{"id":1323,"date":"2025-04-19T15:03:06","date_gmt":"2025-04-19T14:03:06","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=1323"},"modified":"2025-04-19T15:03:06","modified_gmt":"2025-04-19T14:03:06","slug":"le-chretien-le-plaisir-et-la-sexualite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/le-chretien-le-plaisir-et-la-sexualite\/","title":{"rendered":"Le chr\u00e9tien, le plaisir et la sexualit\u00e9\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Chapitre 5 de Jacques Pohier, \u00ab&nbsp;<em>Au nom du P\u00e8re&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>1972, pp. 171-223.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Contexte : Pohier entre th\u00e9ologie et psychanalyse<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Voir aussi <a href=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/la-paternite-de-dieu\/\">La paternit\u00e9 de Dieu<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jacques&nbsp;Pohier&nbsp;(1926-2007), th\u00e9ologien, dominicain jusqu\u2019en 1989, s\u2019est illustr\u00e9 par une pens\u00e9e audacieuse int\u00e9grant la psychanalyse \u00e0 la r\u00e9flexion th\u00e9ologique. Dans son ouvrage&nbsp;<em>Au nom du P\u00e8re<\/em>&nbsp;(1972), en particulier au chapitre&nbsp;5 (repris en 1974 sous le titre&nbsp;<em>Le chr\u00e9tien, le plaisir et la sexualit\u00e9<\/em>), il mobilise la pens\u00e9e de&nbsp;Sigmund Freud&nbsp;pour examiner et&nbsp;<em>reconsid\u00e9rer&nbsp;<\/em>la morale sexuelle catholique traditionnelle et de prendre du recul et d\u2019analyser, sous un regard nouveau la signification et l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attitude g\u00e9n\u00e9rale du christianisme a l\u2019\u00e9gard du plaisir et de la sexualit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1.Originalit\u00e9 de l\u2019attitude chr\u00e9tienne en mati\u00e8re de sexualit\u00e9&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019existe pas de sp\u00e9cificit\u00e9 chr\u00e9tienne en mati\u00e8re de conduite morale&nbsp;; les arguments sont de l\u2019ordre du droit naturel ou de raisonnements philosophiques. En revanche, si l\u2019on consid\u00e8re la morale sexuelle, celle-ci appara\u00eet \u00e0 l\u2019historien comme&nbsp;<em>fort originale&nbsp;<\/em>et peut-\u00eatre m\u00eame&nbsp;<em>unique.&nbsp;<\/em>L\u2019\u00c9glise catholique n\u2019admet le plaisir sexuel que dans le cas du mariage o\u00f9 les \u00e9poux sont indissolublement unis dans un co\u00eft verge-vagin ouvert \u00e0 la procr\u00e9ation. Toutes autres activit\u00e9s sexuelles sont prohib\u00e9es. Pendant des si\u00e8cles, le christianisme a pens\u00e9 que m\u00eame dans le cas o\u00f9 il \u00e9tait permis, ce plaisir n\u2019allait pas sans quelque p\u00e9ch\u00e9 et qu\u2019il est chr\u00e9tiennement plus parfait de s\u2019en abstenir totalement \u2014 ce que la chastet\u00e9 religieuse et le c\u00e9libat consacr\u00e9 r\u00e9alisent, en principe, totalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce syst\u00e8me ne saurait \u00eatre le fait du hasard. Le juda\u00efsme, le christianisme et l\u2019islam ont en commun de se repr\u00e9senter leur Dieu comme n\u2019ayant pas de vie sexuelle. Mais ils ne sont pas aussi rigoureux en mati\u00e8re de conduite sexuelle. En christianisme, J\u00e9sus de Nazareth est pr\u00e9sent\u00e9 comme n\u2019ayant pas eu de vie sexuelle \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019Abraham, de Mo\u00efse et de Mahomet. Ce fait a m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu \u00e0 Marie, m\u00e8re de J\u00e9sus, puis \u00e0 Joseph son p\u00e8re selon la loi. Par rapport aux deux autres