{"id":943,"date":"2025-02-15T16:53:03","date_gmt":"2025-02-15T15:53:03","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=943"},"modified":"2025-02-15T16:53:03","modified_gmt":"2025-02-15T15:53:03","slug":"gesche-pour-penser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/gesche-pour-penser\/","title":{"rendered":"Gesch\u00e9 pour penser"},"content":{"rendered":"\n<p>Louis Cornellier<\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 par l\u2019hebdomadaire catholique Golias<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/www.golias-editions.fr\/golias-hebdo\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9ologien qu\u00e9b\u00e9cois Jean-Fran\u00e7ois Gosselin propose une remarquable introduction \u00e0 l\u2019\u0153uvre de son homologue belge Adolphe Gesch\u00e9.&nbsp;<em>Dieu, pour quoi faire&nbsp;?<\/em>&nbsp;demandait ce dernier. La r\u00e9ponse est brillante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;On est ath\u00e9e non pas tant parce que Dieu n\u2019existe pas, mais parce qu\u2019on estime l\u2019id\u00e9e de Dieu perverse ou funeste. [\u2026] Mieux vaut le risque que Dieu n\u2019existe pas, que celui que Dieu soit quelque chose de funeste&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9crivait Adolphe Gesch\u00e9 (1928-2003). Venant d\u2019un th\u00e9ologien, le propos \u00e9tonne. Il dit, essentiellement, que si Dieu n\u2019apporte pas de bienfaits aux humains, il ne m\u00e9rite pas d\u2019exister. Il ne met pas l\u2019humain \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de Dieu, mais ce dernier \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019humain. C\u2019est \u00e0 nous, peut-on dire en r\u00e9sum\u00e9, que revient la t\u00e2che d\u2019\u00e9valuer si Dieu a sa raison d\u2019\u00eatre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si Dieu m\u2019espionne, sature ma conscience, me prive de mon autonomie et paralyse ma pens\u00e9e et mon action, il vaut mieux que, pour moi, il ne soit pas. C\u2019est la th\u00e8se des Feuerbach, Marx, Nietzsche, Freud et Sartre. Si Dieu emp\u00eache l\u2019humain de se prendre librement en main, il est nuisible \u00e0 l\u2019humanit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette vision est dominante en Occident depuis des d\u00e9cennies. Comme l&rsquo;\u00e9crit le th\u00e9ologien qu\u00e9b\u00e9cois Jean-Fran\u00e7ois Gosselin, un&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;discr\u00e9dit p\u00e8se sur la figure de Dieu&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;plusieurs aujourd&rsquo;hui craignent de voir leur libert\u00e9, leur intelligence et leur projet de vie se dissoudre et mourir au contact de Dieu&nbsp;\u00bb.<\/em>&nbsp;C&rsquo;est, ajoute Gosselin, comme si on devait choisir<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;entre croire en Dieu et croire en soi&nbsp;\u00bb<\/em>. Nombreux sont ceux qui choisissent la deuxi\u00e8me option et, suivant cette logique, on peut les comprendre. S&rsquo;il faut, pour \u00eatre libre, vivre comme si Dieu n&rsquo;existait pas, eh bien soit&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Or, cette logique est-elle la bonne&nbsp;? Jean-Fran\u00e7ois Gosselin en doute. Dans&nbsp;<em>Sur la voie du d\u00e9sir<\/em>. Dieu (M\u00e9diaspaul, 2024, 192&nbsp;pages), un brillant essai d&rsquo;une exquise profondeur, il montre que le Dieu que refusent ses contemporains n&rsquo;est pas celui que permet d&rsquo;appr\u00e9hender une pens\u00e9e subtile comme celle du th\u00e9ologien belge Adolphe Gesch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Du d\u00e9sir \u00e0 Dieu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les humains refusent Dieu pour \u00eatre libres, pour penser par eux-m\u00eames. Mais, ce faisant, y gagnent-ils au change&nbsp;? Gesch\u00e9 ne le croit pas. Il constate le pessimisme, la crise de l&rsquo;esp\u00e9rance et la solitude qui r\u00e8gnent en Occident. Les anciens rep\u00e8res spirituels, consid\u00e9r\u00e9s, parfois \u00e0 juste titre, comme \u00e9crasants, ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s, mais c&rsquo;est souvent le vide int\u00e9rieur, une certaine d\u00e9tresse, qui les a remplac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Gesch\u00e9, \u00e9crit Gosselin, pressent que, de mani\u00e8re consciente ou inconsciente, notre temps cherche quelque chose que ni la science ni la philosophie ne peuvent lui apporter.