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Spiritualité des images

 

 


La Mort de Saphire

1718

 

Sébastien II Le Clerc

 

Musée du Louvre
tableau du mois
aile Richelieu, 2e étage, salle 18

jusqu’au 3 décembre 2012

 

Gilles Castelnau

 

11 novembre 2012

Voici le texte biblique qu'illustre ce tableau

Actes de apôtres, 4.32-5.15
La multitude de ceux qui avaient cru n'était qu'un cœur et qu'une âme. Nul ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais tout était commun entre eux.
Les apôtres rendaient avec beaucoup de force témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus. Et une grande grâce reposait sur eux tous.
Car il n'y avait parmi eux aucun indigent : tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de ce qu'ils avaient vendu, et le déposaient aux pieds des apôtres ; et l'on faisait des distributions à chacun selon qu'il en avait besoin.
Joseph, surnommé par les apôtres Barnabas, ce qui signifie fils d'exhortation, Lévite, originaire de Chypre, vendit un champ qu'il possédait, apporta l'argent, et le déposa aux pieds des apôtres.

Un homme nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une propriété, et retint une partie du prix, sa femme le sachant ; puis il apporta le reste, et le déposa aux pieds des apôtres.
Pierre lui dit :
-  Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit, et que tu aies retenu une partie du prix du champ ? S'il n'avait pas été vendu, ne te restait-il pas ? Et, après qu'il a été vendu, le prix n'était-il pas à ta disposition ? Comment as-tu pu mettre en ton cœur un pareil dessein ? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu.
Ananias, entendant ces paroles, tomba, et expira.
Un grand saisissement saisit tous les auditeurs. Les jeunes gens, s'étant levés, l'enveloppèrent, l'emportèrent, et l'ensevelirent.
Environ trois heures plus tard, sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé. Pierre lui adressa la parole :
-  Dis-moi, est-ce à un tel prix que vous avez vendu le champ ?
-  Oui, répondit-elle, c'est à ce prix-là.
Alors Pierre lui dit :
-  Comment vous êtes-vous accordés pour tenter l'Esprit du Seigneur ? Voici, ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t'emporteront.
Au même instant, elle tomba aux pieds de l'apôtre, et expira. Les jeunes gens, étant entrés, la trouvèrent morte ; ils l'emportèrent, et l'ensevelirent auprès de son mari.
Un grand saisissement s'empara de toute l'assemblée et de tous ceux qui apprirent ces choses.

Beaucoup de miracles et de prodiges se faisaient au milieu du peuple par les mains des apôtres. Ils se tenaient tous ensemble au portique de Salomon, et aucun des autres n'osait se joindre à eux ; mais le peuple les louait hautement.
Le nombre de ceux qui croyaient au Seigneur, hommes et femmes, s'augmentait de plus en plus en sorte qu'on apportait les malades dans les rues et qu'on les plaçait sur des lits et des couchettes, afin que, lorsque Pierre passerait, son ombre au moins couvre l'un d'eux.

 

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Ce récit – évidemment légendaire - de la mort d’Ananias et Saphira n’a pas pour but de montrer la cruauté et l’instinct de lucre de saint Pierre et des autres apôtres. Le récit ne dit d’ailleurs pas que les apôtres faisaient régner autoritarisme et terreur mais au contraire que « le peuple les louait hautement. »
Les paragraphes dits d’ « énonciation » qui précèdent et suivent le texte créent plutôt l’ambiance d’un monde surnaturel ayant trouvé place aux temps anciens de la naissance du christianisme. Une telle organisation sociale de la Première Église existait surtout dans la conception enthousiaste qu'en avait Luc, l'auteur des Actes, lorsqu'il a écrit son livre un demi-siècle après les événements narrés ; elle n’aurait évidemment pas pu durer après que le dernier champ ait été vendu et son produit distribué !

Au milieu de tous ces miracles fantastiques montrant l’extraordinaire dynamisme de l’irruption du monde de Dieu, la mort subite d’Ananias et Saphira, qui viennent tout gâcher par leur hypocrisie, ne doit pas susciter la compassion mais l’horreur et le vif désir de se détourner d'une pareille attitude destructrice. Ce récit montre de manière imagée, à la manière des mashals hébreux, la mort qui survient lorsqu'on se détourne du grand Mouvement de la Vie !

 

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détail des visages

 

C’est d’ailleurs bien ce que décrit ce tableau de Sébastien II Le Clerc. Mais celui-ci a étonnamment surélevé la représentation de Pierre et l’a placé à côté d’une gigantesque colonne cannelée, comme le relève dans son commentaire la commissaire Christine Gouzi. Il lui a attribué une grande barbe blanche, un très important manteau aux plis majestueux. L’élévation de sa tête montre son appartenance, d’une certaine manière, au monde céleste.
Par contre l’enthousiasme fraternel de la foule des fidèles, « multitude n’ayant qu'un cœur et qu'une âme » a beaucoup moins intéressé le peintre. Au contraire, les visages des témoins ne révèlent aucune horreur ni aucune implication dans ce drame du - relatif – détournement de Saphire de la grande unité divine et fraternelle.

 

 

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Je m’inquiète donc lorsque j’apprends qu’un tel sujet était destiné à soutenir la méditation des fidèles de l’église Saint-Germain-des-Prés en 1718, triste période d’autoritarisme royal (Le Régent Philippe d’Orléans gouvernant pendant la minorité de Louis XV prolongeait les persécutions de Louis XIV) appuyé sur les évêques qui se voulaient les gardiens de l’obéissance à l’Église catholique. La mort - réelle celle-là, nombreuse et incomparablement plus cruelle - des « hérétiques » protestants n'était en rien la conséquence de leur abandon de l'idéal dynamique et fraternel de la Vie, comme c'était le cas pour Ananias et Saphira, mais leur refus de se soumettre à la lamentable pensée unique de la monarchie absolue. Sébastien II Le Clerc aurait dû prendre conscience de l'amalgame qu'il élaborait en peignant ce tableau - sous l'influence évidemment de ses commanditaires.

Les protestants souffraient de la Révocation de l’Édit de Nantes jetant sur les routes de l’exil des centaines de milliers d’entre eux, envoyant aux galères ceux qui s’étaient laissé capturer, brûlant vif ou pendant les pasteurs, saisissant les enfants, emprisonnant les femmes, en exécutant certaines. Ces victimes pour la foi ressemblaient alors aux yeux des fidèles contemplant ce tableau à Saphire condamnée par saint Pierre.

Les catholiques jansénistes eux aussi voyaient redoubler la persécution de l’Église officielle soutenue par le pape.

Les catholiques quiétistes également : Fénelon et Mme Guyon n'avaient, certes, pas été exécutés par leur grand adversaire qu'était Bossuet l'évêque de Meaux mais on pouvait sans doute reconnaître celui-ci dans le personnage de saint Pierre !

Il ne fallait pas, à l'époque, s’opposer à l’autorité officielle qui se réclamait directement de Dieu. Sébastien II Le Clerc représente en fait dans son tableau l’autorité indiscutable, légitime  et divine d’un vieillard prétentieux. Le contempler sans esprit critique ne peut évidemment faire aucun bien au malheureux fidèle entré en 1718 dans l’église Saint-Germain des Prés.

 

Voir aussi : Musée Carnavalet, peintures des églises de Paris au XVIIe siècle

 

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