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Question

Darwin et l'Évolution

 

L'Église a-t-elle suffisamment réfléchi à l'aspect religieux de la doctrine de l'Évolution.
Que signifie spirituellement à nos yeux que nous descendons du singe ?

 

 

 

Réponse

 

Évêque John Spong

 

 

9 juillet 2005
A cette question, ma réponse est clairement « non » 
: L'Église n'a certainement pas suffisamment réfléchi à l'aspect religieux de la doctrine de l'Évolution qui l'a toujours effrayée. C'est d'ailleurs pourquoi Charles Darwin est si attaqué, aujourd'hui encore, dans certains milieux religieux. Même si les points tellement critiqués ne sont pas ceux que la théorie de Darwin mettait réellement en question.

Darwin a pulvérisé la lecture littérale de la Bible et notamment le récit de la création en sept jours. Les opposants de Darwin, dans l'incapacité de lui répondre, ont finalement cherché à sauver les sept jours de la création en suggérant que chacun d'eux pouvait symboliser une longue période de temps. Mais une telle position était intenable. Elle a pourtant permis d'éloigner le loup de la bergerie chrétienne et de sauver le mythe biblique pendant un siècle avant de s'effondrer.

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Le mythe biblique affirme qu'au commencement, la création était bonne et témoignait de la perfection divine. Puis est survenue la rébellion du jardin d'Eden, désobéissance à Dieu qui avait interdit que l'on mange le fruit de la connaissance du bien et du mal. Ce « péché originel » plongeait le monde dans un état de péché et de séparation tel qu'aucune créature n'était plus capable de s'en sortir. Dieu lui-même se trouvait impuissant à surmonter la « Chute ».

Le Déluge, survenu du temps de Noé, avait pour but de détruire toute vie sur terre afin que Dieu puisse engager un nouveau commencement avec un monde non déchu. Noé était juste, mais sa nature était néanmoins déchue à cause de l'universel « péché originel ».

Sur le mont Sinaï, Dieu a donné la Loi qui devait permettre aux humains de retrouver leur perfection originelle. Mais l'humanité déchue fut incapable de respecter les commandements de Dieu, alors même qu'elle était parfaitement prévenue de leur importance.

Dieu envoya alors les prophètes pour qu'au moins le peuple élu entre dans le plan de Dieu. Mais les prophètes furent tués et chassés.

Finalement - le récit dit « lorsque les temps furent accomplis » - Dieu s'incarna lui-même dans la vie humaine dans la personne de Jésus, qui subit le châtiment de la chute : il en fut la victime, en paya le prix sur la croix et fut vainqueur par sa résurrection.

Enfin l'Église fut créée : son baptême pouvait laver de toute nouvelle vie la tâche de la chute et la sainte cène ou la messe faisait revivre, semaine après semaine, le drame du salut offert sur la croix du Calvaire.

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Ce mythe chrétien fut organisé en système théologique parfaitement structuré et il a, de fait, réussi à dominer la pensée chrétienne pendant la presque totalité de ses 2000 ans d'existence.

Le seul problème est qu'il est fondé sur une compréhension des origines humaines tout simplement erronée.

Darwin nous a forcés à reconnaître qu'une création achevée et parfaite n'a jamais existé. Il a montré que la création se produit en un long processus qui ne se termine jamais. La vie humaine évolue depuis les formes de vie les plus primitives. Elle n'a donc pas été créée « parfaite » et ne l'a jamais été.

Il faut donc convenir que si nous n'avons jamais été « parfaits », il n'y a donc jamais eu de « chute » dans le péché. La « Chute » n'a jamais eu lieu, même pas au sens figuré.

Les hommes ne peuvent donc pas être « sauvés » d'une « chute » qui n'a jamais eu lieu. Il ne peuvent pas être rétablis dans un état qu'ils n'ont jamais connu.

Le problème n'est pas que nous sommes pécheurs d'une nature déchue. Le problème est que nous n'avons pas encore évolué dans une nature totalement humaine.

S'il en est ainsi, il n'aurait plus de sens de dire que Jésus fut un divin visiteur venu sauver une humanité déchue.

Par contre dire du Christ qu'il nous appelle et nous rend capables d'être plus profondément et plus pleinement humains pourrait être une nouvelle façon de comprendre le christianisme.

En tout cas il est évident que tant que nous n'aurons pas trouvé ce nouveau langage, il n'y a guère d'avenir pour la pensée chrétienne.

 

 

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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