{"id":1247,"date":"2025-04-08T16:32:21","date_gmt":"2025-04-08T15:32:21","guid":{"rendered":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/?p=1247"},"modified":"2025-04-08T16:32:21","modified_gmt":"2025-04-08T15:32:21","slug":"jacques-pohier-conquete-de-rome-et-paradis-perdu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/jacques-pohier-conquete-de-rome-et-paradis-perdu\/","title":{"rendered":"Jacques Pohier, \u00ab\u00a0Conqu\u00eate de Rome et Paradis perdu\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Au nom du P\u00e8re,&nbsp;<\/em><\/strong><strong>Cerf, 1972<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michel Leconte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Voir aussi \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/le-salut-chez-jacques-pohier\/\">Le salut chez Jacques Pohier<\/a>\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Contexte g\u00e9n\u00e9ral et objectifs du chapitre<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce chapitre issu d&rsquo;Au&nbsp;nom du P\u00e8re&nbsp;(Cerf, 1972) \u2013 d\u2019abord publi\u00e9 en 1967 dans la revue&nbsp;<em>Interpr\u00e9tation<\/em>&nbsp;\u2013 le th\u00e9ologien Jacques Pohier propose une analyse originale du p\u00e9ch\u00e9 originel et de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise catholique \u00e0 la lumi\u00e8re de la psychanalyse. Pohier, form\u00e9 \u00e0 la fois en th\u00e9ologie et par une psychanalyse personnelle, s\u2019\u00e9carte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment du mod\u00e8le doctrinal catholique&nbsp;\u00ab&nbsp;hi\u00e9rarchis\u00e9 et centralis\u00e9 \u00e0 Rome&nbsp;\u00bb. Il entend revisiter les fondements de la foi (mythe d\u2019Adam et \u00c8ve, notion de faute et de salut) en montrant comment la&nbsp;conqu\u00eate de Rome&nbsp;\u2013&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019accession historique de l\u2019\u00c9glise au pouvoir et \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 universelle&nbsp;\u2013 s\u2019articule au&nbsp;paradis perdu&nbsp;du mythe biblique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enjeu est de comprendre, de fa\u00e7on rigoureuse, comment la structure de l\u2019\u00c9glise et de la foi catholique s\u2019est construite autour d\u2019une&nbsp;dynamique de culpabilit\u00e9&nbsp;h\u00e9rit\u00e9e du p\u00e9ch\u00e9 originel, et d\u2019en d\u00e9gager les implications psychologiques et psychanalytiques. Pohier met en \u00e9vidence les&nbsp;th\u00e8ses principales&nbsp;suivantes&nbsp;:&nbsp;<br>(1) le r\u00e9cit de la Chute (Gen\u00e8se) traduit, sur le plan de l\u2019inconscient, le d\u00e9sir humain d\u00e9mesur\u00e9 de \u00ab&nbsp;devenir Dieu&nbsp;\u00bb et l\u2019\u00e9mergence d\u2019une culpabilit\u00e9 profonde&nbsp;;&nbsp;<br>(2) l\u2019\u00c9glise, en \u00ab&nbsp;conqu\u00e9rant Rome&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire en s\u2019instituant autorit\u00e9 terrestre supr\u00eame), a int\u00e9gr\u00e9 et institutionnalis\u00e9 ce sch\u00e9ma de faute et de repentir pour structurer la foi des fid\u00e8les&nbsp;;&nbsp;<br>(3) cette alliance de la th\u00e9ologie et de la psychologie r\u00e9v\u00e8le une organisation quasi familiale de la religion, o\u00f9 Dieu occupe la place du P\u00e8re, l\u2019\u00c9glise celle de l\u2019autorit\u00e9 paternelle, et les croyants celle d\u2019enfants aux prises avec un&nbsp;sentiment de faute&nbsp;archa\u00efque. Le chapitre se d\u00e9ploie en une synth\u00e8se historico-th\u00e9ologique \u00e9tay\u00e9e par une&nbsp;lecture psychanalytique&nbsp;du mythe biblique et par de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la tradition catholique, afin d\u2019\u00e9clairer des notions comme la&nbsp;culpabilit\u00e9, la toute-puissance imaginaire, la transmission du p\u00e9ch\u00e9 et le besoin de m\u00e9diation de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le mythe du Paradis perdu&nbsp;: d\u00e9sir de