{"id":734,"date":"2025-01-18T08:50:19","date_gmt":"2025-01-18T07:50:19","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=734"},"modified":"2025-01-18T08:50:49","modified_gmt":"2025-01-18T07:50:49","slug":"leglise-catholique-et-lavortement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/leglise-catholique-et-lavortement\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00c9glise catholique et l&rsquo;avortement"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00c9glise catholique condamne toute forme d\u2019interruption de grossesse volontairement provoqu\u00e9e. Il s\u2019agit pour elle d\u2019un acte immoral contre la vie humaine qui doit \u00eatre respect\u00e9e depuis le moment de la conception jusqu\u2019\u00e0 la mort naturelle, consid\u00e9rant que d\u00e8s la conception, le f\u0153tus est un \u00ab&nbsp;\u00eatre humain d\u00e9j\u00e0&nbsp;\u00bb. Le pape Jean-Paul&nbsp;II a r\u00e9affirm\u00e9 cette position en 1995 dans son encyclique&nbsp;<em>Evangelium Vitae.<\/em>&nbsp;Telle est aujourd\u2019hui la position officielle de l\u2019\u00c9glise romaine. Autant les protestations catholiques contre la condamnation de la contraception (<em>Humanae vitae<\/em>) ont \u00e9t\u00e9 fortes, y compris chez les \u00e9v\u00eaques, autant les d\u00e9bats pr\u00e9c\u00e9dant la promulgation de la loi Veil le 17&nbsp;janvier&nbsp;1975 sont aujourd\u2019hui oubli\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question fut ouverte d\u00e8s 1969&nbsp;par un article paru dans la revue Esprit puis par les membres du Planning familial qui cr\u00e9\u00e8rent l\u2019Association pour l\u2019\u00e9tude de l\u2019avortement (ANEA) dont deux de ses vice-pr\u00e9sidents \u00e9taient chr\u00e9tiens&nbsp;: le pasteur et th\u00e9ologien Andr\u00e9 Dumas, professeur \u00e0 la&nbsp;facult\u00e9 de th\u00e9ologie protestante de Paris et un religieux sal\u00e9sien, Ren\u00e9 Simon. Cette association se met rapidement au travail. Sur vingt personnes, elle comporte sept personnalit\u00e9s chr\u00e9tiennes&nbsp;: deux pasteurs dont Andr\u00e9 Dumas, un j\u00e9suite (Philippe Julien) et trois dominicains&nbsp;: Jacques Pohier, Bernard Quelquejeu et Albert Pl\u00e9. D\u00e8s la deuxi\u00e8me r\u00e9union de la commission \u00e9thique, au printemps&nbsp;1970, Jacques Pohier affirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;un \u00c9tat la\u00efc ne peut pas imposer \u00e0 ses sujets une loi religieuse&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les articles se multiplient alors dans les journaux et revues catholiques. Un num\u00e9ro de la revue de th\u00e9ologie&nbsp;<em>Lumi\u00e8re et Vie&nbsp;<\/em>(num\u00e9ro&nbsp;109) enti\u00e8rement consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019avortement<em>&nbsp;<\/em>para\u00eet en octobre&nbsp;1972 comportant, entre autres, les articles de Bernard Quelquejeu (une r\u00e9flexion philosophique sur la procr\u00e9ation) et de Jacques Pohier&nbsp;(<strong>1)&nbsp;<\/strong>intitul\u00e9 \u00ab<em>R\u00e9flexions&nbsp; th\u00e9ologiques sur la position de l\u2019\u00c9glise catholique&nbsp;<\/em>\u00bb. Jacques Pohier \u00e9crit que s\u2019il n\u2019existe pas de crit\u00e8res biologiques suffisants \u00e0 eux seuls pour d\u00e9cider que tout ovule fertilis\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 un \u00eatre humain et si la foi n\u2019a pas de comp\u00e9tence pour en fournir, alors il revient aux hommes d\u2019en juger \u00e0 partir de leur connaissance des facteurs indispensables pour que le f\u0153tus puisse devenir un \u00eatre humain. Pour qu\u2019un embryon soit d\u00e9clar\u00e9 humain, il faut, dit-il,&nbsp;qu\u2019il soit accept\u00e9 et qu\u2019on d\u00e9cide de l\u2019introduire un jour dans la communaut\u00e9 humaine.&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Toute expulsion volontaire d\u2019un f\u0153tus n\u2019est pas forc\u00e9ment l\u2019\u00e9limination d\u2019un \u00eatre&nbsp;humain.