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Spiritualité des images

 

 

Emanuel Leutze, Christophe Colomb devant le Conseil de Salamanque, 1841

Christophe Colomb

devant le Conseil de Salamanque

Emanuel Leutze

1816-1868

Musée du Louvre
tableau du mois
aile Richelieu, 2e étage, salle18

jusqu’au 3 septembre 2012

Gilles Castelnau

 

12 juin 2012

Un homme à l'allure noble, debout tête nue, à l’aise dans ses vêtements clairs, les sourcils froncés en une attitude ouverte et concentrée, le regard fixé sur deux sinistres ecclésiastiques engoncés dans leurs vêtements officiels, la tête courbée sous leur mitre et leur chapeau de cardinal.
Une assemblée immobile, pétrifiée dans son silence. Des livres en désordre montrent bien que l’on a dû y chercher des arguments et des preuves. La situation est tendue et dramatique.

Cet homme attire notre sympathie ; il est visible qu’il a raison. Ce qu'il affirme est sûrement vrai, indiscutable et les deux vieux vautours qui le contredisent ne peuvent qu'être animés de principes poussiéreux et aberrants, une doctrine surannée, opposée à toute vie et en tous cas à l’initiative certainement juste, indispensable et créatrice de l’homme qui se tient ainsi debout dans la lumière.
Tous les assistants ne s’associent pas à l’hostilité des deux vieillards. L’homme vêtu de blanc – un dominicain évidemment – est troublé, le jeune barbu assis à droite au premier plan semble très intéressé et le moine tonsuré aussi. Les deux vieux chefs ne sont pas contredits mais ils ne sont pas non plus suivis.
Viendra le moment où ils seront poussés dehors par la génération montante qui prendra le parti du dynamisme créateur présenté ce jour-là par l’homme sympathique qui présente la carte du monde.

Le titre du tableau nous explique qu’il s’agit de Christophe Colomb défendant devant le Conseil de Salamanque son projet d’aller découvrir par l'ouest la route des Inde. On comprend que les conceptions traditionnelles des autorités de l’Église sont bousculées par ces idées nouvelles. Peut-être ces lamentables défenseurs crispés sur leurs certitudes vieillies sont-ils en train d’expliquer que la terre est plate et qu’au-delà des colonnes d’Hercule on risquerait de tomber dans l’abîme des espaces infinis où sont peut-être les enfers ?
Tout ceci est aussi absurde que plus tard le procès de Galilée où les ecclésiastiques refuseront d’admettre que la terre tourne autour du soleil. ( 1 )

Emanuel Leutze est un jeune Américain de 25 ans récemment venu se perfectionner en peinture à l’Académie de Düsseldorf, sur le vieux continent (sa famille est originaire d’Allemagne et lui-même y est né), tout entier imprégné de l’idéal magnifique de la liberté politique et de l’esprit d’émancipation du peuple qui vient de gagner sa décolonisation, victorieux de la grande Guerre d’Indépendance. Protestant à la pensée affranchie des autorités doctrinales et ecclésiastiques, il cherche à promouvoir en Europe par sa peinture l'idéal et le rêve américains.

La période est propice. Dans toute l’Europe les idées d’indépendance intellectuelle et politique fermentent : la Révolution de 1848 en France et l’instauration de la Seconde République seront bientôt l’étincelle qui mettra le feu à l’Allemagne, l’Autriche (et Milan), la Hongrie, la Roumanie, la Sicile, la Pologne.
D’ailleurs, quelques années auparavant, en 1836, le peintre de tableaux historiques héroïques Karl Friedrich Lessing (1808-1880) a déjà obtenu un éclatant succès en exposant à l’Académie de Düsseldorf son grand tableau Jean Hus au concile de Constance.

 

Karl Friedrich Lessing , Jean Hus au concile de Constance

 

On y voyait aussi un homme debout, courageux et dynamique, s’efforçant de convaincre trois cardinaux, plusieurs évêques et quelques prêtres. Tout le monde savait que ce pré-réformateur protestant qui bénéficiait d’un sauf-conduit pour se présenter devant le concile avait néanmoins été arrêté, condamné et... brûlé vif pour hérésie !

Le jeune Emanuel Leutze se trouvait dès lors mêlé à la batailles d’idées qui agitaient l’Académie de Düsseldorf : « Deux partis divisent l’école, écrivait-il, l’un représenté par une tendance catholique austère voire bigote, à la tête de laquelle se tient le directeur de l’Académie (Schadow) ; et l’autre, dirigé par une inspiration libre et essentiellement protestante, dont Lessing est le représentant éminent ».

 

Emanuel Leutze, George Washington franchissant le fleuve Delaware, 1850

 

Quelques années plus tard, demeurant encore en Allemagne, Leutze peindra avec la même bravoure George Washington franchissant le fleuve Delaware, tableau exaltant le courage et la soif de liberté du futur président des États-Unis déclenchant la Guerre d’Indépendance et dont il pensait qu’il encouragerait les démocrates et les protestants européens dans leur idéal d’émancipation.

On ne saurait trop remercier les « American Friends » du musée du Louvre de nous avoir offert en février dernier cet intéressant tableau, un des rares spécimens de la peinture américaine que nous possédions.

 

____________________________

 

( 1 ) Un internaute historien saurait-il dire si de telles questions théologiques ont véritablement été posées à l’Assemblée de Salamanque ou si la discussion ne portait en réalité – comme on peut le penser malgré Emanuel Leutze – que sur le financement du voyage ?

 

 

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