{"id":2359,"date":"2025-09-24T16:54:21","date_gmt":"2025-09-24T15:54:21","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=2359"},"modified":"2025-09-24T16:56:56","modified_gmt":"2025-09-24T15:56:56","slug":"jesus-est-mort-mais-nous-a-laisse-son-esprit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/jesus-est-mort-mais-nous-a-laisse-son-esprit\/","title":{"rendered":"J\u00e9sus est mort mais nous a laiss\u00e9 son esprit"},"content":{"rendered":"\n<p>Chaque printemps, \u00e0 P\u00e2ques, des millions de croyants proclament&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est ressuscit\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cri de joie, au c\u0153ur du christianisme, affirme que la mort peut \u00eatre vaincue, que J\u00e9sus a triomph\u00e9 du tombeau et qu\u2019il entra\u00eene l\u2019humanit\u00e9 dans sa victoire. C\u2019est une des croyances les plus puissantes de notre culture. Mais aussi, peut-\u00eatre, le plus grand fantasme collectif de l\u2019histoire humaine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une bonne nouvelle paradoxale<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le dogme de la r\u00e9surrection compris comme la victoire du Christ sur la mort, est beau, consolant, mais il est aussi un&nbsp;<strong>d\u00e9ni collectif,<\/strong>&nbsp;un refus d\u2019assumer la fragilit\u00e9 et la contingence de notre condition. Je comprends la r\u00e9surrection autrement&nbsp;: elle est la proclamation par les disciples que Dieu a justifi\u00e9 J\u00e9sus, que Dieu s\u2019\u00e9tait attest\u00e9 en lui par ses actes et ses paroles&nbsp;: Dieu n\u2019\u00e9tait pas cet \u00eatre tout-puissant et dominateur, mais un \u00eatre plein d\u2019amour et de mis\u00e9ricorde qui rend les hommes libres. La croix manifeste que Dieu n\u2019est pas tout-puissant dans le monde, c\u2019est dans la faiblesse qu\u2019il nous sauve (Bonhoeffer, 1906-1945). Le message pascal exprime que la mort de J\u00e9sus, tout en \u00e9tant r\u00e9elle, n\u2019a pas an\u00e9anti le lien vivant entre lui et ses disciples.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Ressuscit\u00e9 est celui qui continue d\u2019appeler et de mobiliser, dans un registre nouveau, int\u00e9rieur et spirituel. La r\u00e9surrection est l\u2019exp\u00e9rience symbolique d\u2019une fid\u00e9lit\u00e9 plus forte que la mort. Elle n\u2019est pas l\u2019annulation de la mort, mais la&nbsp;<strong>r\u00e9v\u00e9lation<\/strong>&nbsp;que l\u2019on peut vivre malgr\u00e9 la mort. J\u00e9sus n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort, mais l\u2019a affront\u00e9 dans une confiance radicale. \u00ab&nbsp;J\u00e9sus est ressuscit\u00e9&nbsp;\u00bb signifie que son message et son \u00eatre continuent d\u2019agir dans l\u2019histoire, plus fort que la mort, parce qu\u2019il a travers\u00e9 la mort sans la nier.&nbsp;La r\u00e9surrection n\u2019est pas un fait empirique observable mais une exp\u00e9rience de foi v\u00e9cue par les disciples.&nbsp;Mais en continuant de proclamer que J\u00e9sus est ressuscit\u00e9 corporellement \u00ab&nbsp;pour nous&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00c9glise entretient l\u2019illusion d\u2019une humanit\u00e9 au-dessus de la vie et de la mort. Elle maintient les croyants dans une enfance spirituelle, d\u00e9pendants d\u2019un P\u00e8re immortel.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La v\u00e9rit\u00e9 est plus rude, mais plus lib\u00e9ratrice&nbsp;: J\u00e9sus est mort, et il n\u2019est pas revenu \u00e0 la vie.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous aussi, nous mourrons \u2014&nbsp;et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui rend la vie urgente et pr\u00e9cieuse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le vrai blasph\u00e8me n\u2019est pas de douter de la r\u00e9surrection. Le vrai blasph\u00e8me, c\u2019est de d\u00e9valoriser la vie pr\u00e9sente en la consid\u00e9rant comme une simple antichambre d\u2019un au-del\u00e0 imaginaire.