{"id":3722,"date":"2026-04-11T10:33:52","date_gmt":"2026-04-11T09:33:52","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=3722"},"modified":"2026-04-11T20:59:09","modified_gmt":"2026-04-11T19:59:09","slug":"poete-du-tout-autre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/poete-du-tout-autre\/","title":{"rendered":"Po\u00e8te du Tout-Autre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"338\" height=\"510\" src=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ill.ellul_.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3725\" srcset=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ill.ellul_.png 338w, https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/ill.ellul_-199x300.png 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 338px) 100vw, 338px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Une introduction \u00e0 la po\u00e9sie de Jacques Ellul<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><a href=\"http:\/\/www.editions-olivetan.com\">Ed. Oliv\u00e9tan<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">168 pages \u2013 17 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Recension Gilles Castelnau<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\">Yannick Imbert est professeur d\u2019apolog\u00e9tique \u00e0 la Facult\u00e9 Jean Calvin (Aix-en-Provence) et pr\u00e9sident des \u00e9ditions K\u00e9rygma. Sp\u00e9cialiste de l\u2019\u0153uvre de J.R.R.Tolkien, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la relation entre foi et culture. Il a \u00e9crit plusieurs ouvrages, dont une introduction \u00e0 l\u2019apolog\u00e9tique&nbsp;<em>Croire, expliquer, vivre<\/em>, et une \u00e9tude sur le transhumanisme,&nbsp;<em>Le charme de l\u2019Andr\u00e9ide.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il nous fait d\u00e9couvrir ici le fait que Jacques Ellul, r\u00e9put\u00e9 pour son travail consid\u00e9rable d\u2018analyse critique, th\u00e9ologique et philosophique de la culture moderne \u00e9crivait aussi de la po\u00e9sie en grande quantit\u00e9. Il en a m\u00eame dit secr\u00e8tement que cette \u0153uvre-l\u00e0 lui tenait plus particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur et exprimait mieux sa pens\u00e9e que ses livres et trait\u00e9s th\u00e9oriques.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut admirer l\u2019\u00e9norme travail qu\u2019a accompli le professeur Yannick Imbert pour recenser ces nombreux po\u00e8mes, en p\u00e9n\u00e9trer l\u2019atmosph\u00e8re, en comprendre le langage souvent bien difficile, en dominer la ponctuation et le partage en vers et en strophes, y d\u00e9couvrir les citations historiques, mythologiques et bibliques et en comprendre l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>La t\u00e2che n\u2019\u00e9tait pas facile et la preuve en est la tr\u00e8s longue explication n\u00e9cessaire au professeur Yannick Imbert pour nous permettre d\u2019acc\u00e9der au sens de cette po\u00e9sie, si importante aux yeux de Jacques Ellul.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur qui aura le courage d\u2019affronter ces pages difficiles et fascinantes en sera largement r\u00e9compens\u00e9 par les nouvelles avenues qui s\u2019ouvriront \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En voici des passages&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Pr\u00e9face :&nbsp;<br>Jacques Ellul po\u00e8te&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Cette qualification pourra surprendre celles et ceux qui ne connaissent le professeur de Bordeaux qu&rsquo;\u00e0 travers ses grands livres consacr\u00e9s \u00e0 la technique, \u00e0 la politique, \u00e0 la propagande, \u00e0 la r\u00e9volution, ou encore \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 la saintet\u00e9, \u00e0 l&rsquo;amour, \u00e0 la Bible, \u00e0 la pri\u00e8re&#8230; On conna\u00eet en effet le Jacques Ellul juriste, politiste, historien des institutions, sociologue, critique incisif de la soci\u00e9t\u00e9 technicienne, pr\u00e9curseur de l&rsquo;\u00e9cologie, visionnaire lucide des impasses de notre temps dans lesquelles nous nous sommes joyeusement fourvoy\u00e9s&#8230; Mais aussi le Jacques Ellul th\u00e9ologien, h\u00e9raut d&rsquo;une pr\u00e9sence chr\u00e9tienne authentique au monde moderne, le Jacques Ellul lecteur et interpr\u00e8te de la Bible, le Jacques Ellul \u00e9thicien chr\u00e9tien, chantre de la \u00ab&nbsp;libert\u00e9 en Christ&nbsp;\u00bb, de l&rsquo;esp\u00e9rance et de la non-puissance&#8230; Toutes ces dimensions de son \u0153uvre ne laissent d\u00e9j\u00e0 pas d&rsquo;impressionner par leur ampleur et leur profondeur, leur caract\u00e8re \u00e0 la fois