{"id":4565,"date":"2026-10-03T17:57:35","date_gmt":"2026-10-03T16:57:35","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=4565"},"modified":"2026-10-03T17:57:35","modified_gmt":"2026-10-03T16:57:35","slug":"critique-du-jesus-historique-dandre-sauge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/critique-du-jesus-historique-dandre-sauge\/","title":{"rendered":"Critique du J\u00e9sus historique d&rsquo;Andr\u00e9 Sauge"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019admets volontiers qu\u2019une critique pleinement d\u00e9velopp\u00e9e des travaux d\u2019Andr\u00e9 Sauge devrait examiner davantage le t\u00e9moignage de Papias, les analyses du grec et les choix de traduction. Mon texte ne pr\u00e9tendait pas constituer une r\u00e9futation philologique exhaustive. Si certaines formulations ont laiss\u00e9 entendre que j\u2019avais d\u00e9montr\u00e9 la fausset\u00e9 de ses analyses linguistiques, elles m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre corrig\u00e9es. Les comp\u00e9tences philologiques de Sauge peuvent \u00e9tayer des analyses du texte grec ; elles ne suffisent pas, \u00e0 elles seules, \u00e0 \u00e9tablir sa reconstruction du J\u00e9sus historique Je ne mets pas en cause la comp\u00e9tence de Sauge pour le grec ;&nbsp;<strong>je<\/strong>&nbsp;<strong>vous demande de d\u00e9montrer que les conclusions historiques que vous en tirez sont mieux \u00e9tay\u00e9es que les explications concurrentes.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question d\u00e9cisive porte sur le passage entre ce qu\u2019il observe dans les textes et l\u2019histoire qu\u2019il en d\u00e9duit. Sauge passe, dans ses entretiens, du grec de Luc et des fragments de Papias \u00e0 un sc\u00e9nario comprenant des notes de Matthieu et de Marc, une traduction par Silas, un m\u00e9moire destin\u00e9 au proc\u00e8s de Paul et une insertion ult\u00e9rieure dans les \u00e9vangiles. Chacune de ces transitions demande une justification propre. La coh\u00e9rence du r\u00e9cit final ne peut remplacer les preuves n\u00e9cessaires \u00e0 chaque \u00e9tape.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela ne suffit pas \u00e0 lever mes r\u00e9serves sur sa reconstruction historique. Il faut distinguer les faits linguistiques observ\u00e9s, leur interpr\u00e9tation et les conclusions historiques qu\u2019on en tire. M\u00eame en admettant que Sauge \u00e9tablisse des diff\u00e9rences linguistiques objectives dans l\u2019\u00c9vangile de Luc, il reste \u00e0 montrer pourquoi celles-ci imposeraient pr\u00e9cis\u00e9ment les sources, les auteurs, les dates et les \u00e9tapes de composition qu\u2019il identifie. Une diff\u00e9rence de langue peut constituer un indice ; elle ne fournit pas automatiquement l\u2019identit\u00e9 de celui&nbsp;<a>qui \u00e9crit ni<\/a>&nbsp;les circonstances de son travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concernant Papias, je reconnais que son t\u00e9moignage ne peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9 sans examen. Mais \u00e9tablir qu\u2019Eus\u00e8be le cite fid\u00e8lement ne revient pas \u00e0 \u00e9tablir que Papias poss\u00e8de une information historiquement exacte, ni que l\u2019interpr\u00e9tation propos\u00e9e par Sauge est&nbsp;<a>la seule possible<\/a>. Il faut montrer, \u00e9tape par \u00e9tape, ce que le t\u00e9moignage dit explicitement et ce que la reconstruction lui ajoute. L\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre d\u2019Eus\u00e8be n\u2019est pas le principal probl\u00e8me. L\u2019Histoire eccl\u00e9siastique est bien une \u0153uvre du d\u00e9but du IVe si\u00e8cle, couramment utilis\u00e9e par les chercheurs. Cependant, Eus\u00e8be \u00e9crit aussi en apologiste : il cherche \u00e0 \u00e9tablir la continuit\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 de la tradition chr\u00e9tienne. Ses choix de documents et leur pr\u00e9sentation r\u00e9pondent donc \u00e0 un projet th\u00e9ologique. Une \u00e9tude r\u00e9cente publi\u00e9e dans la Harvard Theological Review montre notamment comment sa pr\u00e9sentation de l\u2019origine de Marc s\u2019inscrit dans sa d\u00e9fense de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des \u00e9vangiles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Papias, la difficult\u00e9 majeure est que son ouvrage a disparu : nous ne pouvons plus comparer les extraits d\u2019Eus\u00e8be avec leur contexte original. Papias appartient au d\u00e9but du IIe si\u00e8cle ; Eus\u00e8be \u00e9crit environ deux si\u00e8cles plus tard. Son t\u00e9moignage est donc pr\u00e9cieux, mais indirect.