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>En osant dire que J\u00e9sus est mort d\u00e9finitivement, nous ne d\u00e9truisons pas la foi, nous la rendons adulte. J\u00e9sus n\u2019a pas vaincu la mort. En mourant d\u00e9finitivement, il nous montre que c\u2019est \u00e0 nous de vivre pleinement, ici et maintenant, sans nous r\u00e9fugier dans un fantasme d\u2019immortalit\u00e9. La r\u00e9surrection est la confirmation symbolique de la valeur de J\u00e9sus et de son message, dans la m\u00e9moire et la fid\u00e9lit\u00e9 des disciples.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Nous reconnaissons que notre grandeur ne vient pas d\u2019une immortalit\u00e9 imaginaire, mais de notre capacit\u00e9 \u00e0 vivre pleinement, aimer radicalement et cr\u00e9er du sens, ici, maintenant, dans la finitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est pourquoi, paradoxalement, la mort de J\u00e9sus est une bonne nouvelle : elle nous rend \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le mythe de l\u2019homme comme un \u00eatre \u00e0 part<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis des mill\u00e9naires, l\u2019homme se voit comme un \u00eatre \u00e0 part, radicalement diff\u00e9rent des autres vivants. La Bible affirme qu\u2019il est \u00ab&nbsp;cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance de Dieu&nbsp;\u00bb. Une origine glorieuse mais tr\u00e8s narcissique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Nos cultures modernes continuent \u00e0 le placer au centre du monde, m\u00eame quand elles se disent la\u00efques : la science, le progr\u00e8s, l\u2019histoire seraient faits pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Or la biologie moderne, depuis Darwin, dit tout autre chose. Nous partageons 98&nbsp;% de notre ADN avec le chimpanz\u00e9. Nous sommes le produit d\u2019une \u00e9volution sans dessein pr\u00e9alable, o\u00f9 le hasard des mutations et la n\u00e9cessit\u00e9 de la s\u00e9lection naturelle suffisent \u00e0 produire des structures d\u2019une complexit\u00e9 stup\u00e9fiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le biologiste Jacques Monod (1910-1976) le r\u00e9sumait ainsi dans \u00ab&nbsp;Le Hasard et la n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;\u00bb (Points Seuil, 2014)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de son livre, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019ancienne alliance est rompue&nbsp;; l\u2019homme sait enfin qu\u2019il est seul dans l\u2019immensit\u00e9 indiff\u00e9rente de l\u2019Univers, d\u2019o\u00f9 il a \u00e9merg\u00e9 par hasard. Non plus que son destin, son devoir n\u2019est \u00e9crit nulle part. \u00c0 lui de choisir entre le Royaume et les t\u00e9n\u00e8bres.&nbsp;<\/em>\u00bb (<a>p.<\/a>&nbsp;225).<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes donc des vivants parmi les vivants, rien de plus. Mais cette v\u00e9rit\u00e9 est insupportable pour notre narcissisme individuel ou collectif. Comme un enfant qui refuse de croire que ses parents sont mortels, l\u2019humanit\u00e9 invente des r\u00e9cits pour se placer au centre du cosmos et se prot\u00e9ger de l\u2019angoisse. Freud a \u00e9crit fort justement que \u00ab&nbsp;L\u2019humanit\u00e9 a d\u00fb subir, au cours des \u00e2ges, trois grandes blessures de son narcissisme. Le premier fut lorsque Copernic lui montra que la Terre n\u2019est pas le centre de l\u2019univers, mais qu\u2019elle se meut autour du Soleil. Le second, quand Darwin et ses successeurs ont \u00e9tabli l\u2019origine animale de l\u2019homme. Le troisi\u00e8me et le plus douloureux, celui qu\u2019elle doit \u00e0 la recherche psychanalytique, qui a montr\u00e9 \u00e0 l\u2019homme que le Moi n\u2019est pas ma\u00eetre dans sa propre maison.&nbsp;\u00bb (Une difficult\u00e9 en psychanalyse, 1917).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La mort, racine de toutes nos illusions<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme est le seul animal qui sait qu\u2019il va mourir bien que son inconscient nie la mort. Tout ce que nous savons de l\u2019esprit montre qu\u2019il d\u00e9pend d\u2019un support mat\u00e9riel \u2014 le cerveau. Lorsque celui-ci est gravement atteint, comme dans la maladie d\u2019Alzheimer, la personnalit\u00e9 et les souvenirs s\u2019effacent peu \u00e0 peu. \u00c0 la mort, l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale cesse. L\u2019hypoth\u00e8se la plus sobre est donc celle d\u2019une extinction de la conscience, non d\u2019une continuit\u00e9 invisible.