&nbsp;<\/em>\u00bb \u00ab&nbsp;<em>Dieu ne fait pas vivre l\u2019homme en lui retirant la responsabilit\u00e9 de ce qu\u2019il lui importe le plus<\/em>&nbsp;[\u2026] \u00ab&nbsp;<em>Que l\u2019avortement soit par nature et par principe, une faute de l\u2019homme contre Dieu&nbsp;<strong>parce que&nbsp;<\/strong>l\u2019homme s\u2019y arrogerait une responsabilit\u00e9 que Dieu ne lui aurait pas confi\u00e9, c\u2019est ce que la vocation de l\u2019homme comme procr\u00e9ateur oblige \u00e0 remettre en cause&nbsp;<\/em>\u00bb (Lumi\u00e8re &amp; vie, num\u00e9ro 109, pp. 73-107).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le j\u00e9suite et psychanalyste Louis Beirnaert, membre de l\u2019\u00c9cole freudienne de Paris, affirme de m\u00eame par une courte note&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;il semble qu\u2019on ne puisse parler du fruit de la conception sans inclure la relation que soutiennent avec lui les hommes, et en premier lieu les parents [\u2026]. \u00c0 aucun moment le fruit de la conception n\u2019est une existence purement biologique<\/em>&nbsp;[\u2026]&nbsp;&nbsp;<em>Il faut&nbsp;faire droit, dans une th\u00e9orie coh\u00e9rente, aux perspectives nouvelles ouvertes par la conscience que, dans certains cas pr\u00e9cis, l\u2019interruption de grossesse puisse ne plus \u00eatre interdite.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Telle est aussi la position adopt\u00e9e, le 29&nbsp;mars&nbsp;1972, par la F\u00e9d\u00e9ration protestante de France. Insistant sur une \u00ab&nbsp;morale de la responsabilit\u00e9&nbsp;\u00bb appel\u00e9e \u00e0 remplacer la \u00ab&nbsp;morale du respect de la nature&nbsp;\u00bb, la F\u00e9d\u00e9ration protestante affirmait que \u00ab&nbsp;dans certains cas, il y a plus de courage et d\u2019amour \u00e0 prendre la responsabilit\u00e9 d\u2019un avortement qu\u2019\u00e0 laisser venir au monde des vies qui seraient soit mena\u00e7antes pour la sant\u00e9 physique et psychique de la m\u00e8re, soit menac\u00e9es dans leur propre viabilit\u00e9 future.&nbsp;\u00bb Ainsi, pouvait-on \u00eatre chr\u00e9tien et accepter l\u2019avortement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus d\u00e9cisif encore, fut la publication, en janvier&nbsp;1973, d\u2019un article de 28&nbsp;pages de la revue&nbsp;<em>\u00c9tudes<\/em>&nbsp;intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Pour une r\u00e9forme de la l\u00e9gislation fran\u00e7aise relative \u00e0 l\u2019avortement&nbsp;\u00bb. Hors de toute consid\u00e9ration religieuse, philosophique et \u00e9thique, l\u2019analyse aboutit \u00e0 la conclusion que \u00ab&nbsp;s\u2019il y a impossibilit\u00e9 d\u2019humaniser l\u2019enfant \u00e0 na\u00eetre&nbsp;\u00bb, la d\u00e9cision d\u2019interrompre la grossesse appartient \u00e0 la fois \u00e0 la m\u00e8re ou au couple&nbsp;et&nbsp;\u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Le texte est sign\u00e9 par quatorze personnalit\u00e9s&nbsp;: trois th\u00e9ologiens (Bruno Ribes, Philippe Roqueplo et Ren\u00e9 Simon), le pasteur Andr\u00e9 Dumas, six scientifiques&nbsp;et quatre m\u00e9decins. Ainsi, trois grandes revues catholiques fran\u00e7aises \u2013&nbsp;\u00c9tudes, le Suppl\u00e9ment, Lumi\u00e8re et Vie&nbsp;\u2013 s\u2019\u00e9taient prononc\u00e9es en faveur d\u2019une r\u00e9forme, non seulement de la loi, mais aussi de la doctrine catholique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t du projet de loi, un groupe parlementaire fut constitu\u00e9 qui, entre le 11&nbsp;juillet et le 23&nbsp;novembre&nbsp;1973, entendit 42&nbsp;personnalit\u00e9s de toutes comp\u00e9tences et de familles&nbsp;d\u2019esprits, associations et professions diverses. Or, tandis que le cardinal Renard, archev\u00eaque de Lyon, d\u00e9fendait le point de vue officiel de l\u2019\u00c9glise catholique, deux dominicains plaidaient pour le changement de la l\u00e9gislation&nbsp;: Jacques Pohier pour l\u2019ANEA et Philippe Roqueplo pour&nbsp;Choisir.