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans&nbsp;<em>Histoire eccl\u00e9siastique<\/em>, III, 39, Eus\u00e8be conserve notamment une pr\u00e9face o\u00f9 Papias explique sa recherche de traditions orales, une notice pr\u00e9sentant Marc comme l\u2019interpr\u00e8te de Pierre et une autre affirmant que Matthieu avait rassembl\u00e9 les&nbsp;<em>logia<\/em>&nbsp;en langue h\u00e9bra\u00efque. Ces passages constituent des documents essentiels sur les traditions anciennes relatives aux \u00e9vangiles. Ils ne permettent toutefois pas, \u00e0 eux seuls, de v\u00e9rifier les circonstances effectives de leur composition.&nbsp;Le passage cit\u00e9 par Euse\u00e8be ne dit rien d\u2019une source primitive de Luc, d\u2019une opposition entre deux couches linguistiques de cet \u00e9vangile, ni d\u2019un enseignement originel d\u00e9pourvu de conception sacrificielle ensuite remani\u00e9. On peut proposer de telles hypoth\u00e8ses, mais elles exigent des arguments suppl\u00e9mentaires. Papias fournit une tradition ancienne sur Marc et Matthieu ; il ne fournit pas, dans cet extrait, la d\u00e9monstration d\u2019une reconstruction g\u00e9n\u00e9rale de la formation des \u00e9vangiles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne souhaite pas davantage r\u00e9duire par principe les distinctions linguistiques \u00e0 de simples variations stylistiques. Je demande toutefois que soient pr\u00e9sent\u00e9s des exemples pr\u00e9cis : quels traits grammaticaux permettent de distinguer les ensembles propos\u00e9s ? Quels passages re\u00e7oivent des significations incompatibles ? Pourquoi les explications par les sources utilis\u00e9es, l\u2019imitation biblique ou le travail r\u00e9dactionnel seraient-elles insuffisantes ? C\u2019est sur ces d\u00e9monstrations que la discussion doit porter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot \u00ab conjectural \u00bb ne signifie, dans mon propos, ni arbitraire ni d\u00e9pourvu d\u2019arguments. Une hypoth\u00e8se historique peut \u00eatre savante, coh\u00e9rente et soigneusement argument\u00e9e tout en restant conjecturale lorsque les documents ne permettent pas de trancher entre plusieurs explications. La question est donc de savoir quelles identifications disposent d\u2019appuis ind\u00e9pendants et lesquelles d\u00e9pendent d\u2019autres hypoth\u00e8ses d\u00e9j\u00e0 adopt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, je pr\u00e9f\u00e8re retirer toute accusation d\u2019intention pr\u00e9con\u00e7ue qui ne serait pas d\u00e9montr\u00e9e. Mon objection porte sur la force probante du raisonnement, et non sur les intentions de son auteur. La comp\u00e9tence de Sauge et la relecture de son travail m\u00e9ritent consid\u00e9ration ; elles ne dispensent pas d\u2019examiner chaque passage des donn\u00e9es textuelles aux conclusions historiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis donc pr\u00eat \u00e0 pr\u00e9ciser ma critique. Mais ma question demeure : quelles pi\u00e8ces permettent de consid\u00e9rer cette reconstruction comme mieux \u00e9tablie que les autres, et quels \u00e9l\u00e9ments conduiraient son auteur \u00e0 la r\u00e9viser ?<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cette d\u00e9fense contient une objection \u00e0 prendre au s\u00e9rieux : une reconstruction de sources ne doit pas \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme une d\u00e9couverte mat\u00e9rielle de manuscrits.<\/strong>&nbsp;Si votre article attribue effectivement cette pr\u00e9tention \u00e0 Sauge, alors qu\u2019il ne la formule pas, une rectification serait justifi\u00e9e. Elle renforcerait votre critique en la recentrant sur sa m\u00e9thode.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La comp\u00e9tence philologique de Sauge et la validit\u00e9 de sa reconstruction historique sont deux questions distinctes.