toute-puissance et culpabilit\u00e9 originelle<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Le paradis perdu est ce lieu o\u00f9 le port du phallus ne d\u00e9signerait pas l\u2019homme comme coupable. Mais il ne peut \u00eatre que perdu&nbsp;: sa conqu\u00eate est impossible, car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment vouloir \u00eatre le phallus qui constitue la transgression valant \u00e0 l\u2019homme d\u2019en \u00eatre chass\u00e9. Le for\u00e7age de ce paradis imaginaire oblige \u00e0 la dichotomisation entre la r\u00e9union avec Dieu et la sexualit\u00e9&nbsp;: il se poursuit dans le champ de la castration<\/em>.&nbsp;\u00bb (<a>p.<\/a>&nbsp;73).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pohier commence par r\u00e9interpr\u00e9ter le&nbsp;mythe biblique du paradis perdu (Gen\u00e8se&nbsp;2\u20133)&nbsp;sous l\u2019angle psychanalytique, pour y d\u00e9celer la gen\u00e8se du sentiment de&nbsp;culpabilit\u00e9&nbsp;dans la psych\u00e9 humaine. Selon lui, le comportement d\u2019Adam et \u00c8ve apr\u00e8s la faute originelle \u2013&nbsp;se cacher et couvrir leur nudit\u00e9&nbsp;\u2013&nbsp;trahit un aveu inconscient&nbsp;: en succombant \u00e0 la tentation, ils ont exprim\u00e9&nbsp;le d\u00e9sir d\u2019\u00ab<em>&nbsp;<\/em><em>avoir voulu devenir Dieu<\/em>&nbsp;\u00bb. Autrement dit, le p\u00e9ch\u00e9 originel n\u2019est pas simplement la d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 un commandement divin, il incarne une&nbsp;<strong>m\u00e9galomanie du d\u00e9sir<\/strong>&nbsp;humain qui aspire \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 avec le P\u00e8re c\u00e9leste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pohier souligne que la&nbsp;nudit\u00e9&nbsp;soudaine des premiers humains, dont ils prennent honte,&nbsp;figure la conscience de la faute&nbsp;et la perte de l\u2019innocence. Il note \u00e0 ce propos que le terme latin&nbsp;concupiscentia&nbsp;\u2013&nbsp;central dans la th\u00e9ologie augustinienne du p\u00e9ch\u00e9 originel&nbsp;\u2013 d\u00e9signe \u00e0 la fois le d\u00e9sir sexuel d\u00e9sordonn\u00e9 et le d\u00e9r\u00e8glement int\u00e9rieur provoqu\u00e9 par le premier p\u00e9ch\u00e9. Cette observation \u00e9tablit un lien s\u00e9mantique entre la&nbsp;pulsion sexuelle&nbsp;et le d\u00e9sordre moral, t\u00e9moignant de la fa\u00e7on dont la tradition chr\u00e9tienne a&nbsp;<strong>associ\u00e9 \u00e9troitement la&nbsp;<\/strong><strong>sexualit\u00e9 corporelle<\/strong><strong>&nbsp;\u00e0 un \u00e9tat de culpabilit\u00e9 h\u00e9rit\u00e9e du p\u00e9ch\u00e9 d\u2019Adam.<\/strong>&nbsp;En termes psychanalytiques, la transgression originelle r\u00e9v\u00e8le ainsi la&nbsp;confusion du d\u00e9sir humain&nbsp;qui \u00ab&nbsp;<em>fait glisser du semblable \u00e0 l\u2019identique&nbsp;<\/em>\u00bb \u2013&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire du fait d\u2019\u00eatre cr\u00e9\u00e9&nbsp;\u00e0 l\u2019image de Dieu&nbsp;\u00e0 la volont\u00e9 d\u2019\u00eatre&nbsp;identique&nbsp;\u00e0 Dieu lui-m\u00eame \u2013 conduisant l\u2019homme \u00e0 usurper symboliquement la place du P\u00e8re divin.<\/p>\n\n\n\n<p>Pohier insiste sur le changement radical qu\u2019entra\u00eene la faute dans la condition humaine en s\u2019appuyant sur le texte biblique.&nbsp;Avant la transgression, seule l\u2019arbre de la connaissance du bien et du mal&nbsp;\u00e9tait interdit \u00e0 l\u2019homme&nbsp;;&nbsp;apr\u00e8s la Chute, c\u2019est d\u00e9sormais l\u2019arbre de vie&nbsp;(source d\u2019immortalit\u00e9) qui lui est d\u00e9fendu. Il en tire une lecture symbolique forte&nbsp;: d\u00e9sormais, l\u2019homme p\u00e9cheur, marqu\u00e9 par la sexualit\u00e9 et la finitude de son corps, est condamn\u00e9 \u00e0 la&nbsp;mort&nbsp;\u2013&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>il est dot\u00e9 d\u2019un sexe, ce qui proclame la domination phallique et la n\u00e9cessit\u00e9 de la mort pour voir