{"id":3428,"date":"2026-02-21T17:34:57","date_gmt":"2026-02-21T16:34:57","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=3428"},"modified":"2026-02-21T17:39:26","modified_gmt":"2026-02-21T16:39:26","slug":"la-parabole-des-talents-mt-24-14-30","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/la-parabole-des-talents-mt-24-14-30\/","title":{"rendered":"La parabole des talents"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La parabole des talents (Mt 24,&nbsp;14-30) me touche moins comme un appel \u00e0 la performance que comme une sc\u00e8ne d\u00e9cisive de s\u00e9paration. Un homme part. Il confie. Il s\u2019absente. Ce retrait est la condition m\u00eame de la libert\u00e9. Le ma\u00eetre ne surveille pas, il ne prescrit pas la m\u00e9thode, il ne fixe pas d\u2019objectifs. Il laisse un espace. Toute la parabole tient dans cet intervalle&nbsp;: que fait-on d\u2019un don lorsqu\u2019il n\u2019y a plus de regard pour contr\u00f4ler&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Longtemps, j\u2019ai entendu ce texte dans une tonalit\u00e9 morale&nbsp;: il faudrait \u00ab&nbsp;faire fructifier&nbsp;\u00bb ses dons pour r\u00e9pondre aux attentes d\u2019un Dieu exigeant. Cette lecture m\u2019a paru solidaire d\u2019une th\u00e9ologie implicite du contr\u00f4le. Or ce qui m\u2019importe aujourd\u2019hui, dans une perspective d\u00e9gag\u00e9e des surcharges dogmatiques, c\u2019est la repr\u00e9sentation de Dieu qui gouverne l\u2019agir du troisi\u00e8me serviteur. \u00ab&nbsp;Je savais que tu es un homme dur\u2026 j\u2019ai eu peur.&nbsp;\u00bb Il agit en fonction d\u2019une image int\u00e9rieure. Rien, dans le r\u00e9cit, n\u2019atteste la duret\u00e9 du ma\u00eetre&nbsp;; mais le serviteur vit sous cette hypoth\u00e8se. Il enterre le talent pour se prot\u00e9ger d\u2019un Dieu qu\u2019il suppose pr\u00e9dateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je reconnais l\u00e0 un m\u00e9canisme que la psychanalyse a appris \u00e0 d\u00e9busquer&nbsp;: nous agissons moins selon le r\u00e9el que selon la figure que nous projetons. Si Dieu est imagin\u00e9 comme tout-puissant, jaloux, comptable, alors la vie se crispe&nbsp;;on conserve, on se prot\u00e8ge, on \u00e9vite la perte. Enterrer le talent, c\u2019est choisir la s\u00e9curit\u00e9 contre le risque du d\u00e9sir. C\u2019est pr\u00e9f\u00e9rer une fid\u00e9lit\u00e9 morte \u00e0 une libert\u00e9 vivante. Dans mon propre parcours th\u00e9ologique, notamment \u00e0 travers le dialogue critique avec Jacques Pohier et Paul Tillich, j\u2019ai peu \u00e0 peu compris que l\u2019image d\u2019un Dieu tout-puissant nourrit moins la confiance qu\u2019une angoisse masqu\u00e9e. Le troisi\u00e8me serviteur est peut-\u00eatre le religieux typique&nbsp;: il croit bien faire en conservant intact ce qu\u2019il a re\u00e7u. Il ne trahit pas&nbsp;; il immobilise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Or J\u00e9sus, dans cette parabole, semble sugg\u00e9rer que le Royaume n\u2019est pas conservation mais circulation. Le don n\u2019est pas un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server, il est une puissance \u00e0 exposer. Risquer, ici, ne signifie pas r\u00e9ussir \u00e9conomiquement&nbsp;; cela signifie consentir \u00e0 l\u2019incertitude. Les deux premiers serviteurs n\u2019ont aucune garantie. Ils pourraient perdre. Ils agissent pourtant. La vie ne leur est pas donn\u00e9e pour \u00eatre mise \u00e0 l\u2019abri, mais pour \u00eatre engag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la perspective de \u00ab&nbsp;J\u00e9sus apr\u00e8s le dogme&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;ma\u00eetre&nbsp;\u00bb ne renvoie pas \u00e0 un souverain m\u00e9taphysique surveillant les consciences, mais \u00e0 cette source qui fait confiance et se retire pour que le sujet advienne. Le d\u00e9part du ma\u00eetre est une m\u00e9taphore de la non-omnipotence divine&nbsp;: Dieu ne s\u2019impose pas, il s\u2019absente assez pour que la libert\u00e9 soit r\u00e9elle. Le drame na\u00eet lorsque cette absence est interpr\u00e9t\u00e9e comme menace. Alors on enterre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La formule finale \u2013&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00c0 celui qui a, on donnera\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 cesse d\u2019\u00eatre scandaleuse si on la comprend existentiellement&nbsp;: celui qui accepte de vivre dans le mouvement du don entre dans une dynamique d\u2019\u00e9largissement&nbsp;; celui qui se ferme s\u2019appauvrit lui-m\u00eame. Ce n\u2019est pas un d\u00e9cret arbitraire, mais une loi de la vie. L\u2019enfer n\u2019est pas inflig\u00e9&nbsp;; il est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, dans une existence s\u00e9curis\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019asphyxie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Relue ainsi, la parabole interroge directement mon propre itin\u00e9raire. Qu\u2019ai-je fait du \u00ab&nbsp;talent&nbsp;\u00bb re\u00e7u \u2013&nbsp;non pas au sens de comp\u00e9tences, mais au sens de cette confiance originaire qui m\u2019a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e&nbsp;? Ai-je v\u00e9cu sous la peur d\u2019un Dieu dur, ou dans la gratitude d\u2019un Dieu qui se retire pour que j\u2019existe&nbsp;? Le c\u0153ur du texte n\u2019est pas l\u2019efficacit\u00e9, mais l\u2019image de Dieu. Si Dieu est con\u00e7u comme ma\u00eetrise absolue, la vie se fige. S\u2019il est compris comme confiance offerte, alors la libert\u00e9 devient possible, au prix du risque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette perspective, la parabole des talents devient une parabole de la maturit\u00e9 spirituelle. Elle invite \u00e0 quitter la religion de la conservation \u2013&nbsp;conserver la doctrine, conserver la puret\u00e9, conserver le d\u00e9p\u00f4t&nbsp;\u2013 pour entrer dans une foi qui ose perdre. Le talent enterr\u00e9 n\u2019est pas seulement une pi\u00e8ce d\u2019argent&nbsp;; c\u2019est la part vivante de soi que l\u2019on n\u2019a pas os\u00e9 mettre en jeu. Et le jugement dernier prend alors une tonalit\u00e9 tr\u00e8s simple&nbsp;: as-tu v\u00e9cu \u00e0 partir de la peur, ou \u00e0 partir de la confiance&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0, pour moi, le passage d\u00e9cisif \u00ab&nbsp;apr\u00e8s le dogme&nbsp;\u00bb&nbsp;: non plus d\u00e9fendre un capital de v\u00e9rit\u00e9s, mais risquer une existence confi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"781\" height=\"427\" src=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3429\" srcset=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image.png 781w, https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-300x164.png 300w, https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/image-768x420.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 781px) 100vw, 781px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La parabole des talents (Mt 24,&nbsp;14-30) me touche moins comme un appel \u00e0 la performance que comme une sc\u00e8ne d\u00e9cisive de s\u00e9paration. 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