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conscience est vertigineuse. Pour y survivre, nous cr\u00e9ons des mythes et des croyances qui nous disent&nbsp;: \u00ab&nbsp;La mort n\u2019aura pas le dernier mot.&nbsp;\u00bb En psychanalyse, cette confrontation avec la mort renvoie \u00e0 ce que Lacan (1901-1981) appelle la&nbsp;<strong>castration<\/strong>&nbsp;<strong>symbolique<\/strong>(S\u00e9minaire, livre&nbsp;IV).&nbsp;Freud avait pressenti que nos croyances sont des illusions collectives destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019angoisse. Lacan, reprenant Freud, va plus loin&nbsp;: il montre que cette angoisse vient d\u2019un manque constitutif, la \u00ab&nbsp;castration symbolique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Ce concept ne d\u00e9signe pas une angoisse de mutilation r\u00e9elle comme Freud le pensait, Lacan la qualifie&nbsp;<strong>d\u2019imaginaire en ce sens qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un fantasme de l\u2019enfant<\/strong>, mais l\u2019exp\u00e9rience fondamentale&nbsp;<strong>symbolique selon laquelle l\u2019\u00eatre humain doit reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019est pas tout-puissant, qu\u2019il est contingent, limit\u00e9, s\u00e9par\u00e9, et mortel.<\/strong>&nbsp;Elle concerne le signifiant du manque introduit par la loi du p\u00e8re. La castration symbolique consiste \u00e0&nbsp;<strong>renoncer \u00e0 \u00eatre le phallus,&nbsp;<\/strong>c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 accepter qu\u2019il y a un manque irr\u00e9ductible dans le d\u00e9sir de l\u2019Autre (la m\u00e8re). Ce n\u2019est pas une perte r\u00e9elle, mais l\u2019acceptation d\u2019un d\u00e9sir qui ne peut jamais \u00eatre combl\u00e9.&nbsp;\u00ab&nbsp;<strong>Le&nbsp;<em>phallus est le signifiant du manque dans l\u2019Autre.<\/em>&nbsp;<\/strong>\u00bb&nbsp;Cette d\u00e9couverte est v\u00e9cue comme une perte, mais elle ouvre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019autonomie du sujet.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>C\u2019est une \u00e9tape d\u00e9cisive du d\u00e9veloppement psychique&nbsp;: accepter que nous ne sommes pas le centre du monde, que nous d\u00e9pendons d\u2019un ordre symbolique plus vaste que nous \u2014&nbsp;la loi, le langage, la culture&nbsp;\u2014 et que nous n\u2019\u00e9chapperons pas \u00e0 la finitude. La mort est la figure ultime de cette castration symbolique.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Freud parlait d\u2019illusion collective&nbsp;: Dieu comme P\u00e8re tout-puissant et protecteur, donnant un sens au chaos. Le psychanalyste Conrad Stein a prolong\u00e9 cette id\u00e9e dans son article \u00ab&nbsp;Le d\u00e9sir d\u2019immortalit\u00e9&nbsp;\u00bb (<em>\u00c9tudes freudiennes,&nbsp;<\/em>N\u00b0&nbsp;11-12, 1975)&nbsp;:<\/li>\n\n\n\n<li>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019homme, pour supporter la finitude qui l\u2019habite, invente une immortalit\u00e9 qui le soustrait \u00e0 la condition commune des vivants. Si une mort doit survenir, elle ne peut \u00eatre que de son fait. L\u2019infans pense que c\u2019est lui qui est \u00e0 l\u2019origine de toute mort qui peut survenir. En se pla\u00e7ant de mani\u00e8re fantasmatique \u00e0 l\u2019origine de la mort, le sujet cherche \u00e0 nier sa propre finitude&nbsp;: s\u2019il provoque la mort des autres, c\u2019est qu\u2019il se situe lui-m\u00eame en dehors de son atteinte.<\/em>&nbsp;<strong><em>Puisque mort il y aura certainement, il faut que cette mort survienne du fait de celui qui la souhaite. Il est ma\u00eetre de la mort. Le Dieu qui rend l\u2019homme mortel et le chasse du Paradis, c\u2019est lui<\/em><\/strong>. [\u2026]&nbsp;<em>La<\/em>&nbsp;<em>culpabilit\u00e9 qui fait tant de bruit dans l\u2019analyse ressortit en derni\u00e8re instance de la n\u00e9gation de la mort, plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la croyance qu\u2019on est \u00e0 l\u2019origine de la mort, au-dessus de la mort, responsable de toute mort qui peut survenir, non pas tant coupable des fautes dont on peut s\u2019accuser, que fonci\u00e8rement entach\u00e9 d\u2019un pouvoir mal\u00e9fique qui est celui-l\u00e0 m\u00eame que nous conf\u00e8re l\u2019usage de la parole qui est la condition de toute pens\u00e9e. Il me semble que c\u2019est sur une telle exigence qu\u2019est fond\u00e9 le&nbsp;<strong>mythe du p\u00e9ch\u00e9 originel, mythe qui attribue \u00e0 une chute le caract\u00e8re mortel de l\u2019homme\u2026&nbsp;<\/strong>\u00bb.