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Spiritualité des images

 

Jean Jouvenet, la Pêche miraculeuse, 1706
tableau destiné à l’église Saint-Martin des Champs de Paris

 

La Pêche miraculeuse

 

Jean Jouvenet, 1644-1717

 

Musée du Louvre, Sully, 2e étage

(salle actuellement fermée pour travaux)

 

Gilles Castelnau

 

17 novembre 2012

Un immense tableau de plus de 6 mètres de large sur presque 4 mètres de haut avec des personnages grandeur nature. Le spectateur est saisi, englobé dans une puissante scène animée et vivante. Sous un ciel chargé de nuages d’orage, de nombreux hommes – et quelques femmes – très occupés et se mouvant dans tous les sens. On ne comprend pas dans un premier temps ce qu’ils font.
L’un d’entre eux, au centre, blond à la grande barbe, vêtu d’un beau vêtement bleu et rose à larges plis, lève les bras au ciel en un geste qui est peut-être désespéré. Il est entouré de trois vieillards inclinés vers lui dont les gestes des mains révèlent sans doute une vive émotion ou peut-être une supplication.
Pendant ce temps, indifférents à ce qui pourrait être un drame, sur la droite, des hommes aux muscles puissants s’efforcent d’amarrer ce qui apparaît être un très grand bateau. Sur la gauche des femmes manipulent d’énormes poissons aux yeux bien vivants et menaçants.
Le personnage central (c’est le Christ !) sans faire acte lui-même de force, est bien au centre de toute cette activité puissante et dynamique : les muscles des pécheurs, la grosseur des poissons, l’activité des femmes sont sous sa direction. Ses bras et son visage levés vers le ciel montre que la puissance qui l'anime vient de Dieu.

 

détail

Nous sommes en 1706, à la fin du règne de Louis XIV qui aime le puissant et le grandiose. Jouvenet l’avait parfaitement assimilé (il était directeur de l’Académie royale de peinture) et cette œuvre gigantesque illustre davantage l’ambiance qui régnait à la Cour et dans les salons de Paris que le message de l’Évangile de Luc. Le titre officiel du tableau est, en effet, « la Pêche miraculeuse ».

L’Évangile de Luc dit ceci :

Luc 5.
(Jésus dit à Simon) :
- Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher.
Simon lui répondit :
- Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je jetterai le filet.
L'ayant jeté, ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au point qu'elles enfonçaient. Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit :
- Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.
[...]
Jésus dit à Simon :
-  Ne crains point ; désormais tu seras pêcheur d'hommes.
Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent.

Aucune vigueur particulière dans ce récit, aucune énergie surnaturelle. L’affirmation paisible qu’entrer en harmonie avec la « parole » de Jésus accorde une vie comblée, comme l’ont vécu Simon-Pierre et ses compagnons dans ce texte symbolique. Et promet le même ministère comblé à ces hommes qui vont être désormais apôtres « pécheurs d’hommes ».
Spiritualité concrète et confiante du texte bien différente de l’agitation extravagante du tableau valorisant une religion catholique bien trop associée à la grandeur prétentieuse du long règne finissant.

 

 

.

 

 

Claude Vignon La Pêche miraculeuse 1624
offert au chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Paris par la communauté des orfèvres

 

La Pêche miraculeuse

 

Claude Vignon, 1593-1670

 

Musée Carnavalet

peintures des églises de Paris au XVIIe siècle

jusqu’au 24 février 2013

 

Gilles Castelnau

 

La scène peinte par Claude Vignon est bien différente de la précédente. Deux personnages sont debout au centre du tableau. Un homme vêtu de bleu, tirant encore – car il va sans doute les lâcher dans le saisissement qu’il éprouve - sur deux cordes (dont on comprendra plus tard en laissant descendre notre regard vers le coin droit du tableau qu’il s’agit d’un filet de pêche). Sa tête est tournée en arrière, ses yeux sont fixés au-dessus de lui en un mouvement de rotation subit et sans doute inattendu. Il semble contempler l’invisible, le déconcertant, l’inconcevable.

Derrière lui, en effet, se dresse un personnage tout blanc, blême, au teint et au vêtement laiteux, comme un spectre. Son geste est maniériste, son allure n’est pas hostile mais il semble parler d’un ton tranquille et assuré.

A y regarder de plus près on voit ses mains et ses pieds marqués de blessures faites par des clous : c’est le Christ ressuscité d’entre les morts, détaché de la croix, vivant sans être pourtant revenu dans le monde des hommes.

Tous ne le voient pas : deux des pêcheurs ne se rendent compte de rien et poursuivent leur besogne. L’un d’eux pourtant aperçoit la vision. Claude Vignon a bien lu le texte de Jean dont le chapitre 21 décrit une apparition du ressuscité dans une atmosphère de mystère énigmatique.

Jean 21. 4-14
Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage ; mais les disciples ne savaient pas que c'était Jésus. Jésus leur dit :
- Enfants, n'avez-vous rien à manger ?
Ils lui répondirent :
- Non.
Il leur dit :
- Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez.
Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre :
- C'est le Seigneur !
Et Simon Pierre, dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer.
Les autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de poissons, car ils n'étaient éloignés de terre que d'environ deux cents coudées.
Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là des charbons allumés, du poisson dessus, et du pain. Jésus leur dit :
- Apportez des poissons que vous venez de prendre.
Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois grands poissons ; et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se rompit point. Jésus leur dit :
- Venez, mangez.
Et aucun des disciples n'osait lui demander :
- Qui es-tu ?
sachant que c'était le Seigneur. Jésus s'approcha, prit le pain, et leur en donna ; il fit de même du poisson. C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité des morts.

 

Claude Vignon montre bien ici que la présence du Ressuscité n’est plus celle des hommes de notre monde mais qu’il apparaît à un autre niveau d’existence, accessible à la foi seulement.
Jean suggérait au chapitre précédent que le Christ ressuscité est désormais proche des hommes mais que l’on ne peut naturellement plus avoir accès à lui face à face. Il vient comme « par derrière » et on ne le « reconnaît » pas directement. Ainsi le récit de l’ « apparition » à Marie-Madeleine dans le jardin près du tombeau :

Jean 20.15-17
Elle se retourna, et elle vit Jésus debout ; mais elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit :
- Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?
Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit :
- Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.
Jésus lui dit :
- Marie !
Elle se retourna, et lui dit en hébreu :
- Rabbouni !
c'est-à-dire, Maître !
Jésus lui dit :
- Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père.

Claude Vignon était fils d’un protestant, récemment converti au catholicisme mais habitué comme ses coreligionnaires à la lecture de la Bible. Son frère aîné, Guillaume, était pasteur à Aubusson. On était couramment protestant en cette période du règne de Louis XIII où la relative tolérance de l’Édit de Nantes était encore respectée.
Ce tableau manifeste une profonde compréhension de la pensée johannique et une excellente exégèse du texte révélant certainement une méditation attentive de la Bible.

 

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