religions monoth\u00e9istes, le christianisme est le seul \u00e0 attribuer tant d\u2019importance au fait que la r\u00e9alisation parfaite des enjeux de sa foi, \u00e0 savoir la vie \u00e9ternelle, implique la suppression explicite de la sexualit\u00e9 et que son anticipation ici-bas implique la m\u00eame suppression. La sexualit\u00e9 est finalement incompatible avec la vie divine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Certains invoquent des influences de la gnose, du n\u00e9oplatonisme ou du sto\u00efcisme. Ces influences ne peuvent pas \u00eatre ni\u00e9es, mais comment se fait-il que ce soit dans le seul christianisme que ces influences ont eu un tel effet&nbsp;? La cause essentielle r\u00e9side donc dans le christianisme lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant la sexualit\u00e9 est le fait du Dieu cr\u00e9ateur&nbsp;: Dieu a cr\u00e9\u00e9 l\u2019homme \u00e0 son image et homme et femme il l\u2019a cr\u00e9\u00e9. La sexualit\u00e9 est donc un bien que Dieu veut pour l\u2019homme, elle fait partie de la vie que Dieu a voulue pour l\u2019homme et lui a donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble bien difficile de concilier ces deux attitudes. Comment sortir de ces deux attitudes&nbsp;? Pour Pohier, le probl\u00e8me que pose la sexualit\u00e9 au christianisme n\u2019est qu\u2019une variante du probl\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral et plus radical que posent \u00e0 l\u2019homme le plaisir et la sexualit\u00e9. S\u2019il est une chose que la psychanalyse a bien d\u00e9montr\u00e9e, c\u2019est que le plaisir et la sexualit\u00e9 sont des r\u00e9alit\u00e9s essentiellement conflictuelles, et qu\u2019elles le sont par nature. Le christianisme ne ferait que renforcer les antinomies inh\u00e9rentes au plaisir et \u00e0 la sexualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les antinomies anthropologiques du plaisir et de la sexualit\u00e9&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les antinomies du plaisir et du bonheur sont un th\u00e8me classique de la philosophie, d\u2019Aristote \u00e0 Paul Ric\u0153ur en passant par Emmanuel Kant. La nature du d\u00e9sir est d\u2019\u00eatre sans bornes et les hommes ne vivent que pour le combler. Le plaisir est ce qui appara\u00eet spontan\u00e9ment \u00e0 l\u2019homme ce qui serait susceptible de combler cet infini du d\u00e9sir. En effet, le plaisir scelle un ach\u00e8vement et du coup, il est parfait&nbsp;; il accomplit une totalit\u00e9 car il provoque une pleine satisfaction. De ce fait, il est totalitaire ou en tout cas totalisant. C\u2019est ce qui va l\u2019opposer au bonheur car le plaisir est limit\u00e9 puisqu\u2019il ach\u00e8ve un acte particulier. Or le d\u00e9sir, lui, est infini et ind\u00e9fini. Le plaisir appara\u00eet comme le rival du bonheur, la perfection du plaisir est finie. Il s\u2019oppose \u00e0 la pl\u00e9nitude d\u2019une dur\u00e9e v\u00e9ritable. Toutefois, le plaisir va passer pour \u00eatre le bonheur&nbsp;: en tant qu\u2019il est parfait, totalisant, il rassemble dans l\u2019instant, ce que le d\u00e9sir souhaiterait pouvoir faire \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son ind\u00e9fini. Le d\u00e9sir ne peut le faire parce qu\u2019il est sans limites. De ce fait, le totalitaire du plaisir va \u00eatre pris pour monnaie de la totalit\u00e9 du bonheur. Il entretient l\u2019illusion de combler le d\u00e9sir&nbsp;; l\u2019homme va se donner le plaisir comme un absolu.