{"id":2074,"date":"2025-08-07T17:04:25","date_gmt":"2025-08-07T16:04:25","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=2074"},"modified":"2025-08-07T17:04:25","modified_gmt":"2025-08-07T16:04:25","slug":"dieu-est-en-christ-2-co-5-19","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/dieu-est-en-christ-2-co-5-19\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Dieu est en Christ\u00a0\u00bb (2\u00a0Co\u00a05,\u00a019)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00ab Ce n\u2019est pas J\u00e9sus qui est Dieu, mais Dieu qui est en l\u2019homme J\u00e9sus. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Gounelle (1933\u20132025)<\/p>\n\n\n\n<p>En une seule phrase, Andr\u00e9 Gounelle, th\u00e9ologien protestant embl\u00e9matique de la th\u00e9ologie lib\u00e9rale francophone, condense une position critique et novatrice vis-\u00e0-vis des dogmes classiques de l\u2019\u00c9glise. Cette formule, \u00e0 la fois concise et dense, engage un profond renversement de perspective christologique&nbsp;: il ne s\u2019agit plus de poser une identit\u00e9 substantielle entre J\u00e9sus et Dieu, mais de comprendre J\u00e9sus comme le lieu d\u2019une pr\u00e9sence divine. Une telle position appelle une r\u00e9\u00e9valuation du dogme trinitaire et de l\u2019incarnation, tels qu\u2019ils furent formul\u00e9s \u00e0 Nic\u00e9e (325) et \u00e0 Chalc\u00e9doine (451).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1. De l\u2019ontologie dogmatique \u00e0 la manifestation existentielle<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les conciles anciens ont affirm\u00e9 que J\u00e9sus est vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au P\u00e8re et dot\u00e9 d\u2019une double nature. Ces formulations r\u00e9pondaient \u00e0 des controverses internes au christianisme naissant, dans le langage philosophique de l\u2019\u00e9poque, mais elles ont peu \u00e0 peu durci l\u2019intuition originelle en m\u00e9taphysique dogmatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Gounelle propose un retournement&nbsp;: ce n\u2019est pas J\u00e9sus qui est Dieu, mais Dieu qui se donne \u00e0 reconna\u00eetre dans l\u2019homme J\u00e9sus. Cette distinction permet de sortir d\u2019un sch\u00e9ma binaire entre divinit\u00e9 et humanit\u00e9, au profit d\u2019une relation dynamique, d\u2019une th\u00e9ophanie incarn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit plus de dire que Dieu s\u2019est fait homme comme on enfilerait un costume, mais que Dieu s\u2019est laiss\u00e9 percevoir dans la personne humaine de J\u00e9sus, dans sa parole, sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, sa fid\u00e9lit\u00e9, son ouverture aux exclus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. Une pr\u00e9sence de Dieu r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans l\u2019humanit\u00e9 de J\u00e9sus<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019habitation renvoie \u00e0 une pr\u00e9sence intime, relationnelle, transformante. J\u00e9sus ne poss\u00e8de pas Dieu, il est habit\u00e9 par Dieu. Il ne d\u00e9tient pas une nature divine, il est le lieu d\u2019une communion avec Dieu, d\u2019un rapport filial radical, d\u2019une confiance totale dans l\u2019Esprit qui l\u2019anime.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la parole johannique &#8211;&nbsp;\u00ab&nbsp;Qui m\u2019a vu a vu le P\u00e8re&nbsp;\u00bb (Jn&nbsp;14,9)&nbsp;&#8211; ne signifie pas une \u00e9quivalence ontologique, mais une transparence spirituelle : dans le visage de J\u00e9sus, dans son regard, dans ses gestes de compassion, Dieu devient visible, audible, proche. Il est un signe vivant de Dieu, pas Dieu en personne. Comme pour Tillich dont Andr\u00e9 Gounelle est un disciple, dire que Dieu s\u2019est fait homme est un non-sens puisque Dieu n\u2019est pas un \u00eatre au sens courant. J\u00e9sus est transparent au divin. L\u2019incarnation est la manifestation parfaite de l\u2019unit\u00e9 divino-humaine de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. Une christologie de l\u2019Esprit<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette lecture s\u2019inscrit dans une christologie pneumatologique, qui met en avant l\u2019Esprit de Dieu plut\u00f4t que des d\u00e9finitions ontologiques. Gounelle rejoint ici une tradition de pens\u00e9e pr\u00e9sente chez Paul Tillich, Jacques Pohier ou encore Joseph Moingt.