{"id":1798,"date":"2025-06-14T15:08:25","date_gmt":"2025-06-14T14:08:25","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=1798"},"modified":"2025-06-14T15:08:25","modified_gmt":"2025-06-14T14:08:25","slug":"avons-nous-trahi-jesus-en-le-faisant-dieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/avons-nous-trahi-jesus-en-le-faisant-dieu\/","title":{"rendered":"Avons-nous trahi J\u00e9sus en le faisant Dieu\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p>J\u00e9sus de Nazareth, ce proph\u00e8te galil\u00e9en, homme libre parmi les hommes, a boulevers\u00e9 l\u2019histoire. J\u00e9sus de Nazareth, tel que le reconstituent les historiens et de nombreux th\u00e9ologiens du 20<sup>e<\/sup>&nbsp;et 21<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle comme Christian Duquoc, Edwards Schillebeeckx, Jacques Pohier, John Dominic Crossan, Jos\u00e9 Antonio Pagola, ou Jens Schr\u00f6ter), fut un homme libre, enracin\u00e9 dans la tradition proph\u00e9tique d\u2019Isra\u00ebl. Il parlait au nom de Dieu, non pas comme un messager lointain, mais comme un fr\u00e8re, un compagnon de route. Il d\u00e9non\u00e7ait les injustices religieuses et sociales, pr\u00f4nait la proximit\u00e9 du Royaume, et appelait \u00e0 vivre une humanit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Mais que reste-t-il aujourd\u2019hui de son message vivant, de sa radicalit\u00e9 proph\u00e9tique&nbsp;? \u00c0 force de dogmes, d\u2019adoration, de m\u00e9taphysique, n\u2019avons-nous pas trahi celui qui ne demandait pas qu\u2019on le prie mais qu\u2019on le suive&nbsp;? N\u2019avons-nous pas transform\u00e9 une existence humaine offerte en chemin de lib\u00e9ration en une figure divine inaccessible \u2014&nbsp;une exception ontologique&nbsp;? En d\u2019autres termes&nbsp;: avons-nous fait de J\u00e9sus un Dieu pour mieux \u00e9viter d\u2019avoir \u00e0 nous inspirer de son esprit&nbsp;? Mais d\u00e8s les premiers si\u00e8cles, cette foi vivante s\u2019est structur\u00e9e dans un monde gr\u00e9co-romain o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de dieux incarn\u00e9s, de demi-dieux, de sauveurs divins, \u00e9tait famili\u00e8re. On a donc peu \u00e0 peu hell\u00e9nis\u00e9 la foi, transformant le souvenir d\u2019un homme libre en une \u00eatre divin, deuxi\u00e8me personne de la Trinit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un homme, pas un dieu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9vangiles ne montrent jamais un J\u00e9sus revendiquant la divinit\u00e9, ni aucun titre prestigieux comme messie ou fils de Dieu. Il se dit peut-\u00eatre&nbsp;<em>fils de l\u2019homme<\/em>, non Dieu incarn\u00e9. La d\u00e9claration de Pierre en Matthieu 16,&nbsp;16, est une proclamation dans l\u2019apr\u00e8s-coup de la r\u00e9surrection. J\u00e9sus est un homme soumis comme tous les \u00eatres humains \u00e0 la finitude&nbsp;; sa puissance et sa libert\u00e9 sont limit\u00e9es&nbsp;; il a des moments d\u2019angoisse et de doute&nbsp;; il est sujet \u00e0 l\u2019erreur, comme le montrent ses paroles sur l\u2019imminence de la fin des temps, et le choix de Judas comme disciple. Il n\u2019exige ni culte, ni prosternation, mais appelle \u00e0 vivre autrement, \u00e0 faire advenir ici et maintenant le R\u00e8gne de Dieu \u2014&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire un monde r\u00e9concili\u00e9, un monde de paix de justice et d\u2019amour, lib\u00e9r\u00e9 des puissances ali\u00e9nantes de domination, religieuses ou politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Son autorit\u00e9 ne venait pas de son essence, mais de sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre&nbsp;: parole libre, gestes de gu\u00e9rison, refus de l\u2019exclusion, proximit\u00e9 avec les sans-espoirs, les bless\u00e9s de la vie, ceux qui \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des p\u00e9cheurs par la religion de son temps. Il n\u2019a rien fond\u00e9, rien \u00e9crit, et s\u2019est laiss\u00e9 crucifier sans revendiquer aucun statut divin&nbsp;; c\u2019est l\u2019ordre politico-religieux qui l\u2019a assassin\u00e9. Il n\u2019a donc rien d\u2019un dieu pa\u00efen venu faire le spectacle. Il a tout d\u2019un homme habit\u00e9 par une pr\u00e9sence, par un souffle, par une passion pour l\u2019humain au nom de son Dieu. J\u00e9sus est un homme dans lequel