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Patrimoine

L'Oratoire du Louvre

17e - 21e siècles


Gilles Castelnau

 

paroisse de l'Église Protestante Unie

17 septembre 2016

 

17e siècle

En 1611, pour contrer l'influence de la Réforme, le père Pierre de Bérulle fonde la Congrégation de l'Oratoire de France qui formera des prêtres bien armés sur un plan spirituel et théologique et capables d'argumenter contre les protestants. Ceux-ci sont relativement protégés par l’Édit de Nantes d’Henri IV bien qu’ils subissent des contraintes et des tracasseries de l’administration royale. Ils n’ont pas l’autorisation de construire de temple à moins de 5 lieues de Paris et vont le dimanche au temple de Charenton où de grands prédicateurs font retentir la parole protestante. (ce temple sera détruit comme tous les autres lors de la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685). La nef est construite entre 1621 et 1630 et la façade entre 1740 et 1745. L'église reprend le plan des églises de la Contre-Réforme à l’exemple du Gesu, construite par les jésuites à Rome. La nef unique et la bonne acoustique permettent de vraiment écouter la prédication, comme le disent les protestants. Le chantier se poursuit normalement jusqu'à l'été 1623. Le surintendant des bâtiments, le marquis de La Vieuville, s'oppose au projet au nom du grand dessein prévu sous Henri IV pour le palais du Louvre, avec un quadruplement de la cour Carrée avec des jardins et des bâtiments allant jusqu’à l'emplacement de l'église de l'Oratoire.

La reine Marie de Médicis, veuve d’Henri IV et mère du roi Louis XIII a l’idée de faire déclarer l’église « oratoire du Louvre ». Elle participera à ce titre au « grand dessein ». Et conserve encore aujourd’hui ce titre qui convient bien aux protestants puisqu’un « oratoire » est un lieu de prière. En 1750 la construction est enfin terminée.

De magnifiques embellissements (disparus en 1792 lors de la Révolution) y ont été apportés dans le luxe doré de l’époque : mise en valeur du maître autel, très riches décorations des chapelles latérales avec les peintures des meilleurs artistes de l’époque. Des vestiges en sont visibles dans une des chapelles. Quand les protestants ont hérité de l’église au 19e siècle ils ont été contents de la trouver ainsi dépouillée, car dans un temple protestant il n’y a rien, si ce n’est une chaire, des bancs et une bible ouverte. « Rien que Dieu et nous » Durant le 17e siècle l’Oratoire royal est le lieu d’oraison de la cour. De grands prédicateurs tels Massillon, Bourdaloue ou Bossuet ont prêché dans cette chaire. C’est dans cette église qu’ont eu lieu les services funèbres de Richelieu puis de Louis XIII et des reines Anne d’Autriche, l’épouse de Louis XIII et en 1683 de Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV par Bossuet.      

 

Que prêchait-on dans cette chaire au 17e siècle ? Globalement, en présence des grands de la cour, de la famille royale à l’occasion, au milieu des dorures, des tableaux et des peintures de maîtres, la spiritualité exprimée était celle d‘une société chrétienne en ordre avec le roi qui régnait « par la grâce de Dieu » la foi catholique qu’il était exclu de mettre en question et qui excluait avec la violence que l’on sait les juifs, les protestants, les jansénistes, les quiétistes et les libertins. Les membres de la noblesse étaient au premier rang. On valorisait la grandeur et la justesse de la seule vraie Église catholique ses rites, ses prêtres, ses sacrements, sans réflexion critique.

Il n’en demeure pas moins que les élans spirituels n’étaient pas absents de Paris et donc de l’Oratoire. On ne sait pas si Vincent de Paul y a prêché. Mais on sait que ses idées « charitables », comme on disait, étaient populaires dans une partie de la noblesse et notamment des dames. Il avait trouvé le chemin de leur cœur – et de leur porte-monnaie – pour des œuvres soulageant un peu les misères les plus dramatiques. On ne pouvait manquer d’en parler au moins sur le trottoir à la sortie de la messe : Faites-vous partie des « Filles de la Charité ? Soutenez-vous l’aumônerie des Galères ? Vous intéressez-vous aux Lazaristes, la Congrégation de la Mission auprès des pauvres de campagnes ? Avez-vous été à l’assemblée générale des grandes dames de la noblesse et de la bourgeoisie françaises ? Ces œuvres avaient le soutien de la reine Anne d'Autriche, veuve de Louis XIII, de Louise de Gonzague, la future reine de Pologne, très mondaine et très assidue à visiter les malades de l'hôtel-Dieu. C’est par Vincent de Paul que Louis XIII voulut être assisté dans ses derniers moments et mourir dans ses bras en 1643.