<\/p>\n\n\n\n<p>La morale devra donc d\u00e9noncer le caract\u00e8re fallacieux de la poursuite du plaisir comme s\u2019il \u00e9tait le bonheur. Cela se fera par la temp\u00e9rance. Le risque est alors de d\u00e9nier au plaisir d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il est et de ne pas avoir une valeur propre. Mais condamner le plaisir c\u2019est continuer \u00e0 le prendre pour ce qu\u2019il n\u2019est pas&nbsp;: c\u2019est se l\u2019interdire parce qu\u2019on continue de le prendre pour le tout. D\u00e9clarer le plaisir coupable, c\u2019est montrer qu\u2019on est coupable de le surestimer. D\u00e9fendre le plaisir, c\u2019est se d\u00e9fendre contre le plaisir&nbsp;; mais c\u2019est en fait se d\u00e9fendre contre les armes qu\u2019on lui donne en l\u2019absolutisant.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela explique qu\u2019on parle de \u00ab&nbsp;plaisirs l\u00e9gitimes&nbsp;\u00bb, alors qu\u2019on ne parle pas de v\u00e9rit\u00e9s l\u00e9gitimes ou de sant\u00e9 l\u00e9gitime. Dans le plaisir, tout se passe comme s\u2019il \u00e9tait coupable et le rechercher pour lui-m\u00eame appara\u00eet comme coupable. Le plaisir ne semble pouvoir \u00eatre l\u00e9gitim\u00e9 que s\u2019il sert \u00e0 autre chose et n\u2019est pas pris pour une fin. On cherchera \u00e0 moraliser le plaisir en le d\u00e9naturant sous pr\u00e9texte qu\u2019il risque d\u2019\u00eatre absolutis\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.Sexualit\u00e9, toute-puissance et culpabilit\u00e9&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des aspects les plus originaux de la lecture freudienne de Pohier concerne l\u2019ambivalence du d\u00e9sir&nbsp;et son lien avec la qu\u00eate de&nbsp;<strong>toute-puissance<\/strong>. Freud avait montr\u00e9 que le d\u00e9sir humain est ambivalent,&nbsp;Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de recourir \u00e0 la psychanalyse pour constater que la sexualit\u00e9 est pour l\u2019humain un lieu important de son affirmation de soi-m\u00eame et de sa volont\u00e9 de dominer autrui, de sa peur de n\u2019\u00eatre pas lui-m\u00eame ou de sa peur d\u2019autrui et qu\u2019elle est le terrain privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience de la culpabilit\u00e9. Dans la plupart des civilisations les organes sexuels, particuli\u00e8rement ceux de l\u2019homme, ont \u00e9t\u00e9 des symboles de puissance. Le terme d\u2019impuissant sans autre qualificatif le montre sans conteste. Toutefois cette puissance s\u2019av\u00e8re d\u00e9finitivement incompl\u00e8te car la diff\u00e9rence des sexes engage dans une dialectique d\u2019incompl\u00e9tude, de compl\u00e9mentarit\u00e9 et d\u2019opposition bien plus radicale que toute autre diff\u00e9rence. Il s\u2019agit d\u2019une des dimensions de la condition humaine qui est la plus marqu\u00e9e par le fait qu\u2019on ne la poss\u00e8de n\u00e9cessairement que de fa\u00e7on incompl\u00e8te. C\u2019est pourquoi, la d\u00e9n\u00e9gation de cette incompl\u00e9tude ou le souhait de son d\u00e9passement ont une place de choix dans les repr\u00e9sentations plus ou moins mythiques et plus ou moins conscientes que l\u2019homme s\u2019est donn\u00e9 de son ach\u00e8vement et de sa perfection. La sexualit\u00e9 est en m\u00eame temps le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de sa compl\u00e9tude, de sa puissance et de son affrontement \u00e0 son incompl\u00e9tude et \u00e0 sa contingence.