec la manière dont ils se nomment pour se distinguer entre eux. En faisant souvent référence à la région où leur famille a longtemps séjourné : Sinti Piemontesi, Gazkene Mânus, Slovensko Roma ou Rom Serbiake, Gitanos d'Andalousie, de Catalogne ou de Castille, etc.
Aujourd'hui on oppose les Roms de Roumanie, étrangers en France, à nos gens d'ici qui se définiraient non par une appartenance exotique mais par un mode de vie, le voyage, la caravane.
Pourtant, parmi ceux qui vivent en caravane depuis longtemps, il y a aussi des Roms français. Et d'autres Roms sédentarisés une partie de l'année. Et parmi ceux que l'on désigne par cette catégorie fourre-tout de "Gens du voyage", Tsiganes, Roms, il y a ceux qui y appartiennent par filiation aussi bien que les "fils de laboureur", entrés par les alliances matrimoniale. Et certains ne parcourent plus les routes, mais appartiennent à cet ensemble. Encore l'échec de la mise en catégorie, le rêve de tous les États depuis toujours ! »

En fait, depuis le XVIe siècle. Après un temps d'émerveillement et d'accueil de ces populations lorsqu'elles se sont présentées aux portes des villes d'Europe occidentale cinquante ans auparavant (venant d'Inde ?), on constate, de manière unanime, de l'Espagne aux Flandres et de la France au royaume de Bohème, que tous les Etats européens les expulsent, se les renvoient. Et contribuent ainsi à les faire exister en se déplaçant et donc en interdisant leur intégration... Ou on les oblige, comme en Espagne dès le XVIe siècle, à se sédentariser en utilisant une politique brutale (galères, déportations en Amérique du Sud pour les hommes). Ils y perdront leur langue gitane mais demeureront une population singulière ! En même temps, il faut nuancer, explique Patrick Williams :
« Si l'on ne tient compte que des documents administratifs des États, on en retire l'impression d'une persécution brutale et continue des autorités et la survie de ces populations, dont la présence est toujours jugée illégitime, tient du miracle. Alors que les relations quotidiennes bien vivantes avec leurs voisins ne laissent que peu de traces : échanges économiques, mariages même.
Un exemple : en Andalousie où les familles devaient êtres recensées par les municipalités pour être rassemblées, internées puis déportées, les municipalités s'y refusent au prétexte que ce sont des "gens d'ici". On pourrait transférer cela à décembre dernier : les pouvoirs publics n'envisagent que l'expulsion. Plus de problème ! En fait des associations nouent des relations avec eux, les enfants fréquentent l'école, des avocats les défendent avec succès, la répression unanime et massive n'existe pas. »

Victimes des nazis

La répression massive, les Tsiganes (on écrit aussi Tziganes) s'en souviennent, même si nous avons tout fait pour la gommer de nos esprits. Ils seront l'objet d'attentions particulières des nazis, obsédés par une « contamination » de la pure race aryenne, avec un projet de solution finale du problème tsigane en 1943. Assignés avec les juifs et les asociaux (délinquants, prostituées, etc), ils seront les victimes privilégiées des rafles et massacres en Europe de l'Est, des camps, ou des expérimentations pseudo scientifiques du docteur Menguele.
« On retrouve dans la difficulté de faire reconnaître ce génocide, encore aujourd'hui, cette faculté d'échapper à la désignation. La notion de "peuple tsigane" inventée par les nazis, contrairement à celle de peuple juif, n'est pas pertinente pour rendre compte de la manière d'exister de ces communautés qui ne se reconnaissent nullement dans un projet messianique ou un étendard commun. D'ailleurs si des camps pour "nomades" ont bien été ouverts par Vichy, la notion de peuple tsigane n'a jamais existé pour les alliés français des nazis. »

Ils sont d'ailleurs. Ils ne veulent pas s'intégrer. Ils sont asociaux. Il vaut mieux qu'ils ne restent pas ici. Notre perception de ces populations est toujours aussi riche en reproches et en accusations. Et leur présence n'est jamais jugée légitime. Même si les cimetières l'attestent depuis des générations.

« "Ils ne sont pas d'ici". Et l'arrêté d'expulsion, ou le refus d'acheter un terrain est pris sans trop d'états d'âme. L'attachement qu'ils peuvent éprouver pour une terre ne leur est pas compté. Et le fait que dans telle ou telle région cette présence tsigane existe, ancienne, qu'elle a noué des liens réguliers et profonds avec les populations locales. Il faut sortir de ce cliché d'illégitimité de leur présence. S'ils reviennent toujours là, c'est peut-être tout simplement parce qu'ils s'y sentent chez eux ? »

 

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