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Spiritualité des images


Le Regard du Christ Dans l’art


Temps et lieux d’un échange



François Bœspflug

 

livre d'art

Ed. Mame-Desclée

264 pages - 49 €

 

Gilles Castelnau

 

 

Le Christ à la colonne, Antonello de Messine, vers 1478
Faces pathétiques et visages souverains, de 1440 à 1610 Visages de Christ pathétiques

 

18 janvier 2015

Dans ce magnifique livre d'art, l’auteur a choisi de présenter la manière dont le visage et le regard du Christ ont été représentée depuis l’origine jusqu’à nos jours. Il survole ainsi tous les siècles, l’art paléochrétien, l’art médiéval, l’art de la Renaissance, la « gloire du Sauveur du Monde des 17e et 18e siècles, le « regard du Christ dans l’art du XIXe siècle et enfin s’interroge sur l’ « éclipse du visage christique au XXe siècle ». Chacun a sa propre conception de sa relation avec Dieu et avec le Christ et l’auteur en bon théologien aiguise notre réflexion.

Évidemment la compréhension que l’on a de Dieu et du Christ est singulièrement rétrécie lorsqu’on la réduit au seul regard du Christ en ignorant son ministère, ses enseignements et ses actes. On est tenté de ne plus considérer que le regard de la divinité projeté sur nous : est-il bienveillant ou accusatoire ? Ce choix du dominicain qu’est le Père François Bœspflug tend à nous engloutir dans une union mystique contemplative un peu statique avec un Christ divinisé. Nous risquons bien d’être limités dans notre spiritualité, devant cette interrogation qui nous transperce, soit à une émotion qui nous exalterait, soit à un sentiment culpabilisant de notre insuffisance humaine. Le lecteur décidera. En voici quelques exemples.

 

.

 

Salvator mundi, Le Greco, 1610-1614

page 14

Introduction

 

[...] Le Christ peint de face, les yeux grands ouverts, regarde-t-il vraiment le spectateur ? L’a-t-on peint ou sculpté à dessein pour éveiller chez ce dernier l'impression d'être regardé ? D'être dévisagé ? D'être le point de mire d'un tableau ? Est-il dans l'illusion s'il se sent regardé ? Doit-il se soupçonner de céder à l'envie de se croire intéressant quand il se sent aimé, pardonné, attendu, ou au contraire surveillé, scruté, jugé, condamné par une figure de Christ qui regarde ? Est-il légitime de parler d'échange de regards entre le Christ et les spectateurs ? C'est un premier lot de questions, qui déclenche une seconde avalanche, du moins chez I'historien qui sommeille dans bien des visiteurs de musées. [...]

Et si l'on s'aventure en direction de la spiritualité et de la théologie, est-il sensé de spéculer sur les finalités du regard du Christ regardant les fidèles ? Serait-ce pour s'exposer, vulnérable, et se donner à eux ? Ou pour les éveiller ? Les réveiller ? Les convaincre qu'il les aime et les inviter à l'aimer en retour ? Ou pour les juger, les jauger, les avertir, les menacer, leur faire peur, manifester son courroux ?
[...]

Cet ouvrage, conçu et écrit par un théologien historien, ambitionne non seulement de réjouir et surprendre le regard mais aussi de nourrir l'esprit de ses lecteurs et de lui transmettre le virus bénéfique de la curiosité aiguë, exercée aussi bien vers l'extérieur que dans le retour sur soi. Notre propos est donc d'entraîner à regarder, mais aussi à s'interroger sur le type de relation que la direction et la qualité du regard du Christ sont susceptibles d'instaurer avec le spectateur. Pour échapper à l'arbitraire et au subjectivisme, il s'est donné pour règle de satisfaire simultanément aux exigences spécifiques de la théologie universitaire, et des deux principales sciences humaines concernées par le sujet, possédant chacune sa méthodologie propre, à savoir l'histoire (l'histoire tout court et l'histoire des religions) et l'histoire de l'art. L’enquête se veut rigoureuse et documentée, raison pour laquelle les notes, voulues sobres, ont été maintenues, nonobstant le côté « beau livre » de l'ouvrage. Nous livrons en outre une bibliographie et cinq index (des citations bibliques, des sujets, motifs et thèmes iconographiques, des artistes, des auteurs et des lieux).

 

page 146

 

La gloire du Sauveur du monde, de 1610 à 1800

 

Rembrandt

Le Christ ressuscité, Rembrandt

 

 

Les têtes de Christ de Rembrandt

Les portraits de Christ qu’il a réalisés font apparaître celui-ci « en toute simplicité », sans les insignes traditionnels de sa dignité ni de sa charge. La série qu’ils forment, à la fois originale et homogène, mérite une attention spéciale. Elle présente trois caractéristiques. [...] Ce sont de vrais portraits. Avait-on osé Jusqu’alors faire du Christ un portrait ? Rembrandt révèle que le visage du Christ, dans l'art jusqu'à lui, ne relevait pas du genre du portrait, du moins en général.