<\/p>\n\n\n\n<p>Freud a su montrer avec pr\u00e9cision la place que tenait, dans la structuration du psychisme humain, ce fait de la diff\u00e9rence anatomique des sexes. Cette place appara\u00eet surtout dans le complexe de castration, \u00ab&nbsp;<em>complexe centr\u00e9 sur le fantasme de castration, celui-ci venant apporter une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019\u00e9nigme que pose \u00e0 l\u2019enfant la diff\u00e9rence anatomique des sexes<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette diff\u00e9rence est spontan\u00e9ment attribu\u00e9e \u00e0 un retranchement du penis chez la fille. Le penis, qu\u2019on d\u00e9signe par le vocable de phallus lorsqu\u2019on veut insister sur sa fonction symbolique, rev\u00eat une importance \u00e9gale dans les deux sexes. La f\u00e9minit\u00e9 est v\u00e9cue comme l\u2019absence d\u2019un p\u00e9nis, mais le gar\u00e7on vit la possession de cet organe comme \u00e9tant menac\u00e9e et qui peut lui \u00eatre enlev\u00e9. Pour le gar\u00e7on comme pour la fille, la question est la m\u00eame&nbsp;: avoir ou non le phallus. \u00ab&nbsp;<em>Le phallus est consid\u00e9r\u00e9 par l\u2019enfant comme une partie essentielle de l\u2019image du moi&nbsp;; la menace qui le concerne met en p\u00e9ril de fa\u00e7on radicale, cette image<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela permet de comprendre pourquoi la sexualit\u00e9 appara\u00eet \u00e0 la fois comme n\u00e9cessairement al\u00e9atoire, menac\u00e9e, en danger, incompl\u00e8te et comme ce qui pourrait apporter la compl\u00e9tude, \u00e0 condition que le danger soit surmont\u00e9. Le d\u00e9sir de la d\u00e9passer, de la transcender ou la volont\u00e9 de la nier par le d\u00e9sir qu\u2019a l\u2019homme d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la compl\u00e9tude totale. Le complexe de castration place la sexualit\u00e9 sous le signe du \u00ab&nbsp;tout ou rien&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9veloppement de la sexualit\u00e9 ne se fait pas de fa\u00e7on purement individuelle mais d\u2019abord et surtout par rapport \u00e0 quelqu\u2019un. Chez le jeune enfant la sexualit\u00e9 se fixe sur le parent du sexe oppos\u00e9&nbsp;: l\u2019avoir comme objet sexuel et \u00eatre son objet sexuel est ce qui permettrait \u00e0 la sexualit\u00e9 de s\u2019accomplir. Le parent de sexe oppos\u00e9 appara\u00eet comme l\u2019objet dont la possession accomplirait tout d\u00e9sir. Cet objet sera poursuivi comme totalisant, et sa qu\u00eate sera totalitaire&nbsp;; elle appara\u00eetra donc comme sp\u00e9cialement contradictoire avec toute autre qu\u00eate d\u2019objet qui se voudrait elle aussi totalisante et totalitaire tel qu\u2019on se repr\u00e9sente commun\u00e9ment Dieu. Mais le caract\u00e8re conflictuel du d\u00e9sir envers le parent du sexe oppos\u00e9 se heurte dans le complexe d\u2019\u0152dipe \u00e0 l\u2019existence du parent de m\u00eame sexe avec le d\u00e9sir de prendre sa place afin de b\u00e9n\u00e9ficier de ses privil\u00e8ges. Il s\u2019agit d\u2019occuper sa place pour pouvoir lui \u00eatre identique. Les v\u0153ux de mort \u00e0 son \u00e9gard sont consubstantiels au d\u00e9sir de l\u2019enfant pour le parent de sexe oppos\u00e9. Cela expose le sujet \u00e0 une situation \u00e0 la fois ambivalente et tr\u00e8s dangereuse&nbsp;: ambivalente parce que d\u2019une part il aime le parent qu\u2019il voudrait \u00e9liminer&nbsp;; tr\u00e8s dangereuse car il a tout autant besoin de lui que de l\u2019autre parent, la perte d\u2019amour du parent de m\u00eame sexe serait fatale au sujet lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela ferait d\u00e9j\u00e0 de la sexualit\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 extr\u00eamement conflictuelle car les v\u0153ux du complexe d\u2019\u0152dipe sont en m\u00eame temps ce qui apporteraient la vie et ce qui apporteraient la mort. Ils exposent le sujet \u00e0 une perte qui serait fatale pour lui, c\u2019est pourquoi la sexualit\u00e9 