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La crucifixion en jaune   (1942-43)


 

Chagall et la Bible

 

Paris, musée d’art et d’histoire du Judaïsme

71 rue du Temple, Paris 3e

fermée le samedi

jusqu’au 5 juin 2011


.

 

Gilles Castelnau

 

3 mars 2011

Des dizaines de gouaches et de grands tableaux colorés et saisissants : c’est une très belle exposition. Pour mieux la comprendre, disons un mot de Marc Chagall.

 

Vitebsk

Il est né en 1887 dans l’empire russe près de la petite ville de Vitebsk dans un village juif que l’on nommait en yiddish un shtetl. Il y a été élevé dans la paix et la tendresse d’une mère juive qui lui a appris à lire et à aimer la Bible et les hommes, où il contemplait les murs des synagogues peints par les artistes naïfs du lieu.
Cette douceur l’a marqué pour toute sa vie :
« Malgré les difficultés de notre monde, je n'ai jamais renoncé en mon for intérieur à l'amour dans lequel j'ai été élevé, pas plus qu'à l'espoir de l'homme dans l'amour. Comme sur la palette d'un peintre, il n'y a dans notre vie qu'une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l'art, la couleur de l'amour ». (cité par Jacob Baal-Teshuva dans « Chagall », éd. Taschen).

 

Paris

Marc Chagall est venu à Paris à 23 ans, en 1910 comme un grand nombre d’autres jeunes peintres issus des quatre coins de l’Europe séduits par la liberté et la créativité du groupe amical et novateur qu’ils formaient ensemble et que l’on a appelé l’ « École de Paris ». Cette période aussi a été décisive pour Chagall.
En 1897, van Dongen était arrivé de Hollande, en 1904 Picasso, installé au « Bateau Lavoir » à Montmartre. Les Fauves avec Matisse exposaient au Salon d’Automne de 1905 et tiraient leur nom des couleurs gaies et franches dont ils aimaient jouer, ce que nous constaterons toujours sur les tableaux de Chagall. Brancusi était arrivé de Roumanie, en 1906, Modigliani d’Italie et Juan Gris d’Espagne, en 1909. Chagall va s’intégrer à son arrivée à ce joyeux et sympathique petit monde auquel vont encore s’ajouter Mondrian venu de Hollande, Foujita du Japon et enfin le terrible Soutine de Lituanie.
Picasso est descendu de Montmartre et ils se retrouvent tous à Montparnasse à la « Closerie des Lilas » à la « Coupole » ou au « Sélect ». Ils logent à la « Ruche », ancien pavillon de l’Exposition universelle, devenu logement bon marché.

Dans leur diversité et malgré leur manque d’argent endémique, ils vivent ensemble une heureuse paix tranquille. Les cafés de Montmartre et de Montparnasse explosaient de leurs conversations passionnées, d’interminables discussions théoriques, de colères et de rires. Ces jeunes artistes n’étaient pas tristes ! Ils n’étaient pas particulièrement politisés.
Chagall apprendra de Picasso à désarticuler les scènes qu’il représente ; il peindra en couleurs douces, comme les autres, des personnages apaisés, sensibles et émouvants dans une ambiance qui est celle de son shtetl bien-aimé. Ses tableaux nous ouvrent à un monde surnaturel, le monde du miracle, de la poésie. Les personnages volent dans le ciel comme des oiseaux. Au-dessus des toits. En l'air tout est possible, un monde nouveau surgit.
Lorsque, artiste reconnu, il se verra chargé par André Malraux, alors ministre de la Culture, de peindre le plafond de l'Opéra de Paris, il s'écriera, en repensant à cette fraternité de Montparnasse désormais lointaine :
« Nos rêves secrets n'ont besoin que d'amour. J'y ai travaillé de toutes mes forces et c'est avec gratitude que j'offre cette œuvre à la France et à son École de Paris sans lesquelles il n'y aurait pas de couleur, pas de liberté » (op.cit.).

 

La Bible

Les années passent. On est en 1930-31. Le marchand d’art et éditeur Ambroise Vollard découvre Chagall et a l’idée géniale de lui demander d’illustrer la Bible. On découvrira au musée 40 gouaches sur la Genèse et l’Exode. La guerre arrive, l’invasion nazie. Un ami réussit à faire échapper Chagall aux États-Unis. Il en reviendra dès 1948 et reprendra son projet d’illustration de la Bible qui correspond parfaitement à sa profonde foi juive et à son amour pour la Bible.
Il la lit dans une traduction réalisée par le poète yiddish Yehoyesh est dans la version Segond, courante dans le protestantisme français et aussi, étrangement, dans la traduction protestante dite « de Genève » du 17e siècle.

On se rend bien compte en observant ces tableaux bibliques qu’en bon Juif, Chagall n’illustre pas directement les scènes de la Bible mais les représente dans l’actualité contemporaine et... dans son imaginaire. En voici un exemple :

 

La Crucifixion en jaune

Chagall représente souvent le Christ crucifié. Ses amis juifs le lui ont reproché comme s'il trahissait sa religion. Mais Chagall demeure juif : il ne croit pas en un Dieu fait homme, une 2e personne de la Trinité, un sacrifice expiatoire apaisant la colère de Dieu du Péché originel par le sang de Jésus versé sur la croix. Il peint le crucifié comme l’archétype de l'homme souffrant, le symbole de tous ceux qui souffrent et qui meurent.
Il a peint aussi des fresque et dessiné des vitraux pour des églises catholiques.
Le Jésus représenté ici sur la croix porte les insignes de la piété juive avec son tefillin (le petit étui noir contenant un verset de la Tora) attaché sur son front, à la place de la traditionnelle couronne d’épines. On distingue aussi la lanière du tefillin qui fait plusieurs fois le tour de son bras gauche. On remarque l’immense rouleau vert de la Tora, un ange (vert lui aussi) qui souffle dans un shofar, la trompette sacrée juive et tient de l’autre main une bougie allumée. A gauche une femme aux seins nus, se tient la tête, de douleur sans doute. Un homme a les bras tendus. A droite le village shtetl en feu et des groupes d’habitants peut-être réfugiés ou déportés ?

Le martyre de Jésus est identifié à la souffrance du peuple juif entier.

 

Il y a aussi au musée juif des tables rondes sur Chagall et la Bible, des visites guidées de l’exposition et des animations pour les enfants.

 

 

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