Dieu&nbsp;<\/em>\u00bb. Autrement dit, la condition post-\u00c9den associe intrins\u00e8quement la&nbsp;limitation mortelle&nbsp;et la loi du P\u00e8re&nbsp;:&nbsp;<strong>l\u2019\u00eatre humain ne peut pr\u00e9tendre \u00e0 la vie divine immortelle qu\u2019en mourant,&nbsp;<\/strong>ce&nbsp;<a>qui signifie qu\u2019<\/a>aucun&nbsp;\u00ab&nbsp;paradis&nbsp;\u00bb ne lui est accessible sur terre&nbsp;tant qu\u2019il reste un \u00eatre charnel. Cette analyse met en lumi\u00e8re le poids du&nbsp;principe d\u2019autorit\u00e9&nbsp;(symbolis\u00e9 par le phallus dans le registre psychanalytique) dans la structuration de l\u2019interdit religieux&nbsp;:&nbsp;<strong>Dieu-P\u00e8re se r\u00e9serve l\u2019immortalit\u00e9 et l\u2019omniscience, tandis que l\u2019homme, rappel\u00e9 \u00e0 sa condition cr\u00e9aturelle, int\u00e9riorise sa d\u00e9pendance et sa faute.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan psychanalytique, Pohier associe explicitement la faute originelle au&nbsp;<strong>complexe d\u2019\u0152dipe<\/strong><strong>freudien<\/strong>. Il voit dans la conduite d\u2019Adam et \u00c8ve une r\u00e9actualisation du drame \u0153dipien&nbsp;: l\u2019enfant (ici, l\u2019humanit\u00e9 naissante) d\u00e9fie l\u2019interdit impos\u00e9 par le P\u00e8re (Dieu) dans un&nbsp;\u00e9lan d\u2019affirmation de soi&nbsp;et de d\u00e9sir de toute-puissance, puis \u00e9prouve angoisse et honte en face du \u00ab&nbsp;p\u00e8re&nbsp;\u00bb qu\u2019il a voulu \u00e9galer. De m\u00eame que, selon Freud, le surmoi de l\u2019enfant se constitue par identification aux parents \u00e0 la r\u00e9solution du complexe d\u2019\u0152dipe, de m\u00eame le croyant int\u00e8gre les&nbsp;interdits divins&nbsp;et l\u2019id\u00e9al du P\u00e8re&nbsp;cr\u00e9ateur comme instances morales internes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e9ch\u00e9 originel&nbsp;\u00ab<em>&nbsp;<\/em><em>emprunte les m\u00eames maillages de d\u00e9sir, celui d\u2019\u00eatre pareil \u00e0 Dieu, [\u2026] et des interdits semblables, articul\u00e9s dans une morale [qui est] source d\u2019une mauvaise conscience devant un juge omniscient<\/em>&nbsp;\u00bb. Autrement dit, la situation du p\u00e9cheur r\u00e9capitule la dynamique familiale&nbsp;: une pulsion de transgression motiv\u00e9e par le d\u00e9sir d\u2019atteindre le statut du P\u00e8re, suivie de la soumission coupable \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 paternelle. Cette culpabilit\u00e9 originelle inaugure un rapport de l\u2019homme \u00e0 Dieu fond\u00e9 sur la&nbsp;<strong>peur du jugement<\/strong>&nbsp;(Dieu apparaissant comme le&nbsp;\u00ab&nbsp;juge omniscient&nbsp;\u00bb&nbsp;auquel nul n\u2019\u00e9chappe) et sur la perte irr\u00e9m\u00e9diable d\u2019une relation harmonieuse.&nbsp;L\u2019humanit\u00e9 et Dieu se retrouvent \u201c<em>emprisonn\u00e9s dans un rapport de rupture\u201d<\/em>&nbsp;note Pohier&nbsp;: l\u2019homme, conscient de sa faute, se vit d\u00e9sormais&nbsp;<strong>s\u00e9par\u00e9 de Dieu<\/strong>, enferm\u00e9 dans un&nbsp;pass\u00e9 peccamineux, un&nbsp;pr\u00e9sent&nbsp;ignorant la v\u00e9ritable nature humaine, et un&nbsp;avenir&nbsp;remis \u00e0 une \u00e9ventuelle d\u00e9livrance eschatologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pohier d\u00e9gage ainsi une&nbsp;d\u00e9finition du p\u00e9ch\u00e9&nbsp;novatrice&nbsp;: le p\u00e9ch\u00e9 n\u2019est pas qu\u2019une erreur morale, c\u2019est fondamentalement&nbsp;la volont\u00e9 forcen\u00e9e de&nbsp;<em>\u201cse faire Dieu\u201d<\/em>, avec la culpabilit\u00e9 pour tremplin. En effet, en analysant les profondeurs du sentiment de culpabilit\u00e9, il constate un&nbsp;<strong>paradoxe<\/strong>&nbsp;: loin d\u2019humilier v\u00e9ritablement l\u2019homme, la culpabilit\u00e9 peut devenir&nbsp;\u00ab&nbsp;l<em>e terrain privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019affirmation m\u00e9galomane de soi-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb, un