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Alain Houziaux






Dieu, un éclat de rire



Alain Houziaux

théologien protestant


 

8 janvier 2024

            Le philosophe Cioran, auteur entre autres d’un De l’inconvénient d’être né, était plutôt du genre tragique et nihiliste, du moins dans ses écrits. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce qu’il écrivait ne prêtait ni à rire, ni à sourire, ni à aimer la vie. Ses écrits pouvaient être considérés comme une incitation au suicide et une justification philosophique et morale de cet acte. Mais Cioran ne s’est pas suicidé. Et en société, il était très gai et riait sans retenue. Un jour, un journaliste voulut tenter de comprendre le pourquoi de cette double attitude et il lui demanda : « Pourquoi riez-vous ? » Ce à quoi Cioran répondit : « Parce que je ne pense pas toujours ».

 

            Cela donne à penser. Quand Cioran pense, ce qu’il pense le conduit à décider que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. Mais quand il rit, il ne pense pas. Il ne peut pas penser. Il est dans un monde autre que celui de la pensée, un monde où il n’est pas tenté de se suicider.

 

Un choix crucial : le suicide ou le rire  

            Autre anecdote. Un jour, un des admirateurs de Cioran lui demande : « Est ce qu’il faut que je me suicide ? » Et Cioran répond : « Si tu ne peux plus rire, fais-le ; mais s’il t’arrive de rire, ne le fais pas ».

 

            On peut interpréter ces propos de Cioran de deux manières différentes.

            Ou bien, comme le dit l’Ecclésiaste, il y a un temps pour tout. Un temps pour penser, auquel cas il serait logique de se suicider. Et un temps pour rire et ne pas penser. et donc sans avoir envie de suicider. Auquel cas ce temps, bien qu’il n’occupe qu’une partie du temps de la vie, suffirait pour que l’on accepte de vivre la vie toute entière sans se suicider. Tout simplement parce que l’on ne peut pas se suicider à mi-temps !

            Ou bien, autre lecture du propos de Cioran, il veut dire que la partie de la vie où il rit met sous les auspices de ce rire l’autre partie de la vie, celle où il pense. Le fait de rire, quand bien même il ne se manifeste que ponctuellement pendant l’une des parties de la vie, le conduit à rire aussi de ce qu’il pense. En effet, le rire a vocation à être totalitaire. Le fait de rire constitue une « catastrophe » (nous allons préciser le sens de ce mot) qui fait rire de tout, y compris de ce que l’on pense lorsque l’on pense. C’est cette lecture que nous allons privilégier même s’il est tout à fait possible que cela ne soit pas celle de Cioran.

 

            Le rire (du moins la forme de rire à laquelle nous allons nous attacher, à savoir celle du rire comme raillerie, moquerie et dérision, sans le mépris qu’impliquent souvent ces termes) est négateur de tout, il relativise tout, déconstruit tout, y compris la pensée, le désespoir et l’appel du suicide. Penser rend nihiliste (« Tout est vanité »), mais le rire est négateur aussi du nihilisme.

 

            Lorsqu’il rit, Cioran met entre parenthèses ce qu’il pense, il l’oublie. Mieux, il s’en amuse. Certes, ce qu’il pense est vrai, mais uniquement dans l’orbite du « je pense », et le rire brise ce « je pense ». Le rire est démystification. Face à tout discours, à toute pensée, à toute morale, à toute religion, il dit : « Laissez-moi rire ! ».

 

            Le rire est une catastrophe pour la pensée. Le préfixe kata, en grec, implique l’effondrement, l’écroulement, la destruction, et le mot strophe fait référence au retournement, au renversement, à l’inversion, à la révolution. Le rire met la pensée sens dessus dessous. Il est la ruine de la pensée et de ce que l’on pense. L’éclat de rire fait voler en éclats la pensée, le savoir, les croyances, les devoirs de conscience, les livres et aussi les articles sur le rire. Le rire est une catastrophe salvatrice.

           

            Le rire est une énergie anarchiste. Il est ironie, c’est-à-dire étymologiquement mise en question (du grec eirôneia, action d’interroger). Il est un glaive à deux tranchants auquel rien ne résiste. Et, ce qu’il importe de souligner, c’est que, pour opérer son travail de sape, il ne s’appuie sur rien, sur aucune valeur, sur aucune vérité. Il n’est rien d’autre que négateur (nous faisons la différence entre négateur et négation ; la négation implique une affirmation sous-jacente qui contredit ce que l’on nie). Le rire est fou, il est fou rire ; il est une folie qui s’attaque à toutes les sagesses, à tous les savoirs et à toutes les croyances, et ainsi à la croyance que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

 

            Nietzsche écrit dans Naissance de la Tragédie, « Il nous faudrait apprendre à rire, mes jeunes amis, si toutefois vous voulez rester pessimistes. Peut-être bien qu’alors, sachant rire, vous jetiez un jour au diable toute les consolations métaphysiques, et d’abord la métaphysique ». Le rire déconstruit la métaphysique et, on peut le supposer, l’idée de Dieu.

