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Spiritualité des images

 

Jean Malouel, le Christ de pitié



Le Christ de pitié

soutenu par saint Jean l’évangéliste

en présence de la Vierge et de deux anges

 

Jean Malouel (1370 ?-1419)

 

Paris, Musée du Louvre
aile Richelieu,

2e étage, salle 3

 

Gilles Castelnau

 

22 mai 2012

Ce remarquable tableau est bien mal situé dans un recoin de couloir où il se fait fort peu remarquer. Il représente pourtant une acquisition majeure du musée, la France possédant peu d’œuvres de la période gothique, surtout de cette qualité.

Ce tableau est l’œuvre de Jean Malouel qui a travaillé à Paris pour la reine de France Isabeau de Bavière, puis est devenu le peintre du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi et celui de son fils, Jean sans Peur.

Un brocanteur du centre de la France l’a acheté pour quelques centaines de francs au curé de Vic-le-Comte (Puy-de-Dôme) qui avait besoin d’argent pour réparer le chauffage dans son église. Il était recouverte d’un vilain badigeon qui le rendait méconnaissable. C’est finalement pour 7, 8 millions d’euros qu’il a été offert au Louvre par une entreprise mécène.

Aux environs de l’an 1400, c’est la pleine période gothique : on représente exclusivement le Christ, la Vierge et des saints dans des scènes bibliques ou les premiers martyrs, avec à genoux à leurs côtés les donateurs du tableau. Il faudra attendre la première renaissance italienne (le « quattrocento ») pour découvrir des personnalités individualisées, dans une histoire qui leur serait propre.

Pourtant déjà en ces années 1400, la conscience du monde religieux se faisait plus personnelle, plus individuelle. Le Christ souffrant remplaçait le Dieu sévère à la main levée d’unebénédiction autoritaire. On ne le représentait plus en témoin impassible de la chute des damnés dans un enfer peuplé de démons fantasmatiques et menaçants.
La visage de la Vierge Marie devient également plus expressif, plus humain et s’ouvre à la compassion.

 

Le Christ que peint ici Jean Malouel éveille précisément la pitié et la tendresse. Le visage des anges n’est plus sans expression comme dans les siècles précédents, mais apitoyé et reflétant de la tristesse.

 

ange (détail)

 

L’extrême raffinement de leurs vêtements, la beauté des bordures de leur tunique, les boucles de leurs cheveux, l’élégance aussi des vêtements du Christ évoquent la beauté de la cour céleste à laquelle le Christ appartient comme ses compagnons les anges et fait contraste avec le corps mort et la souffrance injuste du monde des hommes.

Évidemment si Malouel avait été disciple de Wyclif ou de Jean Hus et avait été familier de la Bible comme ce sera le cas lorsque, au siècle suivant Luther, Calvin et les réformateurs réussiront à implanter une bible dans chaque foyer, il n’aurait pas représenté un Christ mort invitant seulement à la pitié. Il se serait plus volontiers attaché au Fils bien-aimé du Dieu de vie, dynamique, actif, rencontrant et rendant courage et vigueur aux êtres paralysés, aveugles et méprisés. Au lieu de cet ensemble mélancolique, il aurait déployé son art pour suggérer la créativité de l’Esprit divin montant au cœur des fidèles.

On nous dit que le luxe de cette 
image de dévotion, digne d’un objet précieux, et son raffinement extrême révèlent qu’il s’agit d’un tableau destiné à la méditation d’un grand seigneur, peut-être – comme pourrait 
l’évoquer la découverte du tableau à Vic-le-Comte – Jean, duc de Berry et
 d’Auvergne.

 

ange (détail)

 

Quelle influence spirituelle la méditation du duc pouvait-elle retirer de cette contemplation ?

Certainement pas l’incitation à la rencontre fraternelle et heureuse du prochain que nous rapportent pourtant les récits des évangiles : le Christ de Malouel est mort.

Certainement pas le souffle d’espérance qu’enseigne la fête de Pâques, résumant dans la Résurrection du Christ l’œuvre que Dieu ne cesse d’accomplir dans l’histoire des hommes.

Peut-être l’interprétation qu’Anselme de Cantorbéry donnait de la croix comme sacrifice expiant péché originel, image du Dieu médiéval, jaloux de son honneur bafoué par les manquements des hommes et exigeant de voir le sang couler pour apaiser sa colère. Le duc risquait dans ce cas d’être amené à s’identifier lui-même à l’orgueil de ce Dieu et de se montrer plus punitif et jaloux de sa gloire qu’apaisant et conciliateur.

Pourtant le petit peuple de Bourgogne et de France, écrasé d’impôts et constamment agité de révoltes violentes, aurait eu grand besoin d’une compréhension qu’il ne recevait ni de la part des autorités de l’Eglise ni de la part de ses seigneurs, Philippe le Hardi, Jean sans Peur puissants ducs de Bourgogne, Louis duc d’Orléans ou Charles VI bien faible roi de France toujours mélancolique.

D’ailleurs la puissance de l’Eglise fondée sur la richesse et l’importance des monastères, soutenus par le respect et les dons des grands seigneurs qu’elle soutenait à son tour se trouvait à l’époque justement mise en question.

- Les gentils franciscains notamment dans leur tendance radicale militaient contre la richesse de l’Eglise et sa puissance.

- Jean Tauler (1300-1361) prenait la suite du dominicain strasbourgeois Maître Eckhart (1260-1327) et promouvait paisiblement un mysticisme de communion avec un Christ de compassion.

- John Wyclif, le pré-réformateur anglais (1329-1384) n’était pas sans influence sur le continent : il prônait une Eglise peuple de Dieu qui n’avait pas besoin de prêtres et faisait répandre la Bible, traduite en langue vulgaire dont on disait que chaque famille devait la posséder.

- Jean Hus (1374-1415), le réformateur tchèque, disciple de Wyclif, mettait lui aussi l’accent sur la lecture de la Bible, la communion avec le Christ vivant et une dévotion personnelle dans son Esprit.

Il faudra néanmoins attendre encore cent ans pour que la Réforme s’enracine et s’étende en Europe.

 

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