Le nouveau
christianisme
de John Spong
Bob
Douglas
The Centre for Progressive Religious
Thought, Australie
25 mai 2004
Le livre de l'évêque John Spong « A New
Christianity for a New World » (Un nouveau christianisme pour un nouveau monde)
amène les croyants à repenser une théologie et
une institution ecclésiastique qui ne correspondent pas aux
connaissances scientifiques que nous avons aujourd'hui, à
notre situation sociale, ni même aux connaissances bibliques
des théologiens.
Spong milite avec ferveur et conviction pour une réforme
radicale des conceptions, des liturgies et des pratiques
ecclésiastiques de jadis, même s'il est conscient de la
difficulté de parvenir aux transformations qui lui paraissent
indispensables.
Le
théisme
L'abandon de la théologie
théiste. Spong se situe dans la ligne de John Robinson, de
Paul Tillich et d'un nombre grandissant de théologiens qui
considèrent que la conception théiste de Dieu a perdu
toute crédibilité.
Dieu n'est pas « un
être », il est l'« Être »
même, c'est-à-dire la réalité en laquelle
toute vie puise son existence. Il n'est pas notre « bon
Père du ciel » qui suspend de temps en temps les
lois de la nature pour exaucer ses serviteurs fidèles. Il est
le terreau dans lequel toute vie s'enracine ».
Spong dit encore :
Je n'ai plus besoin d'un Dieu
protecteur et je ne le désire pas ; lui demander des
faveurs spéciales n'a pas de sens. Dieu est le fondement de
votre existence et de la mienne. Il est la source de l'amour et c'est
en donnant de l'amour sans compter que nous lui sommes
fidèles, en renonçant à nous défendre de
ceux qui sont nos frères.
En renonçant à la
conception théiste de Dieu,
nous abandonnons en même temps notre assurance fondée
sur la protection particulière de notre créateur. Il
nous faut désormais assumer notre vulnérabilité
et dépasser nos angoisses dans ce qu'il appelle la
« Présence
transcendante » qui
dépasse toute compréhension.
Dieu est infiniment plus qu'un Être surnaturel ou un divin
Père Noël qui demeurerait là-bas dans le
ciel : il est au contraire au plus profond de notre
être.
Jésus
C'est bien Jésus qui, pour Spong, est la porte qui conduit à
Dieu. Mais, contrairement à ce que disent beaucoup de
chrétiens, il n'est pas le seul. Le Dieu du cosmos et des
électrons est sans aucun doute aussi le Dieu des musulmans,
des bouddhistes et des athées. Jésus est un être
humain remarquable dont l'exemple d'amour
désintéressé nous révèle le
sacré de la vie et le secret d'une existence réussie.
Mais il n'est pas « Dieu
incarné ».
Quant au Jésus de l'histoire
tel que les recherches actuelles
nous le découvrent, il est bien différent de ce que
l'on nous racontait naguère au catéchisme. Jésus
n'apaisait pas les tempêtes et n'accomplissait pas de miracles
sur les éléments naturels, il ne naissait pas d'une
vierge et sa résurrection n'a pas été
corporelle. Il n'a pas accompli le rite de la dernière
cène, n'est pas entré à Jérusalem sur un
âne le jour des Rameaux et n'a jamais parlé de sa mort
comme d'un sacrifice expiatoire.
Ce qui demeure de lui est son
humanité fondamentale, son
refus de l'inflexible loi juive, son amour
désintéressé et son enracinement dans la Source
de toute création. Il est le maître charismatique et
l'homme des guérisons, tout au moins de celles qu'aujourd'hui
nous considérons comme psychosomatiques. Il nous
entraîne dans le grand fleuve de la vie, nous
révèle le dessein du Dieu d'amour et de
fraternité. Il nous implique dans la solidarité qu'il a
pratiquée avec les pauvres et les faibles. Il nous invite
à les nourrir comme nous sommes nourris par Dieu.
