{"id":1363,"date":"2025-04-22T22:58:36","date_gmt":"2025-04-22T21:58:36","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=1363"},"modified":"2025-04-22T23:00:40","modified_gmt":"2025-04-22T22:00:40","slug":"jacques-pohier-au-nom-du-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/jacques-pohier-au-nom-du-pere\/","title":{"rendered":"Jacques Pohier, Au nom du P\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Voir aussi <a href=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/jacques-pohier-psychanalyse-foi-et-philosophie\/\">Jacques Pohier, \u00ab\u00a0Psychanalyse, foi et philosophie\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 du chapitre&nbsp;IV \u2013 \u00ab&nbsp;La primaut\u00e9 du P\u00e8re comme attribut du Fils dans la foi chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb dans Jacques Pohier,&nbsp;<em>Au nom du P\u00e8re, Cerf, 1972,&nbsp;<\/em>pp. 147-170<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le chapitre IV intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;La primaut\u00e9 du P\u00e8re comme attribut du Fils dans la foi chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb (pp.&nbsp;147-170) de son ouvrage&nbsp;<em>Au nom du P\u00e8re<\/em>, Jacques Pohier adopte une&nbsp;posture critique&nbsp;face \u00e0 une d\u00e9rive th\u00e9ologique consistant \u00e0 transf\u00e9rer au Fils la primaut\u00e9 traditionnellement reconnue au P\u00e8re. Jean&nbsp;1,&nbsp;1-14 d\u00e9crit clairement le r\u00f4le du&nbsp;<strong>Logos<\/strong>&nbsp;en tant que Cr\u00e9ateur du monde physique&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Au commencement \u00e9tait la Parole, et la Parole \u00e9tait avec Dieu, et la Parole \u00e9tait Dieu. [\u2026] Toutes choses ont \u00e9t\u00e9 faites par elle, et rien de ce qui a \u00e9t\u00e9 fait n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait sans elle [\u2026] Et la Parole a \u00e9t\u00e9 faite chair, et elle a habit\u00e9 parmi nous pleine de gr\u00e2ce et de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;; et nous avons contempl\u00e9 sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du P\u00e8re.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>(Jean&nbsp;1,&nbsp;1-3, Jean&nbsp;1,&nbsp;14).<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>Or l\u2019\u00c9glise catholique assimile le Logos \u00e0 la personne du Christ. De m\u00eame, dans&nbsp;<em>le deuxi\u00e8me cantique,<\/em>&nbsp;au d\u00e9but de l\u2019\u00e9p\u00eetre aux Colossiens affirme&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>en lui tout a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, dans les cieux et sur la terre, les \u00eatres visibles comme les invisibles, Tr\u00f4nes et Souverainet\u00e9s, Autorit\u00e9s et Pouvoirs. Tout est cr\u00e9\u00e9 par lui et pour lui, et il est, lui, par devant tout ; tout est maintenu en lui&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;(Col&nbsp;1,&nbsp;16-17). Le&nbsp;<strong>concile de Nic\u00e9e&nbsp;<\/strong>a d\u00e9clar\u00e9 en 325, le Christ de m\u00eame substance que le P\u00e8re cr\u00e9ateur du monde avec lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous croyons en un seul Dieu, P\u00e8re tout-puissant, cr\u00e9ateur de tous les \u00eatres visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur J\u00e9sus-Christ, Fils unique de Dieu, N\u00e9 du P\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire de la substance du P\u00e8re, Dieu de Dieu, lumi\u00e8re de lumi\u00e8re, vrai Dieu de vrai Dieu&nbsp;; engendr\u00e9 et non pas cr\u00e9\u00e9, consubstantiel au P\u00e8re&nbsp;; par lui tout a \u00e9t\u00e9 fait\u2026&nbsp;\u00bb.