L'évêque
J. Spong
Maintenir le titre de
« Christ » ?
Question
13 juin 2006
Si l'on accepte le fait que Jésus
était un homme à l'enseignement magnifique et puissant
mais n'était ni Sauveur, ni Messie, ni Christ, ne serait-il
pas temps de renoncer à nous appeler chrétiens ?
Peut-être jésuistes ou jésuiens ? afin de
souligner l'humanité de Jésus et de prendre nos
distances avec l'idée théiste d'un Dieu tout-puissant.
.
Réponse
Évêque
John Spong
Je suis par dessus tout attaché au
titre de chrétien et je
refuse d'en laisser le monopole à tous les fondamentalistes
évangéliques et aux catholiques conservateurs.
Le titre de Christ est la traduction de
l'hébreu « maschiah » qui signifie littéralement « celui qui a été
oint ». C'était
à l'origine le titre du roi. Mais lorsqu'après l'Exil
de 587 av. J-C il n'y a plus eu de roi en Israël,
il a désigné le roi qui devait venir, le « Messie » qui restaurerait le trône du roi David.
Puis il en vint à désigner une
vie dans laquelle la voix de Dieu résonnait et la
volonté de Dieu était réalisée. Et c'est
exactement ainsi que je me représente Jésus de
Nazareth.
Je reconnais dans la voix de
Jésus la voix d'amour de Dieu
et dans la vie de Jésus je reconnais la vie de Dieu. Je
comprends qu'il nous appelle à une nouvelle humanité,
sans tenir compte de nos particularismes, de nos
préjugés, de nos différences de sexe ni
même de religion.
Je le vois mettre en oeuvre le dessein divin
de ranimer la vie du monde.
Je conçois Dieu comme la source de la vie qui se manifeste dans une
vie pleine et épanouie.
Je conçois Dieu comme la source de l'amour qui se manifeste dans une
vie altruiste.
Je conçois Dieu comme le fondement de l'Être qui se manifeste
lorsque nous avons le courage d'être tout ce que nous pouvons
être.
L'image de Jésus que je trouve dans
les Écritures et dans la tradition chrétienne est bien
celle d'une vie pleine, d'un amour total, d'une vocation
assumée, même si cette vie fut celle de la trahison, de
l'abandon, du reniement, du supplice et de la mort.
C'est sans
difficulté que je proclame
avec Paul : « Oui,
oui, Dieu était dans cette vie » et avec Jean : « Celui qui a vu Jésus a vu
Dieu ».
Mais ensuite, les théologiens ont
vitrifié cette expérience vivante dans des credo non
crédibles, des doctrines figées et des dogmes
aliénants auxquels je renonce volontiers. Mais je ne peux pas
renoncer à cette vie divine que Jésus
révèle.
Il est pour moi le Christ, j'assume le titre de chrétien et je
m'efforce de lui redonner le sens qu'il avait, comme je le crois,
à l'origine et de le faire connaître autour de
moi.
Traduction Gilles
Castelnau
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Spong"
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