Article
Italie
Non à la
« Pax mafiosa »
Claudine
Castelnau
6 février 2005
Depuis quelques mois, les
journaux italiens prétendent régulièrement que le problème
de la mafia est résolu. En effet, une
permission de sortie est accordée à l'un des mafieux
siciliens les plus dangereux au motif qu'il a collaboré avec
la police. Andreotti, l'ancien Premier ministre et homme tout
puissant de la Démocratie chrétienne a
été blanchi de l'accusation d'amitiés mafieuses
portée contre lui par la rumeur publique depuis des dizaines
d'années. Ou encore des commémorations officielles dont
les discours prétendent abusivement que la page de la mafia
est désormais tournée, comme celle, l'été
dernier en mémoire de don Giuseppe Pugliesi, le prêtre
antimafia de la banlieue de Palerme assassiné en 1993.
L'éditorialiste de « Riforma » (hebdomadaire protestant italien)
relevait, en octobre dernier, que si l'on parlait encore de la mafia,
c'était comme de quelque chose du passé : « En lisant les
quotidiens locaux siciliens on a l'impression que la mafia
aujourd'hui n'existe plus, qu'elle n'agit plus [...] Falcone, Borsellino [juges antimafia], La Torre [député], don Pugliesi sont les martyrs d'une guerre
lointaine et les chefs mafieux Riina, Bagarella, Santapaola sont
vaincus et derrière les barreaux, écrivait Francesco
Sciotto. La mafia appartient au passé ou à un
présent lointain et impersonnel ». Mais en réalité,
rien n'a changé : les rapports officiels - comme celui que
la DIA (Direction d'investigation antimafia) a présenté
au Parlement pour le premier semestre 2004 qui pointent du doigt
les nombreux dysfonctionnements dus à l'organisation
criminelle dans le domaine économique et social. D'ailleurs la
peur diffuse dans la population et le nombre des assassinats le
montrent à l'évidence.
Émotion, sang à
la une dans la presse et à la
télévision : depuis cet été, la guerre des clans
de la camorra a
repris à Naples, faisant plus de trente morts en deux mois,
dont une adolescente tuée dans une fusillade en pleine
rue.
Il faut savoir que dans la région de Naples, 66 % des
jeunes entre 16 et 18 ans sont déjà
fichés par la police pour des délits mafieux et l'on
évalue à 5 000 le nombre d'affidés de
la 'ndrangheta (mafia calabraise) sur les
500 000 habitants de Reggio di Calabria, 4000 pour
Naples et ses banlieues. Le Mezzogiorno détient d'ailleurs,
avec 58,4 %, le record européen de chômage des
jeunes qui atteint.
Que faire devant une telle
situation ? Prier sainte
Rosalie, patronne de
Palerme, de débarrasser sa ville de la mafia, comme les
petites affiches collées aux quatre coins de la ville l'en
priaient cet été ?
Tenter une dénonciation
publique de la malavita et de sa culture de mort, comme l'a fait en
janvier le président de la République italienne Carlo
Ciampi en venant visiter, accompagné de sa femme, les
quartiers-dortoir désolés de Naples où la camorra règne et tue et s'entretue (134 morts violentes
en 2004) pour y déclarer solennellement que
« la camorra est un chancre qu'il faut
extirper » ?
Que peuvent faire les
Églises devant
pareille situation, se demande Riforma.
Promouvoir « l'éducation à la
légalité », prendre en compte cette situation quotidienne dans
la prédication du dimanche, prier, continuer à
témoigner dans tous ces petits projets qui proposent aux
citoyens une participation active à la vie de la
cité.
C'est ainsi que des pasteurs
vaudois, baptistes et méthodistes et des diacres de Sicile
viennent de lancer un appel intitulé : « Nous disons non à la
paix mafieuse ». « Dans notre
quotidien pastoral et diaconal, nous ressentons le poids du pouvoir
mafieux sur les Siciliens écrasés par le pizzo [racket des
entreprises], la peur,
l'absence de travail et de développement économique.
Pour ces raisons nous voulons que l'on dénonce inlassablement
dans les villes et leurs banlieues la mafia et sa radicalisation.
Informer les Siciliens et le pays sur la criminalité
organisée signifie aussi évoquer tous ceux qui ont
lutté et luttent contre le pouvoir mafieux. Se taire
équivaudrait à laisser dans l'isolement tous ceux qui
luttent. Parler et dénoncer est la vocation qui nous vient du
prophète Ezéchiel :
"Supposons que la
sentinelle voie venir l'armée ennemie et ne sonne pas
l'alarme, l'ennemi surprendra et massacrera. La faute en reviendrait
à la sentinelle, c'est elle qui serait tenue pour
responsable."
Nous prions afin que le
Seigneur nous aide tous, chrétiens et croyants d'autres
religions, croyants et non croyants, à nous libérer du
fléau de la mafia »
.
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