<\/strong>&nbsp;Une analyse grammaticale peut \u00eatre solide sans que toutes les conclusions tir\u00e9es sur les sources, leur datation ou leurs auteurs soient suffisamment \u00e9tablies. Il faut examiner les \u00e9tapes du raisonnement : quels indices linguistiques sont identifi\u00e9s ? Pourquoi impliqueraient-ils des documents distincts ? Quelles autres explications ont \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9es ? Comment passe-t-on de ces diff\u00e9rences \u00e0 une histoire de la composition des textes ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019appel \u00e0 discuter pr\u00e9cis\u00e9ment les d\u00e9monstrations est donc l\u00e9gitime. Mais l\u2019explication du d\u00e9saccord par une r\u00e9sistance religieuse aux conclusions de Sauge reste, dans ce r\u00e9sum\u00e9, une supposition. De m\u00eame,&nbsp;<strong>partager certaines conclusions th\u00e9ologiques n\u2019oblige pas \u00e0 accepter les arguments historiques utilis\u00e9s pour les d\u00e9fendre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je prends au s\u00e9rieux votre invitation \u00e0 discuter les arguments d\u2019Andr\u00e9 Sauge avec pr\u00e9cision. Si ma recension lui attribue \u00e0 tort la pr\u00e9tention d\u2019avoir d\u00e9couvert mat\u00e9riellement des manuscrits, je reconnais que cette formulation doit \u00eatre rectifi\u00e9e. Une reconstruction de sources \u00e0 partir de textes conserv\u00e9s ne constitue \u00e9videmment pas une d\u00e9couverte de manuscrits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette rectification laisse cependant ouverte la question centrale : quels arguments permettent de tenir la reconstruction propos\u00e9e pour suffisamment \u00e9tablie ? Je ne conteste pas qu\u2019une analyse philologique puisse \u00e9clairer la composition des textes. Je demande que soient distingu\u00e9s les faits linguistiques observables, leur interpr\u00e9tation et les hypoth\u00e8ses historiques qui en d\u00e9coulent. Identifier des diff\u00e9rences de langue ne suffit pas encore \u00e0 d\u00e9terminer l\u2019origine, la date et l\u2019auteur des ensembles ainsi distingu\u00e9s. C\u2019est le passage entre ces diff\u00e9rents niveaux qu\u2019il faut examiner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Papias m\u00e9rite \u00e9galement une discussion pr\u00e9cise : ce que son t\u00e9moignage permet d\u2019affirmer doit \u00eatre distingu\u00e9 de ce que l\u2019on reconstruit \u00e0 partir de lui. Ni son omission \u00e9ventuelle dans ma recension ni son invocation dans la d\u00e9fense de Sauge ne r\u00e8glent, \u00e0 elles seules, la question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, mes convergences avec Sauge sur la distinction entre J\u00e9sus et les \u00e9laborations dogmatiques ult\u00e9rieures, ou sur la critique de la th\u00e9ologie sacrificielle, ne constituent pas une validation de sa reconstruction. Une conclusion qui rejoint mes convictions doit subir le m\u00eame examen critique qu\u2019une conclusion qui les contredit. Je souhaite donc que le d\u00e9bat porte sur les textes et les raisonnements, sans attribuer \u00e0 mon d\u00e9saccord une motivation religieuse qui resterait \u00e0 d\u00e9montrer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Sauge, mon interrogation trouve un point d\u2019appui dans sa pr\u00e9sentation publique. Dans son entretien avec NSAE, il oppose nettement l\u2019enseignement de J\u00e9sus \u00e0 une construction sacerdotale ult\u00e9rieure et affirme : \u00ab J\u00e9sus de Nazareth nous lib\u00e8re de la th\u00e9ologie sacrificielle \u00bb. Il attribue \u00e0 Jean la transformation de J\u00e9sus en figure sacrificielle. Cela \u00e9tablit l\u2019importance de cette opposition dans sa reconstruction ;&nbsp;<strong>cela ne d\u00e9montre pas, \u00e0 soi seul, qu\u2019il a construit sa m\u00e9thode pour obtenir cette conclusion.<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je distinguerais donc trois propositions : certaines interpr\u00e9tations sacrificielles peuvent \u00eatre post\u00e9rieures \u00e0 J\u00e9sus ; J\u00e9sus peut ne pas avoir compris sa mort comme un sacrifice r\u00e9dempteur ; dans les \u00e9vangiles, J\u00e9sus pardonne toujours gratuitement et ne parle jamais de sacrifice pr\u00e9alable&nbsp;; un document ancien enti\u00e8rement d\u00e9pourvu de cette conception pourrait \u00eatre reconstitu\u00e9 avec assurance.