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Hommage 

à Roger Parmentier

 

Golias Hebdo

L'empêcheur de croire en rond

semaine du 4 au 10 octobre 2012

 

.

 

Une grande voix s'est éteinte

 

Martine Sevegrand

 

 

17 octobre 2012

Le pasteur Roger Parmentier s'est endormi à jamais dans sa maison des Pyrénées, à 94 ans.
Loin d'être un vieillard résigné, Roger n'a cessé d'écrire, de prêcher et d'appeler au réveil des consciences chrétiennes.
Il fut, bien avant tous, un indigné.

Roger est né dans la région parisienne mais, en 1937, il part avec sa famille s'installer à Constantine où, tout de suite, Roger s'intéresse au judaïsme. Lecteur de la Bible, il considère les Juifs comme de sa famille et est scandalisé par le nazisme. En 1941, il est démobilisé et choisit de s'installer à Paris pour faire des études de théologie à la Faculté protestante du boulevard Arago. Il suit les prêches du pasteur Pierre Maury, insufflant l'esprit de résistance au nazisme. Il participe à un groupe clandestin d'étudiants et, à la demande de la Cimade, avec un camarade, il parvient à sauver un petit garçon juif qu'on emmenait à Drancy ( 1 ), « Nous étions des pro-juifs inconditionnels », écrit-il. Après la libération, il participe à la création des Rencontres entre Juifs et Chrétiens qui ouvrent le chemin à l'Amitié Judéo-chrétienne. Il connaît le pasteur Lovsky, Jules Isaac, le poète juif Edmond Fleg et dévore les ouvrages théologiques concernant les Juifs. Il se marie à Annette Monod qui lui donne six fils en quelques années.

 

Pasteur à Sétif

Jeune pasteur et père de famille, il part s'installer à Sétif, peu de temps après les massacres de mai 1945. Là-bas, un vieux prêtre l'interpella : « Mon petit pasteur, vos paroissiens et les miens sont des assassins ! » Dès le printemps 1954, Roger apprend par des policiers et soldats protestants que des tortures sont infligées à des suspects de nationalisme et que des villages sont bombardés. Aussitôt, il écrit au pasteur Marc Bœgner, président de la Fédération protestante, qui n'hésite pas à venir sur place et à être reçu par des officiers supérieurs qu'il prévient : il allait demander audience au président de la République et au président du Conseil. Roger ne s'étonne pas, quelque temps plus tard, de recevoir la visite de deux officiers lui annonçant qu'il devait regagner la métropole car la vie de sa famille était en danger. Sa femme Annette et ses enfants quittent l'Algérie mais lui-même reste à Philippeville ; sa situation devient de plus en plus difficile: certains pasteurs le qualifiant de « pasteur fellagha ». Roger était devenu un témoin gênant de la répression et, à l'automne 1955, il dut se résigner à son tour à abandonner l'Algérie.

 

Rodez : un pasteur contre la guerre

Nommé à Rodez, Roger s'empressa de faire connaître, en multipliant les réunions, la situation réelle de l'Algérie. Il écrit : « Je rencontrai assez souvent une franche hostilité » et il ajoute : « Dès ce temps de Rodez bien des protestants ont cru bon de se transformer à mon égard en ennemis ; mais moi, je n'ai pas d'ennemis, tout au plus des adversaire avec qui il convient de dialoguer et d'échanger informations et arguments. » Telle a été toute sa vie la méthode de Roger Parmentier : il interpelle, argumente, force à réfléchir mais sans agressivité. Il diffuse les journaux clandestins contre la guerre d'Algérie, signe le Manifeste des 121 et adhère au Parti socialiste unifié (PSU), alors en formation. C'est alors qu'il a l'idée d'inventer pour un journal régional un fait divers qu'il fait passer pour véridique : un bon Français accidenté est sauvé par un Algérien échappé du camp de détention du Larzac. Tout le monde croit à l'histoire. Les réactions, négatives autant que positives, ne se font pas attendre et il renvoie chacun à la parabole du bon samaritain ! Roger Parmentier venait ainsi de commencer ce qu'il ne cessa plus : réactualiser la Bible. Pour lui, le langage habituel des Églises ne passait plus; il fallait donc redonner force à l'authentique message de Jésus.