moyen d\u00e9tourn\u00e9 de se replacer au centre du monde. Pohier \u00e9crit ainsi (dans un article ult\u00e9rieur) que&nbsp;\u00ab&nbsp;s<em>e faire coupable, c\u2019est toujours et d\u2019abord se faire soi<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>\u00bb<\/em>. Il entend par l\u00e0 que le fait de proclamer sa propre indignit\u00e9 ou son p\u00e9ch\u00e9 revient encore \u00e0&nbsp;s\u2019affirmer soi-m\u00eame, \u00e0 attirer l\u2019attention (divine ou sociale) sur son moi en faute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le p\u00e9cheur, obs\u00e9d\u00e9 par sa culpabilit\u00e9 et son salut, continue paradoxalement de se prendre pour le centre de l\u2019histoire \u2013 ce qui au fond revient \u00e0 vouloir occuper la place de Dieu,&nbsp;<\/strong><strong>idol\u00e2trie cach\u00e9e<\/strong><strong>au c\u0153ur m\u00eame de la contrition.<\/strong>&nbsp;Ce diagnostic psychanalytique jette une lumi\u00e8re crue sur certains traits de la religiosit\u00e9&nbsp;: l\u2019angoisse&nbsp;de ne pas \u00ab&nbsp;apaiser la col\u00e8re de Dieu&nbsp;\u00bb, la&nbsp;fixation sur la mort&nbsp;et l\u2019au-del\u00e0, ou le&nbsp;souhait de partager les privil\u00e8ges divins&nbsp;(savoir absolu, pouvoir sur le bien et le mal) sont autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui \u00e9difient&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>la culpabilit\u00e9 en un syst\u00e8me<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>\u00bb<\/em><em>&nbsp;de soumission.&nbsp;<\/em>Pohier juge ce syst\u00e8me de culpabilisation profond\u00e9ment&nbsp;\u00ab&nbsp;d\u00e9plac\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire inad\u00e9quat \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de la condition humaine et de la relation voulue par Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la conqu\u00eate de Rome \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 paternelle de l\u2019\u00c9glise<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le paradis que l\u2019homme a vraiment perdu, c\u2019est celui qu\u2019il cherche et donc il veut forcer l\u2019entr\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>(p.&nbsp;86). Celui dont le deuil est si cruel&nbsp;: impossible d\u2019\u00eatre identique \u00e0 Dieu, impossible d\u2019acc\u00e9der au phallus pour \u00eatre identique au p\u00e8re et poss\u00e9der la m\u00e8re. \u00ab&nbsp;<em>On ne peut \u00eatre un homme tant qu\u2019on imagine ne pouvoir l\u2019\u00eatre qu\u2019en retournant au paradis&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>(p.&nbsp;88).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un second temps, Pohier articule cette lecture du&nbsp;Paradis perdu&nbsp;avec l\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise catholique, en particulier son accession \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 universelle au sein de l\u2019Empire romain (d\u2019o\u00f9 l\u2019expression provocatrice de&nbsp;\u00ab&nbsp;conqu\u00eate de Rome&nbsp;\u00bb). Il s\u2019agit de montrer comment la structure eccl\u00e9siale a assum\u00e9 le r\u00f4le du&nbsp;p\u00e8re symbolique&nbsp;gestionnaire de la culpabilit\u00e9. Historiquement, la \u00ab&nbsp;conqu\u00eate&nbsp;\u00bb de Rome fait allusion \u00e0 la conversion de l\u2019Empire au christianisme et \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation de l\u2019\u00c9glise de Rome au rang d\u2019instance supr\u00eame normative. Pohier sugg\u00e8re que cet \u00e9v\u00e9nement a eu des cons\u00e9quences profondes sur la mani\u00e8re dont la faute et le salut sont envisag\u00e9s&nbsp;: l\u2019\u00c9glise, en devenant puissance publique, a&nbsp;institutionnalis\u00e9 le mythe de la Chute&nbsp;en un syst\u00e8me normatif de p\u00e9ch\u00e9 et de r\u00e9demption servant son&nbsp;autorit\u00e9. Autrement dit, l\u2019alliance du tr\u00f4ne et de l\u2019autel a fig\u00e9 la dynamique de la culpabilit\u00e9 originelle dans des dogmes et des pratiques sociales durables.