Plus tard on parlait à la sortie de la messe du Tartuffe que Molière faisait jouer tout à côté sur la scène du Palais royal. L’évêque de Paris l’avait fait interdire mais le roi l’av ait finalement autorisé. On s’y moquait des dévots hypocrites.

On entendait aussi des prédication dans cette chaire, surtout celles de Bossuet, qui fustigeaient la spiritualité dite « quiétiste », trop mystique et désincarnée, disait-on et qui critiquait le style du pouvoir royal. On disait du mal de Fénelon et l’excellente madame Guyon avait été emprisonnée à la Bastille.

Et naturellement vers la fin du siècle, lors de la Révocation de l’Édite de Nantes, on échangeait, à mots couverts des nouvelles des connaissances protestantes qui avaient tout quitté et s’étaient réfugiés en Hollande, en Angleterre, en Allemagne. Des nobles notamment, des grands bourgeois. On murmurait les noms des pasteurs qui avaient été arrêtés, brûlés vifs, roués, les hommes envoyés aux galères, les femmes à qui on avait retiré leurs enfants. Ils avaient bien entendu tort de s’opposer ainsi à la seule vraie foi du roi et du pape, mais c’était tout de même horrible, si c’était vrai.                 

On parlait sans doute à la sortie de l’Oratoire du pasteur Pierre de Salve de Bruneton qui venait d’être nommé Paris et que la police avait immédiatement arrêté (le 10 janvier 1690). On avait trouvé sur lui un sermon ; le docteur catholique chargé de le lire en avait pourtant dit : « Il n'y a rien dans ce sermon qui paraisse contraire aux sentiments de l'Église ». Il était détenu dans de telles conditions que deux mois après, on disait qu’il était devenu fou. On ignore la date de sa mort.

En regardant l’architecture de l’Oratoire, pensez à tout ce qui y a été dit d’excellent ou de très discutable. Écoutez ce que ces pierres ont entendu de la part des fidèles : souvent des paroles passionnées, prétentieuses ou angoissées, étonnées, polémiques, intelligentes, progressistes souvent...

 

 

18e siècle


Durant tout la première moitié du 18e sècle, la vie de l’Oratoire s’est poursuivie comme précédemment. Le Régent Philippe d’Orléans, puis, à sa majorité, le jeune roi Louis XV et ses conseillers, ont continué la politique très conservatrice de Louis XIV qui impliquait naturellement la vie de l’Église catholique, soutien principal de l’ancien Régime. Et la répression de la pensée janséniste et la persécution violente des protestants (bûchers, galères pour les hommes, prison pour les femmes).

La pensée janséniste, que l’attitude autoritaire et centralisatrice de Louis XIV avait déclenchée, perdurait plus que jamais. Et les prédicateurs de l’Oratoire ne pouvaient manquer d’en être concernés Elle était accusée d’être opposée à la monarchie de droit divin. Le Régent avait rendu obligatoire la signature par tous les prêtres du « Formulaire » antijanséniste. De nombreux prêtres qui s’y refusaient étaient frappés par des lettres de cachet. On disait que l'évêque de Vintimille faisait interdire trois cents prêtres jansénistes dans son diocèse. Et à Paris on fermait le séminaire Saint-Magloire, le collège Sainte-Barbe et la maison de Sainte-Agathe. Cette pensée se rapprochait d’une certaine manière de celle des protestants qui était puissante, en Suisse notamment, et rayonnait en France et surtout à Paris avec Voltaire (Traité de la tolérance, 1763) et Rousseau (Lettre à l’archevêque de Paris, 1762) dont les écrits passionnaient l’opinion. Idées aussi de Diderot et des Encyclopédistes et des francs-maçons. À la fin du siècle c’est tout cet ensemble qui éclatera dans la Révolution de 1789.

En attendant, que la prédication du jour, dans la chaire de l’Oratoire ait été hostile au jansénisme et aux nouvelles idées ou plus ouverte, on en discutait évidemment, à mots plus ou moins couverts à la sortie de la messe. Et les prédicateurs en parlaient entre eux. Nul doute que les prédicateurs et les fidèles de l’Oratoire, sans naturellement faire d’éclat, se sont largement mêlés à cette question des idées nouvelles, dont la presse même, publique ou clandestine se faisait l’écho. Naturellement l’attention des fidèles à la prédication de l’Oratoire s’est fait passionnée lorsque la Révolution a fini par éclater. Que disait-on dans la chaire de l’Oratoire, que répétait-on sur le trottoir de la rue Saint-Honoré lorsque le premier Président de l’Assemblée nationale, le pasteur Rabaut-Saint-Étienne, s’exclamait dans son discours fameux du 23 août 1789 : « Ce n'est pas la tolérance que je demande, mais la liberté ».