<\/em>&nbsp;Le Fils est donc \u00e9tabli principe et ma\u00eetre de la cr\u00e9ation \u00e0 l\u2019\u00e9gal du P\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u2019autres termes, Pohier s\u2019interroge sur un d\u00e9placement th\u00e9ologique o\u00f9 le&nbsp;Fils&nbsp;(le Christ) serait pr\u00e9sent\u00e9 comme le v\u00e9ritable d\u00e9tenteur de la&nbsp;primaut\u00e9 du P\u00e8re. Pohier analyse avec nuance les implications de ce glissement&nbsp;: selon lui, faire du Fils celui qui poss\u00e8de la primaut\u00e9 du P\u00e8re revient \u00e0 alt\u00e9rer l\u2019\u00e9quilibre trinitaire en permettant au Fils de s\u2019approprier un attribut qui, dans la tradition chr\u00e9tienne, appartient en propre au Dieu-P\u00e8re (c\u2019est-\u00e0-dire la position de source et de principe au sein de la Trinit\u00e9 selon la th\u00e9ologie classique). L\u2019auteur exprime d\u2019embl\u00e9e sa&nbsp;m\u00e9fiance&nbsp;vis-\u00e0-vis de cette configuration doctrinale, qu\u2019il per\u00e7oit comme une inversion probl\u00e9matique des r\u00f4les entre les personnes divines. Pohier fait r\u00e9f\u00e9rence au d\u00e9but de son article au&nbsp;<em>Mo\u00efse et le monoth\u00e9isme&nbsp;<\/em>dans lequel Freud affirme que le p\u00e9ch\u00e9 originel et le sacrifice d\u2019une victime sont les ma\u00eetres piliers du christianisme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il convient de relever<\/em>&nbsp;souligne Freud,&nbsp;<em>de quelle mani\u00e8re la nouvelle religion se comporta \u00e0 l\u2019\u00e9gard de&nbsp;<strong>l\u2019antique ambivalence inh\u00e9rente au rapport avec le p\u00e8re.&nbsp;<\/strong>Son contenu principal \u00e9tait sans doute la r\u00e9conciliation avec le p\u00e8re, l\u2019expiation du crime commis \u00e0 son \u00e9gard, mais l\u2019autre versant de la relation affective apparut en ceci que le Fils qui avait pris l\u2019expiation sur lui, devint Dieu lui-m\u00eame \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du P\u00e8re, et au fond \u00e0 la place du P\u00e8re. Issu d\u2019une religion du P\u00e8re, le&nbsp;<strong>christianisme devint une religion du Fils. Il n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la fatalit\u00e9 d\u2019avoir \u00e0 \u00e9carter le P\u00e8re.<\/strong>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>(L\u2019homme Mo\u00efse et la religion monoth\u00e9iste, Gallimard, Paris, 1986, p.&nbsp;243). Freud, mais aussi Hegel a pens\u00e9 que le christianisme \u00e9tait bien une religion du Fils. C\u2019est \u00e9galement le sentiment des deux religions monoth\u00e9istes que sont le juda\u00efsme et l\u2019Islam. Pour ces deux religions, le fait que chaque baptis\u00e9 devienne un fils adoptif participant \u00e0 la nature divine est&nbsp;<strong>idol\u00e2trique<\/strong>. Pour ces deux religions, le seul point d\u2019accord imm\u00e9diat est que le christianisme par les privil\u00e8ges qu\u2019il accorde au Fils, m\u00e9conna\u00eet ceux du P\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Fils \u00e0 la place du P\u00e8re&nbsp;: une d\u00e9rive analys\u00e9e sous l\u2019angle du complexe d\u2019\u0152dipe<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Pohier&nbsp;met en garde&nbsp;contre cette relecture christologique qui fait du Fils le d\u00e9tenteur de la primaut\u00e9 paternelle, en la qualifiant de&nbsp;reconfiguration \u0153dipienne. S\u2019inspirant explicitement de la psychanalyse freudienne, il invoque le&nbsp;complexe d\u2019\u0152dipe tel que d\u00e9fini par Sigmund Freud&nbsp;pour \u00e9clairer les motivations inconscientes d\u2019un tel d\u00e9placement th\u00e9ologique. Pour rappel, le complexe d\u2019\u0152dipe d\u00e9signe chez Freud le d\u00e9sir inconscient du fils d\u2019\u00e9vincer le p\u00e8re afin de prendre sa place \u2013 un d\u00e9sir marqu\u00e9 par la rivalit\u00e9 et l\u2019appropriation des privil\u00e8ges paternels. Pohier applique cette grille de lecture \u00e0 la th\u00e9ologie&nbsp;: selon lui, accorder au Fils la primaut\u00e9 du P\u00e8re revient symboliquement \u00e0 placer le&nbsp;Fils \u00e0 la place du P\u00e8re, comme dans le sch\u00e9ma \u0153dipien o\u00f9 le fils cherche \u00e0 supplanter le p\u00e8re. Il souligne que cette transformation de la doctrine n\u2019est pas anodine, mais r\u00e9v\u00e8le&nbsp;un d\u00e9sir latent du Fils de s\u2019\u00e9riger en figure primordiale, d\u00e9sir qui rappelle pr\u00e9cis\u00e9ment la dynamique du complexe d\u2019\u0152dipe. Pohier se demande m\u00eame si l\u2019affirmation de la primaut\u00e9 du P\u00e8re n\u2019est pas une fa\u00e7on pour le Fils, et donc pour l\u2019homme, de dire ce qu\u2019il est, et de s\u2019attribuer ce qu\u2019il veut \u00eatre, sachant que l\u2019enfant pr\u00eate au p\u00e8re la toute-puissance qu\u2019il convoite lui-m\u00eame. Autrement dit, derri\u00e8re le discours th\u00e9ologique se profilerait un sch\u00e9ma psychique o\u00f9 le Fils, implicitement, voudrait \u00ab&nbsp;tuer symboliquement le P\u00e8re&nbsp;\u00bb pour r\u00e9gner \u00e0 sa place \u2013 une analogie audacieuse dont Pohier se sert pour alerter les th\u00e9ologiens sur les risques de ce genre de projection.