lucide et corrosif. Mais Jacques Ellul po\u00e8te&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Ellul et la po\u00e9sie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour que ces lignes soient rendues dans toute leur beaut\u00e9, nous devons tout d&rsquo;abord constater la difficult\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation du texte. Bien s\u00fbr, la po\u00e9sie n&rsquo;est pas d&rsquo;abord faite pour \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e, mais pour \u00eatre lue et parl\u00e9e, afin d&rsquo;\u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e dans tout son plaisir phon\u00e9tique. La po\u00e9sie est d&rsquo;abord une affaire d&rsquo;esth\u00e9tique et non d&rsquo;analytique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Deux probl\u00e8mes principaux nous attendent dans l&rsquo;appr\u00e9hension de la po\u00e9sie d&rsquo;Ellul. Le premier est la syntaxe et la ponctuation souvent inexistantes, rendant la lecture m\u00eame des po\u00e8mes souvent compliqu\u00e9e. Le deuxi\u00e8me est le recours d&rsquo;Ellul \u00e0 des expressions difficiles \u00e0 cerner. Ces derni\u00e8res sont essentiellement des renvois \u00e0 des figures historiques ou mythologiques, qu&rsquo;il appartiendra au lecteur de tenter d&rsquo;\u00e9claircir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Description g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><br>Fin connaisseur de la litt\u00e9rature, et lecteur avide de po\u00e9sie, il lui fut probablement assez ais\u00e9 de se lib\u00e9rer des contraintes formelles pour les besoins de sa production esth\u00e9tique. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il \u00e9tait bien familier des rythmes po\u00e9tiques classiques qu&rsquo;il a pu s&rsquo;en inspirer et les transformer afin qu&rsquo;ils servent son inspiration po\u00e9tique plut\u00f4t que d&rsquo;en \u00eatre les ma\u00eetres tyranniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Ellul s&rsquo;affranchit d&rsquo;une structure pr\u00e9cise, les rimes suivent alors une forme propre au po\u00e8me lui-m\u00eame, comme c&rsquo;est le cas par exemple en S 7, 51, 88), comme dans ce huitain (S 9):<\/p>\n\n\n\n<p><em>Murs \u00e9croul\u00e9s de la Provence&nbsp;<br>Arme d&rsquo;azur sur mon blason&nbsp;<br>\u00d4 cypr\u00e8s d&rsquo;\u00e9cart\u00e8lement<\/em><br><em>de l&rsquo;unit\u00e9 du ciel \u2013 Cl\u00e9mence<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jouets sur cette mer, greffons&nbsp;<\/em><br><em>instables de nos mains, ma chance&nbsp;<br>a perdu dans ces signaux son sens&nbsp;<br>et tout en moi se d\u00e9ment<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En d&rsquo;autres occasions, le po\u00e8me commence, rythm\u00e9 et rim\u00e9, avant de se faire rapidement plus libre. Dans S&nbsp;10, les rimes prennent fin de mani\u00e8re abrupte au vers&nbsp;5 :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00d4 rigueur de la mort qui d\u00e9j\u00e0 nous sous-tend&nbsp;<br>arcature profonde o\u00f9 repose la vie<\/em><br><em>et secr\u00e8te illumine, inflexive distend<\/em><br><em>le geste le plus simple et l&rsquo;offrande accomplie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je connais mon destin mais ne l&rsquo;accepte pas&nbsp;<br>s&rsquo;il ne me reste plus dans la paralysie<br>que l\u2019\u0153il encor ouvert pour voir venir la mort<br>l\u00e0 reste cependant la valeur de ma vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame ainsi, les questions de ponctuation et de syntaxe rendent la po\u00e9sie d&rsquo;Ellul complexe et permettent des lectures multiples, nous contraignant \u00e0 imaginer la meilleure structure syntaxique possible.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame difficult\u00e9 se pr\u00e9sente dans S&nbsp;64, dans lequel l&rsquo;absence de majuscules n&rsquo;aide pas le lecteur dans sa qu\u00eate d&rsquo;une juste ponctuation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous allons maintenant chasser les \u00e9pigraphes&nbsp;<\/em><br><em>et d\u00e9noncer l&rsquo;obscur, et d\u00e9nouer le sens&nbsp;<\/em><br><em>r\u00e9cuser l&rsquo;innommable au pr\u00e9texte du vrai&nbsp;<\/em><br><em>l&rsquo;imposture v\u00e9cue ne vaut pas l&rsquo;\u00e9tincelle<\/em><br><br><em>absence, absence, absinthes, \u00f4 mensonge&nbsp;<\/em><br><em>discours circonstanci\u00e9 pour le vide de l&rsquo;\u00catre<\/em><br><em>et vide l&rsquo;\u00catre m\u00eame en son obscurit\u00e9&nbsp;<\/em><br><em>discours sans r\u00e9pondant d&rsquo;extr\u00eame ips\u00e9it<\/em><br><br><em>qui se transcende h\u00e9las sans se savoir vaincu<\/em><br><em>et qui prend le discours sur son discours greff\u00e9&nbsp;<\/em><br><em>pour dialogues et sens et v\u00e9rit\u00e9s v\u00e9cues.