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;Le Dieu Horloger, bouche-trou de nos ignorances ou pourvoyeur de sens impos\u00e9 ne convenait plus, et c\u2019est tr\u00e8s bien ainsi puisque ces r\u00e9ponses faciles aux grandes questions \u00e9touffaient l\u2019intelligence. Mais Dieu, justement, c\u2019est la th\u00e8se de Gesch\u00e9, n\u2019est pas dans ces r\u00e9ponses.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 est-il donc, alors&nbsp;? Personne, \u00e9videmment, ne peut r\u00e9pondre de fa\u00e7on cat\u00e9gorique \u00e0 cette question. Ce que propose Gesch\u00e9, et Gosselin qui lui a consacr\u00e9 sa th\u00e8se de doctorat \u00e0 sa suite, c&rsquo;est de voir Dieu&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;comme un exercice de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;pour tenter de cerner la destin\u00e9e de l&rsquo;humain. La d\u00e9marche, disons-le, est exigeante. Gosselin, dans une langue \u00e9l\u00e9gante, tente de nous la rendre accessible afin d&rsquo;en communiquer la puissance interpr\u00e9tative et lib\u00e9ratrice.<\/p>\n\n\n\n<p>Gesch\u00e9, explique Gosselin, con\u00e7oit l&rsquo;humain comme&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;un \u00eatre de d\u00e9sir&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;qui ne se contente pas du&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;plus-avoir&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;mais cherche le&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;plus-\u00eatre&nbsp;\u00bb<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;une forme de pl\u00e9nitude&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;qu&rsquo;on appelle commun\u00e9ment le bonheur. Or, ce d\u00e9sir, dans sa forme sup\u00e9rieure, est au fond un&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;d\u00e9sir du d\u00e9sir de l&rsquo;autre&nbsp;\u00bb<\/em>, une qu\u00eate de reconnaissance.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Le plus court chemin de soi \u00e0 soi passe par autrui&nbsp;\u00bb<\/em>, comme le disait Paul Ric\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9sir nous entra\u00eene sur le terrain de la foi puisque, sans cette derni\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans possibilit\u00e9 d&rsquo;un avenir, d&rsquo;une vie pleinement v\u00e9cue, le d\u00e9sir ne serait que l&rsquo;expression d&rsquo;une carence d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Il existe, explique Gesch\u00e9, trois sortes de foi, toutes n\u00e9cessaires la foi en soi, la foi en l&rsquo;autre et la foi en Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9ologien a l&rsquo;audace d&rsquo;accorder \u00e0 la foi en soi la priorit\u00e9 puisque, sans elle, rien n&rsquo;est possible. La foi que j\u2019ai en l&rsquo;autre et celle de l&rsquo;autre en moi s&rsquo;av\u00e8rent aussi essentielles puisqu&rsquo;elles soutiennent la premi\u00e8re.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;C&rsquo;est la foi que les autres mettent en nous qui nous indique notre route&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9crivait Fran\u00e7ois Mauriac.<\/p>\n\n\n\n<p>La foi en Dieu, enfin, op\u00e8re selon une semblable logique.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Avoir foi en Dieu, \u00e9crit Gosselin, c\u2019est avoir foi en Celui qui donne foi en soi&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;dans la mesure o\u00f9 la relation qui existe entre l\u2019humain et Dieu est v\u00e9cue comme une amiti\u00e9 stimulante. Pour bien comprendre le point de vue de Gesch\u00e9, il faut oublier l\u2019\u00c9glise et ses dogmes pour revenir \u00e0 la source de la foi chr\u00e9tienne. Avoir la foi, explique ainsi Gosselin, c\u2019est&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;croire de mani\u00e8re libre et intelligente en Quelqu&rsquo;un qui me touche au plus profond de mon \u00eatre et m&rsquo;inspire confiance&nbsp;\u00bb<\/em>, c&rsquo;est voir J\u00e9sus comme \u00ab&nbsp;le texte&nbsp;\u00bb par lequel le chr\u00e9tien se lit lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;infini en nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les sceptiques diront peut-\u00eatre que faire ainsi appara\u00eetre Dieu dans la r\u00e9flexion s&rsquo;apparente \u00e0 un tour de magie peu convaincant. Gesch\u00e9 est conscient du fait que Dieu, de nos jours, ne peut plus surgir dans la r\u00e9flexion comme une \u00e9vidence. C&rsquo;est la raison pour laquelle il revient \u00e0 Descartes et \u00e0 