&nbsp;<strong>La troisi\u00e8me proposition exige des preuves suppl\u00e9mentaires : elle ne d\u00e9coule pas automatiquement des deux premi\u00e8res.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon objection la plus forte serait ainsi :&nbsp;<strong>comment Sauge d\u00e9montre-t-il que le caract\u00e8re non sacrificiel du texte restitu\u00e9 est un r\u00e9sultat de l\u2019analyse, plut\u00f4t qu\u2019un principe qui guide sa restitution ?<\/strong>&nbsp;Cette question porte directement sur la m\u00e9thode, sans pr\u00e9sumer ses intentions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et ma propre critique th\u00e9ologique du sacrifice n\u2019a pas besoin d\u2019un&nbsp;<strong>\u00e9vangile<\/strong>&nbsp;<strong>originel<\/strong>&nbsp;<strong>purifi\u00e9<\/strong>&nbsp;pour \u00eatre d\u00e9fendable. On peut reconna\u00eetre l\u2019anciennet\u00e9 d\u2019une interpr\u00e9tation chr\u00e9tienne tout en contestant sa pertinence pour la foi aujourd\u2019hui. A cet \u00e9gard, le travail de l\u2019historien et ex\u00e9g\u00e8te am\u00e9ricain Marcus Borg (1942-2015) me para\u00eet significatif dans son souci de pr\u00e9senter un J\u00e9sus acceptable aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui. Un passage de Borg r\u00e9v\u00e8le ici une tension entre son travail historique et son intention th\u00e9ologique. Dans \u00ab The Historical Jesus and Christian Preaching \u00bb, il souligne combien le portrait d\u2019un J\u00e9sus ayant attendu \u00e0 tort la fin dans sa g\u00e9n\u00e9ration est difficile \u00e0 int\u00e9grer dans la pr\u00e9dication. Il juge ce portrait peu attrayant pour la vie eccl\u00e9siale. Cela ne suffit pas \u00e0 invalider ses arguments historiques, mais autorise une interrogation : le souci de proposer un J\u00e9sus spirituellement f\u00e9cond aujourd\u2019hui infl\u00e9chit-il la reconstruction du J\u00e9sus d\u2019autrefois ? Cette tension se retrouve dans son interpr\u00e9tation de la croix. Borg distingue la question historique \u2014 pourquoi J\u00e9sus a-t-il \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 ? \u2014 de la question th\u00e9ologique \u2014 quelle signification sa mort a-t-elle re\u00e7ue ? Historiquement, il voit dans l\u2019ex\u00e9cution la cons\u00e9quence de l\u2019engagement de J\u00e9sus contre les pouvoirs dominants. Th\u00e9ologiquement, il refuse qu\u2019un Dieu aimant ait eu besoin de cette mort pour accorder son pardon. Il conserve toutefois le langage du sacrifice comme m\u00e9taphore de la gr\u00e2ce et de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Dieu, en le comprenant comme une contestation du monopole religieux du Temple.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec John Dominic Crossan, il propose aussi de lire la \u00ab ran\u00e7on pour beaucoup \u00bb de Marc 10,45 comme une image de lib\u00e9ration. Le contexte imm\u00e9diat oppose le service de J\u00e9sus \u00e0 la domination exerc\u00e9e par les dirigeants. Cette lecture poss\u00e8de une r\u00e9elle coh\u00e9rence : J\u00e9sus donne sa vie pour lib\u00e9rer, sans que sa mort soit n\u00e9cessairement un paiement r\u00e9clam\u00e9 par Dieu. Mais le contexte du service ne tranche pas, \u00e0 lui seul, toutes les questions concernant les r\u00e9sonances sacrificielles de cette parole.&nbsp;Il faut surtout distinguer trois propositions :&nbsp;<strong>1<\/strong>J\u00e9sus aurait consciemment con\u00e7u sa mort comme un sacrifice ;&nbsp;<strong>2&nbsp;<\/strong>les premiers chr\u00e9tiens auraient interpr\u00e9t\u00e9 sa mort en termes r\u00e9dempteurs ;&nbsp;<strong>3&nbsp;<\/strong>Dieu aurait r\u00e9ellement exig\u00e9 cette mort. La premi\u00e8re rel\u00e8ve d\u2019une reconstruction historique incertaine. La deuxi\u00e8me est attest\u00e9e par les textes. La troisi\u00e8me constitue une affirmation th\u00e9ologique que l\u2019on peut refuser sans nier la deuxi\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paul transmet d\u00e9j\u00e0, en 1 Corinthiens 15,3, une tradition selon laquelle le Christ est mort \u00ab pour nos p\u00e9ch\u00e9s \u00bb ; Romains 3,25 et l\u2019\u00e9p\u00eetre aux H\u00e9breux mobilisent \u00e9galement un langage cultuel. Ces textes ne d\u00e9montrent pas que J\u00e9sus ait lui-m\u00eame adopt\u00e9 