Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Spiritualité des images

 

Boccace, La petite bohémienne, 1505


Bohêmes

Paris, Grand Palais

jusqu’au 14 janvier 2013

Dieu voit tout mais il ne dit rien à personne

proverbe Rom

Gilles Castelnau

 

28 septembre 2012

Cette étonnante exposition montre de manière fort sympathique – et esthétique - la présence des tsiganes tels qu’on se les représentait dans les siècles passés dans les différents pays d’Europe.
Le contraste est saisissant avec le chatoiement des belles dames de la Troisième République que nous présente actuellement le musée d’Orsay.
Cette exposition contraste aussi fortement avec la mauvaise image que les médias nous présentent actuellement des gens du voyage tout juste bons à être expulsés dans leurs pays d’origine puisqu’ils ne font que transformer leurs enfants en pickpockets dans le métro parisien.

 


Dürer

 

Le protestant puritain Albrecht Dürer, ami de Martin Luther, en avait pourtant au 16e siècle une tout autre vision ainsi qu’à la même époque Boccace qui représentait si bien la séduisante Petite bohémienne qui est en tête de cette chronique.

Sylvain Amic, commissaire de l’exposition affiche sur les murs du Grand Palais des textes qui donnent eux aussi à penser :

La longue route

par Saban Iliaz, poète macédonien

Nous avons pris une route dans la nuit
Sans savoir où elle pouvait nous mener.
Laissant derrière nous un grand pays
Nous avons commencé notre parcours de peine

Nous nous sommes égarés sur des sentiers
portant nos lourdes charges.
Nous avons enterré nos morts le long de la route ;
dans les forêts nos pères ont vieilli.

Au milieu de l’endroit le plus sombre
nous nous sommes posés pour souffler,
arrêtés pour reprendre nos esprits
assis là, nous nous sommes endormis.

Ni pain à manger ni eau à boire
aucune croûte n’a pénétré nos bouches.
Au petit matin nous nous sommes relevés
pour reprendre la longue route

 

Il est vrai que les bohémiens qui n’ont guère appartenu aux couches dites « supérieures » de la société ont pourtant suscité un intérêt exotique :

 

Sandor Bihari (Hongrie) « Devant le juge » 1886

Un tsigane porte plainte contre le fils d’un paysan aisé qui lui a cassé son violon

 

Alors que la Révolution industrielle est en marche, les campements de bohémiens apparaissent comme un conservatoire de mœurs archaïques et suscitent la curiosité aux abords des grandes villes. Ainsi Zola relate le spectacle offert à Saint-Ouen en 1874 :
« Il m’a suffi de suivre la foule ; tout le faubourg se portait autour de leurs tentes. Ils étaient venus pour rétamer des casseroles et poser des pièces aux chaudrons.
Seulement le premier jour, ils ont compris à quel genre de ville civilisée ils avaient affaire. Comprenant qu’on les traitait en ménagerie curieuse, ils ont consenti, avec une bonhomie railleuse, à se montrer pour deux sous.
Ils arrivent à Paris, avec la crainte qu’on ne les jette au fond de quelque basse fosse. Et ils s’éveillent au milieu de ce rêve doré de tout un peuple de messieurs et de dames en extase devant leurs guenilles. »
Dans une Europe en quête d’exotisme, les bohémiens deviennent à la fin du XIXe siècle un sujet prisé qui traverse tous les courants esthétiques.
Avec l’essor du naturalisme, les peintres sont nombreux à documenter les différentes populations rom, en particulier dans l’empire austro-hongrois où l’on voit apparaître les premiers véritables portraits individués, signes d’échanges fondés sur un respect mutuel.
Suivant l’exemple de Gauguin, les artistes modernes se montrent fascinés par ceux qui, à leurs yeux, incarnent un archétype humain épargné par une civilisation urbaine aliénante.
Pour autant, une législation toujours plus coercitive se met en place dans la très grande majorité des États européens. En France, après le grand recensement de 1895, la loi de 1912 crée pour les familles itinérantes de toutes origines un régime administratif d’exception. L’inscription dans cette catégorie se transmet à la génération suivante et déclenche la délivrance d’un carnet anthropométrique, qui reste en vigueur jusqu’en 1969

 

Achille zo : Bohémiens en voyage, 1861

 

Gitanos et gitanas

Alors que sous l’Ancien Régime les bohémiens apparaissent dans les arts comme des personnages de fantaisie, les romantiques en renouvellent la description en se fondant sur des sources plus proches du réel. En 1841, l’Anglais Georges Borrow raconte sa vie avec les gitans d’Espagne dans un livre, « The Zincali, an Account of the Gypsies of Spain », qui donne accès à un abondant lexique romani, et provoque une forte sensation dans toute l’Europe.

A la même époque, Théophile Gautier et Prosper Mérimée voyagent à Grenade et Séville ; leurs écrits mettent en scène des gitans picaresques, héritiers déchus d’une ancienne lignée, dont la noblesse n’a d’égale que la misère. Avec « Carmen », paru en 1845, Mérimée s’écarte d’une approche ethnographique pour créer un personnage qui transgresse tout à la fois les tabous de son temps et les valeurs cardinales de la société gitane. Le succès de l’opéra de Georges Bizet l’impose comme un mythe moderne à travers lequel s’affirme l’autonomie de la femme.

Après la Révolution de 1848, Alfred Dehodencq, puis Henri Regnault et Achille Zo sont les hérauts d’une nouvelle génération de peintres qui délaissent l’Italie pour l’Espagne.
Comme pour Delacroix qui disait retrouver l’antiquité intacte au Maroc, les gitans et gitanes incarnent à leurs yeux un archétype humain éternel. Regnault fait ainsi le portraite d’une certaine Dolorès :
« Cette femme est belle comme la plus belle statue antique, plus belle même, car elle a des yeux qui regardent, une bouche et des narines qui respirent, et des cheveux ondulés comme des serpents et d’un beau noir brillant. »
Et il conclut :
« On les calomnie, on les maltraite en Espagne et on a tort ; on ferait mieux de les utiliser, car ils sont forts et malins. Quelques uns sont superbes ; ils posent comme des anges. Ils me témoignent une grande amitié, me font des vœux de santé et de salut toutes les fois qu’ils me voient : j’ai enfin trouvé des gens qui me comprennent ! »

 

Tommaso Minardi, « Autoportrait 1807 (Florence)

 

En France, à la fin du 19e siècle, alors que les impressionnistes se plaisaient à peindre les toilettes élégantes, sur la butte Montmartre (à Batignolles et à Montparnasse aussi d’ailleurs) de jeunes artistes impécunieux se disaient de la « bohême »

 

André Gill, enseigne du cabaret « Au Lapin Agile » 1875-80.

dernier survivant des cabarets artistiques du XIXe siècle. Toujours en activité 22 rue des Saules à Montmartre.

 

 

Retour vers spiritualité des images
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.