Levinas pour justifier sa d\u00e9marche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sir humain est notamment un d\u00e9sir de connaissance. On cherche, dans cet \u00e9lan, \u00e0 se rendre ma\u00eetre de la chose \u00e9tudi\u00e9e. Or, une id\u00e9e r\u00e9siste \u00e0 cette exp\u00e9rience&nbsp;: Vid\u00e9e de Dieu ou de l&rsquo;infini. De cette derni\u00e8re, Descartes tirait une preuve de l&rsquo;existence de Dieu&nbsp;: un \u00eatre fini ne pouvant concevoir par lui-m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;infini, il faut conclure que Dieu existe puisque, sinon, qui aurait pu mettre cette id\u00e9e en moi&nbsp;? Renversante, cette preuve, dite ontologique, demeure tr\u00e8s contest\u00e9e en philosophie.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de la controverse, Levinas, note Gosselin, retient surtout le fait que cette id\u00e9e de l&rsquo;infini appara\u00eet comme&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;une id\u00e9e inn\u00e9e qui nous pr\u00e9c\u00e8de, une id\u00e9e qui r\u00e9siste \u00e0 toute forme de synth\u00e8se, d&rsquo;appropriation et de totalisation, enfin une id\u00e9e qui transcende notre rapport aux ph\u00e9nom\u00e8nes&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;et qui nous force \u00e0 explorer&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;le d\u00e9sir m\u00e9taphysique&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>qui nous habite.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Levinas, donc, cette id\u00e9e n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement une preuve de l&rsquo;existence de Dieu et encore moins un rejet du savoir humain ordinaire ou de la science&nbsp;; c&rsquo;est une invitation \u00e0 penser plus loin, \u00e0 reconna\u00eetre la possibilit\u00e9, voire la n\u00e9cessit\u00e9,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;d\u2019une r\u00e9flexion qui d\u00e9passe les limites de ce qui est convenable, scientifiquement parlant&nbsp;\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Gosselin. Par cons\u00e9quent, continue le th\u00e9ologien qu\u00e9b\u00e9cois, il convient d\u2019accepter que l\u2019id\u00e9e de l\u2019infini, donc peut-\u00eatre Dieu,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;n\u2019a rien d\u2019une pure invention, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre humanit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;et que la rejeter \u00e9quivaut \u00e0&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;se fermer \u00e0 une part essentielle de nous-m\u00eames&nbsp;\u00bb<\/em>. Cette r\u00e9flexion, tr\u00e8s forte, fait mieux comprendre le titre de l\u2019\u0153uvre principale de Gesch\u00e9,&nbsp;<em>Dieu pour penser<\/em>&nbsp;(Cerf, 1993-2003), qui se d\u00e9cline en sept tomes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La libert\u00e9 d\u00e8s l\u2019origine&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une fois admise la pertinence philosophique de l\u2019id\u00e9e de Dieu, il reste \u00e0 savoir qui est ce Dieu et que signifie y croire&nbsp;? Plus encore, on peut se demander pourquoi y croire.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Dieu, \u00e7a change quoi \u00e0 la vie&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;\u00e9crit Gosselin en r\u00e9sumant ce qui est, pour lui, la grande question de la th\u00e9ologie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Gesch\u00e9 et Gosselin, je le r\u00e9p\u00e8te, refusent le Dieu&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;bouche-trou qu\u2019on invoque pour r\u00e9gler tous nos probl\u00e8mes&nbsp;\u00bb ou le \u00ab&nbsp;Dieu P\u00e8re qui infantilise&nbsp;\u00bb<\/em>. Le Dieu \u00e9voqu\u00e9 par Levinas leur semble plus juste.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;C\u2019est certainement une grande gloire pour le cr\u00e9ateur que d\u2019avoir mis sur pied un \u00eatre capable d\u2019ath\u00e9isme, un \u00eatre qui, sans avoir \u00e9t\u00e9 causa sui, a le regard et la parole ind\u00e9pendants et est chez soi&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e9crivait le philosophe juif dans&nbsp;<em>Totalit\u00e9 et infini<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Gesch\u00e9, en effet, l\u2019id\u00e9e biblique de cr\u00e9ation fonde la libert\u00e9 de l\u2019humain.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Dieu, \u00e9crit Gosselin, pose le geste radical de donner l\u2019existence \u00e0 autre que lui-m\u00eame, conf\u00e9rant \u00e0 sa cr\u00e9ation sa pleine autonomie.