 

            Mais on peut aussi donner une place à Dieu dans le fait même de rire. C’est ce que nous allons tenter de montrer.

 

Le rire, un don de Dieu ?

            De fait, c’est là le cœur de notre propos : l’articulation du rire avec l’idée de Dieu. Nous avancerons progressivement, toujours à partir de citations que nous commenterons.

 

            Selon Marcel Pagnol : « Dieu a donné aux hommes le rire pour les consoler d’être intelligents » (dialogue du film Le Schpountz, 1937). Si l’on en croit ce propos, l’intelligence, tout comme le fait de penser, conduit à la mélancolie ; et le rire nous console et nous soulage de cette mélancolie. Le rire est une forme de catharsis ; il nous purge de l’angoisse du néant et du dérisoire. Il nous en délivre. La conscience est malheureuse ; il faut l’aptitude à rire pour la supporter.

 

            De fait, les Anciens disaient que la rate suscite le rire pour purifier le sang. Le rire expulse les humeurs peccantes retenues dans la rate ; il libère les endorphines ; il relâche les tensions et combat le stress. Ainsi, il restaure la « bonne humeur ». Le rire est l’antidote de la mélancolie.

 

            Mais ce qui importe pour notre propos, c’est que Marcel Pagnol présente le rire comme un don qui nous est fait par Dieu. Nous voudrions le prendre au mot.

 

            Ce propos, même s’il n’est vraisemblablement qu’une simple formule stylistique, me paraît en effet tout à fait significatif. Pouvoir rire est une chance, une aubaine, on pourrait dire une grâce qui nous vient du Ciel.

 

            Et il faut aussi ajouter ceci : le rire est une forme de possession, dans le sens de « être habité » par une force surnaturelle  On est pris, possédé par le rire. Le rire est une puissance, une emprise qui tombe sur lhomme et larrache à sa pensée, à sa manière de penser. Il est une puissance transcendante, une puissance qui tombe d’« en haut », verticalement et qui dévalue, émiette et éclate tout ce qui relève de la pensée de l’homme. Le rire est une force de déconstruction. Et de ce fait, il est une délivrance. Il est une démystification salvatrice. Il est une grâce. Oui, « Dieu » nous a donné le rire pour nous délivrer du malheur de l’intelligence, de la conscience et de la « connaissance du bien et du mal » pour reprendre l’expression biblique[1]

           

            Après Cioran, Marcel Pagnol et Nietzsche, on peut aussi citer Samuel Beckett (Oh les beaux jours) : « Peut-on mieux magnifier le Tout-puissant qu’en riant avec lui de ses petites plaisanteries, surtout lorsqu’elles sont faibles ? ». Bien sûr le propos est sarcastique et faussement enjoué. Mais il montre que l’on peut voir le monde comme une petite plaisanterie que Dieu aurait créée « pour rire ». Et la meilleure louange de ce dieu mi-coquin, mi-persifleur, mi-mauvais plaisant serait de s’associer à son rire en voyant le monde comme Il le voit et comme Il l’a fait, c’est-à-dire comme une sorte de « plaisanterie ». Le rire est la révélation, on peut dire aussi le dévoilement, de la vérité tragico-comique et joyeusement absurde du monde.

 

            Lorsque nous rions de l’absurdité des choses, des faiblesses et des prétentions de la condition humaine, nous pouvons voir notre propre rire comme l’écho en nous du Rire des dieux[2]. Les dieux, du haut de leur ciel, rient de tout ce que nous pensons, de tous nos efforts d’intelligence, de nos théologies et aussi des rituels alimentaires ou autres dont nous nous encombrons. Et lorsque nous rions, ce rire des dieux prend possession de nous. Le rire est l’irruption de l’esprit des dieux en nous.

 

Le rire de Dieu

            De fait, si nous pouvons voir notre rire comme l’irruption du rire des dieux en nous, cela nous conduit à voir Dieu comme un Rire, un rire à la fois continu et constant qui se déverserait sur le monde, l’embrassant dans sa totalité.

 

            Au-dessus de la comédie humaine, et quand bien même il faudrait, comme Cioran, la voir comme une tragédie, il y a, comme le dit Flaubert (Smarh, 1839) : « un rire long, homérique, inextinguible, un rire indestructible comme le temps, un rire cruel comme la mort, un rire large comme l’infini, long comme l’éternité »[3]. Et ce rire est le rire de Dieu. De fait, Flaubert lui donne des caractéristiques divines.

 

            Nietzsche a écrit : « Au-dessus de toutes choses s’étend le ciel de la Contingence, le ciel de l’Innocence, le ciel du Hasard , le ciel du Caprice»[4]. Il aurait pu aussi ajouter : « Au-dessus de toutes choses, il y a le ciel du Rire ».

