{"id":2485,"date":"2025-10-08T17:59:10","date_gmt":"2025-10-08T16:59:10","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=2485"},"modified":"2025-10-08T18:01:32","modified_gmt":"2025-10-08T17:01:32","slug":"dieu-au-xxie-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/dieu-au-xxie-siecle\/","title":{"rendered":"Dieu au 21\u1d49\u00a0si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;<\/h1>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9l\u00e9ments pour une th\u00e9ologie de la pr\u00e9sence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. Le constat : la mort du Dieu des dogmes<\/h2>\n\n\n\n<p>La modernit\u00e9 occidentale a profond\u00e9ment d\u00e9stabilis\u00e9 la repr\u00e9sentation traditionnelle de Dieu comme \u00eatre supr\u00eame, tout-puissant, garant de l\u2019ordre cosmique et moral. La critique de Nietzsche, proclamant la mort de Dieu, n\u2019exprime pas l\u2019ath\u00e9isme d\u2019un esprit nihiliste, mais le constat d\u2019un effondrement symbolique : l\u2019id\u00e9e de Dieu, telle qu\u2019elle avait structur\u00e9 la culture et la morale europ\u00e9ennes, ne soutient plus la conscience moderne. Nietzsche \u00e9crit : \u00ab Ce que nous avons perdu, c\u2019est la foi dans Dieu, dans le monde suprasensible ; et cela commence \u00e0 jeter son ombre sur le monde r\u00e9el \u00bb (Le Gai savoir, \u00a7108).<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9ologie contemporaine, consciente de cette mutation, a cess\u00e9 de d\u00e9fendre la figure du Dieu tout-puissant h\u00e9rit\u00e9e du th\u00e9isme classique. Paul Tillich fut l\u2019un des premiers \u00e0 refuser la conception de Dieu comme un \u00eatre parmi d\u2019autres : \u00ab Dieu n\u2019existe pas. Il est l\u2019\u00eatre-m\u00eame ou le fondement de l\u2019\u00eatre \u00bb (The Courage to Be, 1952 ; trad. fr. Le courage d\u2019\u00eatre, Gen\u00e8ve, Labor et Fides, 2014, p. 227).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9placement s\u2019enracine dans la critique philosophique de la m\u00e9taphysique et dans les traumatismes du XX\u1d49&nbsp;si\u00e8cle. Apr\u00e8s Auschwitz, il n\u2019\u00e9tait plus possible de parler de Dieu sans affronter le scandale du mal. J\u00fcrgen Moltmann et Dorothee S\u00f6lle ont d\u00e9velopp\u00e9 la figure d\u2019un Dieu souffrant, non pas tout-puissant mais solidaire des victimes. En France, Joseph Moingt a poursuivi ce travail de d\u00e9mythologisation en rappelant que \u00ab Dieu ne peut plus \u00eatre pens\u00e9 comme ext\u00e9rieur au monde ni comme intervenant du dehors \u00bb (Croire au Dieu qui vient, Paris, Cerf, 2002, p. 47).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. La red\u00e9finition : Dieu comme symbole du sens et de la confiance<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e8re de la s\u00e9cularisation, Dieu ne se pr\u00e9sente plus comme explication du monde, mais comme exp\u00e9rience du sens. Il n\u2019est plus objet de savoir, mais acte de confiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Paul Tillich, Dieu d\u00e9signe \u00ab ce qui nous concerne ultimement \u00bb (Systematic Theology, I, Chicago, University of Chicago Press, 1951, p. 12).&nbsp;Cette formule c\u00e9l\u00e8bre signifie que le mot Dieu n\u2019a de valeur que dans la mesure o\u00f9 il d\u00e9signe l\u2019ultime pr\u00e9occupation de l\u2019homme, ce qui fonde son courage d\u2019exister malgr\u00e9 la finitude. Dieu n\u2019est pas une cause premi\u00e8re, mais le symbole de la profondeur de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Pohier, dans Quand je dis Dieu (Paris, Seuil, 1977), va plus loin encore : il refuse toute objectivation de Dieu, le d\u00e9finissant comme le nom que nous donnons \u00e0 ce que nous exp\u00e9rimentons comme amour absolu. Parler de Dieu, \u00e9crit-il, \u00ab c\u2019est dire quelque chose de l\u2019homme ; c\u2019est dire que l\u2019homme est capable d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019amour plus forte que la mort \u00bb (p. 45). Cette th\u00e9ologie existentielle et relationnelle rompt avec le th\u00e9isme classique : Dieu n\u2019est plus une substance mais une relation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la m\u00eame ligne, Christian Duquoc propose de penser&nbsp;<a>un Dieu<\/a>&nbsp;discret, non dominateur : \u00ab Le Dieu chr\u00e9tien est un Dieu qui se retire pour laisser place \u00e0 la libert\u00e9 humaine \u00bb (Dieu diff\u00e9rent, Paris, Cerf, 1977, p. 83). Ce retrait divin n\u2019est pas absence, mais ouverture de l\u2019espace de la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, Paul Ric\u0153ur insiste sur la dimension symbolique du langage religieux : \u00ab Les symboles donnent \u00e0 penser \u00bb (Finitude et culpabilit\u00e9, Paris, Aubier, 