&nbsp;Pourtant, ces deux dominicains, ainsi que leur fr\u00e8re Bernard Quelquejeu, avaient fait l\u2019objet d\u2019une proc\u00e9dure canonique et, sur \u00ab&nbsp;l\u2019invitation&nbsp;\u00bb des autorit\u00e9s romaines, le Ma\u00eetre G\u00e9n\u00e9ral Vincent de Couenongle, \u00e9tait venu \u00e0 Paris pour les tancer et leur signifier une interdiction d\u2019aborder en public le sujet de l\u2019avortement pendant un an. Les P\u00e8res Pohier et Roqueplo transgress\u00e8rent donc cette interdiction en plaidant, en novembre&nbsp;1973, pour le projet de loi devant le groupe parlementaire&nbsp;(<strong>1<\/strong>). A la veille du d\u00e9bat \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, le groupe de th\u00e9ologiens mentionn\u00e9 ci-dessus s\u2019est r\u00e9uni chez Madame Fran\u00e7oise Giroud, secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 la condition f\u00e9minine, et, \u00e0 sa demande, r\u00e9digea une tr\u00e8s courte Note destin\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;lib\u00e9rer&nbsp;\u00bb la conscience des d\u00e9put\u00e9s. D\u00e8s le lendemain, elle leur \u00e9tait distribu\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 25&nbsp;novembre&nbsp;1974, la Congr\u00e9gation pour la doctrine de la foi \u2013&nbsp;qui avait succ\u00e9d\u00e9 au Saint-Office&nbsp;\u2013 publiait une D\u00e9claration sur l\u2019avortement provoqu\u00e9&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un acte majeur du magist\u00e8re. Non seulement il y avait \u00ab&nbsp;une grave obligation pour les consciences chr\u00e9tiennes&nbsp;\u00bb de s\u2019opposer \u00e0 l\u2019avortement, mais \u00ab&nbsp;le premier droit d\u2019une personne humaine, c\u2019est sa vie&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9bat sur l\u2019avortement est clos dans l\u2019\u00c9glise catholique. Avec Jean-Paul&nbsp;II, vint le temps d\u2019un verrouillage doctrinal autoritaire. En f\u00e9vrier&nbsp;1987, le cardinal Ratzinger, alors pr\u00e9fet de la congr\u00e9gation pour la doctrine de la foi, pr\u00e9cise que \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e2me spirituelle de tout homme est imm\u00e9diatement cr\u00e9\u00e9e par Dieu&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;; puis deux encycliques ont ancr\u00e9 le magist\u00e8re dans l\u2019intransigeance. D\u2019abord,&nbsp;<em>Veritatis splendor&nbsp;<\/em>(ao\u00fbt&nbsp;1993) qui fondait toute la morale sur les pr\u00e9ceptes n\u00e9gatifs qui sont \u00ab&nbsp;universellement valables&nbsp;\u00bb&nbsp;; ensuite, dans&nbsp;<em>Evangelium Vitae&nbsp;<\/em>(mars 1995), le pape affirmait qu\u2019\u00ab&nbsp;<em>aucune circonstance, aucune loi du monde, ne pourra jamais rendre licite [\u2026] un acte contraire \u00e0 la loi de Dieu inscrite dans le c\u0153ur de tout homme.<\/em>&nbsp;\u00bb Le temps de la recherche th\u00e9ologique, si florissante dans les ann\u00e9es soixante, est alors bel et bien termin\u00e9. D\u00e9sormais, les th\u00e9ologiens n\u2019ont plus qu\u2019\u00e0 se taire ou \u00e0 s\u2019en aller\u2026<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Michel Leconte,&nbsp;<em>Jacques Pohier. Un homme et un th\u00e9ologien libre (1926-2007),&nbsp;<\/em>Paris, Karthala, 2024.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00c9glise catholique condamne toute forme d\u2019interruption de grossesse volontairement provoqu\u00e9e. Il s\u2019agit pour elle d\u2019un acte immoral contre la vie humaine qui doit \u00eatre respect\u00e9e depuis le moment de la conception jusqu\u2019\u00e0 la mort naturelle, consid\u00e9rant que d\u00e8s la conception, le f\u0153tus est un \u00ab&nbsp;\u00eatre humain d\u00e9j\u00e0&nbsp;\u00bb. 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