Le 14 décembre 1792, un décret de la Convention supprima les Oratoriens. On installa dans l’église le magasin des effets militaires. Tous les tableaux, qui ornaient les murs de l’Oratoire furent enlevés et la croix, qui surmontait le fronton de l'Oratoire sur la rue Saint-Honoré, tomba.

L’histoire du 18e siècle à l’Oratoire fait partie de notre patrimoine.

 

 

19e siècle

 

Au début du 19e siècle, et depuis la rage anticatholique de la Révolution française, l’église de l’Oratoire est occupée par les décors de l'Opéra, du Vaudeville et du Théâtre Français. La liberté était rendue aux protestants, dont on estime le nombre à 20 000 à Paris. Mais ils étaient exangues, sans temple et sans argent. En 1811 Napoléon décide de leur attribuer l’église de l’Oratoire (en même temps que trois autres églises désaffectées, Saint-Marie, Pentemont, les Billettes).

Le premier culte est célébré le 11 mars 1811, jour de Pâques. Le pasteur Paul-Henri Marron y prononce dans cette chaire le premier sermon protestant. La spiritualité du culte protestant n’est pas centrée, comme pour la messe catholique, sur l’autel et le sacrifice eucharistique au fond de l’église, mais sur l’enseignement de la Parole qui doit être au centre de l’assemblée. Les protestants enlèvent donc l’autel qui était dans le chœur de l’Oratoire et y mettent les chaises des fidèles afin que l’assemblée entoure la chaire. Et ils placent devant la chaire une bible ouverte symbolisant le véritable centre de l’assemblée. L’acoustique à laquelle tenaient justement les Oratoriens convient parfaitement au culte protestant, ainsi d’ailleurs que le titre même de l’église : « l’Oratoire » qui désigne la prière. Quant aux statues et peintures qui ont été vandalisées sous la Terreur de 1792, les protestants ne les regrettent pas : rien, disent-ils, ne doit détourner l’attention de la relation que l’on doit établir personnellement avec Dieu.

Les protestants sont réhabilités. Ils ont une belle église au centre de Paris.

En 1815, après Waterloo, lorsque les Alliés entrent dans Paris en vainqueurs, l’Oratoire ouvre ses portes aux Anglais dont le culte ami anglican a lieu à midi après le culte français. Un communiant protestant de marque, participa un jour au culte : le Roi de Prusse en personne.
Après la défaite de 1870 et la Commune de Paris, lors de l’alliance du gouvernement versaillais avec la Prusse, un autre protestant, l'Empereur Guillaume II, y aurait aussi assisté au culte, dit-on.
Le dimanche 2 juin 1912 la reine Wilhelmine des Pays-Bas est venue rendre hommage à son illustre ancêtre l’Amiral de Coligny qui avait été assassiné lors de la Saint-Barthélemy et dont la statue se trouve devant l’Oratoire rue de Rivoli.

 

L’Oratoire fonctionne régulièrement comme une des paroisses protestantes de Paris. Il y en a six en ce 19siècle, que les pasteurs desservent à tour de rôle sans qu’aucun soit rattaché plus particulièrement à l’une d’entre elles. L’Oratoire est considéré comme la plus prestigieuse, la paroisse « centrale ». Les bustes de certains pasteurs qui l’ont illustrée par leur prédication se trouvent sur les murs de la sacristie. Ainsi entre autres, les pasteurs Marron, Adolphe Monod ou Athanase Coquerel.

 

L’Oratoire est aussi connue comme étant de tendance « libérale ». A la suite de la liberté de pensée des Lumières (principalement Voltaire et Rousseau), l’esprit critique s’est développé dans le monde religieux catholique comme protestant. Si les prestigieux théologiens et biblistes qu’étaient Ernest Renan et Alfred Loisy ont rapidement été condamnés par le Vatican, l’esprit de liberté protestante a permis au libéralisme théologique de se déployer considérablement. La polémique des pasteurs prêchant à l’Oratoire était virulente avec les orthodoxes qui demeuraient attachés à une lecture traditionnelle de la Bible et à la doctrine des Réformateurs Luther et Calvin. Cette polémique se développait notamment à la Faculté de théologie protestante de Paris, boulevard Arago où, entre autres, le pasteur Wilfred Monod de l’Oratoire était devenu professeur.

