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Spiritualité des images

 


La Crucifixion

Pedro de Campana

1503 – avant 1587

 

Musée du Louvre
tableau du mois
aile Richelieu, 2e étage, salle 18

jusqu’au 4 février 2013

 

Gilles Castelnau

 

9 janvier 2013

Le musée du Louvre nous avait étonnés en choisissant comme « tableau du mois », au moment des Fêtes de fin d’année, « le Christ au Jardin des Oliviers ». Angoisse du Christ dans l’obscurité, au moment où les lumières clignotaient sur les Champs-Élysées voisins et où les foules se pressaient dans les grands magasins pour les achats de Noël. Le contraste était saisissant et donnait, certes, à penser.

L'actuel tableau du mois, en ce début d’année 2013 qui est inquiétant à juste titre pour nombre de nos concitoyens, est une Crucifixion où les trois suppliciés se débattent sur de très hautes croix sous un ciel noir et opaque, alors qu’au premier plan une tête de mort roule sur le sol où des hommes se battent à coups de poignard.

Comme l’écrit le commentaire plaqué sur le mur :
« Haine, douleur et adoration s’expriment dans la stridente vibration d’une palette très vive [...] Un crâne, les instruments de la Passion jonchent le sol stérile d’un monde livré à la violence et au désespoir. »
La commissaire Gwenola Firmin n’entend manifestement nous faire la grâce d’aucun drame qui ne saurait nous manquer durant cette année nouvelle.

Ce terrible tableau est peint à Séville entre 1545 et 1550. On est en pleine période de la Contre-Réforme, le concile de Trente bat son plein. L’Église invite les peintre à représenter fidèlement les scènes bibliques importantes dont les protestants parlent tellement (et à y ajouter des représentations édifiantes des saints les plus édifiants). Pedro de Campana fait ici la totale et suit de très près le récit de l’Évangile de Jean : un soldat perce de sa lance le côté de Jésus, un autre brise les jambes des deux autres condamnés pour hâter leur agonie (Jésus est déjà mort) ; la Vierge pleure debout, comme le rapporte Jean ; Marie Madeleine est à genoux. Les soldats jouent aux dés la tunique de Jésus (on voit les dés qui sont restés sur le sol) et se battent avec violence.

Pedro de Campana avait non seulement bien lu le 4e Évangile mais sa culture religieuse englobait aussi la Légende dorée : Gwenola Firmin croit en effet avoir repéré dans l’homme au turban vêtu de jaune à demi caché par le montant de la croix un homme guéri par le sang du Christ :
« Touchant, sans le vouloir, ses yeux voilés par la maladie ou la vieillesse avec le sang du Christ, qui coulait le long de sa lance, [Longin] put immédiatement retrouver une claire vision ».
Et la commissaire ajoute que si cet homme est vêtu à l’ottomane c’est, dans l’idée de Pedro de Campana pour lui donner la figure d’un de ces musulmans converti de force au christianisme par l’Inquisition instaurée par Isabelle la Catholique.

Cette magnifique peinture montre et symbolise la violence, la souffrance, la méchanceté, la tristesse, l’angoisse de notre monde. Est-il vraiment à sa place en ce début de janvier où l’on entre avec espérance dans une nouvelle année en multipliant nos bons vœux de bonheur et de prospérité ?
Certainement oui, dans la mesure où il nous rappelle la dureté de l’existence qu’il serait illusoire d’esquiver dans les bons sentiments, le champagne et le foie gras et que nous devrons affronter avec énergie et force intérieure.
L’évangéliste Jean, dont Pedro de Campana illustre ici si bien le récit, avait mis dans la bouche de Ponce Pilate la terrible interjection « voici l’homme ! » au moment où il présentait au peuple Jésus ensanglanté par la flagellation, portant la couronne d’épines et le manteau rouge de la scène de dérision.

L’homme dont la vie est effectivement si souvent angoissante peut à bon droit être symbolisée par une croix. Mais ce que Pedro de Campana n’a pas fait – et on touche par là même aux limites de son message – c’est d’insérer quelque part dans son tableau la petite lumière de foi et d’espérance qui éclatera à Pâques, le surlendemain de cette scène et dont le grand soleil de Résurrection remplacera la lumière froide de ce Vendredi saint.
Ce n’est jamais la mort et la violence qui ont le dernier mot dans notre monde mais le dynamisme créateur dont la puissance monte et se renouvelle toujours en nous.

C’est cette lumière de la Vie qui manque terriblement à ce tableau et c’est pourtant elle qui nous rend capable d’entrer courageusement et avec réalisme dans l’année 2013.

 

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