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Salvado Dali, Les Montres molles, 1931

Dada

 


 

Gilles Castelnau

8 mars 2018 

Il y a 100 ans, le 23 mars 1918, le « Manifeste Dada » est lu par le jeune artiste roumain Tristan Tzara à Zürich dans le palais « Zunfthaus zur Meise » qui est un prestigieux lieu de réunion.

Le mouvement Dada est une réaction au conformisme de l’époque : on est en pleine guerre mondiale, les idéologies patriotiques, nationalistes dominent l’Allemagne impériale et la France républicaine et le groupe Dada élève une protestation anarchiste, nihiliste, fondée sur la dérision. Il réunit aussi bien des Allemands que des Français ou des membres d’autres nationalités européennes, tous scandalisés par les atroces massacres de la guerre.

Le mouvement Dada n’entend pas créer mais détruire l’ordre établi, en commençant par l’art, en rejetant l’idée de chef-d’œuvre. Il fait descendre l’artiste de son piédestal et revendique un art à l’image de la vie. Il veut faire table rase du passé et démolir le monde bourgeois avec ses propres armes pour construire sur ses ruines et dans la dérision, une mentalité nouvelle.

Parmi eux se fait remarquer un jeune Roumain affublé d'un éternel monocle et d'un surnom sonore : Tristan Tzara. Hans Arp, l’un d’entre eux, a écrit (ce qui n’est d’ailleurs peut-être pas vrai !) : 
« Tzara a trouvé le mot dada le 8 février 1916 à 6 heures du soir au cabaret Voltaire de Zurich ; j’étais présent avec mes 12 enfants lorsque Tzara a prononcé pour la première fois ce nom qui a déchaîné en nous un enthousiasme légitime. Cela se passait au Café de la Terrasse à Zurich et je portais une brioche dans la narine gauche. »

Ce nom de « Dada » n'a pas de signification particulière. Il a été choisi arbitrairement pour baptiser ironiquement le groupe : Tzara, dit-on, a introduit une lame de couteau entre les pages d’un dictionnaire et a relevé le mot qu’il désignait ainsi.

Instantanément des mouvements dadas se sont créés dans les grandes villes allemandes : Berlin, Hanovre et Cologne. En France, des Manifestes sont parvenus jusqu’à Paris, malgré la censure militaire et l’hostilité évidente du moment contre tout ce qui était « germanique ».

Il y avait d’ailleurs déjà eu un Manifeste littéraire, publié sous forme de tract, en février 1915, à Berlin, par Hugo Ball et Richard Huelsenbeck qui se déclaraient « négativistes » : 
« Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire dans le progrès. Nous ne nous occupons, avec amusement, que de l’aujourd’hui. Nous voulons être des mystiques du détail, des taraudeurs et des clairvoyants, des anti-conceptionnistes et des râleurs littéraires. Nous voulons supprimer le désir pour toute forme de beauté, de culture, de poésie, pour tout raffinement intellectuel, toute forme de goût, socialisme, altruisme et synonymisme. »

Et nous arrivons au 23 mars 1918, il y a donc exactement un siècle.
Tristan Tzara a 22 ans. Il lit, dans la belle Zunfthaus zur Meise de Zürich le « Manifeste Dada » qui est un texte très long, absurde, contradictoire, significatif du refus du mouvement de tout conformisme :

J'écris un manifeste et je ne veux rien, je dis pourtant certaines choses et je suis par principe contre les manifestes, comme je suis aussi contre les principes (décilitres pour la valeur morale de toute phrase - trop de commodité ; l'approximation fut inventée par les impressionnistes). J'écris ce manifeste pour montrer qu'on peut faire les actions opposées ensemble, dans une seule fraîche respiration ; je suis contre l'action ; pour la continuelle contradiction, pour l'affirmation aussi, je ne suis ni pour ni contre et je n'explique pas car je hais le bon sens.
[...]
L'œuvre d'art ne doit pas être la beauté en elle-même, car elle est morte ; ni gaie ni triste, ni claire, ni obscure, réjouir ou maltraiter les individualités en leur servant les gâteaux des auréoles saintes ou les sueurs d'une course cambrée à travers les atmosphères. Une œuvre d'art n'est jamais belle, par décret, objectivement, pour tous.
La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement, pour chacun, et sans le moindre caractère de généralité. Croit-on avoir trouvé la base psychique commune à toute l'humanité ? L'essai de Jésus et la bible couvrent sous leurs ailes larges et bienveillantes : la merde, les bêtes, les journées.
Comment veut-on ordonner le chaos qui constitue cette infinie informe variation : l'homme ? Le principe « aime ton prochain » est une hypocrisie. « Connais-toi » est une utopie mais plus acceptable car elle contient la méchanceté en elle.Pas de pitié. Il nous reste après le carnage l'espoir d'une humanité purifiée.

Je parle toujours de moi puisque je ne veux convaincre, je n'ai pas le droit d'entraîner d'autres dans mon fleuve, je n'oblige personne à me suivre et tout le monde fait son art à sa façon, s'il connaît le joie montant en flèches vers les couches astrales, ou celle qui descend dans les mines aux fleurs de cadavres et des spasmes fertiles.
Stalactites : les chercher partout, dans les crèches agrandies par la douleur, les yeux blancs comme les lièvres des anges. Ainsi naquit Dada d'un besoin d'indépendance, de méfiance envers la communauté.

Ceux qui appartiennent à nous gardent leur liberté. Nous ne reconnaissons aucune théorie. Nous avons assez des académies cubistes et futuristes : laboratoires d'idées formelles. Fait-on l'art pour gagner de l'argent et caresser les gentils bourgeois ? 

Tristan Tzara écrira en 1920 dans la revue Littérature :

Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l’article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l’une après l’autre.
Copiez-les consciencieusement dans l’ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d’une sensibilité charmante, encore qu’incomprise du vulgaire.

Il y maintenant les « néo-dadaïsme », on dit aussi les « surréalistes » : Francis Picabia, Marcel Duchamp, Salvador Dali, Max Ernst, Yves Tanguy, René Magritte.

On joue aux petits papiers : Pour prolonger l’absurde, chacun écrit un nom, on plie le papier, on le passe à son voisin qui écrit un verbe, puis un complément. Cela donne la fameuse phrase restée comme un drapeau :
« Le cadavre exquis boira le vin nouveau. »

L’ambiance est tolérante et apaisée. Loin de toute violence. Salvador Dali va jusqu’à peindre des Montres Molles en 1931 et déclare que « la vision du fromage fondu est en réalité la définition la plus parfaite que puissent donner du concept espace-temps les spéculations mathématique les plus élevées. »

Et ce mouvement persiste plus que jamais : en 1945 Jacques Prévert publie ses « Paroles » dont certaines sont très antimilitaristes :

J’ai mis mon képi dans la cage et je suis sorti avec l’oiseau sur la tête
Alors on ne salue plus a demandé le commandant
Non on ne salue plus a répondu l’oiseau
Ah bon excusez moi je croyais qu’on saluait a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper a dit l’oiseau.


L’amiral Larima
la rime à quoi ?
La rime à rien
l’amiral rien.

Et tout ceci a pris naissance, dit-on, il y a un siècle, lorsque Tristan Tzara a lu à Zürich le « Manifeste dada »




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