<\/p>\n\n\n\n<p>Pohier insiste sur le fait que dans une telle configuration, les honneurs et&nbsp;privil\u00e8ges attribu\u00e9s au P\u00e8rerisquent de n\u2019\u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 que le miroir du&nbsp;d\u00e9sir du Fils de s\u2019instaurer comme sujet central. Il d\u00e9montre que lorsque le Fils revendique pour lui-m\u00eame la primaut\u00e9 paternelle, m\u00eame si le P\u00e8re continue d\u2019\u00eatre formellement glorifi\u00e9, cette glorification peut relever d\u2019un&nbsp;artifice. En effet, les qualit\u00e9s supr\u00eames reconnues au P\u00e8re (telles que le fait d\u2019\u00eatre le cr\u00e9ateur, l\u2019autorit\u00e9, la priorit\u00e9 ou la toute-puissance) ne seraient plus alors qu\u2019un&nbsp;reflet du d\u00e9sir du Fils&nbsp;\u2013 le Fils projetant sur le P\u00e8re des attributs prestigieux dans la mesure o\u00f9 cela sert son propre statut de sujet principal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mieux, le Fils devient le principe de la nouvelle cr\u00e9ation. Pohier y voit une&nbsp;illusion \u0153dipienne&nbsp;: le P\u00e8re semblerait conserver ses pr\u00e9rogatives, mais ce ne serait qu\u2019en apparence, car en sous-main c\u2019est le Fils qui tire avantage de cette situation en occupant la place de premier plan. Cette illusion consiste \u00e0 croire que l\u2019on honore le P\u00e8re, alors qu\u2019on est en train de satisfaire le v\u0153u inconscient du Fils d\u2019usurper la place paternelle. L\u2019auteur d\u00e9montre ainsi, avec l\u2019appui de la psychanalyse, que pareille th\u00e9ologie risque d\u2019\u00eatre le fruit d\u2019un&nbsp;d\u00e9sir inconscient&nbsp;d\u00e9plac\u00e9 \u2013 un d\u00e9sir humain de ma\u00eetrise et de centralit\u00e9 projet\u00e9e sur le rapport entre le Christ et son P\u00e8re. Car en J\u00e9sus le Christ, l\u2019humanit\u00e9 acc\u00e8de ainsi \u00e0 la condition divine, ce que saint Ir\u00e9n\u00e9e exprime de fa\u00e7on crue&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il est devenu ce que nous sommes, afin de nous rendre capables de devenir ce qu\u2019il est.&nbsp;<\/em>\u00bb L\u2019homme est devenu capable de se mettre au niveau du Dieu tout-puissant. Cette sur\u00e9minence se th\u00e9matise dans la puissance qu\u2019elle conf\u00e8re \u00e0 l\u2019homme \u00e0 l\u2019\u00e9gal de celle du Christ. Extr\u00eame anthropocentrisme&nbsp;! Toutefois, \u00e0 l\u2019extr\u00eame dans la toute-puissance correspond aussi l\u2019extr\u00eame de la culpabilit\u00e9&nbsp;: si ce qui ne va pas dans la vie du monde ne peut \u00eatre que le fait de l\u2019homme et de sa faute originelle. Par sa culpabilit\u00e9, l\u2019homme s\u2019\u00e9rige en principe du mal. La puissance que manifeste sa faute n\u2019a d\u2019\u00e9gale que la puissance dont la foi l\u2019investit&nbsp;; autant dire qu\u2019elle n\u2019est que la face n\u00e9gative d\u2019une toute-puissance unique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alt\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9ductible du P\u00e8re et foi chr\u00e9tienne affranchie de l\u2019illusion \u0153dipienne<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Jacques Pohier, la&nbsp;v\u00e9ritable foi chr\u00e9tienne&nbsp;doit imp\u00e9rativement \u00e9chapper \u00e0 une telle structure psychique \u0153dipienne. Il plaide pour que la foi ne soit pas prisonni\u00e8re de ces projections inconscientes qui conduisent \u00e0&nbsp;<strong>confondre le r\u00f4le du P\u00e8re et du Fils<\/strong><strong>.