1960, p. 32). Dire Dieu, ce n\u2019est pas nommer une r\u00e9alit\u00e9 empirique, mais s\u2019ouvrir \u00e0 un exc\u00e8s de sens, \u00e0 une orientation de l\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. L\u2019enjeu : de la croyance au vivre-en-Dieu<\/h2>\n\n\n\n<p>La th\u00e9ologie du XXI\u1d49&nbsp;si\u00e8cle s\u2019oriente donc vers une compr\u00e9hension existentielle et relationnelle de Dieu. Croire en Dieu ne signifie plus adh\u00e9rer \u00e0 des dogmes, mais vivre selon une confiance radicale. Le Dieu de la foi est ce qui rend possible le d\u00e9passement du d\u00e9sespoir, ce que Tillich nomme \u00ab le courage d\u2019\u00eatre \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette perspective, parler de Dieu revient \u00e0 nommer ce qui r\u00e9siste au nihilisme : la confiance contre la peur, l\u2019amour contre la haine, l\u2019esp\u00e9rance contre la r\u00e9signation et l\u2019ouverture contre le repli identitaire. Ainsi comprise, la foi devient un engagement \u00e9thique autant qu\u2019une attitude spirituelle. Dire Dieu, c\u2019est s\u2019ouvrir \u00e0 la source du sens et de la vie, sans pr\u00e9tendre la poss\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<p>Joseph Moingt l\u2019exprime admirablement : \u00ab Dieu n\u2019est pas celui qui r\u00e8gne, mais celui qui appelle \u00bb (L\u2019homme qui venait de Dieu, Paris, Cerf, 1993, p. 214). Et Jacques Pohier compl\u00e8te : \u00ab Dieu n\u2019est pas un \u00eatre au-dessus de nous, mais ce qui advient entre nous lorsque nous aimons en v\u00e9rit\u00e9 \u00bb (Dieu fractures, Paris, Seuil, 1985, p. 102).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Le Dieu du XXI\u1d49&nbsp;si\u00e8cle n\u2019est plus un objet de croyance, mais une exp\u00e9rience de sens. Il ne s\u2019impose pas du dehors ; il s\u2019\u00e9prouve comme appel int\u00e9rieur \u00e0 vivre humainement, c\u2019est-\u00e0-dire librement et aimant. En ce sens, la question \u00ab Qu\u2019est-ce que Dieu ? \u00bb devient ins\u00e9parable de celle-ci : qu\u2019est-ce qui nous fait tenir, esp\u00e9rer et aimer, malgr\u00e9 tout ? C\u2019est l\u00e0, peut-\u00eatre, que se joue la possibilit\u00e9 d\u2019une foi adulte, d\u00e9gag\u00e9e des repr\u00e9sentations magiques, fid\u00e8le \u00e0 l\u2019esprit de J\u00e9sus plus qu\u2019\u00e0 la lettre des dogmes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie indicative<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Duquoc, Christian, Dieu diff\u00e9rent, Paris, Cerf, 1977.<\/li>\n\n\n\n<li>Moingt, Joseph, Croire au Dieu qui vient, Paris, Cerf, 2002.<\/li>\n\n\n\n<li>Pohier, Jacques, Quand je dis Dieu, Paris, Seuil, 1977 ; Dieu fractures, Paris, Seuil, 1985.<\/li>\n\n\n\n<li>Ric\u0153ur, Paul, Finitude et culpabilit\u00e9, Paris, Aubier, 1960.<\/li>\n\n\n\n<li>Tillich, Paul, Le courage d\u2019\u00eatre, Gen\u00e8ve, Labor et Fides, 2014 ; Th\u00e9ologie syst\u00e9matique, t. I, Gen\u00e8ve, Labor et Fides, 2000.<\/li>\n\n\n\n<li>Vattimo, Gianni, Apr\u00e8s la chr\u00e9tient\u00e9. Pour un christianisme non religieux, Paris, Seuil, 2004.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00c9l\u00e9ments pour une th\u00e9ologie de la pr\u00e9sence 1. Le constat : la mort du Dieu des dogmes La modernit\u00e9 occidentale a profond\u00e9ment d\u00e9stabilis\u00e9 la repr\u00e9sentation traditionnelle de Dieu comme \u00eatre supr\u00eame, tout-puissant, garant de l\u2019ordre cosmique et moral. La critique de Nietzsche, proclamant la mort de Dieu, n\u2019exprime pas l\u2019ath\u00e9isme d\u2019un esprit nihiliste, mais [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"external_author":[47],"cited_author":[],"publisher":[],"book_author":[],"class_list":["post-2485","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","external_author-michel-leconte"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2485","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2485"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2485\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2488,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2485\/revisions\/2488"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2485"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2485"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2485"},{"taxonomy":"external_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/external_author?post=2485"},{"taxonomy":"cited_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/cited_author?post=2485"},{"taxonomy":"publisher","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/publisher?post=2485"},{"taxonomy":"book_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/book_author?post=2485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}