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Croire \u00e0 la mort corporelle, c\u2019est donc dire haut et fort&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<strong>Je refuse d\u2019\u00eatre un vivant comme les autres, vou\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre. Je veux \u00eatre immortel.<\/strong>&nbsp;<strong>Je veux \u00eatre Dieu&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La r\u00e9surrection, sommet du fantasme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le christianisme porte ce d\u00e9sir \u00e0 son comble. En proclamant que J\u00e9sus est corporellement ressuscit\u00e9, il affirme qu\u2019un homme a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la loi commune de la mort, et qu\u2019il ouvre la voie \u00e0 une humanit\u00e9 immortelle. Ainsi, le dogme de la r\u00e9surrection affirme implicitement&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>La castration n\u2019existe pas<\/strong>&nbsp;\u00bb. La mort n\u2019a pas le dernier mot. Nous ne sommes pas soumis \u00e0 la loi commune des vivants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/fin-des-vie\/\">Jacques Pohier<\/a> (1926-2007), th\u00e9ologien critique, a montr\u00e9 que ce dogme repose sur une structure sacrificielle\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le Fils est mis \u00e0 mort afin d\u2019expier son d\u00e9sir de prendre la place du Dieu P\u00e8re afin d\u2019acqu\u00e9rir ses privil\u00e8ges.<\/li>\n\n\n\n<li>Mais cette mort devient triomphe, le proph\u00e8te devient Dieu.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019angoisse se change en certitude d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>Nous devenons fils de Dieu \u00e0 sa suite et nous h\u00e9ritons de son immortalit\u00e9. Saint Ir\u00e9n\u00e9e affirmait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu s\u2019est fait homme afin que l\u2019homme devienne Dieu.&nbsp;\u00bb<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Freud note dans L\u2019homme Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme (1939), \u00ab&nbsp;<em>On remarquera de quelle fa\u00e7on la nouvelle religion s\u2019est d\u00e9battue avec la vieille ambivalence du rapport au p\u00e8re. Son principal contenu \u00e9tait certes la r\u00e9conciliation avec Dieu le p\u00e8re, l\u2019expiation du crime commis \u00e0 son encontre, mais l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du rapport affectif se manifestait dans le fait que le fils, qui avait pris sur lui l\u2019expiation, devenait lui-m\u00eame Dieu aux c\u00f4t\u00e9s du p\u00e8re, et \u00e0 proprement parler, \u00e0 la place du p\u00e8re. Issu d\u2019une religion du p\u00e8re, le christianisme est devenu une religion du fils. Il n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la fatale n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9liminer le p\u00e8re&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Point Seuil, p.&nbsp;273-274). Aujourd\u2019hui, Dieu ne peut \u00eatre pens\u00e9 que comme non n\u00e9cessaire. Il est de l\u2019ordre de l\u2019amour, de la gratuit\u00e9 et non de l\u00e0 causalit\u00e9 fondatrice nous pr\u00e9servant de la mort, de la s\u00e9paration et du n\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le christianisme primitif peut se lire comme une tentative collective d\u2019\u00e9viter la castration symbolique : J\u00e9sus meurt, mais sa mort est ni\u00e9e, transform\u00e9e en victoire absolue. Ce retournement est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 liturgiquement dans l\u2019eucharistie qui est une r\u00e9it\u00e9ration de son sacrifice expiatoire selon la doctrine de l\u2019\u00c9glise catholique romaine&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mort, o\u00f9 est ta victoire&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;une phrase-sympt\u00f4me qui manifeste le&nbsp;<strong>d\u00e9ni<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus est la figure id\u00e9ale de ce que nous voudrions \u00eatre : un mortel devenu immortel, un vivant qui \u00e9chappe \u00e0 la finitude. Sa r\u00e9surrection est moins la preuve d\u2019un au-del\u00e0 que la&nbsp;<strong>projection<\/strong>&nbsp;collective de notre refus de mourir. Les disciples dans le deuil de leur ma\u00eetre ont pu halluciner sa vision et en d\u00e9duire qu\u2019il \u00e9tait vivant&nbsp;: un ph\u00e9nom\u00e8ne fr\u00e9quent lors d\u2019un deuil. C\u2019est leur foi en J\u00e9sus qui leur a donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de donner sens \u00e0 leur vision.