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Absence de ponctuation, oui&#8230; mais en m\u00eame temps ouverture libre du sens, car dans le manque de ces signes, le lecteur peut s&rsquo;immiscer et remplir les vides de sa propre m\u00e9ditation.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Proph\u00e8te de la parole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parole et signification<\/strong><br>Une th\u00e9ologie de la parole ne peut ignorer le rapport n\u00e9cessaire entre signifiant et signifi\u00e9. Ellul commente ce rapport \u00e0 de nombreuses reprises et remarque que le signifiant est le \u00ab&nbsp;dit&nbsp;\u00bb structur\u00e9. Pour Ellul, il y a ici une sur\u00e9valuation du signifiant, une obsession presque. Il en trouve la faute dans le refus humain de cette ambigu\u00eft\u00e9 du langage qui conduit in\u00e9vitablement \u00e0 chercher une certitude au-del\u00e0 des doutes. L&rsquo;absolu du langage ne peut pas se trouver dans le signifi\u00e9 car nous n&rsquo;avons aucun acc\u00e8s \u00e0 ce dernier : il r\u00e9side dans la pens\u00e9e du locuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>La certitude ne peut pas se trouver non plus dans la relation entre signifiant et signifi\u00e9. Il ne reste donc plus que le signifiant lui-m\u00eame pour donner sens \u00e0 la parole.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parole de l\u2019homme et parole de Dieu<\/strong><br>L&rsquo;un des accents les plus distincts de l&rsquo;approche ellulienne de la Bible est la conviction que ce livre est d&rsquo;abord une question de Dieu. L&rsquo;\u00c9criture n&rsquo;est pas, pour Ellul, un livre de r\u00e9ponses que Dieu donnerait \u00e0 nos questions. Elle est d&rsquo;abord la question de Dieu \u00ab&nbsp;formul\u00e9e dans la Bible et au travers d&rsquo;elle&nbsp;\u00bb. Ellul se distingue ici radicalement d&rsquo;une approche qui verrait dans la Bible un manuel de r\u00e9ponses aux questions principales de la vie. Par contraste, il ne cesse d&rsquo;affirmer que la Bible ne peut qu&rsquo;\u00eatre d&rsquo;abord un livre de questions, parce que seulement ainsi est pr\u00e9serv\u00e9e la libert\u00e9 associ\u00e9e au sain exercice de la parole &#8211; qu&rsquo;elle soit humaine ou divine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Vraie pr\u00e9sence du po\u00e9tique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Po\u00e9sie et symbolisation<\/strong><br>La technique pr\u00e9tend porter en elle toutes les images, tous les symboles et sens dont nous avons besoin&nbsp;; elle suffit \u00e0 la vie humaine, elle est seule m\u00e9diation entre l&rsquo;homme et son environnement et d\u00e9value toutes les alternatives. Il est impossible \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;\u00eatre lui-m\u00eame, car la technique prend le langage en otage et pr\u00e9tend cr\u00e9er elle-m\u00eame toutes les relations possibles dont l&rsquo;homme aurait besoin pour vivre<sup>.&nbsp;<\/sup>Il ne reste alors rien au langage.<br>Or, la po\u00e9sie \u00e9chappe par nature \u00e0 la technique en ce qu&rsquo;elle maintient l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du langage. Qu&rsquo;Ellul ait choisi le v\u00e9hicule po\u00e9tique pour d\u00e9noncer, dans&nbsp;<em>Oratorio,&nbsp;<\/em>le syst\u00e8me technicien est en soi symptomatique du contraste entre po\u00e9sie et technique. La b\u00eate calculatrice, monstre technique, est constamment pr\u00e9sente dans ce recueil, comme en O&nbsp;45&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Lentement se d\u00e9roule une marche d&rsquo;\u00e9pure&nbsp;<\/em><br><em>amble parfait contre nature<\/em><br><em>dressage entier par la raison&nbsp;<\/em><br><em>coursier de sable \u00e0 nos blasons<\/em><br><em>cheval portant au vent, m\u00e9pris de l&rsquo;aventure<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelle harmonie, \u00f4 cavalier de pur m\u00e9tal&nbsp;<\/em><br><em>Voil\u00e9 de noir comme un F\u00e9tial&nbsp;<\/em><br><em>quand ton visage nous obs\u00e8de&nbsp;<\/em><br><em>calculateur de Palam\u00e8de.