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Spiritualité des images


Félix Vallotton, le Mensonge (1898)

 

Félix Valloton

le feu sous la glace

(1865-1925)

 

Paris, Grand-Palais

jusqu’au 20 janvier 2014

 

Gilles Castelnau

3 octobre 2013

Nous sommes à Paris en 1888. Félix Vallotton, arrivé de sa Suisse natale, s’est joint à Paris au groupe des « Nabis », jeunes peintres entraînés par Paul Sérusier et Maurice Denis dans l’imagination passionnée d’une nouvelle peinture libre et colorée, capable d’exprimer le secret des pensées humaines.

Ce titre de « Nabi » vient du mot hébreu désignant les « prophètes » de la Bible (Esaïe, Jérémie, Élie etc) qui ne prétendaient pas révéler l’avenir du monde mais faire prendre conscience au peuple de la transcendance divine pénétrant l’univers.

Paul Sérusier était revenu de Pont-Aven, subjugué par la puissance de la peinture de Paul Gauguin, ses lignes un peu frustes et la violence de ses couleurs. Il ne voulait plus se contenter de reproduire la transparence et la lumière de l’air et de l’eau dans la nature comme s’y efforçaient les Impressionnistes ni décrire le poids de l’humanité souffrante comme le faisaient les Réalistes.

Il s’agissait désormais de rendre par la peinture visible l'invisible, suggérer la vérité profonde des choses et transcender la réalité.

Maurice Denis écrivait même : « L’art est avant tout un moyen d’expression, une création de notre esprit dont la nature n’est que l’occasion ».

Les Nabis se réunissaient au café Volponi sur les grands boulevards qu’ils nomment leur « temple ». La spiritualité y était très présente, pas très orthodoxe, souvent ésotérique et changeante, influencée notamment pour certains d'entre eux par le penseur chrétien hétérodoxe Rudolf Steiner et son universalisme humaniste.

Félix Vallotton a complètement abandonné le protestantisme de sa ville de Lausanne et son exigence puritaine valorisant le travail, l'honnêteté, la vérité et abhorrant le mensonge et la débauche sexuelle. Il ne s'ouvre pas pour autant aux pensées mystiques de ses compagnons, trop proches peut-être du libéralisme un peu déstructuré répandu dans le protestantisme de son époque qu'il connaissait trop bien. Étrange « nabi », il ne croit plus en rien et ricane en tous cas de la bonne éducation qu'il a reçue. Les personnages qu'il peint sont bourgeoisement vêtus et convenablement installés mais leurs sentiments sont douteux, peu avouables et le défoulent certainement. Certains titres sont d'ailleurs tout à fait explicites :

Le tableau placé ci-dessus en exergue se nomme « Le Mensonge ». Il y a mensonge entre cet homme et cette femme enlacés amoureusement, dit le titre. Est-ce elle qui ne l’embrasse pas comme on pourrait le penser mais lui chuchote un mensonge à l’oreille ? Est-ce lui qui, par son silence, lui laisse croire...

 

le Repos (1911)

 

Et cette femme qui regarde avec un petit sourire celui (ou celle ?) qui s’avance vers elle ou qui, au contraire s’éloigne satisfait ou... fâché, n’est certainement pas en « repos » comme Vallotton cherche à le faire croire. Est-ce lui qui ment ou nous qui pensons n’importe quoi ?

 

Marthe Mellot (1898)

 

Le vêtement de cette femme est élégant et honorable mais l’expression de son visage est énigmatique. Ses yeux ne regardent pas de face, sa bouche est de côté et même ses bouclettes sont ambiguës.

En fait, Félix Vallotton se situe dans la ligne des symbolistes comme Gustave Moreau ou des préraphaélites anglais et met en évidence dans les scènes qu’il représente l’esprit qui s’en dégage. Mais à leur différence les sentiments que l’on découvre ne sont ni nobles ni élevés mais douteux et même pervers et c’est au visiteur d’hésiter devant chaque tableau à porter un jugement éthique positif ou négatif, accuser les personnages de vilenie ou s’en prendre au visiteur qui s’arrête devant le tableau dont les pensées se troublent.

 

la Chaste Suzanne   (1922)

 

Le récit biblique qui porte le même titre est celui d’une honnête femme convoitée et harcelée par deux vieillards (en réalité dans le récit des anciens du peuple). Vallotton représente effectivement ces deux hommes au crâne luisant dans une position tout à fait compromettante, mais le regard et le sourire de Suzanne n’ont rien de chaste et l’attitude qu’ils révèlent n’a rien de clair : agace-t-elle et provoque-t-elle ces deux hommes ? S’amuse-t-elle de leurs avances ? Va-t-elle se moquer d’eux et les repousser ou au contraire les accepter ?
La couleur rose du grand canapé n’est d’ailleurs pas celle d’un meuble de salon : serait-on dans une maison close ?
Mais si la scène était tout simplement celle d’une conversation innocente, toutes mes questions ne manifesteraient-elles pas alors que c’est mon propre esprit qui est pervers ?

 

le Provincial   (1909)

 

Cet homme, dont le titre nous dit qu’il vient de sa province, bien coiffé et au col élégant garde modestement les yeux baissés. Peut-être est-il intimidé par l’exubérance de la tenue de sa belle interlocutrice qui semble assurée et pressante. L’invite-t-elle à ce qu’il n’ose pas (encore) accepter ? La table et les verres semblent ceux d’un café. Une femme aussi superbe fréquente-t-elle un tel lieu ? Lorsqu’on vient de sa province sait-on se conduire dans une capitale qui s’avère être tellement impressionnante ?

 

La Malade (1892)

 

Les commissaires de l’exposition ont eux-mêmes rédigés un cartel au commentaire interrogatif : ils supposent une relation équivoque entre ces deux femmes. Et il est vrai que l’irruption assurée et qui semble envahissante de celle qui apporte une boisson ne correspond pas à celle d’une bonne ou d’une infirmière. Et la femme dans son lit se dresse dans son déshabillé d’un mouvement qui suggère qu’elle n’est pas vraiment malade et que son attente n’est pas centrée seulement sur la tasse de thé qu’on lui apporte.

 

Mimosas en fleurs à Cagnes

 

Les leçons de Paul Gauguin transmises par Sérusier ont été bien assimilées et les paysages de Vallotton sont splendides. Les couleurs sont sorties pures des tubes et la joie de vivre inonde la ville.

Une très belle exposition !

 

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