 

            Bien sûr, cette manière de voir Dieu comme un rire inextinguible peut surprendre. On voit plutôt Dieu comme amour, colère, jugement… Mais on peut aussi Le voir comme Intelligence, Lucidité, Connaissance véridique, Humour, ce qui nous rapproche du rire.

 

            Dieu peut être défini comme un Principe transcendant par rapport au monde, ou, plus précisément, une Judication[5] transcendante[6] par rapport au monde, cette Judication ayant pour propre de percevoir le monde dans sa vérité (sa « vérité devant Dieu »). Et cette vérité est celle d’un monde où les valeurs dont l’affuble l’homme (le bien, le mal, le juste, l’injuste) n’ont pas cours. C’est pourquoi Dieu se rit de toutes les affabulations des hommes.

 

            Il faut en effet faire la différence entre le point de vue de l’homme et celui de Dieu. L’homme juge de ce qui lui advient à l’intérieur de son prisme de lecture, on pourrait dire de son angle de vue que, dans la Bible (Gen. 2,9), on appelle la « connaissance du bien et du mal ». Et c’est parce que notre connaissance s’exerce selon le prisme des valeurs du bien et du mal qu’elle peut voir la vie comme un bonheur, mais aussi comme un malheur. De plus, la manière dont l’homme connaît et voit le monde est conditionnée et déformée par le fait qu’il fait lui-même partie du monde, ce qui biaise sa connaissance du monde et l’empêche de percevoir la vérité du monde dans sa totalité[7].  En revanche, Dieu, du haut de son ciel, voit la même réalité d’une toute autre manière. Il voit le monde en un seul regard dans sa vérité et sa totalité. Le point de vue de Dieu sur le monde est un point de vue vertical qui écrase et méconnaît l’échelle des valeurs élaborée par les hommes. Dieu ignore le bien comme le mal. Il ne voit le monde que dans sa vérité nue.


            Il perçoit les choses dans la vérité de leur absence de sens, ce sens qui ne leur est conféré que par les hommes. Et de ce fait, ce regard transcendant sur le monde peut être conçu comme un rire.

 

            Ce rire est comparable à celui d’une personne qui regarderait d’en-haut une partie de football sur un stade où 22 personnes s’essoufflent, s’échinent et se disputent la possession d’un malheureux petit ballon de cuir. Vue d’en haut, cette partie de foot apparaît comme dénuée de tout sens. Et de ce fait, elle ne peut susciter que le rire.


            Ce rire peut aussi être vu comme celui d’un gamin observant d’en haut, par un regard en surplomb, une fourmilière avec tous ses petits insectes affairés chacun dans leur rôle. Tout cela paraît vain, et d’une certaine manière dérisoire et insignifiant. Et de ce fait apte à susciter le rire.

           

            De fait, comme le dit Kant (Critique de la faculté de juger, par. 54) « Dans tout ce qui excite le rire, il faut qu’il y ait quelque absurdité où l’entendement ne peut trouver par soi-même quelque satisfaction ».

 

            Le rire des dieux s’ébroue dans le Ciel éternel à la vue de nos pantomimes guerrières ou amoureuses, de nos revendications prétentieuses, de nos gesticulations en tout genre, bref de tout ce par quoi nous prétendons nous donner une raison d’être. Oui, tout ce fatras attire la moquerie des dieux et leur rire immense, moqueur et ravageur.

 

            Et, quitte à tenir un discours discourtois vis-à-vis du catéchisme habituel, j’ajouterai qu’il est aussi légitime de supposer que les dieux se rient de nous que d’imaginer qu’ils ont pour nous de la bienveillance, voire de l’amour.

 

            Sub specie aeternitatis, tout ce qui se passe dans le monde apparaît dérisoire et ridicule. En regard de l’Infini, tout est petit et comique. En présence du Néant fluide et immaculé de l’Au-delà, tout est insignifiant et risible.

 

            Dieu, bien loin d’être Celui qui donne un sens au monde est bien plutôt Celui qui l’institue comme absurde en démystifiant les pseudo-sens que nous lui conférons.

 

             Nietzsche dit d’ailleurs dans le même sens que le rire de Dieu peut être considéré comme une « attaque de la naïveté hyperbolique de l’homme qui le fait se considérer lui-même comme le sens et la mesure de toutes choses »[8].

            Et Nietzsche dit également « Au commencement était le non-sens et le non-sens était de par Dieu. Et Dieu, divinement, était le non-sens[9] ». Il est le Non-sens surplombant tout chose, se riant de toutes les prétentions humaines à donner et à trouver du sens.

 

            Le rire de Dieu est la stridence de son silence par rapport à nos bavardages, nos requêtes, nos prétentions et même notre nihilisme.