<\/strong>&nbsp;Au contraire, Pohier affirme qu\u2019il est essentiel de reconna\u00eetre une&nbsp;alt\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9ductible du P\u00e8re&nbsp;par rapport au Fils. Cela signifie que le P\u00e8re doit \u00eatre accueilli dans sa pleine transcendance et sa diff\u00e9rence, sans \u00eatre r\u00e9duit aux termes du discours du Fils ou aux d\u00e9sirs que le Fils (ou les croyants focalis\u00e9s sur le Christ)&nbsp;<a>pourraient<\/a>&nbsp;lui attribuer. La relation entre le P\u00e8re et le Fils, dans une foi saine, devrait donc se situer hors du sch\u00e9ma de rivalit\u00e9 ou de substitution&nbsp;: le Fils ne cherche pas \u00e0&nbsp;se substituer&nbsp;au P\u00e8re, et le croyant ne doit pas projeter sur le Christ une volont\u00e9 de supplanter le P\u00e8re. Pohier insiste sur une th\u00e9ologie qui pr\u00e9serve la&nbsp;distinction des personnes divines&nbsp;et la hi\u00e9rarchie propre \u00e0 la tradition (o\u00f9 le P\u00e8re demeure la source non engendr\u00e9e, le Fils \u00e9tant engendr\u00e9 du P\u00e8re) sans tentative inconsciente de renverser cette hi\u00e9rarchie. En s\u2019affranchissant de l\u2019illusion \u0153dipienne, la foi chr\u00e9tienne peut retrouver un \u00e9quilibre o\u00f9 le P\u00e8re est honor\u00e9 pour lui-m\u00eame, dans son&nbsp;<strong>alt\u00e9rit\u00e9 absolue<\/strong>, et non pas seulement en tant que concept instrumentalis\u00e9 par le Fils. Ainsi, Pohier appelle \u00e0 une conversion du regard th\u00e9ologique&nbsp;: il faut&nbsp;d\u00e9s\u0153dipianiser&nbsp;la foi, pourrait-on dire, afin de laisser au P\u00e8re sa place d\u2019Autre radical, que le Fils ne saurait absorber ni remplacer. Cette perspective garantit, selon lui, l\u2019authenticit\u00e9 d\u2019une foi qui adore le P\u00e8re&nbsp;au nom du Fils, et non une foi qui adorerait en fait le Fils&nbsp;\u00e0 la place&nbsp;du P\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La critique de Jacques Pohier a un impact sur la christologie qu\u2019il exposera dans des ouvrages ult\u00e9rieurs. D\u2019abord, il fera remarquer \u00e0 propos de la r\u00e9surrection du Christ que ce n\u2019est pas J\u00e9sus qui se ressuscite comme dans le credo de Nic\u00e9e, mais que&nbsp;<strong>c\u2019est Dieu qui le ressuscite&nbsp;<\/strong>(Ac&nbsp;3,&nbsp;13-15). D\u2019autre part, cette nouvelle configuration exige que le Christ comme simple humain,&nbsp;<strong>ne r\u00e9v\u00e8le pas la pl\u00e9nitude de la divinit\u00e9 du P\u00e8re,<\/strong>&nbsp;ainsi que l\u2019affirme l\u2019\u00e9p\u00eetre au Colossiens (2,&nbsp;9). J\u00e9sus fut un homme comme les autres, un&nbsp;<strong>proph\u00e8te<\/strong>&nbsp;itin\u00e9rant de Galil\u00e9e, un&nbsp;<strong>homme marqu\u00e9 par ses limites, son historicit\u00e9 et sa contingence, mais anim\u00e9 par l\u2019Esprit de Dieu.<\/strong>&nbsp;C\u2019est Dieu qui en le ressuscitant, l\u2019a fait surgir et suscit\u00e9 de nouveau, manifestant qu\u2019il donnait raison \u00e0 J\u00e9sus,&nbsp;<strong>qu\u2019il le manifestait comme \u00e9tant effectivement ce qu\u2019avait dit de lui J\u00e9sus. C\u2019est<\/strong>&nbsp;<strong>bien Dieu lui-m\u00eame qui est le centre de gravit\u00e9 et le but du resurgissement de J\u00e9sus.&nbsp;<\/strong>La Bonne Nouvelle n\u2019\u00e9tait pas de l\u2019ordre de la r\u00e9surrection des morts, elle \u00e9tait&nbsp;<strong>de l\u2019ordre de la manifestation de Dieu.&nbsp;<\/strong>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9tonnant \u00e9tait que ce que J\u00e9sus avait fait conna\u00eetre de Dieu \u00e9tait encore vivant apr\u00e8s que J\u00e9sus avait \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mort, l\u2019\u00e9tonnant \u00e9tait que Dieu soit vivant sous la forme et de la fa\u00e7on qu\u2019avait dit ce J\u00e9sus mort<\/em>&nbsp;\u00bb. (<em>Quand je dis Dieu<\/em>, p.