la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019amour divin s\u2019est manifest\u00e9e avec une intensit\u00e9 in\u00e9gal\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La grande op\u00e9ration de capture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019histoire ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Apr\u00e8s sa mort, ses disciples ont fait l\u2019exp\u00e9rience bouleversante que rien de ce qu\u2019il avait sem\u00e9 n\u2019\u00e9tait mort. Sa vie rayonnait encore. C\u2019est cela, le c\u0153ur de la foi pascale&nbsp;: non pas un retour de son corps \u00e0 la vie, mais une permanence spirituelle qui traverse la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9las, au lieu de transmettre cette exp\u00e9rience, l\u2019\u00c9glise a progressivement fig\u00e9 le myst\u00e8re. D\u00e8s le concile de Nic\u00e9e (325), sous l\u2019influence de l\u2019empereur Constantin d\u00e9sireux d\u2019unit\u00e9 politique et religieuse, ainsi que d\u2019une pens\u00e9e grecque obs\u00e9d\u00e9e par l\u2019\u00catre, on proclame que J\u00e9sus est \u00ab&nbsp;de m\u00eame substance que Dieu&nbsp;\u00bb \u2014&nbsp;un Dieu consid\u00e9r\u00e9 comme Tout-puissant, impassible et omniscient&nbsp;\u2014 tr\u00e8s loin du Dieu annonc\u00e9 par J\u00e9sus. Le pouvoir politique (Constantin et les empereurs suivants) s\u2019est empar\u00e9 de cette divinisation pour faire de J\u00e9sus le fondement d\u2019un ordre sacr\u00e9, hi\u00e9rarchique et imp\u00e9rial. L\u2019\u00c9glise a ent\u00e9rin\u00e9 cette d\u00e9viation. \u00c0 partir de l\u00e0, la foi devient soumission \u00e0 des dogmes et des croyances, et J\u00e9sus devient objet de culte plus que ma\u00eetre de vie. L\u2019adoration du saint sacrement en est l\u2019illustration la plus manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la trahison<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce que nous avons perdu dans ce basculement, c\u2019est la subversion \u00e9vang\u00e9lique. J\u00e9sus n\u2019\u00e9tait pas venu fonder une religion, mais ouvrir une ouverture dans le juda\u00efsme rigide du premier Temple. Il n\u2019appelait pas \u00e0 le v\u00e9n\u00e9rer, \u00e0 offrir des sacrifices mais \u00e0 vivre, aimer, pardonner, r\u00e9sister comme lui. En le divinisant, on l\u2019a sanctuaris\u00e9, on l\u2019a \u00e9loign\u00e9, on l\u2019a couvert d\u2019or et d\u2019encens, de liturgie grandiose et de latin, on l\u2019a rendu intouchable, donc inimitable. Non, J\u00e9sus ne s\u2019est jamais pr\u00e9sent\u00e9 comme un Dieu. Il ne r\u00e9clame pas l\u2019adoration, mais l\u2019imitation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Suis-moi&nbsp;\u00bb dit-il \u00e0 ceux qu\u2019il rencontre. Il ne demande pas qu\u2019on le prie, mais qu\u2019on aime l\u2019autre comme lui. Sa force r\u00e9sidait dans la radicalit\u00e9 de sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019humain, \u00e0 la tendresse de Dieu, et \u00e0 la libert\u00e9 int\u00e9rieure qu\u2019il a manifest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la croix.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le disait le th\u00e9ologien Andr\u00e9 Gounelle (1933-2025), critiquant les d\u00e9finitions de Nic\u00e9e et de Chalcedoine,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019est pas J\u00e9sus qui est Dieu, mais Dieu qui est en l\u2019homme J\u00e9sus<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette nuance est d\u00e9cisive&nbsp;: faire de J\u00e9sus un Dieu, c\u2019est se tromper de sens. Ce n\u2019est pas sa nature divine qui sauve, c\u2019est son humanit\u00e9 v\u00e9cue jusqu\u2019au bout, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019amour extr\u00eame, sans haine, sans vengeance, sans compromis. Dieu s\u2019est rendu visible dans l\u2019humanit\u00e9 de J\u00e9sus, dans sa mani\u00e8re d\u2019aimer, de pardonner, de vivre la justice. C\u2019est l\u2019intuition d\u2019un Paul Tillich&nbsp;: le Christ est la \u00ab&nbsp;<em>transparence<\/em>&nbsp;<em>du<\/em>&nbsp;<em>divin<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019homme chez qui Dieu s\u2019est pleinement manifest\u00e9. En Christ, Dieu n\u2019est pas descendu sur terre, c\u2019est un homme v\u00e9ritable qui a manifest\u00e9 Dieu dans les conditions de notre existence. &nbsp;J\u00e9sus n\u2019est pas