 

 

La honte des hommes et le rire des dieux

            Ajoutons ceci pour montrer l’assise dans le champ de notre psychologie de cette manière de concevoir les dieux ou Dieu. En fait, si nous pensons que les dieux se rient de nous, c’est que d’une manière ou d’une autre, nous ressentons une honte à être ce que nous sommes, c’est-à-dire « un pauvre histrion qui se pavane et qui s’échauffe sur la scène, et puis qu’on n’entend plus »[10].  C’est le sentiment du dérisoire (ce mot a la même racine que rire) de ce que nous sommes et faisons qui nous conduit à penser qu’au-dessus de nous et de notre monde, il y a des dieux qui rient.

 

            Mais il est aussi possible d’« établir » le rire des dieux à notre sujet par une autre voie. Le fait de souffrir peut susciter en nous une forme de paranoïa. Il suscite en nous le sentiment que nous sommes poursuivis par un agresseur qui se rit de nous et qui nous inflige des blessures pour rien, ou du moins pour rien que nous puissions comprendre. Ainsi, le Job de la Bible se dit poursuivi par les flèches d’un Dieu incompréhensible, d’un Dieu qui lui inflige des blessures pour rien. Et même si le texte biblique ne le dit pas précisément, on peut imaginer que le Dieu de Job rit de le voir s’empêtrer dans ses discours où il dit sa révolte, son incompréhension et aussi son refus des explications que ses amis veulent lui donner. En tout cas, c’est cette manière de voir qu’évoque Victor Hugo « Ainsi les dieux riaient du pauvre paysan. Au spectacle de la misère du monde, qu’entendez-vous toujours ? Un long éclat de rire ».

 

            On retrouve ainsi la fameuse phrase de Shakespeare : « Ce que les mouches sont pour les enfants espiègles, nous le sommes pour les dieux »[11]. Les dieux, pensons-nous s’amusent en riant à nous faire du mal et à nous arracher nos ailes. De fait, lorsque nous souffrons, il nous faut inventer un coupable responsable de cette souffrance et supposer qu’il se rit de nous.

 

Le rire de Dieu dans la Bible      

            Reconnaissons-le, la Bible présente très rarement Dieu comme un rieur. Il y a cependant une scène d’une importance fondamentale qui pourrait aller dans ce sens : c’est celle au cours de laquelle, sous l’instigation du serpent, Adam et Eve mangent le fruit de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal. On s’est souvent interrogé sur la raison pour laquelle cet arbre était tabou et son fruit interdit. C’est sans doute parce que s’ils mangent ce fruit, Adam et Eve, tout en ayant l’illusion de devenir comme des dieux, acquerront cette fameuse connaissance du bien et du mal qui, on va le voir, fera leur malheur.

 

            En effet, après avoir acquis la connaissance du bien et du mal, Adam et Eve, bien loin de devenir comme des dieux, découvrent la honte d’être nus et se cachent. Oui, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette « connaissance du bien et du mal » se présente plutôt comme une crasse, puisqu’elle fait découvrir la honte à ceux qui vivaient jusque-là dans l’innocence[12]. Et c’est pourquoi Adam et Eve vont susciter ce que l’on pourrait concevoir comme un grand rire de Dieu.

 

            De fait, après qu’Adam et Eve se furent cachés, la première parole de Dieu à Adam est « Où es-tu ? ». On peut tout à fait voir cette parole comme une forme de rire. Il est bien évident que Dieu sait où se trouvent Adam et Ève. Le sens de ce « Où es-tu ? » n’est pas là. Ce « Où es-tu ? » dit en fait plutôt « Où en es-tu ? Où en es-tu rendu?  Où es-tu, gros bêta, toi qui voulais être comme les dieux, toi qui voulais sauter plus haut que ton ombre ? Toi qui te caches maintenant sous un bosquet en espérant que Je ne te vois pas ? Oui, voilà où te mène ta ‘connaissance du bien et du mal’. Oui, laisse moi rire ! ».

 

            Je sais bien que cette lecture n’est pas celle que l’on fait habituellement de ce texte, mais on ne m’ôtera pas de l’idée que le « Où es-tu ? » de Dieu a quelque chose d’espiègle et de moqueur.

 

            • Mais venons-en à la suite des récits et des propos de l’Ancien Testament. Certes, la Bible hébraïque ne dit pas souvent que Dieu rit. Mais il est clair que pour elle, Il est bien Celui qui se rit et se gausse de ceux qui sont animés par la volonté de puissance et se confient en leurs faux dieux.

 

            Isaac, cette figure emblématique d’Israël, a pour nom « Dieu rit » (Gen. 21, 3-6), ce qui rappelle que Dieu a ri lors de sa naissance. Il a ri de ce qu’Abraham et Sarah, déjà très âgés, avaient ri, fort de leur sagesse et de leur science, lorsqu’il leur a été annoncé qu’ils auraient un fils. Dieu se rit même du rire des hommes, lorsque celui-ci est une forme de suffisance, de prétention à la connaissance, au savoir et au bon sens.