appara\u00eetra comme devant \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e afin d\u2019abolir toute menace et toute mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Le refus de l\u2019accomplissement des d\u00e9sirs par les parents signifie identiquement l\u2019interdiction de la sexualit\u00e9. C\u2019est le parent de m\u00eame sexe qui sera consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019auteur de cette mort ou de cette castration \u00e0 quoi l\u2019enfant se sent expos\u00e9 par la nature de ses v\u0153ux. La sexualit\u00e9 est ce \u00e0 quoi on ne peut renoncer si l\u2019on veut vivre et ce \u00e0 quoi il faut renoncer si l\u2019on ne veut pas mourir. La sexualit\u00e9 est par excellence le domaine de la culpabilit\u00e9 et de l\u2019interdit. La m\u00eame raison fait qu\u2019elle est aussi par excellence ce \u00e0 quoi il faudrait pouvoir renoncer pour se r\u00e9concilier avec celui dont on aurait voulu usurper la place et dont on aurait m\u00e9rit\u00e9 un juste ch\u00e2timent.&nbsp;La tradition chr\u00e9tienne a d\u00e9velopp\u00e9 une sorte \u00ab&nbsp;d\u2019allergie&nbsp;\u00bb au plaisir, en particulier au plaisir sexuel, le percevant comme un&nbsp;<strong>rival de l\u2019amour divin.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, il y a eu, dans la pens\u00e9e chr\u00e9tienne, une&nbsp;<strong>association implicite entre la jouissance sexuelle et la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre Dieu<\/strong><strong>.&nbsp;<\/strong>Autrement dit, se livrer au plaisir pour lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 (souvent de fa\u00e7on inconsciente) comme un acte d\u2019orgueil prom\u00e9th\u00e9en, une fa\u00e7on pour la cr\u00e9ature de s\u2019emparer d\u2019un&nbsp;<strong>bonheur absolu<\/strong>&nbsp;qui ne devrait appartenir qu\u2019au Cr\u00e9ateur. Pohier \u00ab&nbsp;a brillamment d\u00e9montr\u00e9&nbsp;\u00bb que c\u2019est ce rapprochement \u2013&nbsp;faire du plaisir terrestre l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une usurpation du divin&nbsp;\u2013 qui a aliment\u00e9 la m\u00e9fiance extr\u00eame du catholicisme envers la sexualit\u00e9.&nbsp;<strong>Le plaisir sexuel, parce qu\u2019il procure un sentiment intense de pl\u00e9nitude imm\u00e9diate, a pu appara\u00eetre aux yeux des spirituels comme un&nbsp;<\/strong><strong>pi\u00e8ge<\/strong><strong>&nbsp;d\u00e9tournant l\u2019\u00e2me de Dieu<\/strong>&nbsp;: au lieu de d\u00e9sirer le Bien supr\u00eame (Dieu), l\u2019homme risque de s\u2019adorer lui-m\u00eame dans la jouissance. Le christianisme offre aux croyants la&nbsp;<strong>vie \u00e9ternelle<\/strong>&nbsp;: en J\u00e9sus le Christ, le croyant devient \u00ab&nbsp;<em>enfant de Dieu&nbsp;<\/em>\u00bb, il recevra en h\u00e9ritage le partage de cette vie divine. C\u2019est tout le th\u00e8me de la divinisation comme l\u2019\u00e9crit Ir\u00e9n\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il est devenu ce que nous sommes, afin de nous rendre capable de devenir ce qu\u2019il est.&nbsp;<\/em>\u00bb cet accomplissement comporte le savoir absolu (vision de Dieu), mais \u00e9galement l\u2019\u00e9ternit\u00e9, l\u2019immortalit\u00e9 et l\u2019impeccabilit\u00e9, d\u00e9livrant l\u2019homme du temps, de la mort et des cons\u00e9quences du p\u00e9ch\u00e9. Ce don gratuit est en contradiction avec la condition cr\u00e9e de l\u2019homme car s\u2019il a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 homme terrestre et contingent, ce salut le rend autre que lors de sa cr\u00e9ation. Pourquoi Dieu s\u2019y prend-il \u00e0 deux fois pour l\u2019amener \u00e0 son accomplissement&nbsp;? N\u2019est-ce