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La t\u00e2che adulte&nbsp;: accepter la contingence<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Reconna\u00eetre que nous sommes des vivants parmi les vivants, issus du hasard, sans destin \u00e9crit, exige un courage immense. Freud y voyait la marque de la maturit\u00e9 psychique : accepter la r\u00e9alit\u00e9, m\u00eame quand elle ne nous flatte pas.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela ne conduit pas au d\u00e9sespoir. Au contraire, cela lib\u00e8re une responsabilit\u00e9 nouvelle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Nous n\u2019avons plus \u00e0 attendre d\u2019un Dieu qu\u2019il sauve le monde \u00e0 notre place.<\/li>\n\n\n\n<li>Nous sommes responsables de cr\u00e9er du sens, de la justice et de l\u2019amour ici et maintenant, sans promesse d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le th\u00e9ologien Paul Tillich (1886-1965) proposait une foi d\u00e9mythologis\u00e9e&nbsp;: Dieu n\u2019est pas l\u2019architecte d\u2019un plan cosmique, mais la profondeur de l\u2019\u00eatre, la force int\u00e9rieure qui nous permet d\u2019affronter le non-sens et la mort sans nous y perdre. Dieu est int\u00e9rieur \u00e0 soi.&nbsp;<strong>Cl\u00e9 de lecture psychanalytique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La castration symbolique devient ici le fil rouge&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le christianisme, par sa croyance en la r\u00e9surrection corporelle, cherche \u00e0 l\u2019\u00e9viter en proclamant un homme immortel.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019acceptation de la mort de J\u00e9sus comme d\u00e9finitive correspond, au contraire, \u00e0 un passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, tant spirituel que psychique.<\/li>\n\n\n\n<li>Cette reconnaissance de la finitude ne d\u00e9truit pas le sens, elle l\u2019approfondit.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En somme, assumer la mort de J\u00e9sus, c\u2019est entrer dans la v\u00e9rit\u00e9 de notre condition humaine et sortir du fantasme d\u2019immortalit\u00e9. L\u2019homme n\u2019acc\u00e9dera jamais totalement \u00e0 la castration symbolique. Renoncer brutalement \u00e0 ses mythes r\u00e9confortants le condamnerait \u00e0 l\u2019angoisse et au nihilisme. Le chemin r\u00e9aliste consiste \u00e0 interpr\u00e9ter ces mythes, \u00e0 les faire passer du registre de l\u2019illusion \u00e0 celui du symbole, pour que la r\u00e9surrection, par exemple, ne soit plus une n\u00e9gation magique de la mort, mais l\u2019expression d\u2019une esp\u00e9rance humaine&nbsp;: vivre et aimer malgr\u00e9 la finitude. C\u2019est pourquoi,&nbsp;<a>maintenant<\/a>&nbsp;c\u2019est \u00e0 nous de choisir le Royaume comme nous le sugg\u00e9rait Jacques Monod dans la conclusion de son livre. J\u00e9sus est mort, et c\u2019est une bonne nouvelle&nbsp;: il nous laisse son esprit, c\u2019est-\u00e0-dire la force de vivre, d\u2019aimer et de cr\u00e9er du sens, ici et maintenant, sans illusion d\u2019immortalit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque printemps, \u00e0 P\u00e2ques, des millions de croyants proclament&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est ressuscit\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb Ce cri de joie, au c\u0153ur du christianisme, affirme que la mort peut \u00eatre vaincue, que J\u00e9sus a triomph\u00e9 du tombeau et qu\u2019il entra\u00eene l\u2019humanit\u00e9 dans sa victoire. C\u2019est une des croyances les plus puissantes de notre culture. 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