<\/p>\n\n\n\n<p>Pohier souligne que l\u2019institution religieuse&nbsp;s\u2019est en quelque sorte&nbsp;\u00ab<em>&nbsp;<\/em><em>accapar\u00e9 le terme de p\u00e9ch\u00e9<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>\u00bb<\/em><em>&nbsp;et le monopole de sa gestion.<\/em>&nbsp;D\u00e8s lors, c\u2019est l\u2019\u00c9glise qui d\u00e9finit ce qu\u2019est la faute, comment elle se transmet (par la&nbsp;concupiscence&nbsp;et la naissance), et quels rem\u00e8des sont n\u00e9cessaires (bapt\u00eame, confession, p\u00e9nitence, sacrifice du Christ, etc.). En occupant ce r\u00f4le, l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siale s\u2019est positionn\u00e9e comme&nbsp;m\u00e9diatrice obligatoire&nbsp;entre l\u2019homme coupable et Dieu, administrant le pardon par les sacrements et dictant la morale. Pohier d\u00e9crit un croyant \u00ab&nbsp;<em>englu\u00e9 dans un syst\u00e8me d\u2019expiation<\/em><em>&nbsp;<\/em>\u00bb, convaincu de son incapacit\u00e9 \u00e0 se sauver lui-m\u00eame de sa condition de p\u00e9cheur. Cette impuissance apprise renforce le&nbsp;pouvoir de l\u2019\u00c9glise, qui appara\u00eet d\u00e8s lors indispensable pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me qu\u2019elle a elle-m\u00eame codifi\u00e9. Ainsi se met en place ce que Pohier appelle le&nbsp;syst\u00e8me de culpabilit\u00e9&nbsp;chr\u00e9tien, o\u00f9 l\u2019individu, tenu pour p\u00e9cheur d\u00e8s sa naissance, doit passer par l\u2019institution (mater et magistra, m\u00e8re et ma\u00eetresse) pour obtenir le salut. On reconna\u00eet ici un sch\u00e9ma presque&nbsp;familial&nbsp;: l\u2019\u00c9glise se substitue \u00e0 la figure parentale (paternelle et maternelle) et le fid\u00e8le reste dans la position de&nbsp;<strong>l\u2019enfant fautif<\/strong>&nbsp;en demande de pardon.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan th\u00e9ologique, Pohier rappelle que la pens\u00e9e catholique occidentale &#8211;&nbsp;notamment depuis saint Augustin&nbsp;\u2013 a&nbsp;<strong>int\u00e9gr\u00e9 la condition de&nbsp;<\/strong><strong>contingence<\/strong><strong>&nbsp;de l\u2019homme (sa finitude, sa mortalit\u00e9, et particuli\u00e8rement sa sexualit\u00e9) \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de p\u00e9ch\u00e9.<\/strong>&nbsp;Il critique vigoureusement cette&nbsp;fusion de la contingence avec le p\u00e9ch\u00e9, qu\u2019il consid\u00e8re comme une confusion d\u00e9l\u00e9t\u00e8re. En effet, associer syst\u00e9matiquement la finitude humaine \u00e0 une faute (comme si \u00eatre une cr\u00e9ature limit\u00e9e \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre coupable) entretient un sentiment de&nbsp;<strong>honte ontologique<\/strong>. L\u2019\u00c9glise hi\u00e9rarchique, centralis\u00e9e \u00e0 Rome, a longtemps propos\u00e9 un mod\u00e8le o\u00f9 tout ce qui est charnel, imparfait ou hors du contr\u00f4le de la raison devait \u00eatre redemptivement soumis \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 divine via l\u2019institution. Pohier s\u2019oppose \u00e0 ce mod\u00e8le&nbsp;: il&nbsp;d\u00e9nonce&nbsp;l\u2019identification de la nature humaine (avec ses d\u00e9sirs et ses limites) au mal, y voyant un&nbsp;<strong>ressort d\u2019ali\u00e9nation plut\u00f4t que de lib\u00e9ration.<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En liant l\u2019histoire eccl\u00e9siale au sch\u00e9ma psychanalytique, Pohier montre comment l\u2019autorit\u00e9 romaine&nbsp;de l\u2019\u00c9glise a pu exploiter, parfois inconsciemment, la disposition humaine \u00e0 la culpabilit\u00e9. Le&nbsp;p\u00e9ch\u00e9 originel&nbsp;et ses cons\u00e9quences (peur de la mort, besoin de r\u00e9demption) ont fourni \u00e0 l\u2019\u00c9glise les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un&nbsp;\u00ab<em>&nbsp;<\/em><em>appareil id\u00e9ologique<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;consolidant