pas la toute-puissance que cette doctrine offre \u00e0 l\u2019homme&nbsp;? N\u2019est-ce pas parce qu\u2019ils ont honte de leur condition que les humains ont \u00e9labor\u00e9 une telle doctrine&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En J\u00e9sus Christ, Dieu est dit sauver l\u2019homme du p\u00e9ch\u00e9 qui fait obstacle \u00e0 l\u2019accouchement de la promesse. Or, qu\u2019est-ce que le p\u00e9ch\u00e9&nbsp;? Le r\u00e9cit de la Gen\u00e8se l\u2019a d\u00e9fini de fa\u00e7on exemplaire&nbsp;: faites ceci, dit le tentateur, \u00ab&nbsp;<em>et vous serez comme des dieux<\/em>&nbsp;\u00bb. Le p\u00e9ch\u00e9 consiste en ceci que l\u2019homme a voulu s\u2019affirmer lui-m\u00eame contre Dieu et nier ainsi ce qu\u2019est Dieu. Le p\u00e9ch\u00e9 consiste \u00e0 vouloir se substituer \u00e0 lui afin de s\u2019attribuer sa puissance propre.&nbsp;<strong>Le p\u00e9ch\u00e9 consiste \u00e0 vouloir prendre la place de Dieu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre sauv\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9 exige des moyens aussi radicaux que lui. La mort salvatrice de J\u00e9sus parce que son ob\u00e9issance \u00e0 \u00e9t\u00e9 aussi radicale et volontaire que l\u2019a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9sob\u00e9issance dans le p\u00e9ch\u00e9 et parce que l\u2019an\u00e9antissement y a \u00e9t\u00e9 aussi radical que celui r\u00e9sultant du p\u00e9ch\u00e9 (Ph&nbsp;2,&nbsp;7-9) y pourvoit, aussi Dieu l\u2019a-t-il ressuscit\u00e9 et fait Seigneur, recevant ainsi les privil\u00e8ges que son P\u00e8re lui fait partager. Le chr\u00e9tien est invit\u00e9 \u00e0 suivre cette voie dans la mort \u00e0 lui-m\u00eame, moyennant quoi il recevra de Dieu les privil\u00e8ges propres \u00e0 la vie divine et l\u2019accomplissement de tout d\u00e9sir par r\u00e9union \u00e0 celui qui les comble&nbsp;: Dieu.&nbsp;<strong>Le degr\u00e9 d\u2019an\u00e9antissement demand\u00e9 au chr\u00e9tien est proportionnel \u00e0 la culpabilit\u00e9 r\u00e9sultant de sa d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 Dieu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans la foi chr\u00e9tienne les antinomies du plaisir et de la sexualit\u00e9 sont port\u00e9es \u00e0 leur paroxysme de par le caract\u00e8re extr\u00eame du bonheur et de l\u2019accomplissement promis au chr\u00e9tien et par le caract\u00e8re extr\u00eame du p\u00e9ch\u00e9 qui vient faire obstacle \u00e0 ceux-ci. Le bonheur promis est si grandiose, qu\u2019il est normal que le plaisir y apparaisse limit\u00e9 et partiel. Plus le bonheur promis est annonc\u00e9 comme totalisant, plus sera d\u00e9nonc\u00e9 le caract\u00e8re totalisant du plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient maintenant d\u2019introduire ce que nous avons appris du complexe d\u2019\u0152dipe. Nous avons vu que l\u2019accomplissement des v\u0153ux \u0153dipiens apporterait \u00e0 la fois la vie et la mort, et qu\u2019il place toujours le sujet sous le signe de la culpabilit\u00e9 et de l\u2019interdit. Il suppose en effet qu\u2019on usurpe la place d\u2019un autre, consid\u00e9r\u00e9 comme d\u00e9tenteur de ce dont on voudrait s\u2019emparer. Les v\u0153ux \u0153dipiens de mort sont de m\u00eame nature que le v\u0153u de lui \u00eatre identique et d\u2019occuper sa position&nbsp;; ces v\u0153ux sont les rejetons de la&nbsp;<strong>toute-puissance du d\u00e9sir.