un Dieu incarn\u00e9, mais un homme en qui Dieu se laisse voir, entendre, percevoir. Il est la \u00ab&nbsp;<em>parole de Dieu en action<\/em>&nbsp;\u00bb, le visage humain de Dieu et non pas Dieu fait homme, ce non en raison de sa nature, mais de sa fid\u00e9lit\u00e9 radicale \u00e0 l\u2019amour. Autrement dit, \u00ab&nbsp;J\u00e9sus-Christ&nbsp;\u00bb est le nom de la rencontre entre Dieu et l\u2019homme dans l\u2019histoire de J\u00e9sus, non une essence divine m\u00e9taphysique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette divinisation emp\u00eache de saisir le message humanisant et lib\u00e9rateur de J\u00e9sus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Redevenir disciples, non adorateurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le moment est venu de d\u00e9sidol\u00e2trer J\u00e9sus. Non pour le rabaisser, mais pour le rendre \u00e0 lui-m\u00eame, pour qu\u2019il cesse d\u2019\u00eatre le pr\u00e9texte \u00e0 une foi infantile, culpabilisante ou ali\u00e9nante. Nous n\u2019avons pas besoin d\u2019un Dieu descendu du ciel, mais d\u2019un fr\u00e8re qui nous montre comment vivre debout. Faire de J\u00e9sus un Dieu, c\u2019est parfois chercher un garant ext\u00e9rieur \u00e0 notre vie int\u00e9rieure, un sauveur qui agit \u00e0 notre place, un objet de pi\u00e9t\u00e9 qui rassure. Mais cela nous d\u00e9poss\u00e8de de notre libert\u00e9, de notre loi responsabilit\u00e9, de notre vocation \u00e0 devenir ce que nous voyons en lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Le christianisme du XXI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, comme le proposent des penseurs comme Jacques Pohier, Joseph Moingt ou Paul Tillich, appelle \u00e0 revenir \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement J\u00e9sus, \u00e0 la mani\u00e8re dont Dieu s\u2019est dit en lui, sans se clore en lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le disait Joseph Moingt&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Ce que les hommes ont cru voir de Dieu dans le Christ, ils ne le verront plus dans une personne s\u00e9par\u00e9e, mais dans ce que cette personne a inaugur\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et si aimer comme J\u00e9sus, esp\u00e9rer comme lui, croire en l\u2019homme comme il y a cru, c\u2019\u00e9tait cela, croire en Dieu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Alors oui, faire de J\u00e9sus un Dieu, au sens o\u00f9 l\u2019\u00c9glise l\u2019a dogmatis\u00e9, c\u2019est certainement trahir son \u00c9vangile.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le red\u00e9couvrir homme, pleinement homme, c\u2019est retrouver Dieu, autrement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u00e9sus de Nazareth, ce proph\u00e8te galil\u00e9en, homme libre parmi les hommes, a boulevers\u00e9 l\u2019histoire. J\u00e9sus de Nazareth, tel que le reconstituent les historiens et de nombreux th\u00e9ologiens du 20e&nbsp;et 21e&nbsp;si\u00e8cle comme Christian Duquoc, Edwards Schillebeeckx, Jacques Pohier, John Dominic Crossan, Jos\u00e9 Antonio Pagola, ou Jens Schr\u00f6ter), fut un homme libre, enracin\u00e9 dans la tradition proph\u00e9tique [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"external_author":[47],"cited_author":[],"publisher":[],"book_author":[],"class_list":["post-1798","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","external_author-michel-leconte"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1798","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1798"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1798\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1799,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1798\/revisions\/1799"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1798"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1798"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1798"},{"taxonomy":"external_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/external_author?post=1798"},{"taxonomy":"cited_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/cited_author?post=1798"},{"taxonomy":"publisher","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/publisher?post=1798"},{"taxonomy":"book_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/book_author?post=1798"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}