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Spiritualité des images


La reine Victoria photographiée par Alexander Bassano, 1882

 

Lawrence Alma-Tadema, Les Roses d’Héliogabale, 1888



Désirs et Volupté
à l’époque victorienne

 

 

Musée Jacquemart-André, Paris

jusqu’au 20 janvier 2014

Exposition présentée ensuite
à Rome au Chiostro del Bramante du 15 février au 5 juin 2014
à Madrid au Musée Thyssen-Bornemisza du 23 juin au 5 octobre 2014

 

 

Gilles Castelnau

 

17 septembre 2013

L’ère victorienne

L’Europe et notamment l’Angleterre traversent au 19e siècle une période où la rigidité morale domine. La reine Victoria, durant son très long règne (1837-1901) impose autour d’elle un puritanisme officiel asphyxiant.
Mais un esprit traditionnel de liberté marque les Anglais depuis des siècles (c’est en 1215 que les barons ont imposé la Magna carta, la « Grande Charte des libertés d'Angleterre » limitant l'arbitraire royal et promouvant l'habeas corpus, la liberté individuelle.)

L’intelligentsia anglaise, sans s’opposer frontalement à la reine, à ses prêtres et à ses moralistes réussit néanmoins à créer un espace ouvert profondément à l’éthique et à la joie de vivre d’un monde alternatif, fantasmé, imaginaire et pourtant résolument incarné dans l’art et dans la conduite quotidienne. (« Merry England » disait-on, « Joyeuse Angleterre »). L’an dernier, le musée d’Orsay s’en est magnifiquement fait écho avec la grande exposition (présentée ici) « Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde ». Le musée Jacquemart-André en prolonge ici le dynamisme pour le bonheur des visiteurs.

 

Les « maudites filatures » de William Blake

Le grand poète et peintre anglais William Blake a composé un poème sur ce thème qui, mis en musique, a rencontré immédiatement et connaît encore aujourd’hui un succès prodigieux Outre-Manche. [En voici le texte avec sa traduction et son étonnante exécution]. Sa conviction du destin exceptionnel de la grande île l’amène à reprendre une ancienne tradition selon laquelle Jésus lui-même aurait « marché sur les vertes montagnes d’Angleterre » et « fait briller son divin visage sur les collines brumeuses ». Et lorsque Blake constate que ses « agréables pâturages » sont défigurés par l’industrialisation et les « maudites filatures », il prend (poétiquement) les armes pour y « rebâtir Jérusalem ».

 

L’Aesthetic Movement

Les peintres que nous présente si bien le musée Jacquemart-André ne s’attaquent pas directement à l’establishment victorien et évitent toute marginalisation qui n’aurait pas été admise, mais en font le détour en prétendant illustrer des scènes officielles d‘un passé prestigieux.

Ainsi, ci-dessus les Roses d’Héliogabale, de Sir Lawrence Alma-Tadema, représentent l’atroce massacre que ce prince aurait accompli en ensevelissant sous des monceaux de roses les invités auxquels il faisait d’abord croire au luxe de se vautrer dans des fleurs. Mais le tableau de Tadema ne représente pas l’horreur de cette scène : les visages des assistants sont souriants et détendus ; aucune angoisse n’est suggérée. Bien que les détails soient peints avec une grande précision, la scène ne paraît pas réelle ; elle n’a rien de dramatique. C’est un monde fantasmatique bien éloigné de l’atmosphère compassée et raide de la cour de la reine Victoria.
Le spectateur est comme introduit dans un nouvel univers fait de luxe, de débauche, d’amusement, de couleurs et de gaité, qui n’est certes pas une critique de l’esprit de la monarchie, mais propose un rêve utopique. Le peintre sera, d’ailleurs, quelques temps après, anobli par la reine Victoria elle-même : on dira désormais « Sir Lawrence » et il sera enterré à Londres dans la cathédrale Saint-Paul.

 

William C. Wontner, La Joueuse de saz, 1903

 

Cette charmante jeune fille n’a aucune attitude sexy et provocante susceptible de scandaliser la société puritaine. Mais ses vêtements souples au tissu léger sont bien loin des lourdes crinolines et des corsets serrés des dames de la cour. Son instrument de musique, le tissu de son canapé, ses colliers et son calot montrent bien qu’elle vient « d’ailleurs », d’un monde où les filles peuvent regarder les hommes dans les yeux et avec simplicité, dans une attitude interrogative, offerte peut-être, sans être obscène, pensive certainement sans rien d’inconvenant. Bien séduisante en tous cas.

 

Frederic Leighton, Jeunes filles grecques ramassant des galets au bord de la mer, 1871

 

Les jeunes filles bien élevées n’étaient sans doute pas autorisées à ramasser en groupe des galets au bord de la mer vêtues de leurs robes d’apparat. Et même les petits vents d’Angleterre, sous un ciel menaçant, n’auraient pas soulevé leurs voiles dans des courbes baroques d’un aussi bel effet. Mais cette scène onirique ouvre l’homme du 19e siècle nostalgique de liberté et de beauté à l’imagination de songes heureux.

 

Lawrence Alma-Tadema, La Question, 1877

 

Cette scène d’amourette entre deux adolescents se passe sans doute dans un de ces lointains pays du soleil où la vie est plus facile et les relations entre garçons et filles intimistes et naturelles. Ces jeunes gens sont mignons et gracieux, ignorants des contraintes de la politesse traditionnelle et des principes désuets de la grande bourgeoisie londonienne. Les pensées s’évadent...

 

Frederic Leighton, Grenaia, la nymphe de la rivière Dargle, 1880

 

La peinture des femmes nues était une tradition française dans toutes les époques ; il n’en était pas de même dans la prude Angleterre. Frederic Leighton ne craint rien en ce domaine et peint pour pour le vicomte Powerscourt, un noble irlandais qui l’avait reçu dans son château, cette figure à la limite de l’érotisme, sans même prendre le prétexte de représenter Vénus ou Astarté dansant pour le roi Hérode. Cette nymphe est tout simplement celle de la rivière traversant en cascades les terre du vicomte, ce qui la rapproche de lui et lui suggère des fantasmes nouveaux.

 

« Merry England », Angleterre joyeuse, l’expression jaillit dans toutes les salles d’exposition du musée Jacquemart-André !

 

 

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