Séparation entre orthodoxes et libéraux. Lorsqu’en 1870 l’empire s’écroula et laissa la place à la République, la pleine liberté de s’organiser et de convoquer des synodes fut rendue aux protestants et le protestantisme se partagea alors en deux Églises, une libérale centrée sur l’Oratoire et la paroisse amie du Foyer de l’Ame, près de la Bastille et une orthodoxe. L’unité ne fut rétablie qu’en 1938.

Un grande question surgit entre les paroissiens de l’Oratoire et aussi avec leurs amis catholiques : Jules Ferry organisait l’école laïque gratuite et universelle pour tous. En 1881, les protestants avaient en France 1535 écoles protestantes, dont évidemment un bon nombre à Paris. Devait-on continuer d’y envoyer nos enfants ou allait-on jouer la carte laïques. C’est la confiance envers l’État qui a entraîné l’adhésion : 1000 écoles protestante ont été immédiatement remises à l’État et les 500 autres plus tard.

L’affaire Dreyfus fut aussi, à la fin du siècle une grande question qui souleva des débats intense et souvent très violents, parfois entre certains paroissiens de l’Oratoire mais surtout les protestants alliés aux Républicains aux catholiques monarchistes. Il faudrait rechercher dans quelle mesure les prédicateurs de l’Oratoire y prirent part.

 

 

20e siècle

Le 20e siècle commença avec la séparation des Églises et de l’État en 1905. Les protestants s’y soumirent d’autant plus volontiers qu’ils étaient largement à l’origine de cette loi qui interdisait toute influence de l’Église catholique sur la vie du pays dont les protestants avaient tellement souffert. Pourtant les pasteurs n’étant plus rémunérés par l’État, les paroissiens de l’Oratoire durent faire leurs comptes et... augmenter très largement les offrandes qu’ils consentaient à leur paroisse.

La grande Guerre de 14-18 n’épargna pas ses souffrances à l’Oratoire. Une plaque énumérant les paroissiens morts pour la France est toujours dressée à l’entrée du temple.

L’unité protestante de 1938. La séparation de 1872 entre une Église libérale – à la pensée critique - dont l’Oratoire était la principale et une Église orthodoxe attachée aux doctrines traditionnelles prit fin en 1938. L’Église réformée de France fut fondée sur une confession de foi élaborée par les orthodoxes et qu’un « préambule » modérateur rendait acceptable aux libéraux. Le pasteur de l’Oratoire André-Numa Bertrand fut le premier vice-président de cette Église unie.

Guerre de 1939. Le pasteur Marc Bogner, président de la Fédération protestante de France, ayant choisi de poursuivre son ministère en zone libre, le pasteur de l’Oratoire A-N. Bertrand joua alors le rôle de leader du protestantisme et signifia publiquement et notamment dans la chaire de l’Oratoire l’opposition du protestantisme aux mesures iniques de l’État français. Par exemple le serment de fidélité au chef de l'État exigé des fonctionnaires, les réquisitions du STO, le port de l’étoile jaune par les Juifs, l’arrestation du Vel d’Hiv. Il exprima sa solidarité avec le grand Rabbin de Paris. Il déclara regretter le refus de la hiérarchie catholique d'entreprendre une démarche commune auprès des autorités d'occupation : « J’ai toujours reçu auprès de ces prélats une parfaite courtoisie et bienveillance, mais aussi un refus très net de s'opposer en quoi que ce soit aux interventions des maîtres de l'heure. »

La « Clairière », oeuvre sociale de l'Oratoire fondée en 1910 par Wilfred Monod, dont le pasteur de l’Oratoire Paul Vergara était le directeur aida au sauvetage de 63 enfants juifs en février 1943 et servit de « boîte aux lettres » à la Résistance. Le pasteur Vergara fuit la Gestapo en juillet 1943.

Puis les paroissiens de l’Oratoire eurent à réfléchir à la naissance du Conseil Œcuménique des Églises à Amsterdam en 1948 qui réunissait toutes les Églises du monde à l’exception de l’Église catholique.

Il y eut la grande question de l’ordination des femmes au ministère pastoral en 1965, les troubles de mai 68, la lutte contre la Faim dans le monde, la fondation de l’ACAT (Association des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, la Cimade et son aide aux personnes déplacées, l’aide aux Église d’Afrique issues de la décolonisation.
Tous sujets vaillamment affrontés par les pasteurs et paroissiens de l’Oratoire dans leur esprit de libéralisme évangélique.

