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John S. Spong

 

Dieu

 


15 mars 2010

Question

Si on n’accepte plus le théisme, ne devrions-nous pas abandonner également le mot « Dieu » à cause de tous les malentendus qu’il entraîne, parce qu’il est constamment mal compris et parce qu’il nous ramène sans cesse aux anciennes conceptions. Comment pourrait-on dire ? Vie ? Énergie ? Amour ? Aucun de ces mot ne convient mais il faudrait quand même trouver une appellation pour l’Éternel.

 

Réponse

Il y a une différence entre faire l’expérience de la présence de Dieu et rendre compte de cette expérience. La religion s’efforce de supprimer cette différence. Le théisme est une manière humaine de rendre compte de l’expérience de la présence de Dieu, il n’est pas Dieu. Cette expérience peut être réalité ou illusion. La manière d’en rendre compte ne sera pas éternelle et ne peut pas l’être.

Notre personnalité est caractéristique de notre être et nous ne pouvons jamais en être quitte. Elle influence toutes nos déclarations, y compris ce que nous disons de Dieu. Nous ne pouvons pas pénétrer l’être de Dieu, d’un mammifère, d’un reptile, d’un poisson ou d’un insecte. Nous les comprenons à l’image de notre propre être. Il en est ainsi pour toutes les créatures. Xénophane disait au 3e siècle av. JC : « Si les chevaux avaient des Dieux, ceux-ci auraient l’air de chevaux .

L’idée de Dieu n’a cessé d’évoluer depuis qu’il y a des hommes. Dans l’animisme, qui semble être la religion la plus ancienne, Dieu est défini comme l’ensemble des multiples esprits d’un monde animé par les esprits. Ces esprits animaient tout ce qu’on voyait : le soleil tournait dans le ciel, la lune aussi, les fleurs fleurissaient, les arbres portaient des fruits. L’animisme veut nous aider à être en relation avec ces esprits et à gagner leur faveur.
Lorsque notre humanité s’est organisée en communautés agricoles, nous avons tout naturellement conçu Dieu comme garant de la fertilité.
Lorsque nous nous sommes organisés en tribus puis en états-nations, Dieu est devenu divinité tribale.
Dans le cas des Dieux de l’Olympe, l’animisme et les divinités tribales ont fusionné en une assemblée de Dieux hiérarchisés sous la haute autorité de Jupiter-Zeus qui conservaient néanmoins leurs fonctions animistes et leurs rôles d’esprit, comme par exemple Neptune ou Cupidon.
Nous avons finalement atteint le concept de monothéisme et le concept de Dieu unique s’est fait de plus en plus flou et mystérieux.

Dans les siècles passés, les définitions données à Dieu ont donc pris naissance, se sont développées pour être finalement abandonnées et c’est encore le cas aujourd'hui. Nos connaissances du monde s’approfondissent et notre conception de Dieu évolue évidemment en même temps. Le Dieu qui tournait dans le ciel sur le char du soleil a été abandonné lorsque notre connaissance du soleil s’est précisée.
Que peut-on donc faire ? Le plus simple est d’adapter le sens du mot « Dieu ». Dans les Écritures hébraïques, Dieu a été identifié au vent et au souffle. Puis ces concepts ont évolué jusqu’à recevoir le nom d’esprit. Dieu a été identifié à l’amour, au créateur de la vie puis dans la personne du Christ en « amour incarné ».
Il a aussi été identifié par la métaphore du « rocher » et a évolué jusqu’à devenir le Fondement de l’Être que nous identifions avec l’ancien terme patriarcal de « Père ».

Je ne vois pas comment nous pourrions aujourd’hui redéfinir Dieu, que nous l’appelions Dieu, le Saint, le Sens de la Transcendance ou encore autrement. Mais nous pouvons prendre conscience de sa présence qui, elle, est tout à fait réelle. Et je ne vois pas comment nous pourrions la nommer autrement que « Dieu ». Les siècles passés nous ont bien montré que ce mot « Dieu » n’a pas un sens immuable et définitif. Il vit et évolue sans cesse.
N’en ayons pas peur et laissons ce processus se poursuivre.

Traduction Gilles Castelnau

 


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