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Spiritualité des images



Abildgaard, « Cauchemar », 1800

 

Abildgaard

Danemark, 1743-1809

 

Musée du Louvre,

Jusqu’au 9 février 2009

 

.

 

Gilles Castelnau

 

24 novembre 2008
Le rêve qui émeut cette belle femme (ci-dessus) est-il un horrible cauchemar hanté par cet étrange troll aux yeux brillants, aux oreilles pointues et dont la petite queue serpente entre les seins de la dormeuse ? Est-ce un voluptueux fantasme érotique ? Ou bien le peintre se laisse-t-il pénétrer du rêve mystique d’un monde surnaturel, peuplé d’êtres étranges et peut-être plus vivants que ne l’enseignaient les austères pasteurs luthériens danois ?

Cette étonnante exposition dont les commissaires sont Thomas Lederballe  et Elisabeth Foucart-Walter surprend le visiteur habitué à la peinture conventionnelle du 18e siècle français et l’ouvre à l’esprit libéré d’Europe du Nord.

 

Fragonard,  « Les hasards heureux de l'escarpolette » 1767


A cette époque, en France, la noblesse et la bourgeoisie fortunée
admiraient encore les jolies dames de la cour et des salons, en une douceur de vivre élégante et superficielle, égoïste et frivole, amoureuse du plaisir et... sceptique malgré son respect apparent de la pensée unique religieuse et officielle.




David, « Serment des Horaces »  1784

 

On voyait naître l’idéologie austère, solennelle, faite de la morale sans joie qui allait déboucher sur la Terreur de 1793 et la rigueur de l’Empire.

 



Ingres
, « Roger délivrant Angélique »  1819

 

Ingres et son romantisme conventionnel allait cantonner les esprits dans une glaciation intellectuelle interdisant toute pensée innovante et toute liberté spirituelle.

C’est pourquoi Nicolai Abildgaard nous surprend.


Nicolai Abildgaard, « L’Europe »  1785-1790
Allégorie d’une des quatre époques principales
de l’histoire de la culture européenne

Il ose représenter l’Europe sous l’apparence d’une jeune fille endormie.
Le crucifix derrière elle symbolise bien la religion officielle, ainsi que, devant elle, disposées de façon un peu étrange, un ciboire avec une grande hostie et la tiare papale, luxueuse avec ses belles couleurs bleue et dorée. Mais l’Europe qui n’en rejette pas les symboles n’en fait guère de cas puisqu’elle dort en leur présence.
Le crucifix, le ciboire et l’hostie sont des objets familiers du luthéranisme danois mais non pas la tiare qui est typiquement catholique, ainsi que le chapelet qui glisse des mains de la dormeuse indifférente. La critique vise donc davantage l’Europe du Sud catholique que l’Europe du Nord - et le Danemark - protestants.
La présence toute proche des Ottomans et croisés en plein combat sous l’oriflamme aux armes papales situe l’Europe par dessus les siècles dans une atmosphère d’impérialisme religieux dont la violence laisse la jeune fille indifférente.
A ses pieds brûlent des objets que l’état noirci du tableau ne permet pas de reconnaître, mais qui semblent bien être les restes symboliques des richesses de notre civilisation en train de se consumer.

La puissance de ce tableau n’est pas dans sa taille (29 cm sur 29 cm) qui est bien médiocre si on la compare à celui de David (4,25 m sur 3,30 m). Elle n’est pas dans la théâtralité des attitudes, le brillant des couleurs ou l’émotion qui s’en dégage.
Il s’agit d’une œuvre à la fois spirituelle, religieuse et politique. C’est l’humanisme des Lumières (Voltaire, Rousseau) qui franchit les frontières et envahit le Danemark par delà les décennies.
Et effectivement, comme l’écrit Élisabeth Foucart-Walter : « Le roi danois et ses conseillers ne firent aucune objection à cette présentation ».



Abildgaard, « l’Abolition de la résidence forcée en 1788 »

A la droite du roi Christian VII de Danemark, se tiennent deux figures féminines main dans la main : celle qui symbolise le royaume danois portant une tiare à trois lions. Elle donne l’accolade à son amie du duché de Holstein, coiffée d’une tiare à tête de taureau. Un paysan portant une faucille à la ceinture est agenouillé devant Christian VII et lui tend une gerbe de blé doré. Le roi brise un joug sur sa jambe droite : c’est le stavnsbaand, ou résidence forcée, une loi qui rivait à vie tout paysan au domaine où il était né. Cette loi fut abolie en 1788.
L’adhésion d’Abildgaard et la liberté d’expression qui régnait au Danemark lui permet cette œuvre symbolisant la « royauté éclairée » qui lui paraît, à juste titre, si importante.

C’est dans le même état d’esprit qu’Abildgaard dessine « Mirabeau présentant à Frédéric le Grand la Déclaration des Droits de l’Homme ». Le roi de Prusse était en effet, lui aussi, lui surtout, un « monarque éclairé », grand ami de Voltaire qu’il recevait à sa table et Abildgaard le donne en quelque sorte en modèle au roi Christian VII du Danemark.
La France, en pleine Révolution, n’aurait évidemment pas supporté une telle alliance de la royauté et du révolutionnaire Mirabeau au nom de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Dans le domaine de la liberté religieuse, on s’intéressera à la série représentant le « Voyage souterrain de Niels Klim » où la prééminence des autorités religieuse est radicalement mise en question : un tableau s’intitule « Les gardes emmènent un Potuan (nom de la population de ce royaume imaginaire) qui a osé discuter de l’existence de Dieu » et figure à côté de celui qui montre « Un Potuan qui a proposé l’égalité des droits des citoyens, est porté en triomphe ».

 



Abildgaard, « L’Archange Michel et Satan se disputant le corps de Moïse »
vers 1782

Ce dessin - crayon, plume, lavis et encre brune sur papier - illustre un passage obscur et peu connu de l’épître de Jude, dans le Nouveau Testament :

Ces hommes-là… méprisent l’autorité de Dieu, ils insultent les êtres glorieux du ciel. C’est là une chose que l’archange Michel lui-même n’a pas faite. Dans sa querelle avec le diable, lorsqu’il se disputait avec lui pour savoir qui aurait le corps de Moïse, Michel n’osa pas porter une condamnation insultante contre le diable.  Jude 9.

Le protestant Abildgaard se montre grand lecteur de la Bible, même si, dans son libéralisme, comme le remarque Elisabeth Foucart-Walter, il réalisera d’autres dessins du même sujet qui seront très satiriques et même grivois : son 4e dessin montre Satan, figuré tel un satyre, qui se saisit de la barbe de Moïse par derrière, tandis que l’archange s’agrippe fermement au sexe du prophète...

 

 


Abildgaard, « Sapho et une fille de Mytilène » 1809

A la fin de l’exposition deux tableau représentent tranquillement des scènes homosexuelles masculine et féminine, en les mettant sous l’autorité de l’antiquité.

Plutôt qu’une recherche d’un esthétisme charmant, d’une beauté sublime ou de la noblesse de certains caractères, Nicolaï Abildgaard, « peintre philosophe », s’engage et nous entraîne dans une découverte décapante sans contrainte de l’humanisme politique et religieux qui avait cours dès son époque, non seulement dans la France révolutionnaire, mais au Danemark, en Prusse, en Angleterre et dans toute l’Europe du Nord.

 

 

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