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L'évêque J. Spong

 

Les Évangiles étaient-ils
juifs ou grecs ?

 

 

Question

 

6 juillet 2006
 J'ai toujours eu douté de l'historicité des Évangiles et de la manière dont ils présentent le ministère de Jésus.
Dans de remarquables articles vous expliquez que les disciples de Jésus on interprété le ministère de Jésus à partir des traditions juives. (
« le sacrifice du Christ »).

Mais il me semble que, puisque les Juifs attendaient un messie, ils ne pouvaient dès lors qu'il était mort que rejeter immédiatement sa prétention à être l'envoyé de Dieu. Je ne crois donc pas que la pensée juive ait pu seulement penser à embellir sa vie et lui attribuer une nature divine.

Déjà avant sa mort, lorsqu'il comparut devant Caïphe, le président du Sanhédrin, celui-ci ne le reconnut pas comme messie. Ce simple fait n'oblige-t-il pas à exclure toute réflexion de la Synagogue à son sujet ?

C'est pourquoi je pense que les récits de Jésus n'ont pas leur source dans la tradition juive mais proviennent du folklore grec.

 

.

 

Réponse

 

 

Évêque John Spong

 

Vous faites une erreur de dates. L'Évangile de Jean que vous citez n'a pas été rédigé avant l'an 100. Le livre des Actes qui mentionne la séparation des chrétiens et des juifs n'a été écrit que 60 ou 70 ans après la mort de Jésus.
Aucun de ces deux textes ne présente de véritable valeur historique.

Il faut être conscient que Jésus était juif et que ses disciples l'étaient également ; ils fréquentaient naturellement la synagogue, comme aussi les premiers chrétiens.

Ce n'est qu'aux environs de l'année 88 que la Synagogue et la jeune Église se séparèrent. Ceci se produisit lorsque la tendance la plus rigide du judaïsme orthodoxe ne supporta plus la présence des disciples de Jésus qu'ils jugeaient exagérément révisionnistes.

Il est certain que, juste après sa mort, Jésus a été compris à la lumière des Écritures juives, de la liturgie de la Synagogue et des attentes messianiques du temps. Cette conception des premiers chrétiens a été tout naturellement reprise par les auteurs des évangiles.

Mais dans les siècles suivants, les théologiens réfléchissant dans le cadre de la culture hellénistique ont cherché à harmoniser la divinité de Jésus à son humanité, ce qui est tout autre chose et, en tout cas, bien différent de la pensée juive.

 

Il faut se souvenir que l'Évangile de Marc, qui est le plus ancien, présente Jésus comme un être tout à fait humain, empli de la présence divine. Sa naissance était normale et c'est lors de son baptême qu'il reçut le don  du Saint-Esprit.

L'Évangile de Jean, trente ans plus tard, le présente comme un visiteur divin descendu des cieux.

 

Plus je prends conscience de la conception que l'on avait de Jésus avant que les évangiles soient rédigés et plus je m'enthousiasme de son humanité. Je pense que c'est bien elle qui ouvrit les yeux de ses disciples à la présence de Dieu dont ils témoignèrent.

La question est celle-ci : découvrons-nous Dieu dans l'humanité de Jésus ou celle-ci ne serait-elle qu'une apparence destinée à rendre Dieu concrètement visible ?

 

Je rédige en ce moment un livre qui devrait paraître en avril 2007 et qui approfondira ces choses.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

 

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