{"id":2044,"date":"2025-08-02T15:05:54","date_gmt":"2025-08-02T14:05:54","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=2044"},"modified":"2025-08-02T15:05:54","modified_gmt":"2025-08-02T14:05:54","slug":"un-christianisme-libere-du-mythe-sanglant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/un-christianisme-libere-du-mythe-sanglant\/","title":{"rendered":"Un christianisme lib\u00e9r\u00e9 du mythe sanglant"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Un dogme qui d\u00e9figure l\u2019\u00c9vangile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis des si\u00e8cles, l\u2019\u00c9glise enseigne que J\u00e9sus est mort \u00ab pour nos p\u00e9ch\u00e9s \u00bb afin de satisfaire la justice de son P\u00e8re. Le salut des hommes serait ainsi acquis au prix du supplice du Fils. Mais que signifie une telle affirmation sinon que Dieu aurait exig\u00e9 le meurtre de l\u2019innocent pour pardonner aux coupables ? On nous demande de croire qu\u2019un P\u00e8re d\u2019amour n\u2019aurait pu nous r\u00e9concilier avec lui qu\u2019au prix d\u2019un crime plus grand que le p\u00e9ch\u00e9 originel. Cette th\u00e9ologie, loin d\u2019\u00e9clairer l\u2019\u00c9vangile, en obscurcit le message au point de le trahir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De l\u2019\u00e9chec \u00e0 la victoire : un renversement id\u00e9ologique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La crucifixion de J\u00e9sus fut, pour ses disciples, un scandale insoutenable. Pour sauver la m\u00e9moire de leur ma\u00eetre, ils ont transfigur\u00e9 cet \u00e9chec en victoire : \u00ab Il est mort pour nous. \u00bb Le langage sacrificiel du juda\u00efsme du Temple offrait le mod\u00e8le : comme l\u2019agneau pascal, J\u00e9sus aurait donn\u00e9 son sang pour sauver le peuple (cf. Exode 12).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019est qu\u2019au XI\u1d49&nbsp;si\u00e8cle, avec Anselme de Cantorb\u00e9ry, que ce discours s\u2019est fig\u00e9 en dogme : l\u2019offense du p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 l\u2019honneur infini de Dieu ne pouvait \u00eatre r\u00e9par\u00e9e que par le sang d\u2019un homme-Dieu (Cur Deus homo). Ce sc\u00e9nario juridico-sacrificiel enfermait l\u2019humanit\u00e9 dans une culpabilit\u00e9 infinie, dont seule l\u2019\u00c9glise se pr\u00e9tendait dispensatrice du pardon par ses sacrements.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le m\u00e9canisme du bouc \u00e9missaire (Ren\u00e9 Girard)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ren\u00e9 Girard a magistralement montr\u00e9 que cette th\u00e9ologie n\u2019\u00e9tait que la transposition chr\u00e9tienne d\u2019une logique archa\u00efque : celle du bouc \u00e9missaire. Une victime innocente est sacrifi\u00e9e pour r\u00e9tablir un ordre troubl\u00e9. La mort de J\u00e9sus, qui aurait d\u00fb d\u00e9noncer et abolir ce m\u00e9canisme, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e pour en fonder un nouveau, l\u00e9gitim\u00e9 cette fois par le nom de Dieu. Girard \u00e9crivait : \u00ab Le Christ est venu pour d\u00e9voiler le mensonge du sacrifice ; mais le christianisme historique a fait de lui le sacrifice par excellence. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le P\u00e8re imaginaire (Jacques Pohier)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Pohier, dans Au nom du P\u00e8re (1972), analyse ce dogme comme le produit d\u2019une projection infantile : un P\u00e8re tout-puissant, m\u00e9lange d\u2019amour et de menace, dont l\u2019amour ne se gagne qu\u2019au prix du sang. Ce \u00ab P\u00e8re imaginaire \u00bb, loin de lib\u00e9rer, \u00e9crase. Pohier n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire : \u00ab Un Dieu qui exige la mort de son Fils pour pardonner n\u2019est pas le P\u00e8re de J\u00e9sus-Christ, mais une idole. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Dieu de l\u2019amour et non du calcul (Paul Tillich)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Paul Tillich, de son c\u00f4t\u00e9, rappelait que le salut chr\u00e9tien n\u2019est pas une affaire de dette ou de rachat juridique, mais une lib\u00e9ration de notre ali\u00e9nation existentielle : \u00ab Le Christ n\u2019a pas surmont\u00e9 la col\u00e8re d\u2019un Dieu mena\u00e7ant, il a surmont\u00e9 la s\u00e9paration qui nous enferme dans la peur. \u00bb (Tillich, Systematic Theology). Autrement dit, ce n\u2019est pas un sacrifice sanglant qui sauve, mais l\u2019amour radical incarn\u00e9 par J\u00e9sus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un verrou id\u00e9ologique au service de l\u2019\u00c9glise et des empires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le dogme sacrificiel a servi d\u2019arme redoutable pour discipliner les consciences :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Culpabiliser les fid\u00e8les : \u00ab C\u2019est pour toi qu\u2019il est mort. \u00bb<\/li>\n\n\n\n<li>Soumettre les croyants \u00e0 l\u2019institution : seule l\u2019\u00c9glise pouvait dispenser le pardon.<\/li>\n\n\n\n<li>Sanctifier la violence : de Constantin aux croisades, la croix devint banni\u00e8re d\u2019empires qui exigeaient, eux aussi, du sang pour d\u00e9fendre l\u2019ordre.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ainsi, la Bonne Nouvelle d\u2019un J\u00e9sus proche des pauvres et des exclus a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9e en outil de pouvoir politico-religieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sortir du chantage sacrificiel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est urgent de briser ce cercle morbide. J\u00e9sus n\u2019a jamais demand\u00e9 de sacrifices : il a annonc\u00e9 un Royaume o\u00f9 la mis\u00e9ricorde l\u2019emporte sur les autels. Il n\u2019est pas mort pour satisfaire la col\u00e8re d\u2019un P\u00e8re offens\u00e9, mais parce que sa parole libre d\u00e9rangeait les puissants religieux et politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Redonner \u00e0 J\u00e9sus son vrai visage, c\u2019est reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019a pas aboli la violence en y ajoutant une victime supr\u00eame, mais en r\u00e9v\u00e9lant l\u2019innocence des victimes et en proclamant la fin du syst\u00e8me sacrificiel.<\/p>\n\n\n\n<p>Le christianisme ne retrouvera sa force lib\u00e9ratrice que lorsqu\u2019il osera abandonner cette th\u00e9ologie sanglante pour proclamer, enfin, que le Dieu de J\u00e9sus n\u2019est pas un cr\u00e9ancier implacable, mais la source de vie et d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rences<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Anselme de Cantorb\u00e9ry, Cur Deus homo (6\u1d49\u00a0si\u00e8cle).<\/li>\n\n\n\n<li>Jacques Pohier, Au nom du P\u00e8re, Cerf, 1972.<\/li>\n\n\n\n<li>Ren\u00e9 Girard, La Violence et le sacr\u00e9, Grasset, 1972.<\/li>\n\n\n\n<li>Paul Tillich, Th\u00e9ologie syst\u00e9matique, 1951-1963.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Un Dieu qui pardonne en r\u00e9clamant un meurtre n\u2019est pas le Dieu de l\u2019\u00c9vangile, mais l\u2019ombre d\u2019une \u00c9glise qui a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le pouvoir \u00e0 la libert\u00e9.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un dogme qui d\u00e9figure l\u2019\u00c9vangile Depuis des si\u00e8cles, l\u2019\u00c9glise enseigne que J\u00e9sus est mort \u00ab pour nos p\u00e9ch\u00e9s \u00bb afin de satisfaire la justice de son P\u00e8re. 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