Spiritualité
John
S. Spong
Le christianisme au
États-Unis est-il étroit et sectaire ?
Question
d'Allan
Auckland, Nouvelle Zélande
Comment expliquez-vous que se développent actuellement dans le monde
américain des religions sectaires et des Églises
étonnamment étroites ? Dans le cas, par exemple,
de la nomination dans le New Hampshire, de l'évêque
épiscopalien Eugène Robinson, qui se dit ouvertement
homosexuel, on a assisté à des réactions de
véritable haine, alors que tout le christianisme se
résume à l'amour de Dieu que Jésus nous a fait
connaître.
25 juillet 2004
Réponse de
l'évêque John Spong
La vie religieuse
américaine est difficile
à comprendre et fréquemment dramatisée, en
dehors de nos frontières.
Il est vrai que les rapports étroits qu'entretient
l'administration Bush avec les milieux fondamentalistes ne
simplifient rien.
Il est vrai qu'en Amérique les sectes fleurissent et que des
Églises frisent la névrose obsessionnelle.
J'ai moi-même été
élevé dans une paroisse
épiscopalienne (anglicane)
où l'on m'a enseigné que la ségrégation
raciale était voulue par Dieu, que les femmes étaient
inférieures aux hommes, que les homosexuels étaient des
malades mentaux ou des dépravés et qu'il était
chrétien de haïr les autres religions et notamment les
juifs.
Tout cela et le reste, était justifié à coups de
citations bibliques prouvant que telle était bien la
pure « Parole de
Dieu ».
Je me suis efforcé toute ma
vie de chasser de mon esprit cette
fausse compréhension du christianisme, qui a
pénétré aussi notre inconscient collectif. Et je
suis désolé de voir des hommes comme Jerry Falwell, Pat
Robinson, et Franklin Graham, le fils de Billy Graham, qui continuent
encore aujourd'hui de vomir des torrents d'obscurantisme, de haine,
de sectarisme et d'homophobie sur les ondes de leurs
télévisions et de leurs radios, polluant ainsi le ciel
de mon pays.
Je suis tout à fait pour la liberté d'expression et
loin de moi l'idée de chercher à faire taire ces
intolérants ragots arriéré.
Mais il ne faudrait pas croire que ces
hommes ont, en Amérique, le
monopole du christianisme.
Eugene Robinson, tout homosexuel qu'il est, a été
élu évêque du New Hampshire d'abord par
l'Assemblée des laïcs, puis par celle du clergé.
Ensuite son élection a été ratifiée par
la Convention épiscopale nationale où les
évêques, les prêtres et les laïcs votent
séparément. Il y a obtenu une majorité
écrasante qui ferait pâlir d'envie n'importe quel homme
politique.
Cela aussi est une réalité de la vie de l'Église
en Amérique et je suis fier de lui appartenir.
Ceux qui poussent des
hurlements à propos de cette
élection ne sont que la minorité et c'est d'ailleurs
pourquoi ils sont d'une telle violence. Leur sectarisme a
été désavoué par la majorité. Ils
en sont réduits à menacer de « faire un
schisme ».
Ailleurs, on les accuserait de chantage : « Vous n'avez pas voté comme je
voulais et je vais essayer de vous
nuire ! »
Nous devons toujours
essayer d'aimer ceux qui ne sont pas
d'accord avec nous mais sans, pour autant, les laisser nous imposer
leur vérité.
Autre signe montrant que la bigoterie religieuse n'emporte pas
l'adhésion de tous : Le Congrès des
États-Unis vient de refuser, malgré de fortes pressions
de Bush, de modifier la Constitution dans le but de rendre impossible
le mariage homosexuel.
Pour se faire une
idée de la situation du
christianisme aux États-Unis, il faut considérer
l'ensemble du tableau et celui-ci est moins sombre qu'on pourrait
penser à première vue.
Traduction Gilles
Castelnau
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