son emprise. Par exemple, la doctrine du&nbsp;bapt\u00eame des nouveau-n\u00e9s&nbsp;pour effacer la faute inn\u00e9e, ou celle de la&nbsp;p\u00e9nitence&nbsp;r\u00e9guli\u00e8re pour maintenir l\u2019\u00e2me en \u00e9tat de gr\u00e2ce, instituent un cycle o\u00f9 la faute et le pardon rythment la vie du fid\u00e8le sous le regard de l\u2019\u00c9glise. Pohier ne manque pas de souligner que&nbsp;\u00ab<strong>&nbsp;<\/strong><strong>rab\u00e2chage sur la notion de p\u00e9ch\u00e9<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong>\u00bb, l\u2019omnipr\u00e9sence du&nbsp;<strong>th\u00e8me de la mort et du sacrifice, et l\u2019angoisse du ch\u00e2timent divin&nbsp;<\/strong>ont servi \u00e0 \u00e9difier un&nbsp;syst\u00e8me de croyances et de pratiques&nbsp;fond\u00e9 sur la soumission. Il rejoint ici, en les approfondissant psychanalytiquement, les analyses historiques de certains penseurs qui voient dans le christianisme occidental une \u00ab&nbsp;religion de la culpabilit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, Pohier n\u2019accuse pas l\u2019\u00c9glise d\u2019avoir sciemment invent\u00e9 la faute&nbsp;: il met en lumi\u00e8re un&nbsp;jeu de transferts psychiques&nbsp;\u00e0 l\u2019\u0153uvre. L\u2019institution eccl\u00e9siale a h\u00e9rit\u00e9 de la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne la conviction que le salut passe par la m\u00e9diation du Christ et de son Corps mystique (l\u2019\u00c9glise).&nbsp;<strong>Mais en codifiant l\u2019exp\u00e9rience du salut, elle a aussi reproduit la structure \u0153dipienne&nbsp;: le P\u00e8re (Dieu) d\u00e9l\u00e8gue son autorit\u00e9 au&nbsp;<\/strong><strong>p\u00e8re substitut<\/strong><strong>&nbsp;sur terre (le pape appel\u00e9&nbsp;<\/strong><strong>\u00ab&nbsp;Saint-P\u00e8re&nbsp;\u00bb<\/strong><strong>, les pr\u00eatres appel\u00e9s&nbsp;<\/strong><strong>\u00ab&nbsp;p\u00e8re&nbsp;\u00bb \u2026<\/strong><strong>), et les fid\u00e8les int\u00e8grent cette autorit\u00e9 dans leur surmoi religieux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La culpabilit\u00e9 chr\u00e9tienne&nbsp;en vient alors \u00e0 appara\u00eetre comme une&nbsp;vertu, une disposition attendue du croyant&nbsp;<strong>humble<\/strong>. Pohier \u00e9voque ainsi la&nbsp;p\u00e9nitence&nbsp;comme&nbsp;\u00ab<em>&nbsp;<\/em><em>vertu de la culpabilit\u00e9 chr\u00e9tienne<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;(terme qu\u2019il d\u00e9veloppera plus loin), c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont l\u2019\u00c9glise valorise le sentiment de contrition permanente, tout en le canalisant. Sous cet \u00e9clairage, la&nbsp;structure de la foi catholique&nbsp;traditionnelle peut \u00eatre lue comme un prolongement du roman familial&nbsp;: le baptis\u00e9 est un enfant marqu\u00e9 par la faute originelle (la \u00ab&nbsp;faute du p\u00e8re&nbsp;\u00bb transmise par la g\u00e9n\u00e9ration), \u00e9lev\u00e9 dans la discipline de l\u2019\u00c9glise-famille, avec l\u2019espoir d\u2019obtenir l\u2019approbation du P\u00e8re c\u00e9leste au jour du jugement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Implications psychanalytiques et enjeux pour la foi catholique<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de Pohier d\u00e9bouche sur des implications profondes, tant pour la compr\u00e9hension de la psychologie religieuse que pour la th\u00e9ologie elle-m\u00eame. D\u2019un point de vue psychanalytique, il r\u00e9v\u00e8le que le&nbsp;sentiment de culpabilit\u00e9 originelle&nbsp;est au c\u0153ur d\u2019une&nbsp;n\u00e9vrose collective&nbsp;possible du catholicisme&nbsp;: la religion, cens\u00e9e lib\u00e9rer l\u2019homme du mal, risque au contraire de le maintenir dans un \u00e9tat d\u2019infantilisation morale, prisonnier d\u2019un cycle faute-pardon. Le croyant peut rester fig\u00e9 dans le&nbsp;<strong>r\u00f4le du fils coupable cherchant l\u2019absolution du