&nbsp;209). Pohier prend ses distances avec l\u2019enseignement des \u00c9critures comme avec celui de l\u2019\u00c9glise catholique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Critique de la r\u00e9cup\u00e9ration du P\u00e8re par le discours christologique<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de Pohier s\u2019inscrit finalement dans une&nbsp;critique plus large&nbsp;de la tendance qu\u2019a le discours christologique \u00e0&nbsp;r\u00e9cup\u00e9rer la figure du P\u00e8re&nbsp;\u00e0 son profit. En soulignant les&nbsp;d\u00e9rives \u0153dipiennespotentielles, Pohier d\u00e9nonce la mani\u00e8re dont certaines th\u00e9ologies chr\u00e9tiennes pourraient instrumentaliser le P\u00e8re dans le but de renforcer le r\u00f4le du Christ. Son propos met en lumi\u00e8re le danger d\u2019un&nbsp;discours christologique h\u00e9g\u00e9monique&nbsp;o\u00f9 tout ce qui appartient au P\u00e8re est int\u00e9gr\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 par le Fils dans le r\u00e9cit th\u00e9ologique. Pohier voit dans cette r\u00e9cup\u00e9ration une r\u00e9duction inacceptable de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 divine&nbsp;: lorsque le P\u00e8re n\u2019existe plus que comme un \u00e9l\u00e9ment du discours sur le Christ, la richesse de la paternit\u00e9 divine est perdue et la foi risque de basculer dans une sorte&nbsp;<strong>d\u2019<\/strong><strong>auto-glorification du Fils et des humains \u00e0 sa suite, avec toutes les vicissitudes que cela entra\u00eene<\/strong><strong>.&nbsp;<\/strong>Il critique donc vigoureusement cette tendance \u00e0&nbsp;subordonner le P\u00e8re \u00e0 la logique christologique, y d\u00e9celant l\u2019influence de nos propres d\u00e9sirs humains de toute-puissance (notamment \u0153dipiens) sur la construction du discours th\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, Jacques Pohier, \u00e0 travers ce chapitre, invite les chr\u00e9tiens et les th\u00e9ologiens \u00e0 une vigilance critique quant \u00e0 la fa\u00e7on dont ils parlent de Dieu le P\u00e8re et du Christ. Il les exhorte \u00e0 \u00e9viter une configuration doctrinale o\u00f9 le&nbsp;Fils usurperait la primaut\u00e9 du P\u00e8re, consciemment ou non, car une telle configuration rel\u00e8ve d\u2019une projection psychologique (le complexe d\u2019\u0152dipe) inconciliable avec la&nbsp;foi trinitaire authentique. Au contraire, reconna\u00eetre le P\u00e8re comme&nbsp;Autre absolu&nbsp;et irr\u00e9ductible, c\u2019est pr\u00e9server le myst\u00e8re trinitaire de toute appropriation indue \u2013 condition n\u00e9cessaire, selon Pohier, pour que la foi chr\u00e9tienne demeure saine, lucide et fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 divine qu\u2019elle c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voir aussi Jacques Pohier, \u00ab\u00a0Psychanalyse, foi et philosophie\u00a0\u00bb R\u00e9sum\u00e9 du chapitre&nbsp;IV \u2013 \u00ab&nbsp;La primaut\u00e9 du P\u00e8re comme attribut du Fils dans la foi chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb dans Jacques Pohier,&nbsp;Au nom du P\u00e8re, Cerf, 1972,&nbsp;pp. 147-170. Dans le chapitre IV intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;La primaut\u00e9 du P\u00e8re comme attribut du Fils dans la foi chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb (pp.&nbsp;147-170) de son ouvrage&nbsp;Au nom [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"external_author":[47],"cited_author":[],"publisher":[],"book_author":[],"class_list":["post-1363","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","external_author-michel-leconte"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1363"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1363\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1365,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1363\/revisions\/1365"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1363"},{"taxonomy":"external_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/external_author?post=1363"},{"taxonomy":"cited_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/cited_author?post=1363"},{"taxonomy":"publisher","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/publisher?post=1363"},{"taxonomy":"book_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/book_author?post=1363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}