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Spiritualité des images


Ernst Ferdinand Oehme
Paysage du Erzgebirge au petit matin
avec deux ouvriers de la mine en prière, 1826

 

Ernst Ferdinand Oehme

(Dresde, 1797 - Dresde, 1855)

 

Musée du Louvre
alle E de Rohan, 2e étage

 

 

Gilles Castelnau

 

11 septembre 2013

Ce n’est pas un monde gai et lumineux que nous peint Ernst Oehme ! L’obscurité et le froid étreignent ces deux petits personnages en prière devant un crucifix dans un paysage hostile et sous un ciel plombé.

La commissaire Elisabeth Foucart-Walter, conservateur en chef au Département des peintures au musée du Louvre, cite dans le commentaire qu’elle fait de ce tableau la maxime du peintre Friedrich, maître de Oehme : « Ferme l’œil de ton corps afin de voir ton tableau d’abord par l’œil de l’esprit », montrant bien, dit-elle qu’il s’agit « d’un paysage qui ne se veut pas d’après nature mais pensé comme une méditation religieuse. »

Oehme l’a peint pour son mécène le prince Friedrich August de Saxe très fier de la puissance économique que son état tirait notamment des mines de fer et Elisabeth Foucart-Walter pense qu’il devait probablement être aussi sensible à la transcendance et à l’imprégnation morale, proposée par Oehme.
En effet le clocher pointu qu’on voit à droite est celui de la mine et sa cloche sonne les heures de travail au fond. Les deux hommes sont des mineurs. Leur place au centre du tableau et la lumière de leurs lanternes qui se reflète sur leurs visage focalisent l’attention et l’intérêt du visiteur. En les regardant attentivement on remarque que l’un est vieux et barbu et l’autre jeune et encore glabre. Si l’on pense que la lueur du ciel est celle du coucher du soleil, on comprend qu’ils viennent de finir leur journée de travail ou qu’ils vont la commencer s’il s’agit du lever du jour. Oehme ne peignait pas en plein air comme le feront les impressionnistes français mais en atelier et il ne s’est manifestement pas intéressé à représenter les effets de lumière.

Toujours est-il que les mineurs ont leur lampe allumée et Elisabeth Foucart-Walter (qui opte pour l’hypothèse du petit matin), interprète cette lumière comme le signe de leur illumination intérieure telle celle de soldats du Christ. En tous cas le spectateur est saisi de compassion de les voir prier dans un environnement aussi triste et sans vie, le brun de leurs vêtements les intégrant même à la couleur générale du paysage. Leur attitude d’humble prière devant le crucifié (ils ont la tête inclinée) suggère qu’ils se reconnaissent dépendre entièrement de la Providence divine.

On est tout à fait dans un univers religieux. Luthérien sans doute comme l’était alors la Saxe. C’est devant un grand crucifix que les deux hommes se recueillent pour s’en remettre à lui. Un dessin représentant le même sujet montre même la croix inclinée vers les deux fidèles, la silhouette de Jésus se faisant alors proche et tutélaire. Mais ici Oehme l’a redressée afin qu’elle rayonne sa présence sur l’ensemble du monde (un univers sombre et sans vie, maudit peut-être, « déchu » en tous cas par le « péché originel » dont les luthériens disaient qu’il n’était « sauvé » que par le sacrifice de la croix.

Elisabeth Foucart-Walter souligne la présence massive et lointaine, juste au dessus de la tête des deux fidèles et détachée sur le ciel lumineux d’une puissante forteresse, représentation probable de la seigneurie rassurante et invincible de Dieu que chantait le très populaire cantique de Luther : « Eine feste Burg ist unser Gott » (Dieu est notre citadelle).
Mais la forteresse est très lointaine, le crucifix bien symbolique, le paysage angoissant et la lumière des lampes des mineurs très faible. Aucun élément du tableau ne laisse espérer un quelconque dynamisme créateur soulevant l’espérance.

Ernst Oehme était sans doute un bel esprit humaniste mais il n’était pas gai.

 

Carl Johann Baehr : Portrait de Ernst Oehme

 

Son portrait par Carl Johann Baehr suggère une élévation de pensée et de sentiment et aussi une profonde mélancolie. Le romantisme allemand n’était guère souriant non plus.
Voyons, par exemple comme Friedrich présentait une nature torturée en peignant son Arbre aux corbeaux.

 

Caspar David Friedrich : L’arbre aux corbeaux (1822)

 

La France de la même époque n’avait pas les mêmes préoccupations religieuses, était moins intériorisée et manifestait un dynamisme éclatant bien différent.

 

Eugène Delacroix : la Liberté guidant le peuple  (1830)

 

Mais contrairement à la France, l’Allemagne gardait un bien mauvais souvenir de la réalité destructrice des invasions successives de la Grande Armée de Napoléon et de la splendeur de l’idéologie française et son mouvement romantique se repliait vers une spiritualité intériorisée très individualisée et orientée vers une nature que l’on représentait volontiers souffrante à l’image de l’humanité. « Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu'il voit en face de lui, mais aussi ce qu'il voit en lui. » a dit aussi Friedrich.

 

 

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