P\u00e8re<\/strong>, r\u00f4le qui structure son inconscient depuis l\u2019enfance. Pohier met ainsi en garde contre une foi r\u00e9duite \u00e0 un&nbsp;syst\u00e8me punitif, o\u00f9 la gr\u00e2ce se confond avec la sanction diff\u00e9r\u00e9e et o\u00f9 le divin est per\u00e7u avant tout comme le garant de la loi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ses yeux,&nbsp;<strong>tant que Dieu n\u2019est envisag\u00e9 que comme&nbsp;<\/strong><strong>le grand Autre<\/strong><strong>&nbsp;d\u00e9tenteur de l\u2019interdit et du pardon, l\u2019homme ne sort pas du complexe d\u2019\u0152dipe spirituel.<\/strong>&nbsp;Il souligne d\u2019ailleurs que, dans la pr\u00e9dication chr\u00e9tienne occidentale depuis des si\u00e8cles, la&nbsp;Promesse \u00e9vang\u00e9lique&nbsp;a souvent \u00e9t\u00e9 recentr\u00e9e presque exclusivement sur&nbsp;<strong>l\u2019<\/strong><strong>apr\u00e8s-mort<\/strong><strong>&nbsp;(la r\u00e9surrection, le ciel), au d\u00e9triment d\u2019un \u00e9panouissement ici-bas<\/strong>&nbsp;: cela revient \u00e0 reporter la r\u00e9conciliation \u00e0 plus tard et \u00e0&nbsp;<strong>sacraliser la douleur pr\u00e9sente.<\/strong>&nbsp;On retrouve l\u00e0 la&nbsp;fixation sur la mort&nbsp;qu\u2019il critique&nbsp;: le salut est con\u00e7u comme&nbsp;promesse de lib\u00e9ration posthume&nbsp;de la condition humaine d\u00e9chue, ce qui peut encourager l\u2019homme \u00e0&nbsp;se nier lui-m\u00eame&nbsp;dans sa r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te en attendant un au-del\u00e0 parfait. Pohier y voit une forme&nbsp;<strong>d\u2019<\/strong><strong>ali\u00e9nation<\/strong><strong>religieuse \u2013&nbsp;voire&nbsp;<\/strong><strong>d\u2019idol\u00e2trie<\/strong><strong>&nbsp;<\/strong>\u2013 o\u00f9 l\u2019on adore une image id\u00e9alis\u00e9e de Dieu et de la perfection future, au lieu de vivre pleinement la relation \u00e0 un Dieu pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan th\u00e9ologique, les th\u00e8ses de Pohier invitent \u00e0&nbsp;<strong>reconsid\u00e9rer la notion m\u00eame de salut et de relation \u00e0 Dieu.&nbsp;<\/strong>En creux de sa critique, il sugg\u00e8re que la foi ne devrait pas reposer sur la peur et la culpabilit\u00e9, mais sur une&nbsp;<strong>rencontre lib\u00e9ratrice avec le divin.<\/strong>&nbsp;D\u2019ailleurs, pour&nbsp;d\u00e9samorcer le syst\u00e8me de culpabilit\u00e9, Pohier fait appel \u00e0 la figure de&nbsp;J\u00e9sus&nbsp;dans sa r\u00e9alit\u00e9 humaine&nbsp;: l\u2019Incarnation montre un Dieu qui descend dans la contingence (la finitude, la mortalit\u00e9, le v\u00e9cu quotidien) pour y faire surgir un sens nouveau. Le Christ, pleinement homme, n\u2019a pas pour mission d\u2019accabler l\u2019humanit\u00e9 d\u2019une dette morale infinie, mais de r\u00e9v\u00e9ler que&nbsp;<strong>Dieu se donne \u00e0 l\u2019homme gratuitement dans l\u2019histoire.&nbsp;<\/strong>Cette intuition, que Pohier d\u00e9veloppe davantage ailleurs, transpara\u00eet en filigrane dans le chapitre&nbsp;: le&nbsp;P\u00e8re&nbsp;v\u00e9ritable n\u2019est pas un tyran jaloux de son pouvoir, mais un Dieu qui se rend proche. Ainsi,&nbsp;la structure \u0153dipienne n\u2019est pas une fatalit\u00e9&nbsp;: en red\u00e9couvrant Dieu comme&nbsp;P\u00e8re aimant&nbsp;plut\u00f4t que comme instance culpabilisante, la foi peut d\u00e9passer la n\u00e9vrose pour devenir source de maturit\u00e9 spirituelle. Pohier pr\u00e9pare ainsi le terrain \u00e0 une r\u00e9flexion sur une foi adulte, o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 eccl\u00e9siale serait repens\u00e9e non comme domination paternaliste mais comme service fraternel.