 

            La Bible évoque également le rire de Dieu dans le livre de Job (Job 9, 23 où Job s’écrie « Dieu se rit de l’épreuve des innocents ») et aussi dans les Psaumes : « Celui qui siège dans les cieux rit » (Ps 2,4), « Le Seigneur se rit du méchant » (Ps. 37,13) ; « Et toi, Éternel, tu te ris d’eux «  (Ps. 59,9). On voit que le rire de Dieu est un rire de dérision et de moquerie.

 

            • Les prophètes de Yahvé insultent et ridiculisent les Baals et autres divinités auxquelles les Israélites  se prostituent ainsi que les idoles qu’ils vénèrent (1 Rois 19,27 ; Osée 2,5-13; Is 2,8 etc.). Ce sont des « mensonges qui séduisent » (Amos 2, 4), des « vanités » (Jer.2,5), des « non-dieux » (Jér. 2, 11; 5,7). Les prophètes de Yahvé raillent l’impuissance des idoles (Es.2,21 ; Jér. 10,2). Et pour le dire autrement, ils en rient.

 

            • Il faut aussi mentionner les propos de Job sur Dieu (Job 12, 19-25), qui Le présente comme un anarchiste qui ridiculise et tourne en dérision la prétendue sagesse des vieillards, des nobles et des prêtres.

 

« Dieu renverse les autorités le plus établies,

Il ôte la parole à ceux qui ont le plus d’assurance

Il enlève le discernement aux vieillards,

Il verse le mépris sur les nobles

… Il enlève l’intelligence aux chefs des peuples,

Il les fait errer dans des déserts sans chemin

et tâtonner dans les ténèbres, sans lumière,

Il les fait errer comme des gens ivres » 

 

            De fait, le Dieu de l’Ancien Testament est celui qui pourfend et tourne en ridicule toutes les idoles « faites de main d’homme » dont l’homme s’éprend. Dieu ne se connait et ne se révèle qu’en tant que Principe de la dénégation des faux dieux. On peut entendre par là l’ensemble des valeurs et des vérités que l’homme se fabrique par ce qu’il croit être son intelligence et sa connaissance du bien et du mal.

 

            Ainsi voir Dieu comme un Rire ne nous paraît pas inconvenant. On peut en tout cas dire que chez ceux qui se font ses porte-parole, il y a une forme d’insolence, de diatribe et de raillerie. On n’est pas loin du rire, de la risée et de la dérision. 

 

            • Venons-en maintenant au Nouveau Testament

            La Vierge Marie, dans son Magnificat, reprend cette insolence ironique, iconoclaste et renversante qui était celle des prophètes de l’Ancien Testament et que l’on peut voir comme l’image du rire de Dieu : « Le Tout-Puissant a dispersé ceux qui avaient dans leur cœur des pensées orgueilleuses. Il a fait descendre les puissants de leur trône, il a élevé les humbles… et renvoyé les riches à vide » (Luc 1, 49-54).

 

            Mais pour Jésus, les choses sont plus complexes. Certes, dans son ministère et sa prédication, Jésus use volontiers de maximes paradoxales qui prennent à rebours les vérités usuelles et que l’on peut voir, sans trop forcer les choses, comme des boutades, des bravades acides et iconoclastes. Ainsi, il dit à sept reprises : « Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers », et aussi « les prostituées précèderont les bien-pensants dans le Royaume de Dieu » (Mat. 21,31). Tenir ce genre de propos ne peut être vu que comme une provocation et un persiflage qui ridiculisent la morale classique et la religion institutionnelle. Mais, reconnaissons-le, Jésus ne prêche pas un Dieu qui rit, et sa prédication ne relève pas non plus du rire. D’ailleurs on a souligné à l’envi que, selon les Évangiles, Jésus n’avait jamais ri.

 

            En revanche, Jésus a été clairement la risée de ses proches qui pensaient qu’il n’avait pas toute sa raison (Jean 10,20) et il a été raillé de manière ignoble durant son procès et sa crucifixion par ceux qui assistaient à son supplice (Mat. 27, Marc 15, Luc 23).

 

            Il y a une raison pour cela. Nous l’avons dit, le fait de rire, que ce soit chez les dieux ou chez les hommes, est le corollaire d’une forme d’autorité et de supériorité. Or Jésus a porté à son comble son abaissement et son renoncement à lui-même (c’est ce que l’on appelle sa « kenose »). Il s’est livré à ceux qui détenaient le pouvoir, et il a accepté sans murmure le rire, les railleries et les injures. C’est pourquoi il a été vu, surtout par les théologiens d’aujourd’hui, comme la figure et l’incarnation d’un Dieu qui renonce à lui-même et à son pouvoir (cf. le concept de tsimtsoum de la Kabbale juive).    

 

            • Venons-en à Saint Paul. Il n’est certes pas un rigolo, mais il est tout aussi iconoclaste que Jésus et les prophètes de l’Ancien Testament. Il dit que la prédication de l’Évangile est « folie » et « scandale » (1 Cor. 1,18). Elle se gausse de la fausse sagesse des sages. Mais il faut souligner que, tout comme Jésus, il a été lui-même vivement raillé (Actes 17,32) et que, lui aussi, il est mort comme martyr.

