L'évêque
J. Spong
Question
La Bible et les enfants
A l'école biblique et au
catéchisme on enseigne aux enfants les histoires d'Abraham et Sarah, de Noé, de
Moïse, du roi David etc. Mon fils de six ans m'a demandé
comment Noé avait pu faire entrer les dinosaures dans son
arche. Il se demandait aussi s'il avait fait entrer un couple de
chaque animal ou sept et si les dinosaures existaient avant la
« création ».
Il m'a paru évident que l'aspect
symbolique du récit et la recherche de sa signification
avaient disparu au profit de ce qui était devenu simplement
une bonne histoire.
Il en va de même avec les textes du
Nouveau Testament, notamment pour les miracles de Jésus
détachés de toute réflexion historique et
critique.
L'idée que la Bible est une
recherche, divinement inspirée, de la condition humaine, des
relations des hommes les uns avec les autres et avec Dieu,
dépasse sans doute le niveau de compréhension des
jeunes enfants.
Les statistiques disent qu'ils abandonnent
l'Église à l'adolescence, comme un acte d'autonomie et
s'ils y reviennent c'est précisément pour l'instruction
de religieuse de leurs propres enfants. Mais ils n'ont pas
dépassé leur foi d'enfant de l'école du
dimanche, ce qui convient surtout aux conservateurs et aux
fondamentalistes. Mais évidemment ce n'est pas bon pour le
christianisme.
.
Réponse
Évêque
John Spong
6 janvier 2006
Je trouve votre analyse tout à
fait juste. Je pense comme vous que
si l'on essaye d'enseigner aux jeunes enfants que « la Bible est une recherche, divinement
inspirée, de la condition humaine, des relations des hommes
les uns avec les autres et avec Dieu », ils ouvriront de grands yeux ronds !
Franchement, j'en ferais moi-même
autant. Ce n'est pas ce que j'enseignerais.
Les enfants sont habitués aux
mythes et aux histoires qui ont un
sens symbolique.
(Ici John Spong donne des
exemples de contes anglais pour enfants analogues aux contes de
Perrault qui permettent de comprendre des données universelles
de la nature humaine).
Ne pourrions-nous pas expliquer à nos
enfants que la Bible est faite de cette sorte de
récits.
L'histoire de la tour de
Babel parle de notre désir d'être unie
à Dieu.
Celle de la naissance miraculeuse de
Jésus veut rendre compte de
notre sentiment que l'humanité seule ne saurait produire une
puissance comme celle qui animait Jésus.
Pâques proclame que la mort elle-même est vaincue par
la vie et l'amour que l'on reçoit de Jésus.
Les récits de
miracles expriment
l'espérance que c'est le Royaume de Dieu qui a
été entraperçu en Jésus. Les miracles
étaient le signe de ce Royaume.
L'Ascension ne veut pas dire que Jésus a été
propulsé dans le ciel. Elle dit notre conviction que
Jésus ne peut pas être séparé de Dieu et
que, par conséquent, si Dieu demeure au ciel, Jésus va
l'y retrouver.
Notre problème est que l'on est
toujours tenté de lire la Bible comme un récit
historique alors qu'elle ressemble plutôt à une galerie
de portraits peints par des artistes juifs.
Je pense depuis longtemps que nous devons
instruire d'abord les adultes si
nous ne voulons pas perpétuer sur la génération
prochaine la désastreuse lecture fondamentalistes de la Bible.
La religion a besoin de certitude mais
lorsqu'elle s'imagine l'avoir trouvée, elle sème les
graines de sa propre destruction.
Si l'Église veut vivre au
21e siècle, elle doit s'affronter au
problème que vous présentez si bien.
Et je serais intéressé de
publier ici les expériences
de tous ceux qui pensent avoir trouvé des solutions.
Traduction Gilles
Castelnau
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Spong"
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