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Piercing

A fleur de peau

 

19 février 2002
Il y a trois ans, un sondage révélait
que sur 600 jeunes Français interrogés âgés de 11 à 15 ans, plus d'un tiers avaient l'intention de se faire « piercer » un jour... Des chiffres significatifs de l'engouement des jeunes pour le « piercing » (ornements en métal fixés dans la chair), une pratique considérée longtemps comme « à la marge ».
Et pourtant, comme le montre Denis Bruna, tous les « piercés » punks, skinheads, motards, homosexuels, sadomasochistes ou encore la communauté hippie dans les années 70... ne sont pas à l'origine de cette pratique même s'ils ont relancé une mode « tribale » des ornements corporels.
L'affaire remonte presque à la nuit des temps : la boucle d'oreille, par exemple, est un bijou en vogue durant l'Antiquité romaine et les Barbares qui déferlent sur l'Occident au Ve siècle en portent.

Mais d'abord, comment un historien de l'art en est-il venu à s'intéresser au piercing ? Dans un train, Denis Bruna croise une jeune femme le visage orné de piercing, raconte-t-il. Il prépare un cours sur la peinture flamande de la fin du XVe siècle et en classant des diapositives, notamment des tableaux de Jérôme Bosch, a lieu la confrontation entre une image actuelle de piercing et un ensemble d'images de la fin du Moyen-Age. Il y découvre des anneaux fixés aux oreilles, au nez, aux lèvres, une grosse pendeloque traversant la cuisse, ou encore les chaînes de métal fixées autour de la bouche d'un bourreau du Christ.
« Du coup, j'ai cherché d'autres images à la fois dans la peinture flamande mais aussi italienne, allemande ou française des XIVe, XVe et XVIe siècles. Bosch n'était pas le seul à montrer du piercing, mais c'est un piercing dont la signification est fort différente du nôtre, bien qu'on soit comme aujourd'hui aux marges de la société. »

Dans cet inventaire pictural le frappe le fait que l'anneau est la marque d'une identité dévalorisée et ceux qui le portent sont essentiellement les bourreaux du Christ ou des saints, les juges qui ordonnent la mise à mort, des « infidèles » aussi, noirs qui sont censés ne pas partager la même valeur du corps ou juifs ennemis de la foi chrétienne. L'origine « orientale » de ces infidèles - par opposition à l'Occident chrétien - est souvent renforcée picturalement par le port du turban.
« Accrocher un anneau au corps d'un juif ou d'un bourreau devait être dans les mentalités un acte si ignominieux qu'il n'était que très rarement, au vu des images, pratiqué sur un animal. Sauf sur le cochon, de peu d'estime ! »

Denis Bruna cite aussi un texte juridique du milieu du XVe siècle enregistré aux archives de Ferrare, condamnant une femme juive pour n'avoir pas porté ses boucles d'oreille chez elle. Ainsi l'on sait qu'obligation était faite aux fillettes et aux femmes juives de porter des boucles d'oreille, par les autorités municipales et religieuses de cités du nord de l'Italie. Alors que c'est un bijou interdit aux chrétiennes (cf. l'interdiction dans Lévitique 19.28 de porter atteinte au corps).
« L'anneau, dans le cas des juive, est l'équivalent de la rouelle jaune que les garçons et hommes juifs devaient porter sur leur vêtement dans ces mêmes cités italiennes. Signes d'infamie et d'exclusion au Moyen-Age, ce sont les ancêtres de l'étoile jaune... »

La redécouverte de la culture antique à la fin du XVe siècle en Italie favorisera l'essor d'un anneau oublié et banni des siècles durant. Mais le code social s'inverse : désormais portée par l'aristocratie la boucle d'oreille est interdite à la femme juive...
Comment les peintres ont-ils pu être au courant de ce bijou qui n'existait pas dans le nord de la France, en Allemagne ou en Flandre ?
« Probablement par des pèlerins, des marchands ou des voyageurs confrontés en Orient avec des usages ornementaires qui leur étaient totalement étrangers. En rentrant, ils ont raconté, en exagérant, que les Orientaux, c'est-à-dire tous ceux qui n'étaient pas chrétiens, avaient un anneau. Les signes vestimentaires ou corporels montraient ainsi bien visiblement aux fidèles qui se recueillaient devant les tableaux religieux la différence entre les bons et les infâmes, ceux qui ne sont pas chrétiens. »

La société stigmatise toujours, en les repoussant à sa marge, les gens trop différents. Avec une différence de taille : si dans les années 70-90 le piercing est une marginalité revendiquée, la pratique est aujourd'hui largement banalisée. Même si le percement du corps n'est toujours pas totalement accepté. Cette pratique ornementale a été récupérée par l'esthétique, notamment dans le milieu de la mode (Jean-Paul Gaultier orna le visage des mannequins de piercing postiches lors d'un défilé et Vivienne Westwood décore ses vêtements inspirés des punks de chaînes et cadenas...) ou du showbiz - la presse britannique a noté avec amusement l'anneau récent à la lèvre d'une ex-Spice Girls lors d'un concert. Et n'est-ce pas par provocation que la fille de la princesse Margaret montre son anneau à la langue ?

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Aujourd'hui, on emprunte à la culture de peuples lointains des ornements pour parer son corps et afficher fièrement une différence. Avec une différence essentielle : les adeptes du piercing, en particulier, qui sont motivés par une rébellion personnelle ou collective contre une culture dominante se situent dans une logique sociale opposée aux sociétés dites « primitives » auxquelles ils veulent souvent ressembler, sociétés ou au contraire ces signes, marques corporelles indélébiles, intègrent complètement l'individu à la culture dominante.

 

« Piercing, sur les traces d'une infamie médiévale »
Denis Bruna Textuel
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