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u00e9sus est pleinement homme, mais enti\u00e8rement tourn\u00e9 vers Dieu. L\u2019Esprit habite en lui de mani\u00e8re d\u00e9cisive, non exclusive, mais unique : il incarne une humanit\u00e9 ouverte \u00e0 Dieu, libre, aimante, cr\u00e9atrice.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4. Une foi lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019adh\u00e9sion dogmatique<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette approche a des cons\u00e9quences majeures pour la foi chr\u00e9tienne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La foi n\u2019est plus une croyance en un dogme surnaturel, mais la reconnaissance existentielle de Dieu \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la vie et la mort de J\u00e9sus.<\/li>\n\n\n\n<li>Le salut ne r\u00e9side pas dans une nature divine agissant magiquement, mais dans l\u2019humanit\u00e9 vraie et habit\u00e9e de J\u00e9sus, offerte comme chemin de vie.<\/li>\n\n\n\n<li>La divinit\u00e9 n\u2019est plus un attribut poss\u00e9d\u00e9, mais une relation v\u00e9cue : Dieu est l\u00e0 o\u00f9 l\u2019amour, la libert\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 se donnent. C\u2019est pourquoi J\u00e9sus est dit \u00ab\u00a0Fils de Dieu\u00a0\u00bb\u00a0: non par nature, mais par excellence de relation.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>5. Une red\u00e9couverte du J\u00e9sus historique<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette christologie permet aussi une r\u00e9conciliation avec les recherches historiques sur J\u00e9sus. Le J\u00e9sus de Gounelle n\u2019est pas un demi-dieu venu d\u2019ailleurs, mais un homme juif du I<sup>er<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, habit\u00e9 par une profonde exp\u00e9rience de Dieu, porteur d\u2019une esp\u00e9rance messianique, et engag\u00e9 jusqu\u2019au bout dans l\u2019annonce d\u2019un Royaume qui lib\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conclusion<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Gounelle, par cette formule audacieuse &#8211;&nbsp;\u00ab<em>&nbsp;Ce n\u2019est pas J\u00e9sus qui est Dieu, mais Dieu qui est en l\u2019homme J\u00e9sus<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;&#8211; nous invite \u00e0 relire la foi chr\u00e9tienne \u00e0 frais nouveaux. Il ne nie pas la pr\u00e9sence de Dieu en J\u00e9sus&nbsp;; il refuse simplement de la fossiliser dans une essence. Il propose de la penser comme une pr\u00e9sence vivante, offerte, ouverte, qui fait de J\u00e9sus non pas le Dieu fait homme, mais l\u2019homme par qui Dieu se donne \u00e0 voir, \u00e0 entendre, \u00e0 aimer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une invitation \u00e0 d\u00e9placer le centre de la foi&nbsp;: non plus croire que J\u00e9sus est Dieu, mais voir Dieu \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la vie de J\u00e9sus &#8211;&nbsp;et, par l\u00e0, dans toute vie habit\u00e9e par l\u2019Esprit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Ce n\u2019est pas J\u00e9sus qui est Dieu, mais Dieu qui est en l\u2019homme J\u00e9sus. \u00bb Andr\u00e9 Gounelle (1933\u20132025) En une seule phrase, Andr\u00e9 Gounelle, th\u00e9ologien protestant embl\u00e9matique de la th\u00e9ologie lib\u00e9rale francophone, condense une position critique et novatrice vis-\u00e0-vis des dogmes classiques de l\u2019\u00c9glise. 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