&nbsp;\u00bb<\/em>L\u2019humain est ainsi cr\u00e9\u00e9 libre, s\u00e9par\u00e9 de Dieu, qui se retire du monde apr\u00e8s son geste cr\u00e9ateur pour assurer l\u2019ind\u00e9pendance de son \u0153uvre. La relation entre l\u2019un et l\u2019autre, d\u00e8s lors, rel\u00e8ve du choix, d\u2019o\u00f9 la possibilit\u00e9 de l\u2019ath\u00e9isme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019humain, insiste Gosselin, est chez lui sur la terre, qui est le lieu du d\u00e9ploiement de sa libert\u00e9 cr\u00e9atrice. La libert\u00e9 humaine, en ce sens,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;n\u2019est pas une conqu\u00eate prom\u00e9th\u00e9enne arrach\u00e9e \u00e0 Dieu, mais un trait constitutif du d\u00e9sir de Dieu d\u00e8s les origines sous le signe d\u2019une Alliance&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, si le mal perdure ici-bas, la responsabilit\u00e9 nous en revient. Dieu, \u00e0 l\u2019origine,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;croit en nous et en nos possibilit\u00e9s&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>\u00e9crit Gosselin. Pour nous, croire en lui, c\u2019est, selon la belle formule d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;avoir la foi en Celui qui donne foi en soi&nbsp;\u00bb<\/em>. C\u2019est choisir librement d\u2019entretenir une relation avec celui qui fonde notre libert\u00e9. Une telle foi, Gesch\u00e9 le sait bien, ne s\u2019impose pas comme une \u00e9vidence scientifique. Croire en Dieu, \u00e9crit- il, c\u2019est&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;prendre au mot une annonce sans preuve&nbsp;\u00bb<\/em>, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un travail de discernement dans cette entreprise afin de ne pas croire n\u2019importe quoi. Les r\u00e9flexions qui pr\u00e9c\u00e8dent, par exemple, sont le fruit de cet effort pour tenter d\u2019\u00e9tablir une image de Dieu \u00e0 la fois raisonnable et bonne pour l\u2019humain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019\u00e9motion de Dieu&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9finitive, toutefois, en l\u2019absence de preuves absolument indubitables, l\u2019exp\u00e9rience de la foi rel\u00e8ve de ce que le philosophe Paul Ric\u0153ur appelait une&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;\u00e9motion signifiante&nbsp;\u00bb<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire, explique Gosselin, une sorte de&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;jaillissement qui pr\u00e9c\u00e8de la r\u00e9flexion philosophique, qui tient de la profondeur d\u2019un sentiment et qui se traduit existentiellement par une intention assurant \u201cl\u2019unit\u00e9 d\u2019\u00e9lan\u201d de vie&nbsp;\u00bb<\/em>. Comme exemples d\u2019une telle \u00e9motion, Ric\u0153ur \u00e9voquait l\u2019\u00c9ros platonicien, le Verbe int\u00e9rieur augustinien et le c\u0153ur pascalien. Il faut, pour ressentir quelque chose de semblable, accepter de penser au-del\u00e0 de la raison raisonnante, accueillir avec ouverture l\u2019id\u00e9e de l\u2019infini en soi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Essai costaud et relev\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 dans un style d\u2019une grande finesse,&nbsp;<em>Sur la voie du d\u00e9sir&#8230; Dieu<\/em>&nbsp;est non seulement un splendide hommage rendu \u00e0 la pens\u00e9e p\u00e9n\u00e9trante du th\u00e9ologien Adolphe Gesch\u00e9, mais aussi un lumineux plaidoyer pour une pens\u00e9e m\u00e9taphysique humaniste qui traite Dieu en ami. Ce livre, prodigieux, est celui d\u2019un ma\u00eetre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; En partenariat avec Pr\u00e9sence-Info (source : https:\/\/presence-info.ca\/article\/idees\/ chronique-litteraire\/gesche-pour-penser\/)&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Louis Cornellier Publi\u00e9 par l\u2019hebdomadaire catholique Golias Le th\u00e9ologien qu\u00e9b\u00e9cois Jean-Fran\u00e7ois Gosselin propose une remarquable introduction \u00e0 l\u2019\u0153uvre de son homologue belge Adolphe Gesch\u00e9.&nbsp;Dieu, pour quoi faire&nbsp;?&nbsp;demandait ce dernier. La r\u00e9ponse est brillante.&nbsp; \u00ab&nbsp;On est ath\u00e9e non pas tant parce que Dieu n\u2019existe pas, mais parce qu\u2019on estime l\u2019id\u00e9e de Dieu perverse ou funeste. 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