 

            • Quant à la première confession de foi des chrétiens, on peut la voir comme un trait d’ironie quelque peu anarchiste. De fait, Jésus-Christ est proclamé Kurios (Seigneur) alors que Kurios était le titre de l’Empereur de Rome. Ainsi Jésus, le misérable crucifié de Golgotha, détrône César de son titre.

 

Le Dieu du Livre de Job, un Dieu pour le moins excentrique

            Mais le texte que l’on peut, assurément, le plus assimiler à un éclat de rire de Dieu, c’est le discours de Dieu à Job rapporté aux chapitres 38-41 du livre de Job.

 

            Rappelons le contexte. Job était un homme « bien », juste et pieux, et tout à coup la foudre tombe sur son bétail et ses serviteurs, et ils sont anéantis. Puis une tornade s’abat sur sa maison et tous ses enfants sont tués. De plus, un méchant virus lui tombe dessus et il devient malade. Et Job ne s’explique pas ce qui lui arrive ni pourquoi cela arrive à un homme juste et pieux comme lui. C’est cela qui le révolte.

 

            Job accepte qu’il y ait des malheurs si on peut leur trouver un sens, mais il n’accepte pas qu’il y en ait sans raison, c’est-à-dire sans que l’on puisse trouver la moindre explication ou justification, sans qu’on puisse les considérer comme une juste punition ou comme un avertissement pédagogique. Job n’accepte pas l’absurde, c’est-à-dire ce qui est sans raison, ce qui est « pour rien »[13].

 

            C’est pourquoi il s’en prend à Dieu et le somme de lui donner la raison de ses malheurs successifs. Dieu finit par lui répondre, mais Il ne lui apporte ni explication, ni consolation. Il lui montre le monde tel qu’il est en vérité, c’est-à-dire un monde où les notions de bien et de mal, de juste et d’injuste n’ont pas cours. 

 

            Il lui montre un monde sans aucun sens, un monde où les avalanches, les tempêtes et les tuiles tombent sans raison et frappent au hasard. Puis Il le convie à une sorte de safari photo ; il lui montre que les animaux sauvages ont des mœurs qui échappent à notre logique et à notre morale. Et enfin, il fait l’éloge de deux monstres, une espèce d’hippopotame (appelé Béhémoth) et une sorte de crocodile-dragon (Léviathan) qui, dans les mythologies de l’époque, représentent la puissance du Chaos, du Tohu-bohu, on pourrait dire du Hasard et de l’Absurde.

 

            Oui, voilà la réponse pour le moins déconcertante que Dieu apporte aux justes plaintes et aux questions bien légitimes que pose Job.

 

            Dieu montre à Job un monde où tout est « pour rien », sans raison, on pourrait dire aussi « pour rire », ou « pour de rire » pour reprendre la locution enfantine. En effet, on verra à la lecture de ce discours de Dieu, que cette expression n’est nullement déplacée tant il est rieur, espiègle et bon enfant. 

           

            En effet, la présentation que Dieu fait des animaux sauvages et des deux monstres est tout simplement drôle, cocasse, désopilante. Qu’on en juge :  

 

            « Qui a mis l’onagre en liberté,

            et qui a dénoué les liens de l’âne sauvage ?

            J’ai fait de la steppe son habitation,

            de la terre salée sa demeure.

            Il se rit du tumulte de la ville,

            Il n’entend pas les cris d’un charretier » (Job 39, 5-7)

 

            « L’aile des autruches se déploie joyeusement;

            On dirait l’aile, le plumage de la cigogne.

            Mais quand l’autruche abandonne ses oeufs à la terre,

            Et les laisse chauffer dans la poussière,

            Elle oublie qu’un pied peut les écraser,

            qu’un animal de la campagne peut les fouler.

            Elle est dure envers ses petits, comme s’ils n’étaient pas à elle;

            Elle n’a pas peur d’avoir de la peine pour rien.

            Car Dieu l’a privée de sagesse,

            Il ne lui a pas donné l’intelligence en partage » (Job 39 13-17)

 

            « Voici l’hippopotame que j’ai formé comme toi !

            Il mange de l’herbe comme le bœuf.

            Le voici ! Sa force est dans ses reins,

            et sa vigueur dans les muscles de son ventre.
            Il raidit sa queue comme un cèdre ;

            les nerfs de ses cuisses sont entrelacés

            ses os sont comme des tubes de bronze,

            son ossature comme des barres de fer. `   

            Il est le couronnement des œuvres de Dieu » (Job 40, 15-19)

 

            « Prendras-tu le crocodile à l’hameçon ?

            Lieras-tu sa langue avec une corde ? « (Job 40, 25)

            « Je ne me tairai pas à propos de ses membres,

            de la force et de la beauté de son organisme » (Job 41,4)

            « Ses éternuements font briller de la lumière ;

            ses yeux sont comme les paupières de l’aurore.