&nbsp;<\/strong>Ces v\u0153ux exposent le sujet \u00e0 la mort, mort d\u2019autant plus redoutable qu\u2019elle est v\u00e9cue comme \u00e9tant le fait de celui dont on voulait \u00eatre identique et dont, par ailleurs, il faut conserver l\u2019amour pour pouvoir vivre. La probl\u00e9matique de \u00ab&nbsp;tout ou rien&nbsp;\u00bb qui en r\u00e9sulte, tant\u00f4t porte sur l\u2019autre qu\u2019on voudrait \u00e9liminer, tant\u00f4t se retourne contre le sujet lui-m\u00eame. Ce drame prend tout son sens en fonction de l\u2019existence d\u2019un objet dont la possession accomplirait tout d\u00e9sir&nbsp;: le phallus.<\/p>\n\n\n\n<p>En christianisme, le p\u00e9ch\u00e9 est une&nbsp;<em>perversio imitatio Dei,&nbsp;<\/em>que la bible n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pr\u00e9senter comme une haine de Dieu. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que la sexualit\u00e9 apparaisse comme le domaine par excellence du p\u00e9ch\u00e9 et qu\u2019en cette mati\u00e8re aucune faute ne puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme l\u00e9g\u00e8re, et que la faute originelle ait \u00e9t\u00e9 si facilement rapproch\u00e9e de l\u2019activit\u00e9 sexuelle. C\u2019est d\u2019ailleurs leur sexe qu\u2019Adam et \u00c8ve dissimulent lorsqu\u2019ils tombent sous le regard de celui \u00e0 qui ils avaient voulus \u00eatre identiques&nbsp;: la sexualit\u00e9 est par excellence ce qui rend coupable. La sexualit\u00e9 est ce qui faudrait \u00e9liminer pour \u00e9chapper aux cons\u00e9quences de la faute afin d\u2019\u00e9viter cette mort \u00e0 laquelle elle expose et pour \u00eatre r\u00e9concili\u00e9 avec celui dont elle nous fait d\u00e9sirer la mort. La r\u00e9union d\u00e9finitive avec Dieu dans la vie \u00e9ternelle exige l\u2019abolition de la sexualit\u00e9 et son anticipation ici-bas l\u2019exige tout autant.<\/p>\n\n\n\n<p>Pohier ne se contente pas de critiquer cette intuition&nbsp;: il la retourne subtilement&nbsp;contre&nbsp;la morale traditionnelle elle-m\u00eame. S\u2019inspirant de la m\u00e9thode psychanalytique, il soumet en effet l\u2019id\u00e9ologie asc\u00e9tique \u00e0 une&nbsp;analyse du d\u00e9sir cach\u00e9&nbsp;qu\u2019elle trahit. Sa question est la suivante&nbsp;:&nbsp;<strong>quel d\u00e9sir se cache derri\u00e8re l\u2019id\u00e9al d\u2019une humanit\u00e9 sans sexe, pure et ang\u00e9lique que v\u00e9hiculait souvent la th\u00e9ologie&nbsp;?&nbsp;<\/strong>Ne serait-ce pas, paradoxalement, le m\u00eame d\u00e9sir d\u2019\u00eatre \u00ab&nbsp;<em>comme des dieux<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? Pohier r\u00e9pond que&nbsp;le r\u00eave d\u2019une saintet\u00e9 asexuelle proc\u00e8de en r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un&nbsp;<strong>refus de la condition humaine<\/strong>, c\u2019est-\u00e0-dire un refus d\u2019accepter nos limites et notre finitude. Il note que l\u2019id\u00e9e chr\u00e9tienne selon laquelle l\u2019homme \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine exempt de concupiscence et de mortalit\u00e9 (et que ces \u00ab&nbsp;imperfections&nbsp;\u00bb r\u00e9sultent du p\u00e9ch\u00e9 originel) suppose que l\u2019homme&nbsp;naturelvoulu par Dieu \u00e9tait tout autre que l\u2019homme concret&nbsp;: plus pur, plus ma\u00eetre de lui, quasiment immortel. Or vouloir \u00e0 tout prix que l\u2019homme r\u00e9el soit diff\u00e9rent de ce qu\u2019il est (un \u00eatre charnel et mortel)&nbsp;<strong>revient \u00e0 d\u00e9sirer pour soi une condition divine.