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, le chapitre&nbsp;\u00ab<em>&nbsp;<\/em><em>Conqu\u00eate de Rome et Paradis perdu<\/em><em>&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;de Jacques Pohier fournit un regard p\u00e9n\u00e9trant et \u00e9rudit sur les racines psychiques de la culpabilit\u00e9 chr\u00e9tienne et sur la formation de l\u2019autorit\u00e9 catholique. En confrontant les donn\u00e9es de la th\u00e9ologie (Bible, histoire de l\u2019\u00c9glise, dogme du p\u00e9ch\u00e9 originel) aux outils de la psychanalyse, Pohier met en lumi\u00e8re les&nbsp;fondements \u0153dipiens des doctrines&nbsp;et des pratiques religieuses. Il en ressort une synth\u00e8se riche&nbsp;: le catholicisme appara\u00eet structur\u00e9 par un h\u00e9ritage ambivalent \u2013&nbsp;\u00e0 la fois promesse de salut et poids d\u2019une faute ancestrale&nbsp;\u2013 qui fa\u00e7onne le rapport du croyant \u00e0 l\u2019institution et \u00e0 Dieu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette analyse fouill\u00e9e des&nbsp;m\u00e9canismes de la faute, de la peur et du besoin d\u2019autorit\u00e9&nbsp;interpelle le lecteur cultiv\u00e9 sur la nature de sa foi&nbsp;: est-elle chemin de lib\u00e9ration int\u00e9rieure, ou bien risque-t-elle de reconduire ind\u00e9finiment un sch\u00e9ma de d\u00e9pendance infantile&nbsp;? Pohier, sans renier la dimension spirituelle du christianisme, invite en filigrane \u00e0 une purification du discours religieux&nbsp;: reconna\u00eetre ce qui, en lui, rel\u00e8ve du&nbsp;psychique&nbsp;(le d\u00e9sir de toute-puissance, la peur de la punition) pour mieux d\u00e9gager ce qui rel\u00e8ve du&nbsp;divin authentique&nbsp;(l\u2019appel \u00e0 la relation filiale libre avec Dieu). Ce chapitre, rigoureux et critique, jette ainsi les bases d\u2019une relecture de la foi catholique o\u00f9 la&nbsp;culpabilit\u00e9&nbsp;n\u2019est plus le pivot de la relation \u00e0 Dieu, et o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9&nbsp;se con\u00e7oit autrement qu\u2019en termes de conqu\u00eate et de soumission \u2013 une perspective qui continuera d\u2019alimenter les travaux ult\u00e9rieurs et controverses entourant Jacques Pohier et la th\u00e9ologie catholique post-conciliaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Sources&nbsp;:&nbsp;Jacques Pohier,&nbsp;<em>Au nom du P\u00e8re<\/em>&nbsp;(Cerf, 1972), chap.&nbsp;2 (\u00ab&nbsp;Conqu\u00eate de Rome et Paradis perdu&nbsp;\u00bb), in&nbsp;<em>Interpr\u00e9tation<\/em>, vol.&nbsp;1, no&nbsp;4 (1967), p.&nbsp;5-32.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au nom du P\u00e8re,&nbsp;Cerf, 1972 Michel Leconte Voir aussi \u00ab\u00a0Le salut chez Jacques Pohier\u00a0\u00bb Contexte g\u00e9n\u00e9ral et objectifs du chapitre Dans ce chapitre issu d&rsquo;Au&nbsp;nom du P\u00e8re&nbsp;(Cerf, 1972) \u2013 d\u2019abord publi\u00e9 en 1967 dans la revue&nbsp;Interpr\u00e9tation&nbsp;\u2013 le th\u00e9ologien Jacques Pohier propose une analyse originale du p\u00e9ch\u00e9 originel et de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise catholique \u00e0 la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[],"external_author":[],"cited_author":[],"publisher":[],"book_author":[],"class_list":["post-1247","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1247","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1247"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1247\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1248,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1247\/revisions\/1248"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1247"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1247"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1247"},{"taxonomy":"external_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/external_author?post=1247"},{"taxonomy":"cited_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/cited_author?post=1247"},{"taxonomy":"publisher","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/publisher?post=1247"},{"taxonomy":"book_author","embeddable":true,"href":"https:\/\/protestantsdanslaville.org\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/book_author?post=1247"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}