            Des torches jaillissent de sa gueule,

            des étincelles de feu s’en échappent.

            Une fumée sort de ses naseaux,

            comme un chaudron qui bout,

            d’une chaudière ardente.

            Son haleine allume les charbons,

            une flamme sort de sa gueule.

            Dans son cou réside la puissance,

            et l’effroi bondit au-devant de lui » (Job 41, 10-14)

 

            Oui, ce « safari-photo » tout à la fois dantesque et croquignolet résonne comme un éclat de rire de Dieu. Dieu se rit de Job qui prétend que les choses, les êtres et les événements doivent avoir un sens. De fait, le monde et la Nature, ses tornades et ses raz-de-marées sont antérieurs à l’apparition de l’homme et de sa prétention à les juger en termes de bien et mal. Ce qui montre bien qu’ils sont en eux-mêmes sans aucun sens.

 

            Par ce discours, Dieu appelle Job à vivre comme ces animaux sauvages pour qui la vie est sans pourquoi et qui sont libres et ignorants tant du bien que du mal. Il appelle Job à ne pas l’accuser en lui disant qu’il est injuste et méchant envers lui. Ce qui lui arrive, c’est le fruit du hasard, de l’arbitraire, du caprice de la Nature.

 

            Dieu se présente comme Celui qui donne leur force et leur puissance aussi bien aux astres qu’aux gazelles, aux avalanches qu’aux chevaux sauvages, aux tempêtes qu’au Léviathan qui éternue des étincelles de feu.

 

            Ce que révèle Dieu à Job, c’est un monde sans foi ni loi, sans dieu moral, sans dieu-explication, autrement dit sans dieu créé par l ‘homme dans ses catégories mentales. Il lui présente un monde sans l’homme. De fait, il n’est nullement question de l’homme dans ce discours.

 

            Le discours de Dieu à Job est une parfaite illustration du propos de Nietzsche : « Au-dessus de toutes choses, il y a le ciel de la Contingence, le ciel de l’Innocence, le ciel du Hasard, le ciel du Caprice ». Et il connote aussi avec notre « Au-dessus de toutes choses, il y a le ciel du Rire ».

 

            Ainsi, sans trop forcer les choses, on peut voir ce discours et aussi le monde qu’il présente comme un éclat de rire de Dieu[14].

 

La création, un éclat de rire

            Je ne doute pas que cette manière de concevoir Dieu et son action dans notre monde déconcerte les lecteurs qui ont eu la patience de me lire jusqu’ici. Elle est certes isolée dans le corpus biblique. Mais il nen reste pas moins que bien des textes de l’Antiquité font état du rire des dieux. Ainsi par exemple, aussi bien dans l’Iliade (I, 599) que dans l’Odyssée (V II, 327), Homère parle du rire des dieux. De même Zeus rit pour manifester bruyamment sa présence. Le rire, pour ce qui est des dieux, est une manière de manifester leur autorité.

 

            Ce qui importe aussi pour notre propos, c’est qu’un papyrus alchimique du IIIe siècle, le Papyrus de Leude, attribue la création du monde au rire divin. « Dieu ayant ri, naquirent les sept dieux qui gouvernent le monde… Lorsqu’il eut éclaté de rire, la lumière parut. Il éclata de rire une seconde fois, tout était eaux. Au troisième éclat de rire apparut Hermès… Au quatrième, la génération. Au cinquième, le destin. Au sixième, le temps. Puis avant le septième rire, Dieu prend une grande respiration, mais il a tellement ri qu’il en pleure et des larmes naît l’air »[15].

 

            Ajoutons ceci. Si l’on étudie la place du rire dans l’histoire des religions[16], on constate que celui-ci naît souvent lorsque lon découvre une supercherie, et en particulier la supercherie que constituent les idoles qui sont prises comme des dieux, alors quelles ne sont que de bois. Le rire de Dieu est un rire critique, ironique et destructeur vis-à-vis des faux dieux et des idoles, et ici nous retrouvons une veine qui est constante aussi bien dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Les idoles d’aujourd’hui, ce sont les idéologies de toutes sortes et, en particulier les idéologies théologiques et religieuses qui prétendent déterminer les qualités de Dieu en le faisant le plus souvent en termes de bien, bon, miséricordieux, ou de mal, cruel, injuste.  De fait, « la connaissance du bien et du mal » est l’âme de la formation des idéologies et des idolâtries.

 

Vivre sous le rire de Dieu

            Pour conclure, j’ajouterai ces quelques propos plus personnels.

            La création peut effectivement être vue comme un éclat (de rire) dans le néant. Elle procède d’un big bang cosmique et « pour rien ». Bien sûr, c’est une manière de voir. Mais elle en vaut d’autres. L’éclat de rire est une force, une énergie qui crée un monde en éclats, un monde « pour rien », gratuit, sans explication ni justification; un monde à la fois joyeux et absurde.