&nbsp;<\/strong>Pohier formule ainsi sa th\u00e8se&nbsp;: le v\u00e9ritable&nbsp;p\u00e9ch\u00e9 d\u2019orgueil&nbsp;n\u2019est peut-\u00eatre pas dans le fait d\u2019assumer sa sexualit\u00e9, mais dans le fait de&nbsp;<strong>refuser sa&nbsp;<\/strong><strong>contingence<\/strong><strong>&nbsp;de cr\u00e9ature<\/strong>. \u00ab&nbsp;<em>Quel d\u00e9sir s\u2019exprime dans cette id\u00e9e que le cr\u00e9ateur nous veut autres que nous sommes&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb demande-t-il. \u00ab&nbsp;<em>N\u2019est-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment le d\u00e9sir que nous avons d\u2019\u00eatre diff\u00e9rents de ce que nous sommes en r\u00e9alit\u00e9 [\u2026] sinon \u00e0 Dieu lui-m\u00eame&nbsp;? [\u2026] N\u2019est-ce pas l\u00e0 justement le p\u00e9ch\u00e9 originel [\u2026]&nbsp;: vouloir \u00eatre comme Dieu&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb. Par cette analyse p\u00e9n\u00e9trante, Pohier utilise un&nbsp;outil freudien classique \u2013&nbsp;le soup\u00e7on que les id\u00e9aux masquent des d\u00e9sirs inavou\u00e9s&nbsp;\u2013&nbsp;pour mettre en cause l\u2019\u00e9difice moral traditionnel. Il sugg\u00e8re que l\u2019exigence d\u2019une puret\u00e9 sexuelle totale (id\u00e9al du moine ou du pr\u00eatre parfaitement chaste) rel\u00e8ve en fin de compte d\u2019un&nbsp;<strong>fantasme de toute-puissance spirituelle, d\u2019un&nbsp;<\/strong><strong>refus inconscient des limites<\/strong><strong>&nbsp;inh\u00e9rentes \u00e0 la condition incarn\u00e9e.&nbsp;<\/strong>En ce sens, la psychanalyse lui sert \u00e0&nbsp;d\u00e9busquer l\u2019ambivalence&nbsp;\u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la morale sexuelle catholique&nbsp;: ce qui \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme une renonciation humble (humilit\u00e9&nbsp;de la cr\u00e9ature devant Dieu) peut cacher en fait une superbe, un&nbsp;<strong>refus orgueilleux d\u2019accepter l\u2019homme tel qu\u2019il est (sexu\u00e9). La culpabilit\u00e9 qui en r\u00e9sulte est de sympt\u00f4me de cette transgression \u00e9lev\u00e9 au statut doctrinal.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sources cit\u00e9es&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Jacques Pohier,&nbsp;Au nom du P\u00e8re. Recherches th\u00e9ologiques et psychanalytiques, Paris, Cerf, 1972 (chap.&nbsp;5 repris sous le titre&nbsp;Le chr\u00e9tien, le plaisir et la sexualit\u00e9, coll. Foi vivante, n\u00b0158, Cerf, 1974).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Andr\u00e9 Gounelle, compte rendu d&rsquo;Au&nbsp;nom du P\u00e8re,&nbsp;\u00c9tudes th\u00e9ologiques et religieuses&nbsp;47\/4 (1972), p.&nbsp;514.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Marie Gratton, \u201cChristianisme, femmes et sexualit\u00e9&nbsp;: autopsie d\u2019un malentendu\u201d,&nbsp;L\u2019autre Parole&nbsp;(11 sept. 2000).<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Jean-Marie Aubert, \u201cChronique de th\u00e9ologie morale\u201d,&nbsp;Revue des sciences religieuses,&nbsp;55\/2 (1981), p.&nbsp;114.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Jean Richard, \u201cLa critique de l\u2019id\u00e9e du salut chez Jacques Pohier\u201d, \u00ab&nbsp;Laval th\u00e9ologique et philosophique&nbsp;\u00bb 37\/2 (1981), p.&nbsp;198-207.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2022&nbsp;Claude G\u00e9rest et al., \u201cLa sexualit\u00e9 en proc\u00e8s \/ Le plaisir\u201d,&nbsp;Lumi\u00e8re et Vie97 (1970) et 110 (1973).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 5 de Jacques Pohier, \u00ab&nbsp;Au nom du P\u00e8re&nbsp;\u00bb,&nbsp;1972, pp. 171-223. R\u00e9sum\u00e9 Contexte : Pohier entre th\u00e9ologie et psychanalyse Voir aussi La paternit\u00e9 de Dieu Jacques&nbsp;Pohier&nbsp;(1926-2007), th\u00e9ologien, dominicain jusqu\u2019en 1989, s\u2019est illustr\u00e9 par une pens\u00e9e audacieuse int\u00e9grant la psychanalyse \u00e0 la r\u00e9flexion th\u00e9ologique. 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