 

Montreuil et la cause palestinienne

En 1964, Parmentier accepte d'être nommé pasteur à Montreuil. Il pose une condition : partager son temps entre les protestants et tous ceux qui ne l'étaient pas. Il multiplie les activités et, lui qui s'était réjoui de la création de l'État d'Israël et qui a tant d'amis juifs, est bouleversé par la transformation des victimes en bourreaux. Maxime Rodinson, qui dirigeait la commission pour la Paix au Proche-Orient, lui a ouvert les yeux, dit-il, en publiant dans un gros numéro des Temps modernes, en 1967, un article intitulé « Israël, fait colonial ? » Roger Parmentier entre au Comité France-Palestine et, en 1970, il participe au congrès de Beyrouth des Chrétiens pour la Palestine organisé par Georges Montaron. On n'allait pas tarder à l'appeler « le pasteur palestinien ». En 1996, Parmentier, à la demande de Roger Garaudy, témoigne, tout comme l'abbé Pierre, au procès intenté au philosophe pour son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne ; livre considéré comme « négationniste », ce que notre pasteur nie farouchement. Ce témoignage en faveur de Garaudy lui valut, on s'en doute, bien des ennuis... et d'être traité d'antisémite, malgré tout son passé !

 

 

Les actualisations de la Bible

Au milieu de toutes ses activités, Roger Parmentier trouve le temps d'écrire. Ce fut d'abord L'Évangile autrement, publié aux éditions du Centurion, qui réactualise l'évangile selon Matthieu. Beaucoup d'autres ouvrages suivent: les prophètes Amos et Osée, le prophète Jonas et le Cantique des Cantiques, l'évangile selon Jean, l'épître de Jacques, etc. Tous ces livres furent édités puis réédités par L’Harmattan. Il fonde avec des amis l’Association œcuménique ACTUEL. Il élabore même de nouvelles paroles pour les vieux cantiques protestants ! Qu'on imagine pas un fantaisiste: il faut être rentré dans sa maison remplie de livres de théologie, de la cuisine aux chambres, pour prendre un peu la mesure de sa culture. Quand il se retire dans sa maison des Pyrénées, il poursuit son travail et n'hésite pas à se déplacer en voiture à Montpellier, à venir en train à Paris pour tenter de secouer ses confrères pasteurs. Pourtant, il n'a pas été épargné par les épreuves : décès de sa femme mais aussi de deux de ses fils. Ces dernières années, il publie successivement deux petits livres, le premier s'adressait aux Juifs pour rappeler son « long chemin d'amitié avec les juifs et le judaïsme », sa « sympathie déçue » et le « mythe du peuple élu » qui a légitimé ségrégations, spoliations et massacres ; dans le deuxième, paru en 2011, il affirme dès le titre : « Musulmans, nous vous respectons et nous vous aimons. » Il reproduisait dans cet ouvrage le discours d'Obama au Caire, en 2009 : il espérait que le président étatsunien inaugurait ainsi une nouvelle attitude de l'Occident à l'égard du monde musulman...

Au début du mois d'août dernier, il animait encore, à 94 ans, comme chaque année, une session sur la Bible. Quand je le rencontrais pour la dernière fois, en avril dernier je le vis toujours plein de projets, l'un d'eux m'inquiéta : il voulait partir en voyage de groupe en Algérie, en septembre, mais dut y renoncer. C'est chez lui qu'il mourut en septembre. Quinze jours auparavant, au téléphone, tout allait bien. Roger, je ne t'oublierai pas.

 

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( 1 ) Il n'a pas voulu être honoré du titre de « Juste parmi les nations » pensant que c'était l'État d'Israël qui, de nos jours, n'était pas « juste »

 

 

 

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