Une deuxième caractéristique de Rembrandt pourrait être d'avoir osé donner à son Christ l'allure d'un homme ordinaire. Le visage qu'il lui prête, quelque peu mangé par une chevelure et une barbe fournies, brille surtout par la bonté, la vulnérabilité, la simplicité. Cette dernière, en particulier, tranche avec la tournure hiératique de la majorité des figures de Christ dans l'art : celui de Rembrandt, qu’il soit en buste ou en pied, n'est jamais raide ni carrément frontal, il y a toujours quelque chose de souple, de modeste, d'humble dans son attitude. On le dirait désireux de se fondre, de s'effacer, de passer inaperçu. C'est tout juste s'il ne s'excuse pas d'apparaître. Son regard ne s'impose pas, ne fixe pas, ne darde pas. Il effleure, frôle, dérive doucement, la tête souvent s'incline pensivement. Chercher à croiser le regard du Christ de Rembrandt est une entreprise vouée à l'échec. S'il se laisse regarder, il ne fixe pas le spectateur.
[...]
Cet homme ordinaire, de par l'intention bien établie de son créateur, a censément l'allure d'un Juif si tant est que cette expression ait du sens.

L’enquête historique l'a démontré preuves écrites à l'appui : non seulement Rembrandt n’a aucune réticence à figurer Jésus en Juif, mais il a tenu à le rendre à son peuple d'origine et a payé un jeune Ashkénaze pour des séances de pose - en vue de construire une figure de Juif tel qu'ils étaient perçus dans le lieu et à l'époque où Rembrandt vivait, du fait de sa proximité avec certains membres de la communauté juive d'Amsterdam.

 

page 165

 

Le regard du Christ dans l’art du XIXe siècle.

Nazaréens et préraphaélites

William Hunt

a

hunt .1 • La Lumière du monde (première version), William Hunt, 1851-1853

 

La version la plus ancienne de La Lumière du monde (1851-1353), un thème qui était devenu aussi rare à cette époque qu'il fut répandu dans l'art byzantin, montre un Christ regardant pensivement vers le bas.

 

hunt. 2. La Lumière du monde (seconde version), William Hunt, vers 1900

 

Celle, très postérieure (vers 1900-1904 ; Londres, cathédrale Saint-Paul) qui a fait le tour du monde anglophone (1905-1907) en soulevant l'enthousiasme et en provoquant bien des miracles, a un Christ fixant le spectateur ; l'une et l'autre le montrent en pied portant une lanterne et frappant à une porte close, de nuit. On aimerait savoir dans quelles conditions et pour quels motifs Hunt a modifié la direction du regard de son Christ, un demi-siècle après la première version.

 

page 189

Éclipse du visage christique ?

des impressionnistes au début du XXIe siècle

Jawlensky

jawlensky : Visage du Rédempteur, 1920

 

On peut discuter sur la qualité du regard et être d'avis qu'il « nous traverse sans nous rencontrer vraiment », « nous transperce sans nous voir ». Il est permis toutefois de sentir différemment, et de ne pas accorder que « le visage prend ici un aspect fermé, inaccessible ». Car l'immobilité frontale, surtout quand les yeux sont clos, a quelque chose d’un consentement à être contemplé.

page 191

Rouault : Ecce Homo, Georges Rouault, 1938-1939

Rouault

« Il ose susciter des visages de Jésus, dont on n’avait plus vu d'exemple aussi convaincant en Occident depuis le Moyen Âge. Des visages allongés, au front bas, avec un nez immense [...] et des yeux enfouis dans leurs profondes orbites. Et de ces yeux jaillit un regard fulgurant [...], un regard indicible où s'unissent majesté, souffrance et amour, humanité et surnaturel. Pour la première fois depuis des siècles, un artiste réussissait à créer une image valable de l'Homme-Dieu

page 196

Ciry

Christ rompant le pain à Emmaüs, Michel Ciry.

Michel Ciry est né en 1919. Il a pratiqué plusieurs formes d'art : peinture, gravure, composition musicale, écriture d'un journal. Son œuvre picturale est d'un croyant à la fois calmement affirmatif, têtu et résistant. Elle semble placée tout entière sous le signe d'une paire d'yeux aux iris d'un noir de charbon, portée par des corps secs voire ascétiques, dans des toiles à fond aveugle, dénué de tout décor, privant d'emblée le spectateur de toute distraction visuelle et le conduisant donc à n'accorder d'attention qu’aux figures du tableau, lesquelles renvoient elles-mêmes, toujours, vers leur centre de gravité, c'est-à-dire aux yeux des personnages, souvent tournés vers le spectateur, dans un climat de silence grave et de concentration extrême. Jamais un sourire. Les bouches sont closes. Les visages aussi, à certains égards. Mais le bruit du monde paraît suspendu, au profit de la musique de l'âme. Ciry répudie tout bavardage, toute complaisance.

 

 

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