 

21e siècle


Ce magnifique bâtiment a été construit au 17e siècle par les Oratoriens lancés dans le grand mouvement catholique de la Contre-Réforme. Il a été attribué aux protestants par Napoléon qui voulait compenser la destruction des temples lors de la Révocation de l’Edit de Nantes. N’en regardez pas seulement l’architecture. Une église n’est pas un bâtiment de pierres anciennes et refroidies. Celles-ci sont le cadre séculaire d’une Parole qui résonne ici, notamment tous les dimanches et lors d’autres cérémonies depuis sa construction, en s’adaptant toujours à nouveau aux besoins et aux recherches humaines des Parisiens. On ne pense plus à Dieu, à la vie, à l’homme aujourd’hui comme jadis. Et ce n’est pas seulement parce qu’ici les protestants ont succédé aux catholiques mais aussi parce que la réflexion humaine évolue. Dieu est le même mais la manière dont on en parle change. L’Oratoire est résolument lancé dans une recherche protestante libérale.

Le libéralisme est une manière d’aborder dans un esprit libre et de manière historique et critique les doctrines chrétiennes et la lecture de la Bible. Il est né avec les Lumières du 18e siècle, notamment Voltaire et Rousseau.
Voltaire, mourant, griffonne ces derniers mots : « Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, en détestant la superstition. »
Jean-Jacques Rousseau, écrit une longue lettre à l’archevêque de Paris : « Monseigneur, je suis Chrétien, & sincèrement Chrétien, selon la doctrine de l'Évangile. Je suis Chrétien, non comme un disciple des Prêtres, mais comme un disciple de Jésus-Christ. Mon Maître [...] n'ordonnoit de croire que ce qui étoit nécessaire pour être bon. »

Le libéralisme s’est développé dans le catholicisme avec, entre autres, Ernest Renan et Alfred Loisy. Mais cette attitude de liberté dans la réflexion spirituelle a effrayé les autorités catholiques qui craignaient que l’on se détourne de l’autorité du pape et de l’Église. Elle effraye également les protestants conservateurs et les évangéliques craignant que l’on se détourne de l’inspiration divine de la Bible et de l’enseignement traditionnel des Réformateurs du 16e siècle. Nous ne partageons pas la conviction des fondamentalistes, catholiques ou protestants, qui enseignent qu’il ne faut pas mettre en question les affirmations considérées comme « fondamentales » - qui sont en général la divinité du Christ, sa naissance virginale, le sacrifice substitutif de la croix, le retour glorieux du Christ et le jugement dernier, la vérité historique de la Bible.

L’Oratoire fait sienne la tradition libérale. Le journal Evangile et liberté en transmet mensuelleent les idées. Je cite le résumé de sa spiritualité :

Par souci de vérité et de fidélité au message évangélique, refusant tout système autoritaire, nous affirmons :

La primauté de la foi sur les doctrines. Nous n’aimons pas les vérités intangibles qui prétendent enfermer le divin dans une expression définitive.

La vocation de l’homme à la liberté. La constante nécessité d’une critique réformatrice. Les textes bibliques sont le produit de contextes particuliers et n’apportent pas des réponses toutes faites aux questions d’aujourd’hui : ils sont à interpréter.

La valeur relative des institutions ecclésiastiques. Les Églises, en tant qu’institutions, sont utiles pour aider chacun à forger ses convictions, mais elles n’ont pas à imposer des normes de croyance ou de comportement.

Notre désir de réaliser une active fraternité entre les hommes et les femmes qui sont toutes et tous, sans distinction, enfants de Dieu. Le service du prochain nous paraît toujours supérieur à l’exactitude des discours sur Dieu. Nous sommes des croyants optimistes. Nous voulons être une école de la tolérance : nous ne condamnons pas ce qui nous est étranger et nous reconnaissons la valeur de l’autre.
Nous voulons être attentifs aux questions d’aujourd’hui plutôt qu’aux réponses d’hier. Favoriser le dialogue entre les religions et l’athéisme, avec les cultures contemporaines, au lieu de se résigner à un choc des cultures.

Vie paroissiale. L’assistance au culte du dimanche est nombreuse : 200 personnes le dimanche. L’instruction religieuse aussi, les enfants, adolescents, lycéens, jeunes aînés se réunissent avec plaisir et intérêt. Les adultes ont des réunions de réflexion biblique, des conférences sur les grands sujets d’actualité, des cours d’hébreu et de grec bibliques. L’œcuménisme avec notamment la paroisse Saint-Eustache est une de nos joies. Les repas pour les défavorisés aussi.

 

 


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