La science
Spong estime que son refus du
théisme et la
démythologisation qu'il propose de Jésus loin de
détruire la foi chrétienne, réconcilient au
contraire avec le christianisme les hommes du 21e
siècle qui n'admettent plus les conceptions concernant
l'origine de la vie et les lois de la nature que la liturgie de nos
Églises véhicule encore.
Nous devons rendre compte du ministère de Jésus dans le
cadre de la science moderne exactement comme les premiers
chrétiens en rendaient compte à leur manière
dans le cadre des données scientifiques qui étaient les
leurs.
Le salut
Les hommes n'ont pas besoin d'être
sauvés de leur péché par la mort sacrificielle de Jésus car ils ne
sont pas intrinsèquement mauvais. Les hommes survivent dans un
monde fréquemment hostile. Lorsque nous commettons le mal, ce
n'est pas à cause d'une
« nature déchue », c'est parce que nous sommes avant tout
préoccupés par nous-mêmes. Et nous le sommes
à cause, d'une part, de l'instinct de survie que nous avons
hérité de nos lointains ancêtres, parfois en
raison d'une maladie mentale, d'une dépendance de la drogue,
ou d'un sentiment d'insécurité.
Une telle conception de l'origine du mal
représente un changement considérable dans le
développement de la doctrine chrétienne. Les sacrements
sont traditionnellement pensés en rapport avec le salut que le
Christ apporte au péché originel. Sans doute
devrons-nous revoir leur conception.
La
vérité
La prétention de certains
chrétiens de posséder
la vérité absolue et de pratiquer la seule lecture
juste de la Bible est tout à fait fausse. Elle manifeste une
arrogance qui ne peut que les faire détester par leur
entourage. Récuser l'expérience spirituelle des
milliards d'hommes appartenant à d'autres religions et
s'imaginer avoir la « mission » de les convertir à la vérité
est d'une part insultant à leur égard et d'autre part
contrevient à la paix du monde.
Les conceptions éthiques absolues ne reconnaissant qu'un
statut inférieur aux femmes ou aux homosexuels contredisent
également le commandement d'amour qui était la
caractéristique de l'enseignement de Jésus et
dénient aux autres leur droit à l'existence.
Spong entend admettre que d'autres chemins conduisent
légitimement à Dieu.
Le christianisme que nous avons connu est
moribond. Sa mythologie est
obsolète et perd son sens. Ses structures autoritaires ne
s'adaptent plus à la société moderne. Il
disparaîtra sans laisser de traces s'il ne se réforme
pas radicalement.
La
prière
Avec la mort du
théisme, la prière
doit être complètement redéfinie afin de ne plus
être une série de requêtes particulières
que l'on adresse à Dieu comme les enfants au Père
Noël. Il faut admettre que les maladies et les malheurs font
partie de la vie du monde et ne sont pas des punitions
infligées par un Dieu siégeant dans le ciel et auquel
nous pourrions faire appel.
Le mot
« prière » est contaminé par la théologie
théiste à un point tel qu'on ne peut plus le
récupérer et qu'il faut le remplacer par
« méditation » ou par
« contemplation ».
La recherche d'exaucements surnaturels
laissera la place à une prise
de conscience de notre force intérieure et à une
réflexion des besoins de notre entourage. Dans le silence de
la contemplation, dans la méditation des paroles des
Évangiles, nous trouverons notre véritable
humanité, faite de bien et de mal, de lumière et
d'obscurité et nous vivrons de la paix du Dieu dans une
pensée non-théiste.
Le nouveau christianisme est focalisé
sur la guérison spirituelle des hommes et le
rétablissement dans une complète humanité. Il
nous ouvre à une nouvelle compréhension des merveilles
de la création. Spong voit Dieu dans le miracle
renouvelé de la vie du monde et non dans la transgression des
lois de la nature. Son espérance est que ses petits-enfants
confesserons un jour comme lui :
Dieu est
vrai pour moi et Jésus est la porte qui m'ouvre à cette
Réalité.
Traduction Gilles
Castelnau
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