 

            On pourrait en effet identifier Dieu au Rire et son action au « pour rire », c’est-à-dire au « pour rien », à la gratuité, au jeu, à la joie et peut-être à la folie de l’amour. Dieu ne supprime pas l’absurde, il le transfigure en gratuité.

 

            Pour paraphraser un poème de F. Schiller, on pourrait écrire : Le « Pour rien » est le moteur puissant de l’éternelle nature. Le « Pour rien » tourne les rouages dans la grande horloge du monde. Il fait sortir les fleurs et leurs gènes, briller le soleil au firmament, rouler dans l’espace des sphères qu’aucun astronaute de connaît. Et tout cela gratuitement et « pour rire ». 

 

            Dans le monde, tout est « pour rien » ou, si l’on préfère, tout est « pour de rire ». Dieu invite les hommes à joyeusement accepter l’insignifiance des choses et du cours de leur vie.

 

            Il nous faut vivre « sous le rire de Dieu », autrement dit avec humilité, en faisant taire notre volonté d'être comme des dieux et en nous méfiant de nos jugements en termes de  bien ou mal.

 

            Le monde est un jeu gratuit, inconséquent et amoral, entre le vivre et le mourir, le fleurir et le flétrir, la chance et la malchance, le destin et l’imprévu. Et ce monde est entre les mains d’un Dieu que nous ne voyons pas et qui pourtant l’anime de toutes parts.

           

            Le cours de la vie est aussi dépourvu de sens que les bonds de l’antilope, aussi capricieux que le vol des libellules, aussi cruel que la lionne des steppes. Mais il est également un feu d’artifice de gratuité, d’appétits et de plaisirs « pour rien ».

 

            La vie est faite pour être vécue comme elle nous est donnée, cest-à-dire pour rien.  Le cours de la vie est un jeu sans punition ni récompense, sans justice ni injustice, sans raison d’être et sans explication. Le savoir et l’accepter ne supprime les épreuves, mais nous donne une forme de détachement et aussi de générosité et de candeur. Le goût de vivre est sans pourquoi, et le goût de rire également. Il est signe de résurrection.

 

                                                                                               



[1] Adam et Eve se sont emparés du fruit de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, c’est-à-dire du pouvoir de réfléchir en termes de bien et mal (Gen. 2 et 3)

[2] Je dis ici « les dieux » et plus loin je dirai simplement « Dieu ». Ce changement d’appellation n’a guère d’importance pour notre propos. Dieu devient un sujet personnel à partir du moment où on le considère comme tel.

[3] Cité par Georges Minois, Histoire du rire et de la dérision, Fayard 2000 p. 488-489. Ce livre nous a donné la quasi totalité de nos citations.

[4] Nietzsche, Avant l’Aurore, 1881

[5] Dieu est ce que lon pourrait appeler une Judication transcendante. Cette Judication est une lumière projetée sur le monde et dans laquelle la vérité du monde apparaît. Elle est un point de vue sur le monde qui procède dun Oeil à linfini. Elle est donc un point de vue sans point de vue, cest-à-dire sans erreur de perspective.

[6] Ce Regard saisit la vérité de la totalité du monde in uno conspecto simul (en un seul regard). Il institue le monde comme un réel qui, dans sa globalité, on peut dire son unitotalité, est sans finalité et sans sens. Il est « pour rien ». Il est absurde.

[7] De la même manière que, lorsqu’on est dans une pièce, on ne peut en un seul regard la connaître dans la vérité de sa totalité.

[8] Nietzsche La volonté de puissance

[9] Nietzsche, Humain, trop humain, 2e partie n°22

[10] W. Shakespeare, Macbeth Acte V, scène 5.

[11] W. Shakespeare, Le roi Lear,  Acte IV, scène 1.

[12] On comprend ainsi pourquoi l’acquisition de cette connaissance a été vue comme un péché, autrement dit, pour rester fidèle à l’étymologie du mot hébreu hatta’t, comme une manière de « rater la cible » de la vérité des choses.  Cest pourquoi on peut la voir comme un péché épistémologique.

[13] Alain Houziaux, Job et le problème du mal, Cerf 2020.

[14] De fait, l’auteur de ce discours de Dieu à Job aurait pu aussi écrire certains textes plus ou moins absurdes et cocasses de Ionesco, par exemple.

[15] Salomon Reinach, Cultures, mythes et religions, Bouquins éditeur 1996 Paris Ernest Leroux 1912, p.147. Et, ajoute S. Reinach, l’auteur qui fait état de ce mythe, « Cette conception n’est pas isolée dans l’Antiquité. Proclus cite des vers d’un poète qu’il qualifie de théologien, c’est-à-dire de pythagoricien ou d’orphique, attribuant la naissance des dieux au rire de la divinité souveraine et la naissance des hommes à ses larmes.

[16] Reinach, op. cit. p. 146-147)


           

                                                                                                                 



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