cette conception, mais ils emp\u00eachent d\u2019en faire simplement une invention m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La R\u00e9serve essentielle que je formulerais \u00e9galement pour Andr\u00e9 Sauge est donc celle-ci : Borg restitue avec force un J\u00e9sus dont la vie compte davantage qu\u2019une mort suppos\u00e9e exig\u00e9e par Dieu, mais il tend parfois \u00e0 rendre l\u2019univers religieux ancien trop conforme \u00e0 sa th\u00e9ologie de la gr\u00e2ce et \u00e0 la mentalit\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui. On peut partager son refus d\u2019un Dieu exigeant le sang d\u2019un innocent tout en demandant une meilleure restitution des attentes apocalyptiques, du culte et des premi\u00e8res interpr\u00e9tations r\u00e9demptrices. Refuser aujourd\u2019hui une th\u00e9ologie sacrificielle et reconna\u00eetre son apparition pr\u00e9coce dans le christianisme sont deux d\u00e9marches parfaitement compatibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma critique vise un risque r\u00e9el, mais je parlerais alors de recherche d\u2019une&nbsp;<strong>origine<\/strong>&nbsp;<strong>pure<\/strong>, ou de risque de raisonnement circulaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rechercher des couches anciennes dans les \u00e9vangiles est une d\u00e9marche historique l\u00e9gitime. Un texte peut conserver des traditions ant\u00e9rieures dont le sens diff\u00e8re de celui que lui donne sa r\u00e9daction finale.&nbsp;La difficult\u00e9 commence lorsque le portrait de J\u00e9sus que l\u2019on souhaite retrouver devient le crit\u00e8re permettant de s\u00e9lectionner les passages authentiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le raisonnement serait alors circulaire : on suppose que J\u00e9sus \u00e9tait \u00e9tranger \u00e0 toute conception sacrificielle ; on attribue les \u00e9l\u00e9ments sacrificiels \u00e0 des r\u00e9dacteurs ult\u00e9rieurs ; puis on pr\u00e9sente le texte ainsi d\u00e9barrass\u00e9 de ces \u00e9l\u00e9ments comme la preuve de l\u2019hypoth\u00e8se initiale. Pour \u00e9viter ce cercle, il faut des crit\u00e8res linguistiques et historiques ind\u00e9pendants du r\u00e9sultat th\u00e9ologique recherch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019utilit\u00e9 contemporaine d\u2019un portrait ne constitue pas un crit\u00e8re de sa vraisemblance historique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la suite, je sugg\u00e8re que nous en restions l\u00e0, ayant peu de go\u00fbt pour la pol\u00e9mique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019admets volontiers qu\u2019une critique pleinement d\u00e9velopp\u00e9e des travaux d\u2019Andr\u00e9 Sauge devrait examiner davantage le t\u00e9moignage de Papias, les analyses du grec et les choix de traduction. Mon texte ne pr\u00e9tendait pas constituer une r\u00e9futation philologique exhaustive. Si certaines formulations ont laiss\u00e9 entendre que j\u2019avais d\u00e9montr\u00e9 la fausset\u00e9 de ses analyses linguistiques, elles m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre corrig\u00e9es. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"external_author":[47],"cited_author":[],"publisher":[],"book_author":[],"class_list":["post-4565","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","external_author-michel-leconte"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4565","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4565"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4565\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4566,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4565\/revisions\/4566"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4565"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4565"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4565"},{"taxonomy":"external_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/external_author?post=4565"},{"taxonomy":"cited_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/cited_author?post=4565"},{"taxonomy":"publisher","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/publisher?post=4565"},{"taxonomy":"book_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/book_author?post=4565"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}