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Parole imag\u00e9e et image de la parole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l&rsquo;image n&rsquo;est jamais myst\u00e9rieuse,&nbsp; mais la m\u00e9taphore, image super-impos\u00e9e de parole, le reste. Pour exemple, prenons S&nbsp;92 :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sable \u00e9mergeant&nbsp;<\/em><br><em>Dur\u00e9e lentement<\/em><br><em>Us\u00e9e<\/em><br><em>Cours paresseux de fleuves encor vierges&nbsp;<\/em><br><em>Claire \u00e9chapp\u00e9e<\/em><br><em>Dans ce printemps malade&nbsp;<\/em><br><em>Corbeau symbole et mythe&nbsp;<\/em><br><em>Toujours charg\u00e9 de sens<\/em><br><em>et qui m&rsquo;irrite<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais bient\u00f4t plus&nbsp;<\/em><br><em>Majest\u00e9 de ces tours&nbsp;<\/em><br><em>\u00c9quilibre identique&nbsp;<\/em><br><em>Source p\u00e9trifi\u00e9e<\/em><br><em>Qui m&rsquo;enrichit enfin&nbsp;<\/em><br><em>de ce temps arr\u00eat\u00e9&nbsp;<\/em><br><em>que je laisse en arri\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La parole imag\u00e9e de ce po\u00e8me est saisissante. L&rsquo;\u00e9cho des deux premiers vers nous offre un monde qui \u00e9merge des sables de l&rsquo;imagination pour s&rsquo;enraciner dans le quotidien du printemps, qui porte les marques d&rsquo;un monde vain sous le soleil printanier. Au moment o\u00f9 le lecteur est saisi par le tragique du pr\u00e9sent, le po\u00e8me tr\u00e9buche sur une note d&rsquo;esp\u00e9rance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Barde de l\u2019esp\u00e9rance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Esp\u00e9rance et absence de Dieu<br><\/strong>Ellul conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;esp\u00e9rance une place pivot dans son \u00e9thique. Elle est en effet la contrepartie de cette vertu si importante qu&rsquo;est la libert\u00e9, l&rsquo;une des grandes qualifications de la personne divine. L&rsquo;esp\u00e9rance est l&rsquo;attitude que l&rsquo;homme ne peut qu&rsquo;adopter en face de l&rsquo;absence et de la libert\u00e9 divines. Le Dieu absent est en effet, et en m\u00eame temps, le Dieu libre qui promet de r\u00e9pondre \u00e0 la pri\u00e8re de l&rsquo;homme. L&rsquo;esp\u00e9rance n&rsquo;est ainsi pas contre le pessimisme, son contrepoids ou sa solution, mais l&rsquo;esp\u00e9rance se nourrit du pessimisme qui n&rsquo;est autre chose, pour l&rsquo;homme, que le r\u00e9alisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la derni\u00e8re partie de S&nbsp;51, la d\u00e9sesp\u00e9rance de l&rsquo;homme est la voie o\u00f9 l&rsquo;attend l&rsquo;identit\u00e9 de ce Dieu tout-autre&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Et je ne puis me taire&nbsp;&#8211;&nbsp;et je ne puis changer&nbsp;<\/em><br><em>que suis-je si je tais le plus vrai de moi-m\u00eame&nbsp;<\/em><br><em>plus vrai que mon malheur et ma d\u00e9sesp\u00e9rance<\/em><br><em>qu\u2019importe l\u2019auditeur oublieux de l\u2019absence<\/em><br><em>et ne saisit grossier que des signes sensibles&nbsp;<\/em><br><em>au-del\u00e0 je m&rsquo;avance et d\u00e9j\u00e0 je m&rsquo;estompe&nbsp;<\/em><br><em>et ne suis plus moi-m\u00eame&nbsp;&#8230;<\/em><br><em>Tremblante identit\u00e9 dont je n&rsquo;ai l&rsquo;assurance&nbsp;<\/em><br><em>que d&rsquo;une voix pass\u00e9e que l&rsquo;Autre me renvoie<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;Autre est celui en qui l&rsquo;homme peut trouver son identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une introduction \u00e0 la po\u00e9sie de Jacques Ellul Ed. Oliv\u00e9tan 168 pages \u2013 17 \u20ac Recension Gilles Castelnau Yannick Imbert est professeur d\u2019apolog\u00e9tique \u00e0 la Facult\u00e9 Jean Calvin (Aix-en-Provence) et pr\u00e9sident des \u00e9ditions K\u00e9rygma. Sp\u00e9cialiste de l\u2019\u0153uvre de J.R.R.Tolkien, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la relation entre foi et culture. Il a \u00e9crit plusieurs ouvrages, dont une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"external_author":[202],"cited_author":[],"publisher":[],"book_author":[],"class_list":["post-3722","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-livre","external_author-yannick-imbert"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3722","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3722"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3722\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3726,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3722\/revisions\/3726"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3722"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3722"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3722"},{"taxonomy":"external_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/external_author?post=3722"},{"taxonomy":"cited_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/cited_author?post=3722"},{"taxonomy":"publisher","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/publisher?post=3722"},{"taxonomy":"book_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/book_author?post=3722"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}